‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 41 sur 47 · EXAMEN DU PASSAGE CLASSIQUE ROM. V · texte numérisé non relu

EXAMEN DU PASSAGE CLASSIQUE ROM. V

Démontrer que la foi suffit, tel est l’objet des huit premiers chapitres de l’épitre aux Romains. Avec la foi en Jésus, qui nous met en communion avec Dieu, notre âme est en paix. La foi nous donne le pardon; grâce à elle, nous regardons sans crainte dans le passé. La foi aussi nous donne la vie éternelle; le jugement n’a plus de terreurs pour nous; la gloire céleste est notre partage; nous attendons l’avenir avec assurance et joie.

1Cons. sur le système de M. Secrétan l’article de M. Goy, Revue, t. XII, p. 283 et suiv.

ROM TON 165 Pour mettre en lumière ce second point et pour engager ses lecteurs à mettre en Jésus une confiance absolue, Papôtre trace le fameux parallèle entre Adam et Jésus qu'il s’agit d'examiner ici.

«De même que par un seul homme le péché fit son entrée dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsilamort ! passa sur tous les hommes ëg d mavreg Muagror...»: La phrase reste machevée, car l'apôtre obligé de prouver ce qu’il a avancé, préfère commencer une nouvelle période. «Par un seul homme, » évidemment l’apôtre a en vue le récit de la Genèse sur la chute d'Adam. Il ne le considère pas comme un mythe? et il y trouve, comme les auteurs sacrés de l'Ancien Testament #,- comme les docteurs de son temps, qu'Adam, créé sans péché et avec une nature immortelle, tomba volontairement. Par le premier homme le péché entra dans le monde; il n’y était donc pas auparavant. Adam l'y introduisit par son action; il ne suffit donc pas de dire que le péché fit dans la personne d'Adam sa première apparition. — La mort suivit le péché comme le châtiment suit le crime, et la mort signifie ici, comme fréquemment, tout ce qui nous fait souffrir, tout ce qui est contraire à la vie en Dieu. — «Ainsi la mort passa sur tous les hommes.» On a rapporté le oùuruwc à da Tic auaotias qui précède”, en traduisant: (Et ainsi, | 1Nous conservons le second 6 Gévarzoc avec À. B. Sin. etc.

2 Tei aussi peu que 2 Cor. XI, 3; 1 Tim. IT, 14. — 3 Hos. VI, 7.

4 Cons. Süskind, Bemerkungen über die Hypothese dass Paulus sich Rôm. V,12 an jüd. Meinungen accommodirt habe GER t. XIIL, p. 71 et suiv.), et Targum Ruth, fes 4; Targ. Eccles., ce. T, cités par Bengel, ad À. l.

5 Comme Fritzsche, de Wette, Baumgarten-Crusius.

6 Contre Ernesti.

1 Par ex. Schmid, Meyer, Ernesti.

moyennant le péché,» ou « à cause de la connexion qui existe entre le péché et la mort, la mort a traversé toutes les générations.» Mais sans doute Paul rappelle avec son oùrwc les mots qu’il a placés d'une manière significative en tête de la phrase, dr’ &vos avSowrou. La mort s’est fixée dans le monde par la même cause par laquelle elle y est entrée, par la faute d’un seul. Par un seul homme tous sont pécheurs, ils ne le deviennent pas par des chutes individuelles; c’est là un fait que l’apôtre ne relève pas, parce que ce fait n’est que trop connu, et que l’apôtre n’en a pas besoin pour son argumentation. Par un seul homme aussi la mort s'est étendue sur le genre humain. Nous mourons à cause de lui, non pour nos péchés personnels.

Mais comment faut-il maintenant traduire les mots qui terminent le verset £p @ novteg fuaopror? Le plus simple semble de prendre gp’ © comme: êxi route ove « parce que tous ont péché, » Mais quoi! après avoir affirmé que péché et mort sont entrés dans le monde par le fait d’un seul homme, l’apôtre ajouterait que si nous mourons c’est parce que nous avons nous-mêmes attiré sur nous ce châtiment! Il dirait dans une seule et même proposition que nous sommes sous le coup de la mort par Adam et que nous en sommes là par notre propre faute! La contradiction serait étrange. Aussi peu de théologiens ont pu se résoudre à accepter cette interprétation. Pour sortir d’embarras, que n’a-t-on pas imaginé ! Selon quelques-uns?, le fuagrov désigne le péché héréditaire, mais cette concession laisse subsister la contradiction. D’après J. Müller la propo-

1 Rückert, de Wette, Fritzsche.

2 Par ex. Ernesti. — 311, p. 401.

ROM. v, 12. 167

sition en question amène, pour expliquer l’assujettissement de l’humanité sous la mort, une nouvelle considération : « Le péché d'Adam a fait entrer dans l'humanité la mort, que du reste chacun de nous a méritée par ses propres œuvres. » Anciennement on prenait le &p’ & comme & &, in quo (Adam) omnes peccaverunt. Quelques théologiens modernes ! ont relevé cette idée, en prétendant qu’il faut sous-entendre après fuaproy les mots & 40au. « La mort plane sur tous parce tous ont péché dans Adam, parce que tous ont pris part à son acte de rébellion. » Mais cette explication introduit dans le texte une idée que l’auteur -n'eût pas manqué d'exprimer lui-même s'il y avait songé. L’explication de M. Müller est dans le même cas. Traduire par «en sorte que tous péchèrent?» nous semble par trop arbitraire.

Pour nous, nous adoptons l’interprétation de M. de Hofmann*, qui seule nous paraît conforme au texte et à la pensée de l’apôtre. Renonçant à traduire le 4 o comme une locution conjonctive, nous prenons &@ comme pronom relatif masculin et nous le rapportons à Javarog qui précède. La proposition 8x2 avec le datif exprime le but (par exemple 2 Tim. IT, 14 : êxi xaraoTRoph t. dxovoyruy, «ces logomachies n'ont d'autre but que la corruption des auditeurs»), ou bien le fondement, la cause d’une action (par exemple Matth. IV, 4; Luc. XXIV, 47; 4 Cor. [, 4; Luc. V, 5; Matth. XIX, 9; Actes XXVI, 6 etc.). Dans d’autres passages, mi sert à exprimer un rapport de causalité très-faible,

1 Bengel, Meyer, Philippi etc.

2 Lange.

8 Schriftheweis 1, p. 527 et suiv., et dans son Commentaire.

comme lorsqu'il est dit (1 Cor. IX, 10) que le laboureur travaille èx éd, non sans avoir l'espoir de participer aux bénéfices de son travail. Enfin cette préposition désigne un simple rapport de coexistence, comme, par exemple, dans le passage Hébr. IX, 15 (« les transgressions commises exi v1) nçwtn duadrun, pendant la durée de la première alliance») ou 2 Macc. IL, 8 (og xai èxi Movoÿ édrhodro, «ainsi que le nuage apparut au temps de Moïse »), et c'est dans cette dernière signification qu'il faut le prendre ici : « La mort... en présence de laquelle! tous péchèrent.» Tous Îles hommes sont pécheurs, mais ce ne sont pas les péchés individuels qui les condamnent. Avant que nous fassions le mal, la mort est là, elle a envahi le monde par le péché du premier homme et règne sur l’humanité indépendamment des démérites personnels de ses membres. Tous nos péchés ont pour arrière-plan la condamnation à laquelle nous sommes dévolus dès notre naissance en notre qualité de descendants du premier homme. La peine ne vient pas à la suite de nos méfaits, elle les précède, car elle a une autre raison d’être. Ainsi interprété, le êp @ mévreg luagror ne s’accommode pas seulement avec le oùrwc, il le confirme et l'explique. Les versets qui suivent viennent à l'appui de cette manière de voir.

L’apôtre continue : « Jusqu'à la promulgation d’une loi, il y eut péché dans le monde. Le péché cependant n’est pas imputé sans loi, mais la mort exerça son pouvoir absolu depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n'avaient pas péché à l'instar de la transgression d'Adam. » Ce passage ne démontre pas l’uni-

? & — où Tapévroc.

ROM. V, 49. 169 versalité du péché, il doit rendré évidente l’explication que l’auteur a donnée de l’universalité de la mort. Les Israélites furent placés par la révélation du Sinaï dans une situation particulière ; ils connaissaient la volonté divine, et la loi que Dieu leur avait donnée était telle qu'ils auraient pu l’accomplir; on pourrait donc en conclure que, pour un Israélite transgresseur de la loi, la mort était une peine qu’il avait lui-même méritée et qui le frappait au même titre qu’elle avait frappé Adam. Mais qu'en est-il de ceux qui vivaient avant la période mosaïque ou en dehors.de l’économie d'Israël? Ils commettaient des péchés, mais ils n'avaient pas de loi, ou ils ne connaissaient la loi morale que d’une manière très-imparfaite, et en tout cas ils n’étaient pas libres de la remplir, comme l'avait été d’abord le Protoplaste, comme le firent plus tard les Israélites dans uné certaine mesure. Dieu, s’il donnait. à chacun selon son propre mérite ou démérite, n'aurait donc pas dû les punir, car œuaoria oùx ëlloyeir ou un Ovroc vouou, où du moins il aurait dû les frapper d’un châtiment moindre. Toutefois ils moururent tous. Non pas par leur faute. La mort, introduite dans Île monde par Adam, régnait en despote sur tous ceux qui vivaient dans cette periode, les frappait au nom de son autorité souveraine et absolue, sans égard pour leurs dispositions personnelles, et leur infligeait le châtiment d'Adam, quoiqu’ils n’eussent pas péché comme Adam. La condamnation universelle préexiste à la culpabilité personnelle.

Nous sommes sous la domination de la mort, non pour nos péchés à nous, mais par suite du premier

1 Comme le prétend p. ex. Baur.

péché. Gette idée revient plusieurs fois dans les versets suivants: V. 15. «Par la chute du seul Adam la masse des hommes fut entraînée dans la mort.» V. 16. « Le jugement prononcé sur un seul devint une malédiction universelle.» V. 17. «Par la chute d’un seul la mort régna.» V. 18. «La transgression d’un seul devint une condamnation pour tous les hommes, » On a essayé d’affaiblir la portée de ces paroles en les interprétant ainsi : nous mourons tous de la mort qu’Adam a fait entrer dans le monde; mais la mort, qui fut une punition pour lui, n’est plus qu’un mal pour nous, qui n’avons pas commis son crime. Mais V’apôtre appelle la mort xaraxguua : elle est pour nous ce qu’elle était pour Adam, un effet de la colère divine. Au v.19, enfin, Paul dit expressément : «Par la désobéissance d’un seul homme tous furent constitués pécheurs» duaprwhoi xaveorænoar. C'est-à-dire Dieu nous considère comme des pécheurs. Il nous frappe de la peine d'Adam, parceque nous sommes à ses yeux coupables de la transgression d'Adam.

Comme nous l’avons dit en commençant, l’apôtre n’a pas, dans ce passage, l'intention de nous renseigner sur le péché originel. Il ne cite le premier homme que pour lui opposer le second Adam. C’est pour mieux faire ressortir les bienfaits de Jésus qu’il rappelle à ses lecteurs les suites bien connues de la chute du Protoplaste, et ce qu'il dit des mérites de Jésus est la dernière et meilleure preuve en faveur de notre interprétation du v. 12. On a prétendu le contraire. On a dit que si tous les hommes étaient devenus pécheurs et coupables par Adam, il faudrait aussi que tous indistincte-

1 Ernesti,

ROM. v, 12. 471

ment fussent sauvés par Jésus; que si l’on nie avec raison l'universalité du pardon, il faut restreindre de même ce que l’apôtre dit de l’universalité de la coulpe!, Cette objection repose sur un malentendu. Les funestes conséquences du péché du premier Adam, les fruits bienheureux de la sainteté du second, sont le partage de ceux qui appartiennent à l’un ou à l’autre : à ceux qui naissent d'Adam et qui restent membres de l'humanité naturelle, la condamnation et la mort; à ceux qui renaissent en Jésus, qui deviennent par la foi membres de son corps spirituel, membres de la nouvelle humanité, le salut, la vie éternelle. Adam et Jésus sont les auteurs et les représentants de deux générations d’hommes; leur action morale a ceci de particulier qu’elle s'étend sur tous ceux qui sont unis à eux. Adam ne fut pas seulement le premier des pécheurs: sa désobéissance est imputée en crime à tous ceux qui par leur naissance naturelle entrent en communion avec lui; avant de commettre le mal, ils sont déjà sous la condamnation, et ils ne doivent qu’au père de leur race Ja mort qui les châtie. De même, Jésus ne fut pas seulement le premier des justes: son obéissance est imputée en mérite à tous ceux qui par la foi entrent en communion avec lui; avant de pratiquer eux-mêmes la vertu, ils sont déjà justes aux yeux de Dieu, l’obéissance de Jésus les sanctifie, et la vie éternelle leur est accordée, malgré leurs péchés antérieurs, sans égard pour leurs bonnes œuvres actuelles, uniquement par la vertu de la Rédemption. Nous ne devenons pas saints

1L’objection a déjà été faite par Pélage: Si Adæ peccatum etiam non peccantibus nocuit, ergo et Christi justitia non credentibus prodest (ap. August., c. Pelag., III, 3).

et justes par l'imitation de l'exemple de Jésus, mais par l'influence et l’imputation de son mérite. Nous ne dévenons pas pécheurs et coupables par limitation du péché d'Adam, mais par l'influence et l'imputation de son déméritel. Le v. 42 se complète par les données des versets suivants de cette manière : «De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort passa sur tous les hommes, en présence de quelle mort tous péchèrent, — de même par un seul homme la justice est entrée dans le monde, et par la justice la vie, et ainsi la vie est donnée à tous les croyants, et c’est dans cet état de grâce que tous font le bien.» | L’apôtre a exposé des idées semblables sur le rapport entre les deux Adam 4 Cor. XV, 21. 45 et suiv. Mais là il ne nous dit pas si le premier homme était naturellement ou par sa faute privé de l'esprit vivifiant, du principe d’'immortalité qui nous est communiqué par Jésus. Le passage de l’épitre aux Romains ne nous permet pas d’avoir à cet égard le moindre doute. Il y est dit clairement qu’Adam est devenu mortel par suite de sa désobéissance, et que toute sa race est mortelle, coupable et corrompue par lui. Ainsi l’apôtre pose comme un fait que l'humanité est solidaire du péché d'Adam. Il ne nous explique pas ce fait, il ne nous dit pas la raison pour laquelle Dieu impute à tous le crime d'Adam. Le problème est réservé à la théologie, et nous allons en entreprendre la solution, en nous fon-

dant uniquement sur les données de la conscience chrétienne.

1 Comp. Calvin, Instit., IL, 1, 6.

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