RELIGION
a une. conscience aussi claire que de sa propre existence et qui est, comme la moralité, parfaitement indépendant du degré d'instruction, — rapport qui est naturel parce,qu'il est universel, et légitime parce qu'il est naturel.
Cest le mérite de Schleiermacher d’avoir le premier revendiqué pour la religion un domaine dans l’âme, où il n’est pas permis à la philosophie de la troubler, et dans la vie de l’homme un rôle qui lui appartient exclusivement. Néanmoins nous sommes en désaccord avec Schleiermacher sur le siége de la religion, sur sa définition et sur ses rapports avec la morale. — La religion n’a pas pour siége ou facteur une faculté particulière de l'âme, ni la volonté, ni l'intelligence, mais encore moins, comme le voulait Schleiermacher, le sentiment; elle est une affection, une manière d'être de la nature humaine tout entière, se manifestant dans l'intelligence par le sentiment et l'idée de Dieu, dans la volonté par l'instinct religieux, et'à l’état normal par l’activité religieuse. Pour se réaliser, la religion présuppose, 1l est vrai, de la part de Dieu une communication, une révélation de son être; de la part de l’homme un acte de réception, la foi qui se donne librement à la manifestation divine. Une doctrine révélée par Dieu , acceptée par la foi, est ainsi partie intégrante de la religion ; elle est un élément de la religion, mais non lessence ; elle est la forme, mais non le fond ; elle n’a pas la prétention de rendre supertilues les recherches philosophiques; sa portée et sa valeur sont purement religieuses !.
1 C’est dans ce sens que la révélation est appelée, Tite I, 1: &)\10erx x Î h «ur edcéferav.
Mais qu'est-ce que la religion ? Vis-à-vis d’un Dieu impersonnel et abstrait, l'homme ne peut se trouver que dans un rapport de dépendance absolue, et tel est le Dieu, telle est la religion de Schleiermacher. Dans sa Dialectique, ce théologien a exposé les motifs qui lempêchaient de préciser davantage son idée de Dieu, et nous ne nions pas qu'il ne soit difficile, sinon impossible pour la philosophie, d'établir l'idée d'un Dieu personnel. Mais c’est le sentiment chrétien, non pas Île raisonnement, que Schleiermacher aurait dû consulter dans sa Dogmatique, s’il avait voulu rester fidèle à la distinction faite par lui entre la théologie et la philosophie. Le sentiment religieux chrétien exige un Dieu qui soit maître de lui-même comme il l’est du monde et dont la pensée ne se confonde pas avec la volonté. Et qu'on ne dise pas que l’idée de la personnalité divine appartient uniquement au langage populaire dans lequel le christianisme est enseigné, à la forme symbolique dans laquelle il aime à se manifester. L'idée de la personnalité humaine, de sa valeur suprême et de ses droits indestructibles, forme le fond même de la conscience chrétienne. Or, vis-à-vis d’un absolu impersonnel, la personnalité humaine descend au rang d’une forme transitoire de la nature. Si l’être infini n'est que la substance, l’être fini n’est qu’un accident. La personnalité divine seule peut garantir la personnalité humaine, son image. — Ajoutons aussitôt qu’en revendiquant pour Dieu l'existence personnelle, nous ne voulons nullement définir la nature même de Dieu. Dieu se révèle à la conscience morale et religieuse comme un être personnel, voilà ce que constate la dogmatique; quant à l’être-en-soi de Dieu, c’est à la