‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 44 sur 47 · L'IMPUTATION SURNATURELLE · texte numérisé non relu

L'IMPUTATION SURNATURELLE

péché par un acte de sa toute-puissance. Le mal qui a pénétré dans le monde par une action humaine et libre ne peut être élimininé que par une action semblable. I faut que Dieu agisse sur la liberté. Il y implante le bien , non comme un élément étranger ou une nécessité extérieure, mais sous la forme d’une nouvelle volonté.

Pour vouloir le bien, il faut que l’homme ait d’abord appris à haïr le mal. Or l'expérience nous montre que le péché ne devient un objet de dégoût que quand il a atteint de certaines proportions. Au commencement, les racines du bien et du mal se confondent, on ne sait les distinguer, on ne peut les séparer. Entre l'instinct légitime et la détermination anormale est une ligne imperceptible. Lorsque le péché a pris une forme, lorsqu'il s’est déployé dans un ensemble de tendances et d’inclinations immorales, alors seulement il frappe les yeux; sa gravité est devenue apparente, les ravages qu'il exerce dévoilent sa nature, et le repentir est possible. Ainsi le péché lui-même amène l’homme à détester le péché et devient un facteur du salut.

Tout chrétien a observé que, si le péché lui-même est absolument contraire à la volonté divine, il y a eu quelque chose de divin et de providentiel dans le développement du péché. Les penchants secrets ont trouvé un aliment dans un concours surprenant de circonstances, la séduction a fait éclater la maladie latente, et un subit accroissement de l’état immoral devint la crise salutaire qui détermina la conversion. Ce qui a lieu dans l’individu est d'autant plus vrai de l’humanité: Dieu n’a prise sur le péché que lorsque le péché a porté ses fruits!. Il laisse donc faire le péché, ou

1Matth. XIII, 30 (parabole de l’ivraie).

mieux 7 le sollicite à se manifester. A favorise le mal afin que le mal se venge lui-même. Il pousse vers l'abime pour en faire sentir l’horreur. Il provoque un accroissement du mal afin de pouvoir d'autant mieux réagir contre lui. Il se sert du péché pour combattre et vaincre le péchét.

L'Écriture nous fournit un exemple merveilleux de ce procédé divin, c’est l’histoire du peuple juif telle que l’apôtre Paul nous la retrace à grands traits au point de vue de son ministère. Israël fut le peuple élu, la première réalisation du royaume de Dieu. Mais quand cette nation devint rebelle à la volonté divine, Dieu, dont les projets sont inébranlables, résolut de se servir de son insubordination même pour arriver au but proposé. Il l’endurcit et l’aveugla*?, il la condamna à persévérer dans la désobéissance, il la rejeta, et la réprobation d'Israël devint l’occasion d’une nouvelle et grandiose évolution de la sagesse divine. Car les Gentils furent honorés du privilége enlevé aux juifs, ils devinrent à leur place les dépositaires de l’idée religieuse. Ainsi le peuple juif dut servir par ses fautes mêmes le plan divin. Objets de la colère de Dieu ils étaient néanmoins un instrument de sa miséricorde. La chute d'Israël fut le bonheur du monde*. Dieu, qui avait laissé le monde dans l'ignorance pour se révéler à ce peuple unique, condamne maintenant celui-ci à l'incrédulité pour se communiquer aux Gentils. Dans les misères de l'exil les Juifs apprendront à apprécier

1Math. XVII, 7 (àvayxn SA0etv rà oxtvdaha); cfr. 1 Cor. XI, 19.

2 Ésaïe VI, S et suiv.; Math. XII, 14; Jean XII, 40 etc.

SRom. XI,11 etsuiv. (+ù raodmroux adt@v mæAoÙTOS xdcuou); IX, 22 (oxedos dpyñs)

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