‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 6 sur 47 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

font aujourd’hui ses défenseurs les moins habiles et ses adversaires les plus décidés, si elle consistait dans son essence, d'une part dans un ensemble de vérités de . l'ordre physique, éthique et métaphysique, s’imposant à la raison humaine, non pas par leur évidence intrinsèque, mais au nom d’une autorité extérieure et surnaturelle ; d'autre part, dans la foi, c’està-dire dans lacceptation pure et simple de ces vérités. C’est le Supranaturalisme qui fit ainsi de la partie doctrinaire et rationnelle de la religion son essence même, et la philosophie sut habilement exploiter cette définition. La religion est bien, selon Hegel, l’idée, la vérité, mais la vérité saisie par l’imagination, non pas par la raison, la vérilé subjective, forme inférieure de la philosophie. Elle est, suivant Cousin 1, une intuition primitive et spontanée, confuse et concrète du monde de lx métaphysique; ou, d’après Jouffroy?, une solution du problème de la destinée humaine obtenu par le sentiment exalté, poétique, avide du merveilleux des nations primitives et des âmes enfantines; ou, suivant M. Vacherot?, la représentation de l'idéal sous la forme du mystère et du symbole. Il est, dit ce dernier, un état accidentel et transitoire de l’âme, un âge de l’homme et de l'humanité, où la raison peu développée encore est avide d'autorité et de figures, n’osant chercher à elle seule la vérité, ni la contempler face à face. C’est l’âge où la religion règne sur l'imagination par le symbole, sur la foi par le dogme. Il vient un âge, maintenant pour quelques esprits d'élite, un jour

1 Histoire de la philosophie au dix-huitieme siècle, I, leç. 2. 2 Nouveaux mélanges, p. 329 et suiv.

8 La Religion, p. 46 et fréq.

pour l'humanité entière, où la raison secoue cette paresse et cette timidité ; et qui pourrait alors l'empêcher de briser le joug de lautorité, de déchirer le voile des symboles, de rechercher et d’aimer la vérité dégagée de sa forme religieuse? — Cette argumentation porte juste contre une fausse définition de la religion. Si la religion est dans sa substance une révélation, si elle a le même objet que la philosophie, si elle est donnée à l’homme pour satisfaire la raison, la raison a, ce semble, le droit de dire si elle est satisfaite ou non!, et le sera-t-elle jamais à la longue par une vérité qu’elle n’a pas trouvée elle-même? Ceux-là mêmes qui admettent la nécessité et la réalité de la révélation conviendront que la foi qui se soumet au dogme est bien souvent le fait d’un esprit trop indolent pour chercher à ses propres frais; — cette paresse intellectuelle n’est-elle pas un vice, cette foi n'est-elle pas coupable, et le doute qui réveille la raison endormie, l’incrédulité qui rejelte la croyance aveugle, n'est-elle pas alors un effort louable de la pensée ?

Mais la religion est autre chose qu'«une certaine manière de comprendre Dieu et de se figurer l'infini,» et si M. Vacherot prétend ne pas pouvoir lui trouver une place légitime dans le cœur humain, c’est qu'il a mal analysé ce cœur, c’est que son observation est faussée par l’erreur fondamentale du système hégélien, par l’idée préconçue que le développement de l’homme consiste dans le développement de la pensée. La religion est le fait concret et réel d'un rapport entre l’homme et Dieu, rapport dont tout homme religieux

{ AU ATS / É . à Comp. l’article de M. P. Janet, Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1869.

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