‹ Études sur la infusoires et les rhizopodes;Chapitre 68 sur 108 · I. V. Stein, p · texte numérisé non relu

I. V. Stein, p

i;r i.KS luuzopoDES. 573

Quant à la soie sallalrice, clh; a été vue, par M. Dujardin, chez les individus marins dont il a fait son Uroiirma marina; mais elle existe également chez les formes d'eau douce, et sa présence no peut donc justifier, comme cet auteur l'a cru, rétablissement d'un genre spécial, ni même d'une espèce à part pour les individus marins. Le nucléus est un corps aii'ondi.

La taille du C;ididium Glaucoma varie infiniment, suivant les localités. La longueur moyenne est d'environ ()""", 01.

S» Cyclidium dongatum.. (V. PI. XIV. Fig. 5.)

DrACNOSK. Corps très-Cîtroit cl tri'S-lung ; suie hnccale fort longue.

Cette espèce a été observée par M. Lachmann, dans le fjord de Christiania, près de Valliie. A en juger d'après ses notes et ses dessins, la soie buccale aurait une direction inverse de celle que nous lui voyons chez le Cydidium Glaucoma; elle serait recourbée vers l'extiémité antérieure, et la vésicule contractile serait placée près de l'extrémité postérieure. Aussi sommes-nous tentés de nous derîiander, si, ce que M. Lachmann nomme ici l'extrémité antérieure, n'est pas identique avec ce que nous appelons l'extrémité postérieure chez la précédente. L'animal s'arrête souvent immobile auprès de quelque amas de détritus, et forme, à l'aide du mouvement de ces cils, une espèce de fourreau irrégulier dans lequel il se précipite subitement la tête la première (c'est-à-dire la partie antérieure de M. Lachmann). Jusqu'ici il n'y a pas eu de soie saltatrice observée. L'anus est situé sur la face ventrale, tout près de la vésicule contractile.

Le Cydidium marçjarilaceiim Ehr. ne peut rester dans le genre Cyclidium tel que nous l'avons défini. Nous en ferons un Glaucoma. Les C. planum Ehr. et C. lentiforme Ehr. sont trop imparfaitement observés pour qu'on puisse dire s'ils appartiennent réellement au genre Cyclidium. Il en est de même des animaux auxquels M. Dujardin a donné les noms (VF/ndidys nodidosa, Enchelys sulangulala, Acomia vitrea, Acomia Cydidium., et dont quelques-uns peut-être sont synonymes duCyd. Glaucoma, tandis que d'autres n'ont rien à faire avec la famille des Colpodéens.

¥» Grare. — PLEURONEMA.

Les Pleuronema sont très-voisins des Cyclidiums, dont ils se distinguent par la présence d'un faisceau de soies implantées sur le côté ventral et se dirigeant à la rencontre des soies qui sortent de la bouche. L'ensemble de ces soies forme une espèce de nasse dans laquelle viennent souvent se jeter imprudemment de petits infusoires. Ceux-ci, rencontrant de tous côtés des soies qui s'opposent à leur évasion, ne tardent pas à se jeter d'eux-mêmes dans la bouche du Pleuronema, sinon ils y sont amenés par une contraction, des soies.

M. Dujardin, qui le premier a établi le genre, ne l'a fondé que sur les soies qui sortent de la bouche. Sa caractéristique conviendrait donc encore plus exactement à notre genre Cyclidium qu'à notre genre Pleuromena. Du reste, cet auteur a méconnu les véritables fonctions de l'orifice buccal, car il prétend ne pouvoir considérer comme une vraie bouche, servant à l'introduction des aliments solides, cette large ouverture latérale par laquelle sortent les filaments.

Gomme les Cyclidium, les PÏeuronèmes restent souvent immobiles dans l'eau, sans faire mouvoir le moins du monde les cils de la surface du corps, qui restent roides comme des aiguilles.

i" Pleuronema Chrysalis. l'erly. Zur Kenntn.,etc.,p. U6.

SvN. Piiramcdum Clirysalis. Ehi-. Inf., p. 3n-2. PI. XXXIX, Fii;. 8. Pleuronema crassa. Dnj., p. 471. PI. V(, F\g. 1, ol li. XIV, Fig. "2. Pleuronema marina. Diij., p. 473. PI. XIV, FIg. 3.

(V. PI. XIV, Fig. 8.)

DiAGNOSE. Partie aiitériciiro ilii corps munie d'une auréole de soies saltatrices Irès-fincs.

Le Pleuronema Chrysalis a un corps comprimé ovale, dont le bord dorsal est plus convexe que le bord ventral. Au milieu de ce dernier est une fosse large dans laquelle

KT LKS BHIZOPODES. 275

se trouve la bouche, et qui se prolonge en arrière en une espèce de sillon très-marqué. C'est dans ce sillon que sont logées les soies ventrales caractéristiques du genre. Elles sont nombreuses, et leur pointe est dirigée en avant pour venir rencontrer la pointe d'une soie fort longue, qui, sortant de la bouche en se dirigeant en avant, ne tarde pas à se courber en arc pour revenir en arrière. Celte longue soie vibre continuellement. Aussi croit-on en voir ordinairement deux fort éloignées l'une de l'autre dans leur position arquée, mais confondues à leurs extrémités. Nous avons cru nous convaincre que ce n'est là qu'une pure illusion d'optique, et que la longue soie est unique. M. Dujardin compte, lui, huit à douze filaments infléchis en arrière, mais ce nombre si élevé provient de ce qu'il n'a distingué, ni dans sa description, ni dans ses figures, les soies du sillon ventral de celle qui sort de la bouche. La figure de sa PL marina, espèce qu'il base à peu près uniquement sur son habitation marine, est beaucoup plus exacte, et l'on y reconnaît distinctement deux faisceaux de soies allant à la rencontie l'un de l'autre, le faisceau antérieur représentant la longue soie buccale arquée, et le faisceau postérieur représentant les soies ventrales. M. Ehrenberg n'a pas non plus distingué les deux ordres de soies, et il nous paraît vraisemblable que le groupe de longs cils à apparence membraneuse qu'il dessine représente, dans quelques-unes de ses figures, les soies ventrales, et, dans d'autres, la soie buccale. Une seule de ses figures (Fig. VIll, 1) semble indiquer vaguement les deux groupes distincts. — Dans la partie supérieure de la fosse buccale se trouve, de plus, une soie moins longue que les précédentes, dont la pointe est dirigée contre la bouche. Cette soie facilite l'introduction des aliments dans l'orifice buccal.

Lorsque l'animal nage, il retire à lui toutes les soies de la nasse, qui viennent alors s'appliquer contre la surface du corps, dans le sillon ventral.

L'œsophage est un tube membraneux excessivement court.

La partie antérieure de l'animal est ornée d'une auréole de soies roides longues et extrêmement fines, qui n'ont été signalées, jusqu'ici, par aucun auteur. Ce sont elles qui confèrent à l'animal la propriélé de faire des bonds subits et les mouvements saccadés qui lui sont particuliers, et qui ont été fort bien décrits par M. Perty.

La vésicule contractile est située dans la paroi dorsale, tout près de l'extrémité antérieure. Le nucléus est gros et rond, et logé dans la partie postérieure du corps.

Le PL Chnjsalis, qui n'est pas rare aux environs de Berlin, atteint une longueur d'environ O^'njOSô.

:2» Pleuronema Cydidium. (V. Pi. XIV, Fig. 6.)

Dl.'GMOSE. Partie .^iilérieure du corps munie d'une seule suii> saltaliioo tiès-longue.

Cette espèce ressemble extrêmement au Ci/clidiitin Glmicoma, soit pour la taille, soit pour la forme, soit pour la position de la vésicule contractile, du nucléus et de la soie saltatrice. Elle ne s'en distingue que par la présence des soies ventrales propres au genre Pleuronema. — Cette grande ressemblance nous a conduits à nous demander si le prétendu Cydidium Glmicoma ne serait pas au fond un véritable Pleuronema. Eu effet, la petitesse de l'animal pourrait facilement expliquer le fait que les soies ventrales auraient échappé jusqu'ici aux observateurs. Cependajit, nous avons eu beau examiner très-scrupuleusement une foule de Cydidium dans des circonstances trèsfavorables, nous n'avons jamais pu découvrir chez eux les soies ventrales des Pleuronèmes. Nous considérons donc le PL Cydidium, que nous avons rencontré à différentes reprises dans le Thiergarten de Berlin, comme distinct du Cydidium Glavcoma. Il atteint une longueur de 0""",010.

3" Pleuronoma natans. (V. PI. XIV, Fig. 7.)

DiAGNOSK. Corps dépourvu de soies saltaUir.es.

Cette espèce, dont la taille égale presque celle du PL Chrysalis, est relativement beaucoup plus large et munie d'une fosse buccale beaucoup plus spacieuse. La partie supérieure de cette fosse buccale présente une soie ondulée correspondant à la soie arquée du PL Chrysalis, mais beaucoup moins longue qu'elle, et, en outre, plusieurs autres soies plus courtes et point ondulées, dont la pointe est dirigée vers la bouche. La partie inférieure de la fosse buccale qui correspond au sillon ventral du PL Chrysalis est armée des soies caractéristiques du genre, qui sont longues et dirigées en avant. L'appareil buccal est donc parfaitement analogue à celui des deux espèces précé-

dentos. En outre, le nucléus et la vésicule contractile sont placés à peu près comme chez le PL Cknjsalis ; la vésicule est seulement située plus exactement à l'extrémité antérieure.

Par tous ces caractèies, le PL nalans appartient évidemment au genre Pleuronème. H se distingue cependant essentiellement des deux espèces précédentes par l'absence de soies saltatrices. Aussi ne présente-t-il point les mouvements brusques et saccadés qui caractérisent, soit le Cyclidmm Glaucoma, soit le Pleuronema Chrysalis et le PL Cyclidinm. Tl nage tout simplement à la manière d'un Paramecium, sans faire de bonds.

Le PL natans a été observé par nous, dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes- Filles {Jimgferuhaide), près de Berlin. /

5' Genre. — GLAUCOMA.

Les Glaucoma sont des Paraméciens plus ou moins déprimés, chez lesquels la bouche est comprise entre deux lèvres perpétuellement vibrantes.

ESPÈCES

i° Glaucoma scintillans. Ehr. Inf., p. 335, PI. XXXVI, Fig. 5.

DUGNOSE. Corps ovale; bouche située entre le bord antérieur et le milieu du corps; pas de dépression en forme de sillon.

Cette espèce est bien connue, grâce aux études de plusieurs savants, surtout de MM. Ehrenberg et Stein. Ce dernier est le seul qui ait reconnu l'existence de deux lèvres vibrantes. MM. Ehrenberg et Dujardin ne parlaient que d'une seule. La vésicule contractile qui est située dans la paroi dorsale présente souvent une forme étoilée, produite par le commencement des vaisseaux qui en partent.

KTUDES SUK I.KS INFUSOIRES

2" Glaucoma margaritaceum.

SïN. Cyclidium margarilaccum. Khr. Inl., p. 2I(;. l'I. XXII, Kig. 2. Cinelochilum mâruarilaceum. Perlj, Z. K., p. US.

(V. PI. XIV, Fig. 4.)

DiAGNOSE. Corps uvale; bouclii; siliiéc eiitjc le liord posiérleiir el le milieii du corps; une fléprcssion en foiine de sillon oblique allant de la bouche ii roxlrénillc postéiieuie.

Cette espèce, que M. Ehrenberg rapportait au genre Cyclidium, ne possède pas la soie buccale particulière à ce dernier ; en revanche, sa bouche est comprise entre deux lèvres tout-à-fait semblables à celles du Glaucoma scintillans, infusoire dont M. Perty l'a déjà rapproché à bon droit. Sa surface est profondément et obliquement striée et présente un sillon très-marqué qui s'étend obliquement de la bouche à l'extrémité postérieure. Aussi cette dernière paraît-elle échancrée. M. Ehrenberg a noté l'échancrure sans remarquer le sillon. — La vésicule contractile est placée dans la partie postérieure de l'animal, entre le sillon et le bord droit.

Le Gl. marf/aritaceum est nuiiii à son extrémité postérieure d'une soie longue et fine, qui est implantée sur le bord gauche de l'échancrure terminale et qui est toujours mclinée vers la droite. Bien que cette soie rappelle tout-à-fait les soies saltatriccs d'autres infusoires, en particulier celle des Urotricha, qui est inclinée de la même manière, nous n'avons pas remarqué que le Gl. margaritaceum soit un animal sauteur.

VII» B^'usniEiii^. — U%.*«'r£UEI<« A.

La famille des Dystéiiens a d'abord été établie par M. Dujardin, sous le nom d'Erviliens, et caractérisée d'une manière assez exacte. Plus tard, M. Huxley' retrouva des

I. Tlioni. Huxley. On Oysloria : a new genus ol' Inlusoiia. Quailerl. .lour. of niicr. Science. Janoarjr, 1857, \>. 78.

ET LES lillIZOPOOES. 279

animalcules appartenant au genre Ervilia Duj., mais il ne paraît pas s'être douté que le savant de Hennés les eût déjà connus, et il fonda pour eux >ni genre nouveau sous le nom de Di/steria. Nous conservons ce nom de préférence à celui donné par M. Dujardin, parce que le nom iVErvi/ia a déjà trouvé son emploi dans le système.

M. Dujardiii caractérise les Dystériens comme étant des animaux de forme ovale plus ou moins déprimée, revêtus en partie d'une cuirasse membraneuse persistante, et pourvus de cils vibratiles sur la partie découverte, avec un pédoncule court en forme de queue. Nous pouvons conserver cette caractéristique telle quelle, en en retranchant toutefois ce qui concerne la cuirasse. Celle-ci n'est en effet pas essentielle, car nous décrirons plus loin le genre Huxleya, qui en est dépourvu.

M. Huxley décrit très-exactement les mouvements, de ces animaux, en disant qu'ils se fixent volontiers aux objets étrangers à l'aide de leur appendice en forme de pied, et que le corps entier tourne autour de ce support comme autour d'un pivot. C'est, en effet, là la position favorite des Dystériens.

M. Ehrenbei'g a déjà connu un Dystérien, savoir son Euplotes monostylus^ de la

Baltique, que M. Dujardin rangea avec raison parmi ses Erviliens. II est curieux que, malgré l'absence complète d'analogie entre les Dystériens et les Euplotes, M. Huxley ait également cherché à rapprocher son genre Dysteria de ces derniers. « L'existence d'une sorte de coquille ou de cuirasse, dit-il, formée par la couche externe et sans structure de la substance du corps, la présence d'une fosse {(jroové) submarginale ciliée autour de la plus grande partie du corps, et l'inégalité des valves latérales, tout cela ne nous laisse pas d'autre alternative que de placer les Dysteria auprès de la famille des Euplotes ou bien dans cette famille même. » — Mais ceci est loin d'être exact. Les caractères en question ne sont |)oint particuliers aux Euplotes. La cuirasse n'est rien d'essentiel dans la famille; d'ailleurs, la cuirasse des Dysteria est persistante, ce qui n'est pas le cas pour celle des Euplotes. La fosse ciliée est bien loin de montrer luie parenté entre les Euplotes et les Dysteria, puisque les premiers n'ont jamais d'au-

1. M. Eîchwald figure sons ce nom un Dystérien qui parait être diflërent de celui pour lequel M. Ehrenberg avait créé celle dénomination. Sa |iarlie antérieure paraît être ornée de deux taclies pigmenlaire.s noires. V. Eicbwald, 2'«r Nachlrag zur Infusorienkunde Russiands, p. 127, PI. IV, Fig. 26.

280 ÉTUDES Sun LES INFUSOIRES

très cils que la rangée des cirrhes fronto -buccaux. Enfin, l'appendice-pivot des Dystériens n'a rien de commun avec les extrémités marcheuses des Euplotes.

On a tenté un autre rapproc4iement, bien moins naturel que le précédent. M. Gosse' a voulu faire des Dystériens des Rotateurs. M. Dujardin avait déjà indiqué une certaine ressemblance entre ces animaux, mais il avait sagement décidé que cette ressemblance n'est qu'apparente (produite surtout par l'existence simultanée de la cuirasse et de l'appareil buccal) et que les Dystériens sont de vrais infusoires ciliés. M. Gosse tient l'aftinité entre les Dystériens et les Rotateurs pour parfaitement réelle. Nous sommes parfaitement de Son avis, aussi longtemps qu'il se contente de démontrer que les Dysteria n'ont rien à faire avec les Euplotes ; qu'un animal excessivement comprimé est assez différent d'un animal tvbs-déprimé, etc. Mais les arguments dont il se sert poui' prouver la parenté qu'il croit avoir trouvée nous semblent de bien peu de valeur. La vésicule contractile n'a pas d'importance aux yeux de M. Gosse, vu qu'elle existe aussi bien chez les Rotateurs que chez les Infusoires. Nous ne sommes pas toul-à-fait de cette opinion, car nous croyons qu'on peut fort bien distinguer la vésicule contractile d'un rotateur de celle d'un infusoire. La première est en communication avec des vaisseaux pourvus d'appendices vibratiles, caractère distinctif de tout système circulatoire aquifère. Les vaisseaux qui sonten communication avec la seconde ne présentent, au contraire, jamais d'appendices semblables, ce qui est une nouvelle preuveque le système circulatoire des infusoires est un système sanguin et pas un système aquifère. La vésicule contractile des Dystériens se comporte, sous ce rapport, précisément comme celle des infusoires. Ajoutons qu'un grand nombre de Dystériens possèdent plusieurs vésicules (yntractiles, particularité fréquente chez les infusoires, mais entièrement étrangère au type des rotateurs. — En second lieu, M. Gosse croit que l'absence d'un canal afimentaire, chez les Dysteria, n'est point démontrée. Il pense même que ces animaux possèdent une cavité alimentaire réelle, limitée, mais très-ample. C'est fort juste. Mais c'est aussi le cas pour tous les autres infusoires, et si M. Gosse persiste à réunir, à cause de cela, les Dysteria aux Rotateurs, il faut qu'il se résigne à rayer du système toute la classe des infusoires. Une grande difliculté qui s'oppose à l'idée de M. Gosse, c'est

1. Un ilie zoological position of Dysleria. V.Quarleily Journal uf ini(:rosco[>iital science. Avril, inbl, p. 158.

que M. Huxley a observé uno reproduction par fissiparité, chez saDysteria armaia. Or, nul n'a vu jusqu'ici de fissiparité chez les Rotateurs. M. Gosse s'est donc tiré de peine par le seul moyenrestant encoreà sa disposition : il a suspecté l'exactitude de l'observation de M. Huxley.

L'appareil buccal, auquel M. Gosse paraît attacher une grande valeur, s'éloigne fort des mâchoires des Rotateurs. Il n'opère pas de mouvements de mastication comme ces dernières; c'est bien plutôt un appareil dégluteur comme celui des Nassula, des Chilodon, des Prorodon, etc.

Enfin, M. Gosse déclare trouver une grande parenté entre les Dysteria, d'une part, et les genres Monocerca et Mastigocerca, d'autre part; si bien qu'il assigne aux Dystériens une place dans la famille des Monoœrcadœ. Ceci est une grave erreur. Le pied des Dysteria n'a aucune espèce de rapport avec celui des Monocerques. Chez les Rotateurs, le pied est l'extrémité postérieure du corps. Ces animaux sont plus ou moins vaguement divisés en segments, et la segmentation en anneaux se retrouve dans le pied ou queue. En un mot, le pied des rotateurs n'est point un organe appendiculaire. Chez les Dystériens, il en est tout autrement. Ici le pied n'est pas terminal ; ce n'est pas la continuation du corps; c'est un véritable appendice uni à la face ventrale de l'animal par le moyen d'une articulation.

A notre avis, les infusoires dont les Dystériens se rapprochent le plus sont les Chilodon, et surtout les Trichopus. Ils sont, comme les premiers, ciliés seulement sur leur face ventrale et possèdent un appareil dégluteur. Cependant l'affinité ne va pas plus loin, et nous rencontrons immédiatement des différences qui justifient suffisamment l'érection des Dystériens au rang d'une famille spéciale. C'est avant tout l'existence du pied, |)uis ensuite la compression latérale, qui donne à ces animaux une forme diamétralement opposée à celle des Chilodon, infusoii'es, comme l'on sait, tout-à-fait déprimés. La face ventrale ciliée est ici réduite à une bande étroite se montrant dans l'entrebâillement des deux valves du test. La face dorsale est également réduite à un mimimum d'étendue, étant parfois restreinte à un contour brusque unissant le côté gauche au côté droit. Ces deux derniers sont, par contre, excessivement développée. — L'affinité avec les Trichopus est, par contre, bien plus réelle, puisque la compression et la distribution des cils est la même chez les Dystériens et chez les Trichopus.

Ces derniers ne sont, "du reste, pas encore suffisamment étudiés et leur position n'est pas parfaitement fixée. Toutefois, l'absence d'un véritable pied paraît les distinguer suffisamment des Dystériens.

Chez la plupart des espèces munies de cuirasse, et probablement même chez toutes, la valve gauche est plus étroite que la droite, et celte différence de largeur a lieu au détriment du bord ventral de la valve. La valve gauche est, en outre, en général, plus courte que la droite; elle est échancrée en avant. Lorsqu'on considère l'animal du côté gauche, on voit, par suite, la valve droite dépasser le bord de la valve gauche ilans toute la région antérieure et ventrale. Dans l'intervalle entre les deux valves apparaît la cuticule ciliée de l'animal. Les cils sont d'une longueur fort diffé/ente, suivant les espèces. Chez quelques-unes, ils passent à l'état de cirrhes excessivement vigoureux dans la partie antérieure. A l'aide de ces cils, les Dystériens peuvent nager assez rapidement; leur pied reste inactif pendant la natation, et leur corps est durant la progression couché sur le côlé, [comme celui d'un Pleuronectes. Le pied est en a;énéral terminé en pointe et contient dans son intérieur une cavité, déjà signalée par M. Huxley.

La cuirasse offre des différences de forme très-considérables suivant les espèces, et comme cette famille paraît être fort nombreuse, on peut pui.ser avec avantage dans ces différences les caractères nécessaires à l'établissement des différents genres. Chez quelques-uns, les deux valves sont complètement séparées l'une de l'autre, formant d'une part une carapace bombée du côté droit, et d'autre part, un plastron aplati du côté gauche. Chez d'autres, elles sont réunies par une sorte de pont étroit placé immédiatement en arrière du pied, tandis que tout le reste du contour de l'animal présente un espace béant entre les deux valves. Chez d'autres, enfin, les deux valves sont unies l'une à l'autre dans toute la longueur du côté dorsal.

M. Diijardin supposait que le genre Urocentrum pourrait peut-être rentrer dans le groupe des Dystériens; mais il n'y a, dans le fait, pas de parenté réelle entre les Dysteria et les Urocentrum. — Enfin, le même auteur a établi le genre Troc./nlia pour des Dystériens à cuirasse striée obliquement et ouverte seulement en avant, c'est-àdire dont les deux valves sont soudées l'une à l'autre sur leur pourtour presque com-

ET LES RIlIZnPODES. "^83

plct, même sur le côté ventral, de in,anière à être transformées en une véritable gaîne.- Jusqu'ici, nous n'avons pas eu l'occasion d'observer ce .genre-là, et lorsqu'on considère le mode d'implantation du pied et la position de la bouche chez les Dyslériens en général, son existence peut paraître douteuse.

Les Dyslériens paraissent être très-nombreux dans la mer. Les espèces observées par MM. Dujardin', Ehrenberg {Eitplotes monostylus), Eicliwald, Huxley et Gosse piovenaienl toutes de l'eau de la mer. Nous en avons nous-mêmes observé un très-grand nombre dans la inei- du Nord. Cependant, ce n'est point une l'amille exclusivement marine, car nous avons trouvé souvent en grande abondance, dans les eaux douces des environs de Berlin, un petit Dystérien appartenant au genre ^gyria. M. Lieberkiihn nous a dit l'avoir rencontré aussi fréquemment.

Réparlilioii des Dyslériens en genres.

( lieux \alvcs ((iiiiiilotcmonl dibliiiclcs 1. U)rNA.

1 / Les deux valves soudées seiilemcnl en ' Une cmrasse. < „ . ,, \ i \ Deux valves soudées j arrière -2. DYSTERIA.

DySTERINA < ' '""^ " ''•■'"^''''- i '"*-'* '1'^"'' ^a'^es soudées dans toute la

j f longueur du ilos.. ..'....' 5. /tX.YKIA.

Pas de cuirasse 4. HIJXLEVA.

/"' Genre. — I D II N A ^

Le genre Iduna est formé par les Dyslériens cuirassés dont les deux valves sont •parfaitement distinctes, c'est-à-dire ne sont soudées l'une à l'autre sur aucune partie de leur |)()urlour. Nous n'en connaissons jusqu'ici qu'une espèce.

1. Il serait possible toutefois qu'un animal trouvé par M. Dujardiii dans de Icau de Seine cl décrit par lui sous le uoin de GaslTochœta fissa (Uuj. Inf., p. 3S.">, PI. VU, Fig. S) dans sa Taniille des Kuohélyens, Cftt un D)Stéiien.

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