LA CONVERSION
dans sa nature une partie tant soit petite intacte du péché, il peut de ce point d’appui, de ce 46ç uot xôv 016, s'élancer à la perfection. Pour échapper au Pélagianisme il n’y a qu’un moyen, reconnaître que c'est Dieu qui inspire tous ces mouvements, qui donne à l’homme Ja foi et jusqu’au désir, jusqu’à la capacité de croire. — Mais si Dieu fait tout, et l’homme rien, répondent les autres, nous tombons dans la doctrine de la prédestination individuelle. Non, Dieu ne traite pas l’homme comme un instrument passif, comme une créature impersonnelle. Pour être sauvé, il faut qu'il y mette du sien, qu'il aille au devant de la grâce, qu’il s’applique à la recevoir, qu'il donne à l’action divine son libre assentiment , qu'il travaille lui-même de ses propres forces à son salut. La foi est avant tout œuvre de l’homme. — Nous voilà donc encore une fois placés devant les extrêmes du Pélagianisme et du Déterminisme , en danger de perdre tous les fruits de nos précédentes recherches ! Consultons l'expérience. L'homme a l'instinct religieux. Créé pour Dieu, il souffre, qu'il le sache ou non, de son isolement, ii ressent le besoin et par conséquent aussi le désir d’en sortir ; avec la nature entière il soupire après la délivrance , xtvéouc otevabovoa. Mais le désir du salut n’est pas le désir de la grâce. Sentir l'absence de Dieu, ce n’est pas encore reconnaître qu’on est soi-même la cause de cet abandon. Désirer que Dieu se rapproche de vous, ce n’est pas vouloir se rapprocher de lui, rechercher sa communion, être prêt à tout faire pour rentrer en ses grâces. Une pareille disposition répugne au contraire profondément à la volonté naturelle tournée vers le monde, et à la raison naturelle ha-
bituée à se suffire à elle-même. La grâce se heurte là contre une résistance obstinée!, qu’elle doit vaincre si elle veut se faire accueillir. La foi ne se conçoit pas sans une action divine préparatoire. — Mais l'homme est un être personnel et moral. Dieu ne peut pas agir sur lui comme il le fait sur les créatures irrationnelles. La volonté est corrompu, elle n’est pas supprimée; c’est donc à elle que laction divine doit s'adresser. Il s’agit de guérir les facultés morales de l'homme, non de les remplacer; d'obtenir son consentement, non de le rendre inutile; de donner à l’homme de nouvelles forces morales, non pas d’en faire une nouvelle personne’. Certes, Dieu ne peut agir sur l’homme sans lui faire violence. Il ne peut intervenir dans l’âme sans y porter le trouble, sans briser et reconstruire. Mais s’il hait le péché, il respecte sa créature. [lentre dans la voie du développement de l’homme, il soumet son action aux lois de la pensée et de la réflexion; son travail est intérieur. La vie nouvelle de la grâce se rattache à la vie antérieure, et s’il y a rupture dans la manière d’être de l’homme , il n’y a pas dans
1J1n spiritualibus et divinis rebus, quæ ad animæ salutem spectant, homo est similis trunco et lapidi. Form. Conc., p.661. Deterior est trunco, quia voluntati divinæ rebellis est... 662. Ex sese ad conversionem mihil inchoare aut operari aut cooperari potest… 662. Pure passive se habet.. 680.
2A Deo prœparatur voluntas hominum. Ambros. in Luc. I, 10. Zn omni bono opere non nos incipiamus et postea per Dei misericordiam ad- Juvamur, sed ipse nobis, nullis prœcedentibus bonis meritis, et fidem et amorem sui prius inspirat... Conf. Syn. Araus.
3 Tiberum arbitrium non evacuatur per gratiam, sed statuitur, quiæ gratia sanat voluntatem. Aug., De spir. et lit., ec. 30. Rejicimus Enthusiastorum errorem qui fingunt Deum immediate absque verbi Dei auditu et sine sacramentorum usu homines ad se trahere... Item Deum in conversione hominis substantiam.. et prœcipue animam rationalem penitus abolere, novamque anime essentiam creare. Form. Conc., p. 581.