‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 3 sur 47 · LOI MORALE · texte numérisé non relu

LOI MORALE

souffle divin devenu âme du monde, c’est l'esprit de Dieu portant, remplissant, organisant l'univers. — Mais l'action que la loi du monde exerce sur la création est autre dans le domaine des choses ou de la vie naturelle, autre dans la sphère de la vie personnelle. Dans l'ordre naturel elle règne en despote, sa puissance est absolue, son action produit nécessairement l'effet voulu, les êtres naturels suivent fatalement l'impulsion qu’ils en reçoivent, ils sont Loujours et nécessairement ce qu'ils doivent être. Dans l’ordre moral il faut qu’elle compte avec la volonté; elle ne contraint plus, elle sollicite. Au lieu de produire directement ce qu'elle veut, il lui faut susciter la volonté humaine, l'intermédiaire nécessaire de son action; elle parle, elle ordonne, elle dicte à la raison ce qu'elle veut, elle commande sans réussir toujours. La loi du monde, qui est la loi physique dans la nature, devient loi morale pour la personnalité. La loi morale est immanente à la créalure personnelle, comme la loi physique est immanente aux choses, et la créature peut aussi peu se soustraire à la loi morale que la créature irrationnelle à la loi physique. Si la loi morale ne s’impose pas à l’action de l'homme, elle s'impose à sa raison, l'homme est obligé de l'entendre, s'il n’est pas obligé de l'écouter. La conscience morale est la fonction de l’intelligence qui met l’homme en rapport avec la loi morale, l'organe par conséquent par lequel l’esprit divin agit sur lui. — Il ne faut donc pas confondre la loi morale avec la conscience : si la conscience, partie intégrante de l’organisme humain, était l’action immédiate de Dieu sur l’homme, l’union substantielle entre Dieu et l’homme, la voix de Dieu, comme la dé-

finit le langage populaire, comment expliquerait-on ses défaillances? Et la loi morale n'est pas le produit des mœurs de chaque peuple et de chaque époque ; d'où proviendrait en ce cas son immutabilité et son autorité? Elle n’est pas un ensemble de préceptes formulés, un code inscrit article par article dans l’âme humaine; une loi pareille est le résultat d'un travail intellectuel. Eile n’est pas l’ensemble des convictions morales d’un individu, c'est là le produit d’un développement moral. Et surtout elle n’est pas l'idéal de l’homme présent à sa pensée, car la science à formé de cet idéal les conceptions les plus variées. Elle est, suivant notre définition, une puissance surhumaine agissant sur la volonté à chaque moment et conformément au degré de son développement, dictant à la conscience des maximes de conduite conformes à la situation donnée et à la condilion de l’homme, désignant à l’homme les déterminations qu’il doit prendre à l'instant même. Si la conscience était la représentation de l'idéal, Loutes les déterminations de l’homme seraient des péchés, car toutes resient au-dessous de l'idéal. Et si tout est péché, rien n’est péché. Le péché n'est alors qu'une imperfection naturelle et inévitable. Nier le péché en le considérant comme l’infériorité de la vie humaine actuelle comparée à son idéal, c’est l’erreur du spiritualisme ou du rationalisme sentimental.

L'homme a toujours une raison bonne ou mauvaise, suffisante ou insuffisante pour faire le bien, etle mobile qui l’engage à soumettre sa volonté à la loi morale, Pintention qui se trouve au fond et à la base de toutes

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