‹ Études sur la langue séchuanaChapitre 40 sur 43 · Le voleur mange des foudres · texte numérisé non relu

Le voleur mange des foudres

Les moyens criminels qu’il emploie pour se sustenter attireront sur lui la vengeance céleste,

ÉNIGMES ET CONTES

Pour compléter notre revue des produits intellectuels des Bassoutos , il me reste à parler de l’énigme et du . conte. Ces deux genres sont tout particulièrement affectés à l’éducation des enfants. Le conte les captive et les retient auprès de leurs mères. Lenigme exerce leur r

esprit; et, comme II est d’usage de la proposer à plusieurs à la fois, elle établit entre eux une sorte de rivalité, dont les effets ne sont pas perdus pour leur développement commun. Qu’on se figure jusqu’à quel point une douzaine de petits fronts d’ébène doivent se contracter à l’ouïe d’une question telle que la suivante : « Il est une chose qui se précipite du haut des montages sans se casser; la connaissez-vous?» Il faudra sans doute bien des chuchoteries , bien des grattements d’oreille , avant qu’une jeune voix réponde: C’est l’eaa d’une cataracte. On continue :

(«Il est une chose qui n’a ni jambes, ni ailes, et qui, cependant, va très-vite et n’est arrêtée ni par les précipices, ni par les rivières, ni par les murailles.» On répond : C’est la voix.

a Nommez les dix arbres au haut desquels sont placés dix rochers plats. » Rép. Les doigts terminés par les ongles.

« Connaissez-vous une montagne à pic , penchée audessus d’une ravine ? » Rép. Le nez placé au-dessus de la bouche.

a Quelle est la chose qui va et revient toujours par le même chemin?» Rép. Une porte.

« Pouvez-vous dire ce qu’est un petit garçon immobile et muet, qu’on habille chaudement pendant le jour et qu’on laisse nu pendant la nuit?» Rép. La cheville à laquelle les Bassoutos suspendent de jour leurs couvertures.

« Connaissez-vous une chose qui ne marche pas à terre, ne vole pas dans l’air, ne nage pas dans F eau,

ÉNIGMES ET CONTES

et qui cependant marche, monte et descend?» Rép, h' araignée sur sa toile.

Il serait facile de recueillir un nombre très considérable d’énigmes de ce genre; mais peut-être trouverat-on, par celles que je viens de transcrire, qu elles n’ont d’autre intérêt que celui de prouver que ce peuple est sensible au plaisir que procurent les jeux d’esprit.

Les contes sont extrêmement nombreux et la plupart fort longs. On les appelle choumos ou surprises , titre qui leur convient parfaitement, soit qu’on l’applique au fond ou à la forme. Si j’en juge par ceux que je suis parvenu à recueillir, ils se composent presque tous d’un amas incohérent d’aventures extraordinaires , de descriptions, d’animaux fabuleux du genre de nos harpies et de nos hippogriffes ; en un mot, le grotesque et le monstrueux en forment le fond essentiel. Cependant on y trouve çà et là des leçons morales fort précieuses, des traits touchants, des exemples à suivre. Peut-être même, en en compilant un grand nombre, pourrait-on y découvrir plus d’une allusion à des faits de l’histoire sacrée. Le style en est très-animé et généralement adapté au sujet; dans les morceaux pathétiques, il acquiert une .véhémence qui paraîtrait outrée ailleurs que dans des pays où l’on dit tout ce qu’on sent.

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