LA CHUTE
libre. Par un acte libre de sa volonté, Dieu a assigné à l’homme la place si favorable qu’il occupe dans l’économie de la création. Par une détermination libre de sa volonté, l’homme doit accepter sa position et s’en déclarer satisfait. Il y était moralement obligé, mais nullement contraint. Il pouvait refuser de se conformer à l'intention divine, se séparer de Dieu et compromettre sa vocation. Il y avait possibilité pour l’homme de mal faire, et chaque occasion de se déterminer contrairement à la volonté divine était pour lui une tentation, une épreuve. Il succomba dans une épreuve pareille, et le plus simple est de penser que la première déjà lui fut fatale.
Si l’homme avait eu l’intention de briser toute union avec Dieu, sa chute eût été sans remède. Sans songer à se soustraire à toutes ses obligations, il a dû aspirer à une position moins subordonnée vis-à-vis de Dieu. Ce n’est pas à Dieu qu’il en voulait, c’est aux limites que Dieu avait posées à sa puissance sur le monde.
Il n’est pas possible de supposer que l’homme se fût révolté contre une limitation dont il aurait compris la nécessité et l'avantage. La restriction qui gênait sa liberté et dont il voulait la débarrasser, devait lui paraître arbitraire et sans raison.
L'homme ne pouvait ambitionner un agrandissement de son indépendance que parce qu'il en espérait une augmentation de sa félicité. Pour que l’homme désirât un surcroît de jouissance du côté du monde, le rapport avec Dieu ne devait plus lui donner tout le bonheur dont il ressentait le besoin. Nul coupable désir ne se serait élevé en lui, si sa vie religieuse n'avait pas déjà été altérée. La première désobéissance
était la suite d’un attiédissement de l'amour de Dieu dans le cœur de l’homme.
Nous pouvons concevoir un pareil changement dans la disposition de l'homme, mais nous ne pouvons lexpliquer. Car si le bien est raisonnable, le mal n’a pas de raison. Sa dernière racine est cachée den le mystère de la volonté.
Nous avons montré la possibilité d’an premier péché. La Genèse confirme ces données de la conscience. Nous en concluons que son récit est le produit de la réflexion d’un esprit inspiré sur la condition primitive et la chute de l’homme.
2. La corruption et la culpabilité universelles n’ont pu être une suite naturelle et nécessaire de la chute du premier homme. Les Réformateurs l'ont bien senti et leur dernier argument en faveur de la théorie de la transmission et de l’imputation du péché d'Adam est que Dieu l’a voulu et ordonné ainsi!. Nous sommes de leur avis, mais nous ne dirons pas que Dieu prit une pareille décision d’une manière arbitraire, ou dans sa colère, pour aggraver la peine prononcée sur Adam. Si Dieu n’a pas exterminé l’homme après sa déchéance, c’est qu'il a voulu le sauver. L'histoire du salut commence donc aussitôt après la chute, et à partir de là tous les événements sont autant les manifestations de son amour que les conséquences du péché.
L'humanité a été délivrée du péché par l’œuvre rédemptrice de l'homme Jésus. Car Dieu ne peut annuler une action morale, il ne peut extirper le
1P. ex. Calv., Znst., III, 23, 7: .Hoc quum naturæ adscribi nequeat ab admirabili Dei consilio profectum esse minime obscurum est. De même P. Mart. Vermigli, Loci (1580), f. 70 :v.