‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 30 sur 47 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

impure, dans laquelle l'âme est enfermée comme dans une prison, est la source de l'erreur et du vice!. De l'erreur, parce que les impressions du corps troublent la pureté du jugement; du vice, parce que l’âme subit malgré elle les impulsions de son organisme matériel, et, devenant infidèle à sa nature qui la porte vers les régions élevées des idées, se laisse entraîner par lui sur la pente pernicieuse des jouissances matérielles. «Le corps nous remplit d’affections, de désirs, de craintes, de folles idées et de toute espèce de frivolité, de sorte que, à vrai dire, il nous est impossible, par sa faute, d’avoir une seule bonne pensée. L'âme est véritablement prisonnière dans le corps; elle ne peut voir elle-même, et par elle-même, les choses, mais est forcée de les contempler par l'intermédiaire du corps, comme par les fenêtres d’un cachot...? » Sous le coup de cette funeste association, l’âme est, dès la naissance de l’homme, entachée d’un principe vicieux, d’un mauvais penchant naturel #. Nul ne devient volontai- . rement méchant; la faute en est à une disposition maladive du corps et à l'éducation qui ne la combat pas“. Parce que tous les hommes ont un corps, nul west exempt de mauvais désirs; les plus modérés en sont souillés, et le sage qui les fuit pendant le jour, les ressent la nuit dans les rêves de:son sommeil 5.

Led dy rd coua Éyopuev xar Evurepuouévn n Auv h QuyA perd Toÿ rotoUurou xaxoD... Phédon, p.65, et passim. Comp. Républ. X, p.611. Timée, p. 69. Cratyle, p.403 (owparos nrônots xal mavia), p.264 (ca cApa adro rh Vuyñc).

2 Phédon, p. 65 et 82.

#”Euquros émuula Adwvwv, opposée à l'opinion qui est acquise, 2rixratoc. Phèdre, p. 238. — + Timée, p. 86.

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Républ. IX, 572,

Les dieux seuls, êtres immatériels et immuables, sont purs du péché.

Et quel est le remède à tous ces maux? Filles de l'Éros , du grand principe d’unité et de réconciliation, la musique et la poésie portent la paix et l’ordre dans l'âme troublée, calment et régularisent la vie, qui a tant besoin de rhythme et d'harmonie ?. Mais ce rôle appartient surtout à la philosophie, et là nous touchons à un côté de la doctrine de Platon où l’on admire avec raison une profonde analogie avec la doctrine du christianisme. La philosophie est pour lui un principe de vie pareil à la grâce, et la cité philosophique, la réformatrice de l’humanité, dont Platon voyait le modèle dans les cieux et la réalisation dans un avenir glorieux #, a trouvé dans l’Église chrétienne son accomplissement. Car Platon ne sépare pas encore, comme Aristote et ses successeurs, la théorie de la pratique; la science telle qu'il la conçoit est éminemment active et moraleÿ; le philosophe ne peut soustraire sa pensée à l'influence des fausses perceptions | sans soustraire aussi sa volonté à la domination des passions coupables, et la sagesse, ce don des dieux, est la guérison, la rédemption (Avouc), la purification de l’âme. La philosophie est « l’art de la conversion ; » elle détourne la raison, l’œil de l'intelligence, et avec elle l'âme tout entière de ce qui devient vers ce qui est et demeuref. Elle donne à l’homme intérieur

1 Républ., I, p. 380.

? TTäc 6 Bloc rod dvOpomov edpuOulas ve ol ebapuootias deirar. Protagoras, p. 326.

5 Const. Ackermann, Das Christliche im Platon, 1835.

4 Républ., IX, p. 592.

5 Zeller, Philosophie der Griechen, p. 315.

STéyvn sûc reptayoyñc. Républ. VIL, p. 518-521.

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