Mucller's Archiv. 1 856, p. Ô
226 ÉTUDES SUK LKS INI'USOIRES
mal, la formo du niicléus et la présence, ou l'absence d'une crête ciliaire loni^itudinale sur la face ventrale. Il donne le nom de 8/. Muellrri aux individus qui uni Vovaire blanc (les granules disséminés dans le ])arenchyme sont, pour M. Elirenberg, des œufs), la glande masculine (nucléus) eu chapelet, la couronne de cils du front interrompue et la crête latérale distincte. Le .S'^. Rœse/ii ne diffère du St. Muelleri que parla circonstance que sa glande séminale (nucléus) a, noi\la forme d'un chapelet, mais celle d'un ruban très-allongé et sans aiticulations. Le St. cœru/cus doit avoir l'ovaire bleu, la glande en. forme de chapelet, une ciête latérale et la couronne ciliaire frontale continue. Enfin, le St. potymorphus doit avoir l'ovaire d'un beau vert, la glande eu forme de chapelet, point de crête latérale et la couronne frontale interrompue.
Toutes ces dilféreuces sont parfaitement nulles. En effet, nous montrerons à satiété, dans la troisième partie de ce mémoire, que la forme en chapelet cl la forme rubanaire du nucléus n'indiquent, chez les Stentors, aucune différence essentielle. Tout nucléus en chapelet a passé par une phase où il présentait une forme rubanaire, et son partage en un ceitain nombre d'articulations n'est qu'un travail préparatoire qui précède la formation des embryons. — Quant à la présence ou à l'absence de la crête, nous montrerons également dans la troisième partie de ce travail que ce ne sont point là des caractères spécifiques. La crête n'est que le premier indice d'une division spontanée en voie de s'opérer, comme Trembley l'avait déjà reconnu il y a |)ius d'iui siècle. Aussi, bien (jne les figures de M. Ehrenberg, relatives aux Stentors, soient eu général très-soigneusement exécutées, il en est uneque nous devons peut-être taxer d'inexacte, parce qu'elle représente un Stentor dans le moment de la divisien spontanée, en accordant à chacun des nouveaux individus une crête latérale (ou plutôt ventrale). C'est la Fig. Il, 4, de la PI. XXIV. — La couleur du prétendu ovaire n'a pas plus de valeur que les deux caractères précédents, comme eu général la couleur des infusoires. Le Stentor pohjmorp/ms Ehr. est, en particulier, fondé sur la simple présence d'un dépôt de chlorophylle dans le parenchyme.
De tous les caractères employés par M. Ehrenberg poui' la distinction de ces quatre espèces, il n'(!u subsiste donc qu'un seid, à savoir l'interruption ou la non-interruption de la couronne frontale. Malheureusement celui-là n'existe que sur le papier. Chez tous les Stentors, la couronne frontale est interrompue, parce qu'elle n'est jamais un
ET LES RHIZOrODES. 227
cercle, mais une spirale. Le texte de M. P]hrcnbeig contient donc évidemment une erreur à ce sujet, erreur qui n'a pas passé dans ses planches, où le Stentor cœruleus est représenté comme ayant une couronne frontale parfaitement identique à celle des autres Stentors.
Nous avons conservé à la réunion des quatre espèces de M. Ehrenberg le nom de St. pohimorphns, comme étant le plus ancien (Vorticella polymorp/to, O.-F. Mueller).
M. Etirenberg décrit encore sous les noms de Stentor niger (Inf. , p. 264, PI. XXIII, Fig. III) et St. igneas (Inf., p. 264) deux autres espèces de Stentors, dont la valeur spécifique nous paraît encore un peu douteuse, attendu que ces espèces ne doivent différer du St. pohjmorphus que par leur taille, leur couleur et la forme de leur nucléus, qui est discoïdal. La couleur n'a certes pas grand'chose à dire, d'autant plus que M. Laclimann observa, durant l'automne de 1855, parmi des St. pohjmorphus, deux individus noirs comme l'encre, qui étaient munis, l'un d'un nucléus rubanaire, et l'autre d'un nucléus en forme de massue, mais point d'un nucléus discoïdal comme le St. niger Elir. D'ailleurs, les jeunes Stentors de toutes les couleurs ont tous, sans exception, un nucléus discoïdal, qui. avec l'âge, s'allonge en forme de bande. Les St. niger Ehr. et St. igneus Ehr. pourraient donc, vu leur petite taille, n'être que de jeunes individus du St. polgmorplms.
Nous avons cependant conçu, à l'égard du .S';, niger, quelques doutes qui nous empêchent de le réunir, d'une manière positive, au St. polijnwrplms . On trouve constamment cette forme en très-grande abondance dans les tourbières de la bruyère aux Jeunes Filles Jungfernhaide), près de Berlin, où elle présente exactement tous les caractères qui lui sont attribués par M. Ehrenberg. Elle est parfois si abondante, que l'eau en paraît noirâtre. Ce Stentor n'atteint jamais, dans ces eaux-là, la taille du St. polymorphus ordinaire, et son nucléus reste discoïdal chez tous les exemplaires. De plus, nous n'avons jamais réussi à apercevoir chez lui ni le vaisseau longitudinal, ni le vaisseau circulaire, ce qui s'explique peut-être par le peu de transparence de l'animal. Quelquefois nous avons observé des individus jouissant de deux vésicules contractiles, et la présence de cet organe, en nombre double, ne paraissait point être le pré-
'i'm ÉTUDIÎS SUR LES INFUSOIRES
lude d'une di-vision spontanée, car la vésicule surnuméraire était placée du côté droit et non du côté gauche, comme cela aurait dû être si elle était résultée d'un dédoublement de la vésicule normale. Toutes ces raisons-là nous décident à conserver le nom de St. iiif/rr ])oui- caractériser la forme en question. L'avenir nous apprendra s'il faut voir dans celle-ci une espèce réellement indépendante ou simplement une race du St. polyniorp/ats. Cette forme paraît être sensible aux impressions lumineuses, car lorsqu'on remplit un bassin avec de l'eau de tourbière, on ne tarde pas à voir tous les Stentors se porter du côté d'où vient la lumière. Le St. if/ucus ne semble se distinguer du Sf. niger que par sa couleur.
On rencontre parfois dans de l'eau qui a séjourné dans de très-petites bouteilles un Stentor incolore et de taille excessivement petite. Il ne diffère en rien du St. polymorpfiuit ordinaire, si ce n'est par la circonstance qu'il est cinq ou six fois plus court. On ne peut donc le considérer comme une espèce particulière, pas plus que la forme à laquelle M. Elirenberg a donné le nom de St. muUiformis (Monatsbericht der Berl. Akad. d. Wiss. 1840, p. '201), et qui ne paraît être caractérisée que par sa petite taille et son liabitation marine.
i' Genru. — LKUGOPHRYS
Les Leucophrys ne se distinguent anatomiquement des Stentors que par la circonstance que leur anus est situé à l'extrémité postérieure, et non pas sur le dos, immédiatement au-dessous de la spire buccale.
Le genre Leucophrys de M. Ehrenberg renferme des animaux très-hétérogènes, et un seul d'entre eux, le L. patula, ipeul conserver cette dénomination générique après la diagnose que nous avons posée. Le genre Leucophrys de M. Dujardin n'a rien à faire avec le nôtre, puisqu'il est formé pour des infusoires sans bouche, qui ne peuvent appartenir à la famille des Bursariens, et qui doivent rentrer dans le groupe des Opalines.
Les Leucophrys se distinguent, du reste, encore des Stentors par la bien moindre contractilité de leur corps, lequel n'est pas susceptible de s'allonger en forme de trom-
pette. Ils lie jouissent pas. comme les Stentors, de la propriété de pouvoir se fixer, à l'aide de leur partie postérieure, sur des objets étrangers ; mais ils mènent constamment une vie eiranti\ i^t ne paraissent pas pouvoii- jamais se sécn'ter de coque.
ESPÈCE
Leurop/irys,jml,rda. Ehr. Inf., p. ;HI. ÎM. XXXII, Fiç;. 1.
SïN. Spirasloinum xnrcns. Elu-, liif., \>. 5ôi. PI. XXXVl, Ki({. I. Bursaria patula. Dnj. Inf. p. MO.
Uursnria spirigvra. Dnj. Inf. p. )>ll. Ilursiiria viraux. Peily. /iir Keniit., p. li'i.
(V. PI. Xll, Fig. 2.)
DlAGM)SE. Leiicophri' obliqiierneiit tronqué c;i av:int, m iiii ;i sa p.irlle pDslérif^iiip i'mio vésicule (-ontraclile qui se continue de rli;iiiiio côté eu un vnissoaii loiijjltuirin.'il.
Le Lmco'phrils patuUi rappelle tout-à-fait, par sa forme, un Stentor polijinorphm coniracfé, avec cette- différence qu'il est un peu comprimé et plus arrondi en arrière. Le plan du front forme aussi une troncature plus oblique, par rapport à l'axe, et moins convexe que chez le St. polymorphus. La spire buccale fait un tour complet autour du front et descend ensuite dans l'entonnoir buccal, qui se coivtinue en un œsophage tubuleux. Celui-ci est d'abord dirigé d'avant en arrière, puis il se recourbe vers la partie postérieure. Il est relativement plus long que celui du St. polymorphus, mais cilié, comme lui, sur toute la surface.
L'habit ciliaire est formé par des cils disposés en rangées longitudinales, et parfois il nous a semblé apercevoir entre ces cils des soies très-fines semblables à celles des Stentors. Nous ne voudrions cependant pas garantir l'exactitude de cette observation .
La vésicule contractile est située à l'extrémité postérieure, tout auprès de l'anus. Adroite et à gauche, elle donne naissance à un vaisseau variqueux qui s'étend jusque sous le front.
Le luidéus est petit et discoïdal.
Cette espèce n'est pas très-rare dans les étangs du parc (Thiergarten) de Berlin, où elle atteint, en moyenne, une longueur de 0""",43.
280 ÉTUDES SUn les INFUSOmES
Noire description concorde assez bien avec celle de M. Elirenberg, qui ne mentionne seulement pas les vaisseaux ni la compression du corps, mais qui, en revanche, parle d'un long intestin avec (>stomacs appendiculés ! — Quant au Spirostomum virens Ehr., nous ne pouvons le différencier de notre L. patida, que nous avons rencontré, soit vert, soit incolore. Cet animal présente, en effet, d'après M. Ehrenberg, la compression du corps que nous avons toujours vue chez notre L. patiila ; et quant à son nucléus en ruban, il repose évidemment sur une ei'rour. M. Ehrenberg dit avoir observé une lois une rangée de cils qui partait de la bouche et descendait sur le ventre, à peu près comme la crête ciliaire des Stentors, mais que plus tard il s'est convaincu que cette prétendue crête ciliaire est une glande séminale (nucléus) de forme rubanaire. Il suffit, lorsqu'on connaît notre L. patu/a, de jeter un coup d'œil sui- les figures de M. Ehrenberg pour se convaincre que ni l'une ni l'autre de ces deux interprétations n'est exacte. Le prétendu nucléus est tout simplement l'œsophage recourbé qui s'enfonce, à partir de la bouche, dans l'intérieur de la cavité du corps. — M. Ehrenberg trouve, il est vrai, une autre différence entre son Leucophrys patula et son Spirostomum. virens, différence qui se réduit à ce que la bouche est, chez ce dernier, placée à l'extrémité de la spire, tandis que chez le premier, elle est formée par une grande fosse en entonnoir qui porte les cirrhes à son pourtour. Mais c'est là une pure logomachie. Ce que M. Ehrenberg nomme la bouche chez son Leucophrys est quelque chose de tout différent de ce qu'il nomme ainsi chez son Spirostome. Ce qu'il appelle la bouche chez le Leucophrys, c'est ce qu'il nomme le front chez les Stentors. Ne dit-il pas luimême que la bouche du Leucophrys patula est ornée d'une grande lèvre qui a une grande ressemblance avec le front des Vorticelles? Quelle différence y a-t-il alors entre {Silèvre des Leucophrys et le front du Spirostomum virens? Assurément aucune. — Le nom de Bursuria spirigera n'est employé par M. Du jardin que comme synonyme de Spirostomum virens Ehr. Ce savant n'a pas observé lui-même l'animal auquel il donne ce nom.
Le Leucophrys spathula Ehr. (Inf., p. 312, PI. XXXll, Fig. II), qui est peut-être le même que le Spathidium hyalimm Duj. (Inf., p. 458, PI. VIII, Fig. 40), ne nous est pas connu, et ne peut, dans tous les cas, appartenir au genre Leucophrys. La des-
KT I.IîS HIIIZOPODES. '231
cription et les dessins de M. Ehrenberg ne permettent pas de comprendre où est placée l;i bouche de cet animal, et M. Dujardin considère ses Spatliidium comme astomes.
Le Lcucophrys sanyuinm Elir. (Inf., p. 312, PI. XXXFl, Fig. III) n'est pas davantage un Leucophrys. Cet infusoire, que nous ne connaissons pas, devra peut-être former un iicnrc à part, voisin des Kondylostomes.
Les L. pijriformis Ehr. (Inl., p. .112, PI. XXXII. Fig. IV) et L. carnium Ehr. (Inf , p. 313, PI. XXXII, Fig. V) appartiennent probablement, tout au moins le premier, à la famille des Colpodéens, et ne sont, en aucun cas, des Leucophrys.
Le Lc'ucopkrifs Uiodonlac Ehr. i;inf., p. 313, PI. XXXII, Fig. VI) est sans doute un Plagiotome.
Enfui, le L. striala DuJ. (Inf., PI. IX, Fig. 1-4, p. 459) et le L. nodulalaD\.\].(\i\î., p. 460, PI. IX, Fig. 5-9) sont des Opalines.
5' Genre. — S P IFU) S 'i' 0 M U M .
Les Spirostomes sont des infusoires cylindriques ou aplatis, filiformes et ciliés sur toute leur surface. Une rangée de cirrhes assez forts conduit de l'extrémité antérieure jusqu'à la bouche. Cette rangée de cirrhes est logée dans un sillon qui ne marche point directement d'avant en arrière parallèlement à l'axe du corps, mais qui décrit un arc de spirale très-allongée, allant de l'avant et de la gauche à la droite et l'arrière. En un mot, la spirale des cirrhes buccaux suit ici la même direction que chez les Stentors et la plupart des autres infusoires, c'est-à-dire une direction inverse de la spirale des Vorticellines. Elle a tout-à-fait la même apparence que celle des Plagiotomes, avec lesquels les Spirostomes sont très-proches parents. L'anus est situé à l'extrémité postérieure du corps.
ESPÈCES
7" Spirostomnm ambiffimm. Ehr. inf., p. 332. f'I. XXXVl, fig. 2.
Dia(;nosk. S|)irostoine a corps linéaire, lilil'oniie. Bnuehc située très en améii' dii inilio» ilii cnrp.s. Nu(-léus tr^s-ioiig et ('(intounié.
Cette espèce a été bien sufïisamment décrite et figurée par M. Ehrenberg, ce qui
nous dispense d'en donner une figure nouvelle. Sa forme, très-allongée, et sa grande taillé, a permis à la plupart des observateurs de la retrouver, et cependant M. Perty en donne une figure tout-à-fait méconnaissable. La spire des cirrlies buccaux est très-allongée, si bien qu'au premier abord on serait tenté de la prendre non pour un élément de spirale, mais pour une ligne droite. L'extrémité, cependant, de cette rangée de cirrhes se contourne très-évidemment en spirale au moment où elle pénètre dans la bouche. L'œsophage est court et tubuleux. — La vésicule contractile occupe la partie [lostérieure du corps, faisant dans la cavité générale une saillie si forte qu'elle en rem- |)lit, pour ainsi dire, tout le calibre. Aussi, pour arriver à l'anus, les excréments doivent-ils se glisser péniblement, pour ainsi dire, entre la paroi de la cavité du corps et celle de la vésicule contractile. Ils refoulent alors devant eux cette dernière, en faisant saillie dans la vésicule même, mais sans jamais pénétrer dans l'intérieur de cette vésirule, ce qui ne pourrait naturellement avoir lieu sans déchirement de la paroi. — De cette vésicule contractile naît un vaisseau, découvert par M. Siebold'. Ce vaisseau s'étend à peu près en ligne droite dans la paroi doisale du corps jusqu'à l'extrémité antérieure. Soit la vésicule contractile, soit le vaisseau, ont été déjà figurés par M. Ehcenberg, qui n'en a cependant pas saisi la nature. En effet, le célèbre micrographe berlinois remarque expressément qu'il n'a pas encore réussi à voir la vésicule contractile. Il paraît' avoir pris le vaisseau pour un intestin, et la vésicule contractile pour un élargissement du rectum, en forme de sac ou de cloaque.
Le nucléus est excessivement long et ordinairement en forme de chapelet, comme le remarque M. Ehrenberg. Les divisions du chapelet ne sont cependant pas toujours bien indiquées, ce ([ui se comprend facilement, puisqu'il est fort probable qu'elles ne se forment que secondairement, comme chez les Stentors, en vue de la formation des embryons. Le nucléus est souvent contourni'' sur lui-même, comme le représente M. Ehrenberg".
Nous avons trouvé cette espèce en abondance dans les eaux stagnantes des envi-
). Vergl. Anat., Il, |). 21.
2. Dans la iliagnose française dn Sp. amt>i(juuin, M. Ehrenberg nomme celte espèce Sp.vert; c'est là sans donte un lapxun ccUiimi pour Spirnslomc ambiiju. Enelf-t, on rencontre hien (parfois des Spiroslnmum ambiyuiim rendus verts par des granules de elilorophylle déposés dans leur parenchyme, mais c'est là le cas le plus rare.
rons de Berlin, et aussi dans la Suisse occidentale, non loin de Genève. MM. Ehrenberg, Dujardin, Perty et d'autres auteurs l'avaient déjà observé très-fréquemment en Allemagne, en France et dans la Suisse centrale. Cette espèce parait donc être trèsrépandue.
2" Spirostomum tires. (V. PI. XI, Fig. 4-2.)
DiACNOsK. S|iirosl(iiiic a corps (•yliiidii(]u<% lilifoime ; liouclie située vers le milieu de la longueur totale du lorps ou un peu en avant de ci; milieu; nueli'us court et ovale.
Cette espèce, voisine de la précédente, s'en distingue facilement par la position de sa bouche et par son nucléus. Le sillon qui renferme les cirrhes buccaux est dirigé précisément comme chez le Spirostomtim ambifjuum, mais il s'arrête vers le milieu de la longueur du corps, et c'est là que se trouve la bouche, laquelle est située bien plus en arrière dans le S. mnbiguum. L'œsophage est court et tubuleux, rappelant toul-àfait celui du Paramecium Aurélia. Dans son intérieur, on voit s'agiter comme une forte soie, mais il est diflicile de déterminer si c'est bien là une seule et unique soie ou bien un faisceau de soies discrètes les unes des autres. La vésicule contractile et le vaisseau sont parfaitement semblables à ceux de l'espèce précédente. On voit également ici les excréments refouler devant eux la paroi de la vésicule contractile pour se rendre à l'ouverture anale.
Le nucléus est court et ovale, placé entre la bouche et la vésicule contractile, mais un peu plus près de la bouche.
Cette espèce est très-abondante dans les environs de Berlin, surtout là oii les Lemna abondent. Elle est notablement plus courte que le Sp. ambiguum. Sa longueur est d'environ 0""",2 à 0,3.
3" Spirostomum Filum.
SïN. Vroleplus Filum. Ehr. lnf.,PI.XL, Fig. 5.
Nous ne connaissons cet animal que d'après la description et les figures qu'en donne M. Ehrenberg. Ce savant le classe, avec des êtres bien différents de lui, dans son genre Uroleptus. M. Dujardin a déjà émis l'idée que ce devait être un Spirostomum, et nous sommes entièrement de son avis.
M. Perty a mentionné, sous le nom de Spirostomum semivirescens , une espèce dont on ne peut dire, ni si elle est réellement dilîérente de celles que nous venons de décrire, ni si elle appartient au genre Spirostome plutôt qu'à un autre quelconque. Gel observateur n'en donne, pour ainsi dire, aucune description; et quant au dessin qui accompagne son ouvrage, c'est une ébauche malheureuse dans laquelle on ne peut distinguer ni spire buccale, ni vésicule contractile, ni vaisseau, ni nuciéus, ni rien qui puisse faire reconnaître un Spirostome. Le nom de Spirostomum semivirescens doit donc être retranché sans aucune hésitation du catalogue des infusoires.
Le Spiroslomimi virens Ehr. ne peut plus faire partie du genre Spirostome tel que nous l'avons défini. Nous avons vu qu'il doit rentrer dans le genre Leucophrys. M. Dujardin avait déjà compris que son alliance avec les Spirostomes était peu naturelle. Il l'avait donc séparé de ceux-ci ; mais, ne sachant plus qu'en faire, il l'avait relégué dans le fouillis des Bursaires.
M. Perty pense que les Spirostomes sont proches parents des Kondylostomcs de M. Bory. En effet, selon M. Ehrenberg, les Kondylostomes de M. Bory- Saint- Vincent sont des Leucophres, lesquels ne s'éloignent pas beaucoup des Spirostomes. Les infusoires qui offrent l'affinité la plus grande avec les Spirostomes, sont les Plagiotomes. C'est déjà ce qu'avait enlrevu M. Ehrenberg, car ce savant se demande si la Bursaria cordiformis ne serait pas mieux placée parmi les Spirostomes que parmi les Bursaires. Or, la Bursaria cordiformis est un vrai Plagiotome, et ce ne serait point une faute que de réunir les Plagiotomes et les Spirostomes en un seul et même genre.
6' Genre. — P L A G 1 0 T 0 M A .
Les Plagiotomes ne se distinguent des Spirostomes que par leur forme non linéaire, quoique très-comprimée. Ils sont munis d'une rangée de cirrhes buccaux, logés, comme chez les Spirostomes, dans un sillon qu'au premier abord on est tenté de croire parfaitementdroil, mais qu'on reconnaît bientôt, à l'aide d'une observation plus attentive, appar-
ET I.ES RIIIZOPODES. 235
tenir à une spirale courant de l'avant et de la gauche à l'arrière et la droite. L'anus est placé à l'extrémité postérieure.
Plusieurs de ces espèces, ou même la plupart, sont des parasites vivant, soit dans l'intestin de vertébrés et d'invertébrés^ soit dans le mucus sécrété par des mollusques, soit enfin dans la cavité abdominale des lombrics. D'autres vivent tout-à-fait libres dans l'eau, et ne paraissent jamais mener la vie de parasites. Il n'est pas possible de trouver un caractère anatomique qui rende justifiable la répartition en deux genres des espèces parasites et non parasites.
ESPECES
i" Plagiotoma laterilia.
SvN. Bwmria laterilia. Ehr. Int., PI. XXXV, Fig. 3. Step/iarisma persi«num Perly.
(V. PI. XI, Fig. 3-5.)
DiACNOSE. Plagiotonie en forme de lame à bords presque parallèles; œsophage court et droit; vésicule contractile à l'extrémité postérieure ; liabite les eaux douces.
La Plagiotoma laterilia est, en général, quatre ou cinq fois aussi longue que large, et striée en long. Elle est comprimée de manière à ce que le ventre et le dos soient réduits presqu'à l'état de simples arêtes, tandis que les côtés sont très-développés. La rangée de cirrhes buccaux s'étend en spire très-allongée, depuis l'extrémité antérieure jusqu'à la bouche, qui est située vers le milieu de la longueur totale du corps ou légèrement en arrière de ce milieu. L'œsophage est court et cylindrique, s'élargissant légèrement en cône à sa partie postérieure, sous laquelle on voit se former les bols alimentaires. Dans l'œsophage est implantée une soie qui vient faire saillie au dehors de la bouche. La vésicule contractile est grande et située tout-à-fait à l'extrémité postérieure. L'anus est tout auprès, mais il n'est pas cependant tout-à-fait terminal : il est situé un peu plus près du dos, précisément à la place où l'a indiqué M. Ehrenberg. Le nucléus, qui paraît n'avoir été vu par personne jusqu'ici, est un corps ovalaire situé un peu au-dessus du niveau de la bouche.
Les téguments de la Plagiotoma laterilia sont striés longitudinalement et colorés en général d'une teinte rappelant celle de la brique, ce qui explique le nom de Bur-
536 ÉTUDES SUR l,KS INFUSOIRES
saria lateritia, qui lui a été donné par M. Ehrenberg. Il n'y a pas de doute que le Blepkarisma persicimtm de M. Perty ne soit la même espèce, bien que cet auteur ait cru devoir en faire une espèce entièrement nouvelle. Du reste, il n'est point rare de trouver des individus parfaitement incolores, (|n'il faut nécessairement rapporter à la même espèce. — M. Ehrenberg représente, chez sa Bursariu lateritia, la bouche comme étant située bien plus en arrière que nous ne l'avons dit. On trouve, en effet, çà et là (V. notre PI. XI, Fig. 5), des individus chez lesquels la bouche est située tout près de l'extrémité postérieure. Mais ces individus-là n'atteignant en général que la moitié de la longueur des autres, nous pensons pouvoir alfirmei' que ce sont des individus qui viennent •d'être formés par une division transversale.
Nous avons trouvé cette espèce assez fréquemment dans les étangs du parc (Thiergarten) de Berlin, où elle atteint une longueur moyenne de 0""",12. L'individu représenté Fig. 5, n'était long que de 0'""',06.
2" Plagiotoma cordiformis.
SïN. Bursariu cordiformis. Elir. Inf., PI. XXXV, Fig. G. Opalina cordiformis l'erty.
(V. PI. XI, Fig. 8-9.)
Due.NOSE. IMagiolome en l'ornio de nautile oii d'aniniynile, à œsophage très-long et reconrhé vers la partie postérieure; uucléus réniformc.
Au premier coup d'œil, ce Plagiotome rappelle tout-à-fait la forme d'une coquille enroulée sur un plan, d'un nautile par exemple. Cette apparence est due à l'œsophage, qui est courbé dans l'intérieur de manière à former, pour ainsi dire, l'avant-dernier tour de la coquille. Le parcours du sillon qui porte les cirrhes buccaux est beaucoup plus difficile à reconnaître, comme élément de spire, que dans l'espèce précédente, ce qui provient de ce que la spire est beaucoup plus allongée que chez celle-ci et se rapproche, par suite, davantage de la ligne droite. Le bord droit du sillon est beaucoup plus élevé que le bord gauche. Aussi, lorsqu'on considère l'animal par le côté gauche, on voit le sillon à découvert, tandis qu'il est recouvert par une lame mince lorsqu'on observe le côté droit. La bouche est située à peu près au milieu de la longueur totale du corps ou un peu en arrière de ce milieu. Arrivée à la bouche, la rangée des cirrhes
buccaux change subitement de direction pour se continuer dans l'œsophage. Elle se courbe à ce moment-là, à angle droit, pour former un peu plus loin, en même temps que l'œsophage lui-même, une seconde courbe, également à angle droit ou à peu près, mais en sens inverse de la première. L'œsophage est fort long et la spirale ciliaire est formée, dans son intérieur, par des cirrhes extrêmement forts. Aussi n'y a-t-il pas d'infusoire qui se prèle mieux que celui-là à l'étude de l'œsophage Chose curieuse ! M. Ehrenberg a méconnu la bouche de ce Plagiotome, et n'a, par suite, pas pu reconnaître son œsophage. Il considère la rangée de cirrhes, qui est logée dans l'œsophage, comme étant à la surface du corps, et l'extrémité inférieure de l'œsophage a passé à ses yeux pour la bouche. Il en résulte que, pour M. Ehrenberg, le côté gauche de la Plaf/iotoma cordiformis devient la face ventrale et que l'animal a pour lui une forme trèsdéprimée, tandis qu'elle est, au contraire, très- comprimée. La cause de la méprise de M. Ehrenberg gît dans le fait même que l'œsophage est extrêmement facile à voir. Les cirrhes qu'il renferme sont si distincts qu'on est tenté de les supposer à la surface. M. de Siebold est le seul auteur qui, jusqu'ici, ait reconnu que ces cirrhes sont bien réellement logés dans un canal. Il dit, en effet', que l'œsophage de la Bursaria {Plagiotoma) cordiformis est long et courbé en arc. M. Perty réunit la p. cordiformis aux Opalines, qui sont, comme on sait, privées de bouche. Il a bien reconnu, chez quelques exemplaires, une échancrure ciliée, mais, néanmoins, il ne veut y voir qu'un sillon recourbé, et pas de bouche'. A cela nous n'avons qu'à répondre que le PI. cordiforme n'est très-certainement pas une Opaline.
M. Stein^ s'est déjà chargé de dire un peu rudement à M. Dujardin, qu'il n'avait pas bien saisi le type des Bursaires (c'était bien pardonnable, car le genre Bursaire d'Ehrenberg était pire que le labyrinthe de Crète!), puisqu'il en avait retranché la Bursaria cordiformis pour la réunir aux Opalines. En cela M. Stein fait très-décidéraent tort à M. Dujardin. Ce dernier n'a jamais rien dit de semblable. Il n'a pas observé, lui-même, l'animal en question*; il le décrit, sur la foi de M. Ehrenberg, comme