‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 34 sur 47 · SCHLEIERMACHER · texte numérisé non relu

SCHLEIERMACHER

Mais comme chacun commet nécessairement des péchés actuels, chacun assume personnellement la responsabilité de l’état dans lequel il est naturellement; la corruptüon de tous est aussi la faute de tous !, le mal universel est coulpe universelle.

Après avoir vu quel casSchleiermacher fait du péché, revenons à notre question: d’où provient cet état des choses? Nous l’avons déjà dit, il faut, selon notre théologien, que Dieu en soit l’auteur. «Assigner au péché une autre source que la volonté divine serait mettre des bornes à sa toute-puissance, ce serait déclarer illusoire le sentiment de la dépendence absolue et tomber ainsi dans le manichéisme?.» Mais comment Dieu peut-il être l’auteur de ce qu'il interdit, de ce qui est en contradiction avec l’idée de l’homme? Pour nous faire oublier ce que cette thèse a d’étrange pour la raison et de froissant pour le cœur, Schleiermacher en appelle à l'expérience du chrétien. Le fait de la conversion place-t-1l l’homme à linstant même dans un état parfait de sainteté? Tout le monde sait que non: le péché se fait toujours sentir, à un degré moindre

peut-être et avec des suites moins graves, mais enfin ilexiste, et Dieu veut qu’il existe, car le chrétien est son œuvre; et Dieu a de, bonnes raisons pour laisser subsister le péché à côté de la grâce, car par la lutte contre les recrudescences de la chair le chrétien arrive à apprécier à leur juste valeur les dons de la grâce et les mérites du Sauveur. Dieu ordonne au chrétien d'être saint; lui en donne-t-il aussi lesforces nécessaires? Î le pourrait, mais il ne veut pas. Il ne verse que graduellement la nouvelle vie en son sein , car l’homme

serait-il capable de supporter une transformation plus subite? Eh bien, si Dieu, sans déroger à sa sainteté, veut que le péché demeure dans le chrétien pour que celui-ci arrive à mieux connaître la rédemption, n’at-il pas de même pu décréter que la péché soit dans le monde , pour que les hommes arrivent tous à rechercher la grâce, dont tous ont besoin et à laquelle tous arrivent nécessairement tôt ou tard? Si, sans injustice de sa part, Dieu refuse de donner au chrétien lors de sa conversion la plénitude de la vie nouvelle, parce que celuiei ne la supporterait pas, n’a-t-il pas pu refuser à l’humanité lors de la création la plénitude des forces morales, parce que celle-ci n’en était pas encore digne ? — Ce qui est possible est réel : Dieu a voulu de toute éternité la rédemption, il a donc aussi voulu de toute éternité le péché, sans lequel il n’y a pas de rédemption. Dieu a décidé que l’œuvre de la création de l’homme ne s’achèverait qu'avec l’avénement de Jésus et que par lui seulement l'humanité arriverait en possession de toutes ses facultés. I n’a donc pas cru devoir donner au premier Adam l'Esprit, qui ne devait faire que dans la personne du second son apparition dans le monde. Il à laissé à dessein un vide dans l’organisaüuon morale de l’homme naturel, 1l l’a disposé de fâçon à ce que la volonté restât toujours en arrière de la raison et que d'abord la conscience de Dieu n’eût pas d'influence sur lui. Dieu a voulu le péché, en vue de la grâce, ie mal comme condition du remède.

Mais, encore une fois, qu'est-ce que le péché? Ce n'est pas, comme on l’a défini, l'opposition contre la volonté de Dieu; un tel péché est l’endurcissement, état

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