Histoire naturelle des Inliisoires, p
4B ÉTUDES SUn LES INFUSOIRES
qu'elles ont une enveloppe raide et non contractile. Mais la contiactilité de la cellule (nous ne parlons pas bien entendu de pulsations rythmiques) est-elle bien un caractère essentiel du règne animal et inversement l'absence de contractilité un caractère du règne végétal ? Le protoplasma des plantes, la substance azotée des cellules végétales, le vaisseau primordial de M. Hugo von JîohI, en un mot, paraît lui aussi susceptible de contractilité. Le Protococcus pluvialis qn\ a tant d'affinité avec les Chlamydomonas à membrane laide, offre du reste aussi, sous une certaine forme de son développement, une grande ressemblance avec d'autres êtres doués d'une grande contractilité , à savoir les Euglènes. — La même chose peut se dire d'un autre intéressant organisme qu'on peut rapporter sans aucun doute au genre Cnjptoglena de M. Ei'henberg, et que nous avons eu souvent l'occasion d'observer. C'est une cellule remplie de chlorophylle, munie d'un seul flagellum et enveloppée d'une coque résistante (cellulose?) en forme de flacon (v. pi. XII, fig. 23). Il vient un moment où la Cryptoglène se détache de cette coque qu'elle remplissait auparavant exactement : elle perd son flagellum, et se met à tourner à l'intérieur, comme pour chercher à en sortir (PI. XII, fig. 48). C'est ce qui a lieu au bout d'un certain temps, l'enveloppe venant à se fendre et tombant par morceaux (fig. '19-20). La Cryptoglène, nue dès-lors (fig. 21), se meut comme une Euglène qui a perdu son flagellum en rampant au moyen de lentes contractions de son corps '. Il est fort probable que toutes les Cryptomonadines de M. Ehrenberg sont susceptibles de se présenter sous ces deux formes '. Une partie des Euglènes, celles dont
I. M. Port}' (Zur Kcniilniss der kleinsten Lehensfornien. Bein ISo2, p. St-H;^) ra|iporlc quelque oliosc il'analo^çue lie la Chonemoiias liispida ou Choneinonas ScliranUii, qui esl ijcul-ètro le même oigauisuie que la Ciyiitoglcna volvocina Elir., bien que M. Perty indique deux flagellum chez les Clioneuionas, et que nous n'en ayons jamais vu qu'un seul chez notre Cryptoglène. — Une seule Tois, nous avons observé une division du contenu d'une Cryptoglène dans rintérieur même de l'enveloppe (PI. XII, lig. 1i). Les nombreux globules ipii en résultèrent ne montrèrent pas trace de mouvement.
2« Déjà M. Weisse a observe quelque chose de semblab'e chez la Trachdoinniuis nigricans. U arrive souvent d'après lui, que chez cet organisme la cuirassiî se brise : la partie postérieure tombe et l'animal nage en portant encore un morceau de la cuirasse ou enveloppe résistante (cellulose?) comme une calotte sur la partie antérieure, où se trouve le soit disant œil de M. Ehrenberg. On voit alors à ce fragment, d'une manière Irès-évidente, le trou par lequel sort le cil Bagellilorme, à l'aide duquel la Tiaclnlomomis se meut. Une fois, M. Weisse trouva un individu qui venait de se débarrasser de la partie antérieure de cette enveloppe résistante, tandis que le flagellum passait encore au travers. Celui-ci s'agitait pour chercher â se débarrasser de la dépouille incommode. La Trachelomonas dépourvue de son enveloppe était alors parfaitement semblable à la MicrogUmi monudina Ehr., et M. Weisse considère par conséquent la Trachelomonas comme étant la nymphe (Paijpct de la Microglena. (Voyez Weisse : Notiz in
KT LES IIIIIZOPODES. 17
M. Dujardin a formé le genre Phacus, sont en général si peu contractiles, qu'une comparaison entre elles et le Protococcus pluvia/is n'aurait rien d'étonnant. Du reste, ce dernier paraît pouvoir se présenter parfois sous la forme d'un corps très-contractile, muni d'un flagellum et d'un point rouge à sa partie antérieure, ce qui permet fort bien de le rapprocher des Eugiènes à forme changeante.
M. Cohn a d'ailleurs étudié aussi le développement d'une Euglène , VEnglena viridis ' et l'a trouvé très analogue à celui des Protococcus. Meyen ainsi que M. K<)lliker, et M. Perty, en avaient déjà constaté quelques phases isolées. — Les Eugiènes ne sont pas toujours mobiles. Elles présentent dans de certaines circonstances un état de repos comme le Protococcus pluvialis. Elles se roulent en boules et s'enkystent dans une capsule incolore, résistante. Il est alors impossible de les distinguer d'un Protococcus à l'état do repos. Sous celte forme les Eugiènes paraissent avoir eu le sort de devenir des algues entre les mains de M. Kûtzing, qui leur a assigné une place dans le genre Micrucystis. Dans ce kyste s'opère une multiplication fissipare, suivant la série 2, 4, 8, 16, 32, etc., parfaitement comme chez les Protococcus. Les nouveaux individus sont semblables à leur parent lorsqu'ils sont en petit nombre, ils s'en écartent lorsque le nombre qui indique le résultat de la division binaire est porté à une puissance élevée-: Ce sont alors de très-petits corps pyriformes avec un nucléus. On voit donc que cette multiplication a lieu d'après le même type que celle des Protococcus '.
Bezug aiil' Metuiiioi|)lioseii dur sogeiiaiiilcii iiol.vgasti'isclicii liiriisuiieii. Dans les tiiillotiiis de la classe |ilijsico-niaUiématique de l'Ac.idéinie de .Saint-Péterslioiirg. IHàl, n" 4.
1 Cohn. Beitr.lgo ziir Eiilwickliingsgescliiclile der Infiisorieii — Zejtsclirift liir wissciisehaflllclie Zoologie, el le Mémoire sur le Protococeiis.
i. Les Eugiènes paraissent du reste [Kisséder (ucnre d'autres modes de m produclion. C'est ainsi que nous avons \u un exemple de division transversale clic/, une Anihli/ophn viridis non enkystée. Celte espèce est si voisine df VEiiglfita viridis que M. Fo( ke (Pliysiologische Studien. Erstes Hcit, p. 11) ne veut \oiv dans VAiiiblyojiliis viridis, VEuf/lena suiiquinca, VE. hyalina, VE. Vtses, \'E. viridis et VE. spirogyra qu'une seule et même espèce M. Perty (Zur Kenntniss der kleinsten Labensformen . Bern, 18.S2, p. 7R) rapporte également avoir vu un exemple de division spontanée chez une Euglena viridis non enkystée. Chez VEuglcna Plcuronecles nous avons vu le contenu de la membrane s'ordonner autour de certains centres de manière à foinier des globes, tandis (PI. XII, lig. 13) ipie rEuglène se mouvait encore. Cela rappelle ce qu'on voit chez les Chlorogouinm. Parfois aussi( lig. \ï}, le mouvement de l'individu parent avait cessé auparavant. — M. Perty dit avoir constaté, comme M. Cohn, que les Eugiènes sont susceptibles, dans leur état d'enkystement, de se diviser en un nombre énorme de petites parties (« blasties ••), comparables b la masse des microgonidies de certaines algues. Si chacun des individus ainsi formés peut se développer en une Euglène, ce (|ui est probable, cela expliquerait leur multiplication parfois si incroyablement rapide Nous attirons aussi l'attention sur ces corpuscules singuliers qui remplissent souvent les Eugiènes, et que M. Ehrenberg
A la suite de ces considérations et de diverses autres, M. Cohn en vient à admettre que la substance contractile des animaux et le proloplasma des plantes sont des produits essentiellement analogues. Il en [déduit que cette substance est, à vrai dire, chez les plantes, enveloppée d'ordinaire dans une membrane résistante de cellulose, qui manque chez les animaux, mais que cependant certaines plantes, des algues, par exemple, peuvent passer par des phases où le protoplasua vit d'une manière indépendante, sans être protégé par aucune membrane résistante , et enfin , qu'il est certains animaux, les Euglènes par exemple, chez lesquels la substance contractile peut s'entourer d'une membrane résistante épaisse et non contractile. Les zoogonidies des algues se comporteraient dans ce cas, quant au type, comme des animaux unicellulaires (?), et les Euglènes enkystées, à l'état de repos, comme des plantes de la plus simple organisation.
A ce point de vue, les phénomènes vitaux présentés par les Protococciis pluvialis s'expliqueraient au moyen d'un alternance de génération. Une forme végétale donnerait naissance à une autre forme, qui, par son organisation et son genre de vie se comporterait d'une manière analogue à celle dont se comporte certain autre groupe, savoir le groupe des infusoires flagellés réputés astomeset anentères. Cette phase dans laquelle le Protococcus présente certains caractères d'animalité passe bientôt à une autre évidemment végétale. On poin-rait alors considérer le développement des Euglènes comme analogue quoique inerte. Ce serait un animal qui pendant un certain temps mènerait une vie en apparence végétale.
Cette manière de voir, fort intéressante du reste, pourrait se ramener au fond très-facilement aux cycles de MM. Naegeli et Braun, bien que ces cycles n'offrissent peut-être pas la même régularité que chez les Diatomées et les Desmidiées.
Des organismes très-voisins des Protococcus sont les G lœococcus, dont M. Braun nous a fait connaître le développement '. Ces cellules oviformes vertes et à rostre inconsidérait tantôt coiiinif des corps crjstalliiis, tantôt counne des organes génératems, tandis i|ue d'autres, comme M. Focke, ne veulent y voir (jue des grains de paraniylum. Leur forme de bâton est surtout très-développée chez VEuglena Acus (PI. XII, lig. lo). On les trouve parfois on nombre fort considérable. Peut-être > aurait-il quelque chose de connnun entre ces corps et la reproduction. 1. Alex. Braun. Verjiingung. p 169.
ET LES RlUZOPODES. 49
colore se nnikiplienl par une division binaire simple ou deux fois répétée. Les cellules ainsi produites forment des familles enveloppées d'une espèce de gelée. On peut admettre ici comme chez les Diatomées et les Desmidiacées, etc., des séries de générations successives, séparées les unes des autres parune génération de transition. Chez les Desmidiacées et les Diatomacées la génération de transition qui sépare deux cycles de générations par fissiparité, c'est la génération où l'on observe une copulation. Chez les Gloeococcus, cette dernière trouverait son remplaçant dans la génération binaire double (division en quatre) qui se présente toujours au bout d'un certain nombre de générations par division binaire simple (division en deux). Toutes les générations appartenant au cycle de division binaire simple sont, leur vie durant, munies de deux cils flagelliformes. La génération de transition, au contraire, n'en offre pas. Les dernières générations de chaque cycle quittent la famille, et chaque individu s'en va pour son propre compte, nageant librement dans les eaux, chercher une place où il 'passe à l'état de repos et forme ainsi la cellule de transition à un autre cycle '.
Aux Protococcacées se trouve intimement uni le groupe des Volvocinées proprement dites, et nous avons à passer maintenant aux p'hénomènes reproductifs qui le caractérisent. C'est peut-être le groupe le plus intéressant de tous les organismes à place incertaine qui font le sujet de ce chapitre. Considérés toujours comme des animaux jusqu'à ces dernières années, c'est M. de Siebold " qui a été le premier à les réclamer au profit du règne végétal, et aujourd'hui nombre d'algologues distingués, entre autres MM. ("ohn ^ et Braun ■* se sont rangés à son avis. La question est cependant, comme nous le verrons par la suite, fort loin d'être décidée.
Les Volvox proprement dits, et, parmi ceux-ci le Volvox glohator sont les premiers êtres de cette famille dont on ait-découvert un des modes de développement. Déjà les
1. Ici viennent se ranger toutes les Palmellacées dont les analogies avec les Protococcacées sont immenses. Mais lenr nature étant d'un commun accord reconnue pour végétale, nons les laisserons de côté, afin de ne pas nous laisser entraîner trop loin.
2. Th. de Siebold. De finibus inter regnuni animale et vegetabile. Erlangen, 18iJ, p. 1-2, et L'eber einzellige Pflanzen nnd Tbiere. Zeitschr. f. vviss. Zoologie. 1 sler Bd. l8/i9, p. -270.
.5. Untersuchungen ûber die Entwickbingsgeschichte der Algen nnd Pilze, 1853. 4. Zeitscbrilt fiir wissenscbaftlicbe Zoologie, 4 ter Bd. p. 77 et suiv.
anciens observateurs avaient considéré comme des embryons les grosses boules vertes qu'ils voyaient dans l'intérieur du Volvox. M. Ehrenberg qui eut l'honneur de constater le premier que ces organismes sont des colonies d'individus, montra que chacun de ces soi-disant embryons, est une jeune famille produite par la division spontanée et rapidement répétée d'un de ces individus. Ce procédé de multiplication est, comme M. Stein ' l'a montré, le résultat d'une division binaire multiple, comme c'est aussi le cas chez d'autres Volvocinées, de sorte que le nombre des individus d'une famille doit toujours répondre à une puissance de 2 . Chaque nouvel individu se munit de deux cils flagelliformes, et la famille engendrée sort de la famille-mère par une déchirure. Mais ce n'est point là le seul mode de reproduction des Volvox. M. Busk ' nous a mis sur la voie i|ui devait nous en faire connaîlie un autre. M. Stein % de son côté, sans avoir aucune connaissance des travaux de M. Busk, fut conduit à des résultats à peu près parfaitement semblables. Le second mode de reproduction rappelle un peu ce qui se passe chez beaucoup d'autres organismes inférieurs. Parfois certains individus d'une famille deviennent excessivement gros, aussi gros que de jeunes familles, sans que cependant on aperçoive chez eux la moindre trace de division. Bientôt ces sphères s'entourent d'une substance gélatineuse, présentant des pointes coniques diversement ' découpées, ce qui fait qu'une coupe d'une de ces sphères présente un aspect étoile, parfaitement comme les spores que M. Cohn nous a fait connaître chez la Sp/iœropleo anmdina. M. Ehrenberg avait fait du Volvox globator, dans cet état, une espèce particulière, le Volvox stellatus, caractérisée par l'apparence stelliforme des jeunes colonies '. Mais ces jeunes colonies sont de fait des kystes, suivant l'expression de M. Stein. Un partisan de la végétabililé des Volvox, dirait des spores ou des sporanges. M. Busk les nomme des spores d'hiver, et M. Stein pense dans le fait comme lui, que leur lôle est de résister à la saison froide, comme du reste aussi aux époques de chaleur excessive, où les étangs sont à sec. Nous nous contenterons de les nommer des
I. Die Infusionsthierclieii auf ihre Enlwlckhmg untersucht. Leipsig, !854, p. 44.
i. Busk. Sorae observations on the structure and developoment of Volvoa; globator and its relations to oi'ier unicelUilar plants. — Quarterly .lournal of microseopical Science, 1833, p. ôl-3!i.
ô. Loc. cit. p. 4'2-48.
i. M Fucke considiiait déjà comme probable que le Volmx stellatus n'est pas spécifiquement différent du V. globutor iPhysiologische Studieu. Erstes Heft. 1847).
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corps reproducteurs. Leur contenu, primitivement vert, passe peu à peu au rouge brun. La famille-parente meurt et se décompose de sorte que les corps reproducteurs gisent libres dans l'eau. Ni M. Busk, ni M. Stein ne les ont poursuivis plus loin. Il est à supposer cependant qu'ils reproduisent plus tard des germes mobiles.
Nous avons évidemment là à faire à un cycle périodique semblable à ceux que MM. Nœgeli et Braun nous ont fait connaître chez les Desmidiacées, les Diatomacées, les Gloeococcus, etc. Nous avons une suite de générations par fissiparité, où les familles sont mobiles, puis vient une génération de transition immobile, laquelle reproduit sans doute la première génération mobile du cycle suivant '.
D'après M. Busk * on doit encore faire rentrer dans le cycle d'évolution du Volvoo: Ijlobator, la Spkœrosira Volvox, Ehr., bien que les individus (zoospores, pour parler avec M. Busk) qui la composent, n'aient qu'un flagellum au lieu de deux. Si ceci se confirmait, le Volvox deviendrait un Protée presque insaisissable comme le Protococcus pluvia/is. En etïet, les individus qui composent une Sphœrosira se multiplient par une division binaire répétée, donnant lieu à 'des grappes, ou colonies de monades, qui se
1 Depuis la rédaction de ces lignes, noire connaissance de la rcpiodnclion dos Volvox a été considérablement modifiée et augmentée par les recherches de M. Cohn, confirmées en grande partie par M. Carter. D'après M. Cobn (Comptes-rendus de l'Acad. des Se, l" déc. 1S56. — Annales des Se. nat. ).S37), les Volvox possèdent denx modes de roiirodnction : le premier est nne simple multiplication par scissiparité. Il n'y a dans chaque famille qu'un nombre restreint d'ulricules qui soient chargés de ce mode de reproduction. Le second mode de génération exige nn concours sexuel ; il ne se présente que chez certains individus, dont les utricules composants sont plus nombreux que d'ordinaire. Ces individus ou familles sont monoïques, portant des utricules mâles et des utricules femelles : la plupart des utricules sont cependant neutres. Les utricules femelles deviennent plus gros que les autres, et s'allongent vers le centre du Volvox, sans qu'il y ait partage de leur endochrôme. Les utricules mâles se divisent en une multitude de petits corpuscules linéaires, munis de deux longs cils en arrière de leur partie moyenne et d'un long rostre en forme de cou de cygne. M. Cohn considère ces corpuscules comme des spermatozoïdes. Ils se répandent dans la cavité du Volvox, s'amassent autour des utricules femelles et s'incorporent peu à peu à eux. A la suite de cette fécondation, les utricules femelles se munissent d'un tégument à saillies coniques et pointues, et leur chlorophylle fait place à de l'amidon ainsi qu'à une huile de couleur rouge ou orangée. Dans cet état, le Volvox globalor est identique d'abord avec le V. slellalus, puis avec le V. aureus de M. Ehrenberg. A ce sujet, l'opinion de M. Cohn concorderait avec celle de M. Busk, que nous mentionnerons plus loin. M. Cohn s'accorde aussi avec M. Busk pour faire rentrer la Sphœrnsira Volvox dans l'é\x)lution du V. globalor. M. Carter (Ânimls and Mag. of nat. Hinlory .lanvier, 1859) n'est point d'accord avec eux sur ce point. Il pense que ces auteurs ont confondu deux espèces de Volvox, et, en cela, ses opinions pourraient être rapprochées de celles de M. Stein, qui lui sont restées inconnues. D'ailleurs, M. Carter décrit la fécondation des Volvox à peu près comme M. Cohn. — Un mode de reproduction trèssemblable à celui des Volvox a été découvert et décrit par M. Carter, chez les Eudorina et les Cryptoglena (Annals and Mag. of nul. Ilislory. October 1X38). La similitudu est même telle que nous pouvons nous dispenser de tous détails à cet égard (.'Vojp de I8C0).
i. Busk. Loc. cit. p. 39-40.
détachent de rorganisnie-parent et nagent de concert dans les eaux sous une forme qui rappelle les Uvella ou les Syncrypta de M. Ehrenberg.
Le Volvox aureus Ehr. est, d'après M. Stein, une autre espèce de Volvox (T. minor Stein) observé dans le moment où les corps reproducteurs ont pris une teinte rouge dorée. D'après M. Busk ce ne serait qu'une forme de Volvox glohator ' .
M. Cohn " nous a cependant fait connaître chez les Stephanosphsera, genre excessivement voisin des Volvox, un mode de reproduction qui semble indiquer que ceux-ci pourraient bien se reproduire encore d'une autre manière \ Ici également on trouve la division binaire, ce procédé de multiplication si fréquent chez les animaux inférieurs. Chaque Stephanosphaera se compose normalement de huit individus, associés en famille dans une enveloppe gélatineuse commune. Une triple division binaire s'effectue chez chaque individu, de manière à ce que l'enveloppe commune se trouve renfermer huit groupes de chacun huit individus. Chacun de ces groupes sort par une déchirure de l'enveloppe commune et forme une nouvelle famille. — Parfois aussi les individus quittent isolément la famille et mènent chacun pour son compte une vie errante. On ne peut guère alors les distinguer des Chlamydomonas. Nous verrons plus bas quelle est la destinée probable de ces individus.
Dans d'autres cas, la division binaire poursuit sa marche de sorte que le nombre des individus appartenant à chaque groupe ne se restreint pas à 8, mais se multiplie
1. Koiis savons à peine si nous devons menlionner ici une note de M. le docteur Gros, sur le dévelo|ipcnient du Volvox globalor (iîulletin de la Société des naturalistes de .Moscou. l.Si5, 1, p. Ô80). M. Gros donne de cet organisme une deseri|ition du reste assez confuse. Il doiuje aux individus qui composent une famiUe adulte le nom de polypiers de premier ordre. Les jeunes familles contenues dans l'intérieur du Volvox sont pour lui des polypiers de second ordre, et les individus de ces jeunes familles des vésicules vcsiculées de troisième ordre. M. Gros a puisé dans un clang un verre plein de Volvox. Ce verre le suit partout et gèle même en voyage; après quoi M. Gros se met à l'ol)server avec soin, depuis le mois de février jusqu'au mois d'octobre, où il trouve que les vésicules mères sont toutes détruites, et que les vésicules de troisième ordre ont seules survécu. Une partie de celles-ci sont à l'étal de repos, entourées de gelée. Malheureusement, M. Gros ne sait pas distinguer ces vésicules d'œufs de" rotateurs qui se trouvent par hasard dans son verre. Il voit ces rotateurs se développer toui naturellement dans leurs œuls, et M. Gros se met en vojage, allant proclamer par le monde qu'il a vu un Itnlaloire pitilodhié issu d'un Volvox. Il en conclut à une alternance de génération chez les Rotateurs, « car, dit-il, ce serait un rotatoire issu de la couvée d'un polygastrique ( I ) »
C'est du reste le même M. Gros qui nous apprend ailleurs (Bulletin de la Société des Naturalistes de Moscou, i>^ih, p. 387) que les Spores végétales deviennent des bacillariées, et que les cellules végétales a couvent aussi d'autres infusoires. >>
2. Ueber eine neue Gattung ans der Famille der Volvocinen. Zeitscli. f. wiss. Zoologie, i 1er Dd. p. 77.
3 Cette prévision s'est trouvée réalisée dans l'intervalle, par la découverte faite |iar )I. Cohn lui-même, des spermatozoïdes des Volvox, ainsi que nous l'avons exposé dans la note de la page précédente (.Yo(f de 1800).
ET LES liHlZOPOllES. 53
en IG, S"!, 64, 128, et ainsi de suite. L'enveloppe commune se trouve finalement remplie de myriades de petits êtres munis chacun de quatre cils flageUiformes. Ces petits êtres fusiformes quittent l'enveloppe commune et nagent librement dans l'eau. Personne ne méconnaîtra l'analogie de ces corpuscules avec les microgonidies des algues.
Ces observations de M. Cohn se trouvent complétées par celles de M. Alex. Braun ' sur les Chiamydomonas elles-mêmes. L'analogie de ces petits êtres avec les Volvox avait déjà clé reconnue par M. Ehrenberg, ce qui n'a pas empêché M. Dujardin de les éloigner de ces derniers, et. sans aucune raison valable, de les anabaptiser du nom de Diselmis. — Les Chiamydomonas apparaissent d'ordinaire en masses énormes au printemps, puis disparaissent subitement, sans qu'il soit possible d'en trouver un seul individu pendant l'été. M. Biaun a éclairci ce mystère par l'étude du développement de la Chiamydomonas oblusa Br. Dans l'état que l'on regarde d'ordinaire comme leur état normal, M. Braun considère les Chiamydomonas comme des zoogonidies. Elles se tjjultiplient sous cette forme par une division binaire simple ou deux fois répétée. Cependant il arrive de temps à autre que la division binaire se répète un plus grand nombre de fois. Elle donne alors lieu à 46 ou 32 microgonidies dont la forme est différente de celle des macrogonidies. — La même chose a lieu chez une autre espèce, la Chiamydomonas tingens Br. Au printemps on voit les générations de macrogonidies se succéder très rapidement, et les microgonidies apparaître aussi ça et là. Mais au bout de quelques semaines on ne trouve plus un seul individu en mouvement. Les cellules précédemment allongées, ont pris une forme parfaitement sphérique, et ont pfissé à l'état de repos. Leur contenu, primitivement vert, se colore peu à peu en rouge brun et l'on voit l'intérieur pai'semé de gouttes d'huile. Dans cette espèce d'état de sommeil, les Chiamydomonas persistent tout l'été, et ce n'est qu'en décembre ou janvier qu'on voit apparaître de nouveau des individus mobiles. Leur couleur repasse alors peu à peu du rouge au vert, et les phénomènes de division recommencent.
L'apparition des microgonidies chez les Chiamydomonas et les Stephanosphères
I. Al. liiaiiii. L'ehor Dit- Kisrlioiimng iloi' Verjiingunt; in fier Natur. p. ôiO ol siiiv.
rend leur existence, chez les autres Volvocinées, fort probable ', et lorsqu'on songe à l'importance acquise récemment à ces singuliers êtres, parla découverte de M Pringsheim ", qui a reconnu que leur destination réelle est déjouer le rôle d'anthéridies, ou même directement de spermatozoïdes, on en concluera que nous ne sommes peut être pas loin du moment où l'on li'ouvera des sexes cliez les Volvox, comme on en a découvert récemment chez les Vauchéries, les Fucoidées et beaucoup d'autres algues. Les individus des Stephanosphsera que nous avons rapporté se détacher isolément d'une famille, seraient alors des macrogonidies, et leur but serait probablement, en se détachant de la famille, de passer bientôt à l'état de repos.
Nous voyons du reste quelque chose de semblable se passer chez les Gonium, autre genre de Volvocinées, dont une espèce, le Gonium 'pectorale, a été étudiée par M. Cohn sous le point de vue de son développement ^ Le Gonium pectorale se compose, comme on sait, de 16 individus réunis en famille sous une forme tabulaire, dans une enveloppe gélatineuse. La reproduction s'opère au moyen d'une division binaire quatre fois répétée, d'oîi il suit, qu'après une semblable division, la famille primitive sp trouve composée d'un nombre d'individus égal au carré de 16 et répartis en 16 groupes. Chacun de ces groupes forme une nouveUe famille. Il se présente naturellement parfois des irrégularités. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de rencontrer des familles de huit individus. Comme la famille n'est point distribuée en échiquier, mais suivant certaines lois dont M. Cohn a fait l'étude particulière, ces familles anormales semblent au premier abord manquer de symétrie. Mais ce sont dans le fait de véritables hémiédries. — De même que chez les Stephanosphœra , il arrive parfois aussi chez les Gonium que les individus, appartenant à une famille, la quittent isolément, probablement pour passer bientôt à l'état de repos. Il faudra encore des observations suivies pour savoir si l'idée des cycles, séparés par une génération de transition (Naegeli et Braun), trouve ici son application. Mais nous en doutons à peine.
1. On peut voir par la note de la paye iil (pic cette ]irévisioii s'est réalisée. L'existeuee de sexes chez les Volvocinées en général, est aujourd'hui parfaitement démontrée [Sole de ISliU). •2. Monatsbericht der Berliner Akadeniie Uer Wissenschaften. Mârz 1855. n. Untersuchungen iibcr die Entwieklunijsgeschichte des mikroskopischen Algeli iind Pilze. p. isu et sulv.
ET LES nniZOPODES. 55
Aux yeux de M. Colin" les familles de Gonium formeraient le pendant des Pediastrum, mais en sens inverse. Chez les Pediastrum, ce sont les individus isolés qui sont doués de mobilité, tandis que les familles vivent à l'état de repos. Chez les Gonium ce soij^, au contraire, les familles qui mènent une vie errante, tandis que les individus se détachent isolément pour passer à l'état de repos. Les microgonidies n'ont pas été observées jusqu'ici, mais l'analogie des Stephanosphœra et des Chiamydomonas permet de supposer qu'on viendra à les découvrir.
Les Pandorina, les Botryocystis, etc., offriront sans nul doute des phénomènes analogues.
D'après tout ce qui précède, on s'attend probablement à ce que nous considérions les Volvocinées comme des végétaux. Toutes leurs analogies semblent être de ce côté là. Le mode de division est tout végétal ; la présence de macrogonidies et de microgogonidies comme chez un Pediastrum ou un Hydrodictyon ne parle guère en faveur de l'animalité, sans compter que les corps reproducteurs (probablement destinés à reproduire des macrogonidies) du Volvox globator ressemblent à s'y méprendre aux spores deSphjeroplea, et subissent comme celles-ci, pendant leur état de repos, un passage de la couleur verte à la couleur brune. Voir des animaux dans de tels organismes, c'est, semble-t-il, vouloir violer toutes les analogies.
Et cependant nous flottons dans le doute, et même, si nous sommes obligés de nous prononcei' d'une manière positive, nous croirons devoir faire pencher la balance plutôt du côté de l'animalité. Ce ne sont pas les mouvements qui nous guident dans cette manière de voir, bien qu'on pût se laisser séduire à adopter cette opinion, uniquement par la description que Turpin fait de la manière « dont on voit les Gonium se balancer avec grâce, pirouetter, se tourner en avant, en arrière, se ployer majestueusement ; comment ils forment une chaîne qui se promène en décrivant toutes sortes de figures, si bien qu'on croirait, dans une goutte d'eau animée par ces émeraudes étincelantes, assister à un bal magnifique, masqué et paré. . . Une petite féerie !» Ce ne sont pas non plus les points rouges fréquents chez beaucoup d'entre eux, mais c'est la présence d'un organe important, la vésicule contractile.