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sées. Ainsi le sourire ne s’est jamais montré sur ses lèvres; il ne s’est trouvé aucune douceur dans ses paroles , tant que sa volonté propre n’a pas été faite prisonnière de la volonté divine. Le pauvre jeune homme se plaignait du bruit de la ville; à la campagne, la solitude l’accablait. Tour à tour il cherchait et fuyait son pasteur, qui, souffrant luimême de le trouver toujours si triste et si abattu, ne cessait de l’exhorter à se rendre enfin à la double voix de la Bible et de sa conscience alarmée. — « Mais la Bible n’est que douleur, répondait le « catéchumène. — Eh! non, mon ami, c’est que ses « consolations te sont encore cachées. » Nos misères une fois senties, Jésus ne refuse pas de les soulager, pourvu seulement que nous pleurions à ses pieds percés, le cœur libre de tout autre désir que de celui de lui plaire. Car le Dieu que nos péchés ont mis sur une croix ne demande ni plus ni moins que le libre et complet sacrifice de nos passions déréglées et de tout notre être. »
« Tels étaient les encouragements que Molapo venait chercher auprès du missionnaire. Tantôt, en se retirant, il formait la résolution d’en profiter pour son soulagement; d’autres fois, au contraire, il se sentait entraîné vers le monde, dont le faux éclat le séduisait. Ce sont toutes ces fluctuations qui faisaient de lui un homme fort misérable; je n’ai pas besoin d’ajouter que par moments son âme
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était livrée au désespoir, tandis que dans d’autres il s’est plaint, en quelque sorte, de Dieu, disant: «Eh! que ne me convertit-il en un jour? ce qui « nous est impossible le serait-il pour lui , ou bien « se plaît-il à nous voir plus malheureux que ne « nous a trouvés sa parole? »
« En 1 839, au moment où Molapo faisait entendre tant de murmures , et où il opposait à la vérité une résistance en apparence invincible , Mamoussa , sa première femme , embrassa l’Evangile. Cette conversion, dans les vues de la Providence, devait amener celle du mari. En effet, que ne peut, pour la conversion d’un homme, l’exemple d’une compagne fidèle, lorsque Dieu daigne le faire servir à ses fins ? Dans ce cas particulier, l’épouse chrétienne apprit de son mari , encore païen , à lire les Ecritures. Elle , de son côté , faisait part à son époux de l’intelligence intime que lui donnait, de la Bible, l’Esprit du Seigneur, qui l’a dictée. Admirable échange , leçon sublime ! L’un possédait les lumières acquises, l’autre les lumières révélées; et ces deux sortes de biens si différents composaient le patrimoine commun de ce couple béni.
« Mamoussa, en avançant dans la piété, redoubla de zèle pour la conversion de Molapo. Elle se plaisait singulièrement à lui parler du Sauveur, de son amour pour nous et de ses mérites, de la joie qu’on éprouve dans sa communion , enfin des glorieuses
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promesses qu’il nous a faites. Souvent encore elle offrait en faveur de son mari des prières qui lui paraissaient à la fois douces et pénibles , par où il faut vraisemblablement entendre qu’il devait se trouver un manque de foi dans ce quelle demandait d’ailleurs avec tant de ferveur. Cette excellente femme était pleine d’attentions pour son époux; elle craignait toujours, quoique à tort, de lui avoir donné quelque sujet de plainte; ses scrupules à cet égard allaient si loin , qu’elle mettait, par exemple, le soin le plus minutieux à bien remplir tous ses devoirs domestiques, en eux-mêmes si multipliés; il lui restait à peine assez de temps pour vaquer à ses dévotions particulières. Elle se reprochait surtout . de trop peu méditer l’Evangile, et ne pouvait se pardonner cette négligence.
« La vigilance que Mamoussa exerçait sur Molapo n’est pas moins admirable que son application dans les autres choses. Ainsi elle ne lui permettait point d’aller se coucher avant d’avoir lu un chapitre et dit sa prière. Elle le mettait soigneusement.en garde contre les discours irréligieux, et n’en souffrait point dans sa maison. Ordinairement aussi elle le priait de l’accompagner au presbytère de la mission , « afin ,
« lui disait-elle, que nous puissions y apprendre « ensemble combien le Seigneur nous a aimés. » Du reste les rapports des deux époux étaient aussi délicats que sérieux, et il en est résulté bien des
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incidents remarquables. Un jour, entre autres, ils se rendirent ensemble chez le pasteur, où le mari , prenant la parole , s’exprima dé la manière suivante : « Monsieur, je me sens lié à Mamoussa de cœur; « mon père me la donna pour compagne de ma vie, « après qu’il m’eut fait circoncire , à mon entrée « dans l’adolescence. Je la connaissais pour une « personne sans tache et douée d’une telle bonté de « caractère, quelle n’a jamais fait du mal à un en- « fant 1 . L’Evangile ne lui a rien ôté de toutes ses « vertus; il est venu au contraire y en ajouter d’au- « très non moins estimables. A présent j’aime Ma- « moussa plus que jamais. J’aime aussi le Dieu «quelle adore, je le prie à son exemple et avec «elle; mais je suis tout indécision, tout froideur « devant lui. Je souffre extrêmement de voir mon « épouse malheureuse à cause de moi. Elle m’ex- « horte et je l’écoute, mais sans force pour suivre «ses conseils. Or, que ferai-je? Vous dites que «je dois aussitôt embrasser l’Evangile; mais si je « le déshonorais ensuite pour m’être imprudem- « ment pressé, et n’avoir pas attendu que je goûte « ses consolations et sois revêtu de sa force avant « de suivre ses préceptes admirables mais austères?
1 Peut-être cette louange semblera-t-elle n’en être pas une. Eh quoi! dira-t-on, le respect pour l’innocence réputé une vertu ? Le fait est que, chez nous comme chez les païens, les enfants sont très-souvent maltraités par les grandes personnes , ce qui certes est fort humiliant pour nos beaux rêves d’une vertu originelle.
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«J’ai tant de sacrifices à faire, tant de renonce- « ments me sont demandés, que je désire attendre « encore pour me convertir. En particulier, puis-je « offrir sur l’autel des fidèles une génisse que mon « cœur peut-être voudra reprendre plus tard 1 P »
« En entendant ces paroles, Mamoussa dit à son mari : « Ah ! pourquoi persister ainsi à toujours « suivre la voie large qui mène à la perdition ? « Comme il nous vaudrait mieux servir tous deux « le Sauveur, afin qu’à son dernier avènement, et «lorsqu’il jugera le monde, nous ne soyons pas « mis, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, mais « que plutôt il nous soit donné d’être toujours en- « semble et avec lui ! Puisqu’il a daigné se sacrifier «pour nous, il ne nous sied pas, à nous, pauvres « pécheurs, de parler des sacrifices que nous avons «à faire. Balayer la maison du cœur, voilà, après « tout, ce qu’il y a dans ces sacrifices. »
«Molapo, alors, répondit d’un ton plus touché qu’auparavant : «Ta conscience est alarmée, Ma- « moussa; ton cœur saigne ( pleure) I Moi aussi je « m’accuse de lenteur à suivre la voie étroite qui « mène à la vie. Je ne suis pas sans de nombreux «péchés; entre autres, je viens de parler d’une «génisse. Eh bien! je confesserai aussi ce tort-là. « Après avoir reçu une compagne telle que toi des
1 Manière agréable d’exprimer le devoir de renvoyer sa seconde femme. ( Editeurs.)
« mains de mon père, je n’aurais pas dû en prendre « une seconde 1 . Mais je l’ai fait dans mon ignorance, « avant l’arrivée des messagers de Jéhovah dans ce « pays , où nous n’avions point entendu parler de « vertu conjugale. Depuis qu’ils ont paru au milieu « de nous, n’ai-je pas mis un frein à mes passions ? « N’eût été leur foudroyante parole, je serais main- « tenant un puissant chef; j’aurais un sérail comme « mon frère aîné, mes oncles et les autres petits rois «de la tribu. Toutefois, non, Mamoussa a plus « raison que moi : l’envoyé du Seigneur ne dit rien « que de raisonnable. Passons ensemble condam- « nation sur moi. Mille péchés me font la guerre ; « laissez-moi encore un peu de temps; pour le pré- « sent, restons tranquilles. J’espère que Dieu m’ac- « cordera la force qui m’est nécessaire pour le « suivre. «
«Oui, ajouta le pasteur, et même sans tarder, « car nous l’en prions déjà depuis longtemps. » Et, sur cela, nous tombâmes tous les trois à genoux pour implorer en faveur d’un pécheur pénitent le secours de celui dont nous vient toute grâce excellente et tout don parfait. Mamoussa se releva en disant : « A présent, j’ai ma conscience soulagée, « je ne tourmenterai plus mon pauvre mari par « trop d’exhortations; » et elle se retira.
1 Chez ces peuples, un père cherche à son fils une première femme, mais il esl rare qu’il lui donne aussi des concubines.
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« Quelques mois plus tard, Molapo vint lui-même nous apprendre quil avait renoncé au monde, à ses plaisirs , à ses pompes , et pris la résolution de servir Jésus-Christ seul, « parce que, dit-il, en enten- « dant le récit et l’explication de sa Passion, j’ai enfin « senti qu’il nous a aimés. » Son cœur débordait de joie, d’une sorte de joie qui ne se laisse point définir, mais dont la vive et douce expression se peignait fidèlement dans les traits du néophyte. Il était édifiant de voir avec quelle effusion il parlait du Sauveur , dont le divin exemple de renoncement, mieux que les plus beaux discours de morale, nous enseigne et nous aide efficacement à n’aimer que sa volonté, bonne, agréable et parfaite.
« Sans perdre de temps et suivant l’habitude de mes prosélytes béchuanas, Molapo ramena paisiblement sa seconde femme chez sa mère. Quelques bestiaux , des fourrures , des robes neuves lui furent données avec un Evangile et un livre de prières. Molapo avait seulement reçu d’elle quelques vases et une corbeille de joncs. Mais après avoir entendu un sermon sur Ananias et Saphira , son esprit troublé lui fit voir dans un songe les objets retenus, et il se bâta de les rendre.
« Vint ensuite la publication des bans de son mariage avec Mamoussa, dont la célébration eut lieu en plein air, à la manière dès réjouissances patriarcales. Aussi bien l’église de Morija se trou-
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vait beaucoup trop petite pour recevoir la multitude de païens qui étaient accourus de toutes les parties du royaume pour voir bénir l’union de leur prince favori.
« Cette cérémonie fut simple , mais si solennelle, quelle toucha Moshesh jusqu aux larmes . «La lune de janvier, dit-il à ses sujets présents, « amène constamment pour ma tribu une double « fête : celle du nouvel an et celle des premiers « fruits de la terre. Le soir, on apporte une ci- « trouille cuite à votre roi. Ses enfants se réunissent «tous autour de lui, et il la leur présente pour « qu’ils en mordent tous un morceau, en commen- « çant par le plus jeune jusqu’à l’aîné. Ensuite leur « père et leur mère en font autant , et c’est le signal « qui annonce aux laboureurs qu’ils peuvent com- « mencer à jouir des fruits de leurs champs. Vous « remarquerez , qu’en cela les enfants passent avant « ceux qui les ont engendrés. Peut-être, mes frères 1 , « pardonnez -moi la comparaison, peut-être mon « tour viendra-t-il de mordre à la citrouille des chrè- « tiens. Leur foi, leurs écrits, l’ensemble de leurs «mœurs, tout chez eux me paraît aimable, rien «n’est si beau que l’Evangile! Converti d’esprit, « que ne le suis-je de cœur? Quoi! je me vois au- «jourd’hui devancé par Molapo dans la voie de la « sagesse et du bonheur ! »
1 Bana besu, « enfants des nôtres ; » manière ordinaire de parler.
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« Le roi ne pouvait cacher son émotion, d’ailleurs pleine d’amertume. Son fds, au contraire, éprouvait un bonheur inexprimable, et depuis lors il a vécu avec Lydia ( nom de baptême de son épouse) dans une parfaite unité de sentiments. Il est simple, humble, communicatif et toujours serein. Chacun l’aime et l’écoute avec plaisir, sans en excepter le vieux Mokachane, son grand-père, qui le fait appeler pour lui entendre dire qu’aimer le Sauveur et le suivre, c’est la devise des chrétiens.
« Le jeune prince n’a point encore reçu le sceau du baptême , mais il lui sera bientôt accordé , s’il plaît à Dieu. »
Les détails qui précèdent pourraient paraître , au premier coup d’œil , un hors-d’œuvre , dans une introduction à un traité de linguistique. Il nous a semblé toutefois qu’ils étaient utiles, indispensables même, et que, pour lire avec plaisir et profit les Etudes sur la langue séchuana , il fallait connaître jusqu’à un certain point le peuple qui la parle et savoir aussi quel est le caractère , quels sont les travaux des hommes pieux et éclairés qui consacrent leur vie à évangéliser et à civiliser cette nation.
Au reste les deux établissements missionnaires chez les Bassoutos ne sont pas les seuls que la Société des missions de Paris ait fondés au sud de l’Afrique. Elle en possède cinq autres, dont un
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au delà de Lattakou , au milieu des Baharutsis , des Wankits, des Barolongs et des Batlaros : son nom est Motito; un autre, aux sources du Keikop parmi les Lighoyas, c’est Mékuatling; deux entre l’Orange et le Calédon , parmi les Batlapis et autres peuplades : Béthulie et Béerséba; et un à quelques lieux de la ville du Cap , parmi les nègres : cette dernière station s’appelle Wagenmaker svalfey. Une huitième station va être prochainement fondée pour lesKorannas de la rivière Hart, entre Motito et Mékuatling.
Le Journal des missions évangéliques, qui paraît tous les mois par livraisons de deux feuilles et demie \ publie les nouvelles les plus récentes de ces diverses stations, occupées par quatorze missionnaires, et renferme, en outre, des renseignements nombreux sur la géographie et sur la statistique du pays, ainsi que sur les missions évangéliques, en général, dans les autres parties du monde. Ce journal, qui a atteint sa seizième année, forme une collection instructive et édifiante tout à la fois , qui peut rivaliser avec un ouvrage qui a acquis une certaine célébrité , et qui est connu sous le titre de Choix de lettres édifiantes , écrites des missions étrangères .
1 Ce journal paraît chez L. R. Delay, libraire, rue Basse-du- Rempart, n° 62, boulevard de la Madeleine. Prix de l'abonnement : 6 fr. par an.
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