PRINCIPE MATÉRIEL
ses bonnes déterminations est en lui le principe matériel ou générateur du bien. Y a-t-il de même dans l’homme un mobile qui le pousse à transgresser la loi morale, une cause, un principe qui le conduit à mal faire? Ce principe est-il le même pour toutes les mauvaises actions et pour tous les pécheurs, ou bien le mal a-t-1l plusieurs sources dans le cœur de l’homme? Pouvons-nous ou ne pouvons-nous pas reconnaître, à la racine de toutes les déterminations opposées à la loi morale, une seule et même intention coupable, qui est la cause première, la puissance génératrice et en même temps le caractère intérieur commun de tous les péchés, le péché fondamental, le péché par excel= lence, et quelle est cette intention, ce mobile, ce principe du mal, ce péché universel dont tous les péchés ne seraient que les formes et les manifestations ? Telles sont les questions qui s'imposent ici à nos recherches, questions excessivement importantes, et dont la théologie n’a fait que très-récemment l’objet d’études spéciales!. Ordinairement les théologiens se contentent de ramener tous les péchés à l’égoïsme? ou à la sensualité #, ou bien juxtaposent ces deux dispositions et statuent une double source du mal. Mais aucune de ces solutions ne soutient un examen sérieux.
1 Voyez surtout: Weizsæcker, Zur Lehre vom Wesen der Sünde (Jahrb. f. deutsche Theol. 1856, 1). — Liebner, Beyriff der Sünde (Allyem. Monatschrift 1851, 7). — J. Müller, Lehre von der Sünde, 4° éd., I, p. 166 et suiv. — Luthardt, Lehre vom freien Willen, p. 429 et suiv. — Schenkel, Dogm., IX, 1, p. 227 et suiv.
2Tholuk, Hase, J. Müller, Thomasius, Dôürtenbach (dans le Lexique
de Herzog) etc.
8 De Wette, Bemerkungen über die Lehre von der Sünde (Stud. IIT, 49). Rothe, Ernesti etc.
4 Baumgarten-Crusius (Christl. Siüttenlehre, $ 43).
Voyons d’abord la éhéorie de la sensualité. Qu'on se garde avant tout d'entendre sous ce nom la nature sensuelle de l’homme, le mouvement et la vie des sens, les fonctions physiques qui distinguent et recherchent ce qui est favorable au développement de la nature matérielle de l’homme. C'est la volonté aux prises avec ces fonctions, la volonté sollicitée par les sens, recevant et suivant leurs impulsions, et s’associant à leur vie; ou mieux, — car qui refusera à la volonté le droit, qui lui déniera le devoir de se laisser influencer jusqu’à un certain point par les sens, de satisfaire à leurs besoins et de jouir de leur satisfaction ? — la sensualité est la volonté entraînée par les sens au delà des limites du bien, subjuguée et souvent remplacée par les instincts de la nature physique. Ce n’est point alors la nature sensuelle qu’il faut accuser; elle n’a aucun caractère moral et ne fait, en s’arrogeant la toule-puissance, que suivre ses lois naturelles et la tendance universelle des êtres à atteindre le plus haut développement possible. Le mal consiste dans la lâcheté, dans la faiblesse de la volonté, dans ce qui l'empêche de résister aux sens, dans la coupable facilité avec laquelle elle se laisse asservir par un principe, qui devrait être un instrument docile, non un maîtrearrogant.
Plusieurs systèmes ont cru trouver dans cet état de la volonté la source et la forme générale du péché. Les uns Ont eu recours à celte explication pour amoindrir le péché en lui assignant pour domaine la partie inférieure de l’âme humaine , d’autres pour montrer la nécessité du péché, inhérent, selon eux, à l’organisation de l’homme; d’autres enfin ont été amenés à cette théorie par une manière de voir plus ou moins dualiste. Nous la retrouverons donc plus d’une fois dans le cours