‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 29 sur 47 · LA NÉGATION DE LA CULPABILITÉ DANS LA SPÉCULATION · texte numérisé non relu

LA NÉGATION DE LA CULPABILITÉ DANS LA SPÉCULATION

1) Le péché d'après Platon.

On se figure à tort les Grecs comme vivant d’une vie purement extérieure, dans loubli d'eux-mêmes, ét dans une sereine et paisible jouissance du monde sensible. Ge peuple, qui savait si bien se donner à la nature, n’ignorait pas les charmes de la vie intérieure. IH umissait à un sentiment délicat du beau un sens moral non moins remarquable; il joignait au respect des lois nationales le respect des lois dont le cœur est le code et Dieu le législateur, de ces dyoanra Osüv voumua dont parle Antigone, et le conflit du bien et du mal arrachait à ses poëtes des accents de douleur que nous ne‘retrouvons dans aucune autre littérature

profane! Certainement Platon ne fait qu’exprimer la conviction des meilleurs de sa race et de son temps quand il place dans la vertu le suprême bonheur, et même la définition qu'il en donne lui a été dictée par le génie national. Car pour le Grec, chez qui la vie sociale et politique était si développée, l’âme est l’État eh petit, et ce qui forme la grandeur d’un État forme aussi la vertu de l’âme : c’est la justice, l’ordre, la bonne organisation de l'âme, quand, pareille aux différentes classes d’une société bien administrée, chaque faculté est où elle doit être et fait ce qu’elle doit faire sans gêner les autres ; c’est l'aristocratie, la domination du principe divin de la raison sur les fonctions infé-

1Märker, Das Princip des Büsen nach den Begriffen der Griechen, 1842, p. 162 et suiv.

rieures du corps et de l’âme, le mouvement rhythmique et harmonique de la vie, la beauté et la santé intérieures. Le mal, par contre, est l’anarchie ou mieux la tyrannie intérieure, la révolte et la suprématie des passions indomptées sur la raison détrônée, le règne de la bête, « le honteux esclavage de ce qu'il y a de plus divin dans l’homme sous ce qui en lui est le plus opposé à Dieu,» ro Jaodraroy dm0 T1ù &Teorurw dovhodrou!. Le mal, c’est la disharmonie, la laideur, la maladie de l’âme?. Il ne consiste pas seulement dans les actes, comme l’affirmait plus tard Aristote, mais dans la disposition intérieure, — axæSagtos tv wuyr o xax0ç?. La vie sensuelle souffre de l’incontinence, la volonté de la lâcheté, l'intelligence de l'ignorance; mais c’est cette dernière, œuaiæ, qui est le premier et le plus répandu des péchés. Le mal est l'ignorance du bien suprême, # rot Belriorou &yvoua. Pour tomber sous le coup.de la réprobation morale, il ne faut pas être un grand criminel, il suffit de faire comme la foule, tourner le dos à la vérité, se laisser diriger par le mensonge et le préjugé, chercher dans le néant des choses sensibles un bonheur honieux, mener une vie sans ordre ni principe#, et se consumer dans des occupations qui n’ont que l’apparence d’une activité réelle, parce ax ones n’ont pas le réel et l'éternel pour but 5.

Le mal provient du corps. Gette masse, stupide et

1 Républ., IX, p. 589.

* Aperi pe) äpu dyuetd té mic dv en xau xé}doc, xar edeË la duyñc, Aaxla de vôcos re xal aicyoc, xal &oûévers. Républ. IV, 444.

8 Lois, IV, 716.

£ Républ., VI, p. 561.

F Olecde vi mouciv où dy morodvrec Banquet, p. 173.

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