LA JUSTICE LÉGALE
Tû@ toù vouov, v. 14). Se soustraire à l'influence d’un mauvais penchant, c'est un pouvoir que l’Écriture ne refuse même pas au coupable Caïn (Gen. IV, 6). Les Gentils, qui n’ont pas de loi révélée, sont leurs propres législateurs (£auroig véuoc), ils se dirigent eux-mêmes d’après des principes moraux, et le jour où Dieu révèle les profondeurs cachées du cœur humain, le jour où, le Juge souverain se présente devant la conscience de l'homme, c’est-à-dire où l'Évangile lui est prêché, il s’élève en lui des pensées qui le condamnent, qui donnent raison à Dieu et poussent l’homme à implorer le pardon, et d’autres pensées qui l’excusent, qui le justifient et le rendent moins disposé à croire (Rom. IF, 14-16)1. S'il n’y avait pas de conscience, comment l'Évangile aurait-il prise sur l’homme? S'il n’y avait pas une moralté relative chez les hommes naturels, pourquoi l'Évangile aurait-il sur eux des effets si divers ?
Mais cette moralité propre à l’homme naturel a-t-elle quelque valeur aux yeux de Dieu? est-ce qu’elle constitue pour ceux qui la possèdent une véritable supériorité? et a-t-on raison d'y voir une salutaire préparation au christianisme? La question se posa à Jésus et aux apôtres à propos des Pharisiens. Faut-il rappeler comment Jésus traite ces prétendus saints, avec quelle énergie Paul repousse et condamne cette justice de la loi et des œuvres? Et les Pharisiens n'étaient pas tous des hypocrites; leur vertu ne consistait pas uniquement en pratiques extérieures. Il ÿ avait au fond de cette observation austère de la loi de grandes aspirations religieuses et nationales, un zèle pour avancement du règne de Dieu et pour le bien du
1 Hofmann, Commentaire, p. 58 et suiv.
peuple très-estimable au point de vue-purement humain, un effort sincère d'arriver à la sainteté; Paul leur rend ce témoignage (Rom. X, 4 et suiv.), et Jésus déclare une fois à l’un d’eux qu'ilest bien près du royaume de Dieu. Et cependant Jésus les appelle à la pénitence tout comme les autres, et ce furent eux qui opposèrent à l'Évangile la plus vive résis-. tance. Paul nous parle de la «justice légale irréprochable» dont il se prévalait avant sa conversion (Phil. IT, 4 et suiv.). Ge n'était certainement pas chez lui uniquement du formalisme, de l'hypocrisie et du fanatisme. Néanmoins l’apôtre professe pour cette justice, comme pour tous les autres avantages humains dont il jouissait alors, le plus profond mépris. Il dit de ces vertus juives ce qu'il n’aurait pas manqué de dire des vertus grecques et romaines si l’occasion lui en eût été donnée: Zlavra yovuc oxvBala eivou.
L’apôtre qui se sent, comme homme naturel, dominé par la loi du péché, se sent, comme chrétien, libre de ce honteux esclavage. «La loi de l'esprit de la vie qui est dans le Christ Jésus m'a délivré de la loi du péché et de la mort» (Rom. VIIE, 2). Ainsi esprit de Dieu, qui fut le principe de la sainte vie de Jésus, qui a pris corps en lui, qui l’a ressuscité et qui demeure en lui, se communique au croyant et devient en lui, à la place de la chair, le vouog qui le gouverne, le principe qui le détermine, la forme de sa volonté. Le wveua qui fait de l’homme naturel un chrétien, ce n'est pas l’esprit de l’homme, incapable de lutter contre le péché et la mort; — ce n’est pas non plus l'influence des leçons et de l'exemple de Jésus, c'est la vie de Jésus, c’est Jésus lui-même qui s'empare de la personne humaine.