PRELUDE
La génisse de Kati ne veut plus se laisser traire. Elle saute, ressaute et cherche tous les coins pour aller s’y cacher.
KATI.
Je suis allé chez Malisé et Ramatimé. Amis, leur ai-je
dit, apprenez-moi ce que dit le sort. Ils ont répondu : Ne te mets plus en peine de ton ancienne nourrice, elle s’est lassée d’enrichir ton bercail. Maintenant, jeune guerrier aussi léger que la girafe, compagnon de Ratakané et de Poülé, c’est à toi à trouver les sentiers que fréquentent les troupeaux.
Je les ai détournés des sentiers auxquels ils étaient accoutumés ; ils bondissent aujourd’hui le long de ceux qui conduisent à ma hutte. La génisse blanche est belle et fertile comme Orion , elle est belle et fertile comme Orion.
ülf INTERLOCUTEUR.
Elle est belle, ô jeune guerrier aussi léger que la girafe ; mais elle t’a coûté un sang précieux ! Le sang te sort par l’oreille ; s’en est-il fallu de beaucoup que le coup ne fût mortel? Ne te plains pas, frère de Libé; le prévoyant Libé t’avait prédit ce malheur : ne t’en souvient-il pas, et ne mériterais-tu pas, jeune enfant, que Libé te tirât l’oreille?