‹ Études sur la langue séchuanaChapitre 23 sur 43 · Un verbe régi par un autre passe à l’infinitif · texte numérisé non relu

Un verbe régi par un autre passe à l’infinitif

mais si le verbe régissant est au futur ou à F impératif, il est plus correct et plus élégant de mettre son régime au subjonctif. Ex. Ki tla ea ki bone, «j’irai que je voie, » pour «j’irai voir; » Flo u bone , «viens que tu voies. »

17. Lorsque deux verbes régissent simultanément un nom, on doit les séparer et donner au premier le nom pour régime, et au second la préfixe du nom qui correspond, dans ce cas, au pronom le. On ne peut pas dire, comme en français : « Je crains et je fuis le péché; » il faut dire : Kia tsaba se be kia se tlogela, «je crains le péché et je le fuis. »

18. L’espèce causative ou hiphil régit deux accusatifs. Ex. Kia rekisa mota pitsi, «je fais acheter un homme un cheval, » pour «je fais acheter un cheval à un homme. »

19. Un assez grand nombre de verbes sont à la fois actifs et neutres . Tels tsega , « rire ; » lela, « pleurer, etc. » On dit neutralement « il rit , » et activement « il rit quelqu’un. »

20. Tous les verbes neutres deviennent actifs en passant à l’espèce causative. Ex. Robala , « dormir; » robatsa , « endormir; » ea, « aller; » eisa, « faire aller, mener. »

Négations. — 21. Les négations ne, ne pas s’expriment par les particules sa, ga, si, qui n’ont aucune affinité avec les adverbes de négation che et nia, non. La particule sa se place entre le pronom et le verbe : Ki sa bone, «je ne vois pas;» la particule ga se met devant le pronom : Gxki bone; si est particulièrement consacré à la défense : U si ame , « ne touche pas. » Ces négations changent la voyelle finale du verbe (a) en e.

SYNTAXE

22. L’interrogation s’opère au moyen des particules ha et na qui correspondent parfaitement au n de la langue hébraïque. Elles se placent l’une et l’autre au commencement de la phrase, excepté lorsqu’on les emploie simultanément pour préciser davantage l’interrogation; dans ce cas, l’une se met au commencement et l’autre à la fin de la phrase. Ex. JIa a mo rata Na ? « estce que tu l’aimes ? »

Conjonctions. — 23. Le séchuana est plus riche en conjonctions qu’on ne l’attendrait d’une langue inculte. Sous ce rapport il me semble l’emporter sur l’hébreu , quoique le me ( } ) se produise un peu plus souvent qu’il ne le faudrait pour la précision.

II existe deux copulatives distinctes : l’une ( me ) sert à lier les phrases , et l’autre ( le ) à lier les mots. Les conjonctions mais , si, quoique, bien que, cependant, quand , comme, parce que, afin que, enfin, tandis que, donc, c'est pourquoi, encore, aussi, même ne sont pas moins familières aux Béchuanas qu’à nous-mêmes.

L’infmitif du verbe substantif remplit dans le discours l’office de notre conjonction que. Ex. Kia rumela goba oa ’ntata, «je crois être (que) il m’aime; » oa gopola goba ki mo pumile, «il pense être (que ) je l’ai trompé. » Il est facile de se rendre compte de cette particularité, qui peut, au premier abord, paraître singulière : le que , dont nous faisons usage pour lier un verbe à un autre, avertit l'esprit de l’existence d’un fait non encore exprimé , mais qui va l’être immédiatement; or le verbe substantif ne semble-t-il pas bien mieux adapté à un pareil emploi

qu’une conjonction dont la valeur est purement conventionnelle ?

On a dit du que qu’au jour où il entra dans le discours l’homme enfant devint adulte. Peut-être, en étendant un peu cette remarque judicieuse, serait-il permis de dire qu’on peut, jusqu’à un certain point, juger de l’état intellectuel d’un peuple par les conjonctions de la langue qu’il parle. Destinées à exprimer les diverses nuances de la pensée , leur nombre doit nécessairement être en rapport avec le développement que celle-ci a acquis. Si l’on applique ce principe aux Béchuanas, on trouvera qu’ils entreraient facilement en comparaison avec des nations qu’on est bien loin d’appeler sauvages.

Adverbes et propositions. — 24. Les adverbes et les prépositions s’emploient absolument de la même manière qu’en français. Les adverbes de manière sont tous formés des adjectifs qu’on convertit en adverbes en leur donnant la préfixe ha. Ex. Golu, «grand ; » hagolu t « grandement. »

Période. — 25. La période s’étend rarement au

delà de trois membres.

Figures grammaticales. — Les Béchuanas font un usage immodéré du pléonasme. Un peuple qui jouit de beaucoup de loisir est naturellement sensible au plaisir de conter ; il affectionne d’autant plus les narrations surchargées et prolixes , que son genre de vie est monotone et offre moins d’incidents. La même raison leur a fait

SYNTAXE. f\9

bannir l’ellipse du langage ordinaire; elle ne leur plaît que dans les chants poétiques.

Euphémismes. — Ils savent voiler avec art des idées désagréables. Les mots mort, mourir sont proscrits comme trop sinistres. On dit d’une personne décédée, quelle est éteinte , quelle n’est plus , quelle a rejoint ses ancêtres. Je ne sais pas serait un aveu d’ignorance par trop plat; la généralité préfère avoir recours à l’interrogation : Sais-je? Un fils respectueux, pour faire entendre que son père s’est enivré, dira toujours qu’il a de la gaieté. Le mot crime est également remplacé par celui de faiblesse. En parlant de personnes coupables de fautes fort graves, on se borne à dire d’elles quelles ont manqué de force , qu’elles ont été empêchées, qu’elles ont oublié. Ces manières adoucies de parler, dont il serait facile de niùl-

tiplier les exemples , sont un indice précieux de tact et de délicatesse. Le peuple auquel elles sont familières, quelle que soit d’ailleurs son ignorance , tend à sortir de la barbarie.

Peut-être aimera-t-on à trouver, à la fin de ce court aperçu, quelques versets du Nouveau Testament, traduits par un Mossouto fort intelligent. Je les orthogra-

< » ■ » J 1 I II , j V

pbie d’après l’alphabet français, pour que la lecture en

A -i •• ' -H? Üir lUi-ift* *C -.14.1. *1

soit plus tacile. ,

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ri,* Evas gil * selon saint Marc, chap.- < XÏV, <vv 43-38. 1

Mé a ba yoéla a ré : Moïa a m$ J o choéroé ki

i * Lj * f » , •» ‘ / . ' #

Et il leur dit, disant: Ame de moi elle est saisie par

ho souaba; loalang mo, lé lébèlé. Amorao a èa

être triste; demeurez ici, vous veillez. Puis il alla

houyana lé bona ; a itiéla fatsi; a rapéla a ré :

un peu loin de eux; il se jeta à terre; il pria, disant:

hoba ho ha etsoa nako , é mo fétélé morao. A que si il peut être fait , heure elle lui passât en arrière. Il

na boléla a ré: AbaEntaté, lilo kaoféla li ka disait, disant : Aba Père, choses toutes elles peuvent

etsoa ki oaéna; tlosa sènoèlo séo, sé éè ka

être faites par toi; enlève coupe cette, elle aille par

morao ’na; empa, léha ki boléla yuah, ho si

derrière moi; mais quoique je dise ainsi, il ne

ke ho etsoè ho ratoang ki ’na, ho etsoè ho ratoang soit pas fait le être voulu par moi, il soit fait le être voulu

ki oaéna. Mé a boéla ho baroutoa ba haé; a ba

par toi. Et il retourna vers disciples de lui; il les

foumana , ba robétsé, mé a yoéla Pétéro , a ré : trouva, ils étaient endormis, et il dit à Pierre, disant:

Simoné, ha oa robètsa na ? Na ha oaa ka oaa Simon , est-ce que tu dors ? Est-ce que non tu peux tu

lébéla nako é lé engoé ? Lébélang lé rapélè lé si

veilles heure elle est une? Veillez, vous priez , vous ne

kéné lilékong , gobané moïa o mafouloufoulou , entriez en tentation, parce que esprit il prompt,

nama éna é boutsoua.

chair elle elle est faible.

SYNTAXE

Orthographe séchuana. — Me a ba yoela a re : Moea a ’ me o chaeroe ki go snoba, lalang mo le lebele. Hamorao a ea guyana le bona a itiela fatsi a rapela a re go ba go ka etsoa nako e mo fetele morao. A na bolcla a re : Aba ’Ntatc , lilo kaofcla li ka etsoa ki uena, tlosa senoelo sco se ee ka morao go 'na, ' mpa leha ki bolela yaalo go si ke go etsoe go ratoang ki ’na go etsoe go ratoang ki uena. Me a boela go barutoa ba gae a ba fumana ba robetse , etc. etc.

Les morceaux que l’on trouvera dans ces pages auront l’attrait de la nouveauté. Composés par des bardes dont le génie n’eut jamais d’autre guide que la nature, leur originalité ne sera pas contestée. Il est cependant dans ces chants sauvages plus d’un accord familier à la lyre de nos grands maîtres: correspondance admirable qui suffirait pour prouver que le sentiment poétique est bien un des attributs de l’âme humaine , et que l’art, qu’on a trop souvent confondu avec le génie, n’est vrai qu'autant qu’il respecte et favorise le développement d’une faculté dont Dieu doue lui-même ceux qu’il destine â charmer ou à éclairer la terre. Si le chantre d’Atala , après avoir confié ses douleurs aux savanes du nouveau monde, fût venu raconter aux Bassoutos les malheurs de sa patrie, peut-être eût-il entendu les échos du désert répéter ses tristes récits traduits dans une langue que son âme poétique n’eût pas tout à fait désavouée.

L’artifice des vers est inconnu aux Africains. Leurs poésies, sans être entièrement dépourvues de cadence, n’offrent aucun arrangement méthodique des pieds et mesures , encore moins v trouverait-on la rime. Elles

sc distinguent du discours ordinaire par l’élévation des sentiments, les métaphores, l’ellipse, et par ce tour tantôt vif et énergique, tantôt mélancolique et naïf qui est propre au langage des passions.

Ces morceaux sont généralement consacrés à célébrer des chasses et des expéditions guerrières. On ne sera pas surpris que la poésie des passions douces, dont le développement suppose un degré de culture et de civilisation déjà avancé, soit à peu près inconnue à un peuple encore grossier.

Le héros de la pièce en est presque toujours l’auteur. De retour des combats, il se purifie à la rivière voisine , puis il va déposer religieusement au fond de sa hutte, sa lance et son bouclier. Ses amis l’entourent et lui demandent le récit de ses exploits. Il les raconte avec emphase; la chaleur du sentiment l’entraîne, son expression devient poétique. De jeunes mémoires s’emparent des morceaux les plus frappants ; on les répète à l’auteur enchanté, qui les retravaille et les lie ensemble dans scs longues heures de loisir; au bout de deux ou trois lunes , ses enfants savent parfaitement le toko, qui sera désormais déclamé aux fêtes solennelles de la tribu.

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