‹ Études sur la infusoires et les rhizopodes; (volume 2)Chapitre 57 sur 65 · Voyez le [ireniiev volmiu- de ces Études · texte numérisé non relu

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Actinop/irys Sol (Podophrya sans pédicule), ce qui montre d'une manière encore plus évidente que d'autres arguments, l'identité des deux formes, identité que M. Stein reconnaît, du reste, lui-même, bien qu'il emploie d'ordinaire les deux noms.

Une des meilleures preuves que les conjugaisons ne sont pas le résultat de rencontres purement accidentelles, c'est que souvent elles ont lieu dans des cas où l'un des individus a dû prendre une position forcée pour atteindre l'autre. Tel est le cas, par exemple, delà conjugaison de deux Podophrya quadripartita quenons avons représentées dans la ligure 9 de la Planche III. L'un des individus est évidemment tiré anormalement vers le bas, de manière a être obligé de fléchir et de s'incliner sur le point d'attache. Ici la conjugaison s'est probablement opérée de manière que les deux individus, s'étant d'abord saisis mutuellement à l'aide de leurs suçoirs, puis, retirant ceux-ci, se soient peu à peu trouvés rapprochés l'un de l'autre, jusqu'à un contact immédiat. Dans un cas semblable, il n'est pas besoin de poursuivre le phénomène dès son origine pour s'assurer que l'on a bien à faire à une zygose, et pas à un simple cas de division spontanée. En effet, la présence des deux pédoncules montre que dans l'origine les deux individus étaient indépendants. On ne connaît pas d'exemple qu'un pédoncule se divise dans un cas de reproduction par tîssiparité, chez un infusoire pédicellé quelconque. D'ailleurs, si la division du pédicule avait précédé celle du corps, les points d'attache des bases des deux pédoncules seraient adjacents l'un à l'autre. Or, il est fort habituel de trouver que les bases de ces deux pédoncules sont situées très-loin l'une de l'autre, et qu'elles sont même fixées sur des rameaux différents d'un arbre d'Epistylis.

Parmi les diverses conjugaisons d'Acinétiniens que nous avons observées, nous devons encore mentionner celle de deux Acincta mystacina. C'est un cas intéressant par la particularité que le corps de l'un des individus abandonne sa coque, et passe dans la coque de l'autre.

Nous avons enfin constaté l'existence de la conjugaison chez une toute autre famille d'infusoires, à savoir chez les Vorticellines. C'est la Vorticella micrnstoma qui nous a donné d'abord et à maintes reprises l'occasion de poursuivre ce curieux phénomène. Il est néanmoins certain que la zygose n'est point tiès-fréquente chez cet animal. Elle ne se présente, sans doute, que dans de certaines circonstances non encore déterminées. Ce

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qui parle en laveur de cette manière de voir, c'est que, dès qu'on voit un exemple de conjugaison dans un infusoire, on peut être sûr d'en trouver un grand nombre d'autres. La conjugaison devient alors, pour ainsi dire, épidémique. On reconnaît promptement les Vorlicelles conjuguées, à ce qu'elles accusent par leur forme une composition multiple, tout en possédant plusieurs pédicules. Nous avons déjà dit, à propos des Podophrya et des Acineta pédicules, qu'une telle conformation ne peut jamais s'expliquer au moyen d'une division spontanée. D'ailleurs, dans une infusion, où les conjugaisons des Vorticelles étaient très-fréquentes, nous avons eu l'occasion, durant l'été de 1854, de poursuivre le phénomène dès sa première origine.

Lorsque deux (ou plusieurs) Vorticelles s'apprêtent à se conjuguer, on les voit d'abord simplement accollées l'une à l'autre, sans remarquer d'union organique entre elles; toutefois, les contractions de leurs pédoncules ont lieu synchroniquement, la contraction de l'un semblant eotraîner celle de l'autre. Une espèce de pont ou de commissure ne tarde pas à s'établir entre les deux individus. L'union n'a d'abord lieu qu'à un seul point, mais va bientôt en s'étendant progressivement. La fusion marche, en général, dans les parties postérieures, plus rapidement que dans les parties antérieures. Pendant ce temps, les individus en conjugaison se contractent très-fréquemment et avec énergie (V. PI. XII, tig. 5). Lorsque les parties postérieures se sont si bien soudées qu'on n'y reconnaît plus les traces de l'origine multiple, le z>jgozoï(e (c'est ainsi que nous désignerons l'individu résulté de la conjugaison) se munit d'une couronne de cils postérieurs (PI. XII, fig. 6i. Les contractions des pédoncules deviennent de plus en plus rares, de moins en moins énergiques, et enfin vient un moment où le zygozoïte se détache (PI. XII, fig. 7) se détache de son pédicule et se met à nager à grande vitesse. Pendant tout le temps où la division s'opère, les Vorticelles retirent leur organe vibratoire à l'intérieur, et contractent plus ou moins leur péristome (fig. 1, 2, 5 et 6). Parfois la fusion ne va pas aussi loin, et l'union n'a lieu que par les parois latérales du corps ; les extrémités postérieures restent aloi s aussi bien séparées que les antérieures. Le zygozoïte se munit par suite de deux ou trois couronnes ciliées postérieures (fig. 2 et 3), ou même, peut-être, parfois davantage, suivant le nombre des individus composants.

Au moment où le zygozoïte se détache de ses pédoncules, sa forme change comme

par une secousse, aussi rapidement que l'éclair. Il s'allonge de manière à former un cylindre, comme le fait une Vorticelle au moment où elle entre dans la vie libre (fig. 3 et 7). La partie du zygozoïte qui était lixée sur les pédoncules, c'est-à-dire celle qui s'est munie de la couronne ciliaire postérieure, est, pendant la natation, dirigée en avant, comme c'est ordinairement le cas chez les Vorticelles libres, tandis que le péristome contracté est tourné en arrière.

Le zygozoïte nage avec une excessive rapidité en ligne droite, puis, tout à coup, il se retourne brusquement pour se lancer également en ligne droite, dans une direction toute opposée, ce qui fait qu'il est fort difficile de le poursuivre. Cependant, lorsqu'on y parvient, on voit qu'il ne reste pas longtemps en liberté. Au bout d'un quart d'heure ou de vingt minutes, quelquefois mêm e lorsque quatre à cinq minutes se sont à peine écoulées, il va se fixer quelque part; la partie qui est munie de la couronne ciHaire natatoire, sert à la fixation, et l'animal rentre dans la vie sédentaire. Toutes les fois que nous avons poursuivi un zygozoïte, jusqu'au moment de la fixation, une circonstance ou une autre nous a empêchés de pousser cette poursuite jusqu'au bout. Il arrive souvent qu'après être resté fixé un certain temps, le zygozoïte se détache de nouveau et recommence à se mouvoir avec agilité, palpant pour ainsi dire les objets qui se présentent à lui, à l'aide de sa partie postérieure (c'est-à-dire postérieure, par rapport à la position des bouches; c'est, en réalité, la partie qui est dirigée en avant pendant la natation, l'animal nageant toujours à reculons). On voit que, mécontent de sa première place, il en cherche une préférable. Probablement que les circonstances anormales dans lesquelles il se trouve, sous le microscope, le gênent dans la suite de son développement.

Une fois nous vîmes un zygozoïte se fixer, après avoir circulé un certain temps, puis se contracter peu à peu en boule, de ?nanière à ce qu'on ne pût plus reconnaître la limite des deux individus qui le constituaient primitivement. Nous ne prétendons cependant point dire qu'une fusion des péristomes eût eu lieu, ni que l'un ou l'autre des péristomes ni l'organe vibratile correspondant eussent été résorbés. Au bout de quelque temps nous vîmes se former un contour d'abord faible, puis plus marqué tout autour de l'animal. Le zygozoïte formait un kyste. Que ce soit là la marche normale du phénomène, que chaque zygozoïte vorticellien après s'être mû librement pendant un certain

temps finisse par s'enkyster, c'est ce que nous pouvons affirmer. On sait par les expériences de Guanzati et par l'observation journalière que, parmi les circonstances extérieures qui déterminent l'enkystement des infusoires, le manque d'une quantité d'eau suffisante joue un grand rôle. Or, c'est là, nous le savons, une circonstance qui ne manque jamais de se trouver réalisée sous le microscope, d'autant plus qu'à l'époque où nous fîmes ces observations nous n'avions pas encore eu l'idée d'ajouter une goutte d'eau distillée sur notre plaque de verre toutes les fois qu'un manque de liquide se faisait sentir et que la concentration de la liqueur devenait trop considérable. C'est là une des principales raisons qui nous ont empêchés de poursuivre plus loin nos zygozoïles, car, dès que nos observations se prolongeaient au-delà d'une certaine limite, les infusoires que nous avions sous le microscope ne tardaient pas à devenir plus lents dans leurs mouvements et finissaient par périr.

ChezlesVorticelles conjuguées, de même que chez lesActinophrys et lesAcinétiniens, nous avons constaté la communication de la cavité du corps de chacun des individus composants avec celle de ses collègues. Les bols alimentaires qui sont encore en circulation et les autres particules qui se trouvent dans la cavité digestive passent librement de l'un des composants à l'autre. Une fois même que dans une conjugaison assez superficielle de trois Yorticelles, le côté de l'une d'elles qui se trouvait uni à sa voisine était le côté ofi se trouve la vésicule contractile, une fois même, disons-nous, nous avons vu la vésicule contractile de cet individu occuper une position tout à fait mitoyenne, et à chaque diastole prendre une forme allongée en biscuit. Les nucléus, dans les cas où nous avons pu nous en assurer^ restent séparés.

Jamais nous n'avons suivi de zygozoïtes jusqu'à la fusion complète des régions buccales. La fusion totale des parties postérieures a lieu d'ordinaire pendant que les animaux sont encore sur leurs pédicules, mais la fusion des parties antérieures semble continuer à devenir de plus en plus intime pendant la période de hberté.

Nous avons également constaté l'existence de la conjugaison chez d'autres Vorticellines, en particulier chez une espèce qui, quoique n'étant pas rare, n'a pas été décrite jusqu'ici. C'est une Epistylis à pédoncule très court qui forme des familles peu nombreuses '.

l. Depuis lors, )ious avons décrit celte espèce sous le nom d'Epislylis brevipft.

ET LES RIllZOrODES. 233

(PI. y la., fig. 23). La conjugaison s'opère chez cette Epistylis précisément comme chez les Vorticelles (PI. Vllt^ fig. -24 et 25).

Chez le Carchesium polijpiimm nous avons également constaté des cas de conjugaison (PI. XII, fig. 8 et 9) qui ne nous ont rien oiïert de particulier. Chez VEpïstijlis plicatilis enfin nous avons vu une gemme encore attenante au corps de son parent s'unir par conjugaison au corps d'une Epistylis voisine (PI. VI!, fig. 1).

Quelle est la signification de la conjugaison chez les infusoires? Nous savons que chez les^Vorticellines et les Acinétiniens, une semblable copulation n'est point nécessaire à la formation de germes intérieurs. D'un autre côté, il est peu probable que la fusion n'ait lieu qu'en vue de cette fusion elle-même, puisqu'il n'en résulterait qu'une diminution du nombre des individus, \me raréfaction, comme dit M Nœgeli à propos des Closterium. M. Ehrenberg qui a'reconnu, lui aussi, l'existence de la conjugaison, n'y veut voir qu'une rorroboratmi du l'espèce (Kraftigung der Species) ' conception originale, mais dont nous ne comprenons pas très-bien la portée. Cependant M. Ehrenberg pourrait appuyer son opinion de l'idée déjà émise ailleurs que la copulation des Diatomacées a lieu dans le but de maintenir la taille de ces organismes à un certain niveau. Les Diatomacées, a-t-on dit, en se reproduisant par fissiparité, donnent naissance à des individus toujours plus petits, de sorte qu'on pourrait craindre- de les voir dégénérer en véritables atomes, dans toute la signification étymologique et théorique du mot '^. Mais il vient un moment où, d'après les observations de M. Thwaites %deux frondes se conjuguent pour donner naissance à un (parfois peut-être deux) individu {sporange de M. Thwaites) qui se développent jusqu'à atteindre des dimensions beaucoup plus considérables que celles de leurs parents. Ces grandes frondes se divisent plus tard en deux pour produire des individus plus petits ; ceux-ci font de même, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin deux frondes de fort petite taille se copulent pour reproduire le géant de l'espèce. Mais si l'on comprend qu'une telle disposition soit nécessaire chez

1. Ueber die Formbesiandigkeil, ett. .Monatsiiericlil der Beiiiner Akademie. IfiàO.

2. Voyez sur ce sujet ,41ex. Bra\in : Ueber die Ersclieinung der Verjiingung in der Nattir. Leipzig, I85i, p. lih. Note. — Tliwaites : Furlher Observations on Diatoniacea. Annals and Mag. of Natural Hislorj. I8is. — G. Tliuret ; Rechercbes sur les Zoospores des Algues. Annales des Se. naturelles. \\\' série, T. XIV. — Suiitli : On Ibe détermination of species in Ihc Diatomaoeœ. Quarterly Journal of inicr. Science. January, iSao, p. 130.

3. Annals and Mag. of Natural History, Vol. XX. I8i7, p. 99 et 343.

les Diatomacées où la présence d'une carapace siliceuse empêche l-'accroissement audelà d'une certaine limite, une fois que cette carapace est formée, il en est tout autrement chez les rhizopodes nus et les infusoires ciliés, qui n'ont pas de raison pour cesser de croître. D'ailleurs nul n'a remarqué jusqu'ici que les infusoires qui se conjuguent pour former un zygozoïte soient d'uqe taille inférieure à la taille moyenne des individus de leur espèce.

M. Coj;in est disposé à voir dans le phénomène de la conjugaison de ÏActinophrys Eichhornii quelque chose d'analogue à une fécondation. Il a même remarqué souvent, au point de réunion de deux individus, un corps particulier qu'il pense pouvoir bien être le preinier rudiment d'un embryon '. C'était une vésicule claire, montrant une enveloppe très fine, parfois aussi grosse qu'une Aclinophrys isolée, et conteîiantun corps plus petit, plus dense, comparable à un nucléus. M. Stein, qui a vu aussi quelque chose d'analogue, n'y veut reconnaître qu'un corps étranger, englouti par l'Actinophrys. jN'ousmêmes nous avons vu fréquemment une vésicule plus ou moins grosse à la place signalée par M. Cohn, mais nous n'avons jamais pu, comme M. Stein, y reconnaître autre chose qu'un bol alimentaire. Jusqu'ici nul n'a vu d'embryons dans une Actinophrys ni isolée, ni conjuguée. Nous savons de plus que les infusoires sont déjà capables d'engendrer des embryons sans copulation aucune. Toutefois il serait toujours possible que les embryons résultant d'une copulation fussent à certains égards différents des autres.

M. Gohn, sachant que le célèbre ver à deux corps fDip/ozoon paradoxumj, découvert par M. Alex, von Nordmann" sur les branchies de la brème (Abramis brama) ^ n'est autre chose que l'état de copulation de deux helminthes appartenant au genre Diporpa de M. Dujardin, se sentait naturellement disposé à voir ici quelque chose d'analogue. Nous serions tentés de l'imiter, si diverses circonstances ne semblaient s'opposer à cette manière de voir. D'abord la conjugaison ne s'opère pas seulement entre deux mdividus, mais souvent entre trois, quatre, et même sept, ainsi que l'ont vu MM. Stein et Perty. 11 est vrai que nous avons l'exemple de certaines Lernées et de certains Rhizopodes de la tribu des Bopyrides, chez lesquels les mâles ont des dimensions si minimes relativement

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