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BROCKDEN BROWN. 13
Ce qu'il y avait de faux et de trivial dans cette parole a été assez puni.
Contraire résultat de deux révolutions différentes ! Moreau, ‘errant à travers le munde, renie sa patrie et meurt sous le canon français; Gouverneur-Morris finit sa vieillesse honorée au sein de la liberté qu'il a fondée et du pays qu'il a servi.
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Brockden Brown et Washington Irving.
Morris ressemble à s’y méprendre à quelque spirituel officier de la marine anglaise , mêlé à la bonne compagnie du xvin siècle, et Jonatham Edwardsà un théologien écossais du xvui°; Benjamin Franklin ne s'éloigne guère des qualités heureuses et fines qui distinguent Goldsmith et son charmant Vicaire. Chez tous trois l'originalité fait. dés ſaut.
Brockden Brown, Américain, résolut de briser le charme ; il chercha l'originelité ; malheureusement ce fut celle d'autrui. Lewis, auteur du Moine, chef de l’école funèbre et démoniaque, était alors en pleine vogue: Brown se le proposa pour modèle,
II comprenait la passion et savait le sa Au lieu de céder aux scrupules timides de ses compatriotes, on le vit braver la critique et ne chercher que l'effet ; effet factice et exagéré. Les démons de Brown sont de faux
A BROCKDEN BROWN.
démons; ses monstres sont le résulttat d'un parti pris; ses efforts d'imagination sont les élans d'une intelligence qui veut créer et qui dans son impuissance enfante des chimères. Je ne sais quelle ridicule surexcitation se fait sentir dans ces productions où tout est forcé, violent et incohérent. Rien de spontané, de naturel et de simple; toujours des convulsions , emphase perpétuelle, hurreurs sur horreurs.
D'où vient cette exagération véhénrente? pourquoi cette tension inoule vers le pathétique, le gigantesque, le romanesque, le fantastique et le merveilleux? De ce que la nouvelle société en Amérique n'a elle-même rien de fantastique ; le drame et le dithyrambe sont exotiques aux États- Unis. Brown y est déjà oublié ; c'est le sort inévitable de toute littérature outrée. Les teintes fausses s'éteignent bientôt : leur exagération les détruit.
Washington Irving, plus modeste et plus heureux, n'a pas prétendu à tant de grandeur ; il doit la renommée dont il s’environne, non à des saillies d'imagination, à une pensée créatrice, à une haute portée d'intelligence, mais à une iivitation gracieuse de l’ancienne littérature anglaise. C'est un calque sur papier de soie, calque un peu timide d’Addison, de Steele et de Swift. Tout ce qu'il écrit brille de ce doux éclat qui chatoye à l'esprit comme la moire rezuit à l'œil, Correct et agréable, il plaît sans émouvoir ; les sensations qu'il excite manquent de puissance. Vous diriez une demoiselle de bonne famille, bien élevée, esclave des convenances, ne forçant jamais sa voix, ne haussant jamais le ton, ne commetiant jamais le péché d'éloquence, et se gardant bien d'avoir de la verve, la verve étant souvent vulgaire. Notre intention n’est pas de rabaisser un mérite fort réel, de déprécier un talent que nous aimons, Personne
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WA! HINGTON IRVING 13
ne sent mieux que nus l'excellence de ce style sans prétention, sans emphase, et non sans grâce, dont le coloris est harmonieux et la forme. pure; mais nous ne pouvons dissimuler que sous ces qualités même un peu de faiblesse se cache.
Ajoutons que le mérite caractéristique de M. Irving n'a rien d’absolument américain. Vers l'Angleterre seule toutes ses pensées se dirigent; à elle se rapportent ses vœux et ses souvenirs; il lui rend un culte singulier, superstitieux, poétique et l’accepte telle que les écrivains de la reine Anne l'ont montrée. N'allez pas lui dire que cette Angleterre d'Addison est une idéalité embellie, il ne vous écoutera pas; ne prétendez pas lui prouver que sir Roger de Coverly est une création comme Don Quichotte, un personnage à demi-symbolique, auquel l'homme de talent a prêté des actes, des paroles et un costume. Pour Washiogton Irving tout ce que les contemporains de Pope ont écrit est parole d'Évangile, Ce sont leurs tournures de phrases qu'il reproduit, c'est leur langage qu'il emprunte. II aime jusqu’à l’hospitalité bruyante et ivre de ce tempslà. Cet écrivain qui trace ses lignes non loin des savanes de l'Ohio ou dans quelque maison carrée de Boston vit par par la pensée dans le Parc Saint - James; sa rêverie l’égare sous les allées ombreuses de Kensington; il cause avec Sterne; il donne la main à Goldsmith. Tout-à-l'heure il va revêtir le bougran rose et le justaucorps du dix-septième siècle, Ne l’éveillez pas; il croit dans un doux songe se perdre au fond des allées sinueuses de la vieille cité ; il entend le vent qui siffle dans les fenêtres à grands arceaux des familles féodales et agite ces énormes enseignes des marchands, contre lesquelles Addison s’éleva si fréquemment, Tout le passé poétique de Washington Irving se
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trouve là; c'est le charme qui s'attache à ses œuvres. Le songe velouté et doré qui l’enchante prête un délicieux prestige à la vie des temps anciens, et fait de lui le Wouvermans de la littérature anglo-américaine, Ce charmant conteur est le fils d'un Écossais établi à New-York et d’une Anglaise. Sa jeunesse débile et son enfance délicate se passèrent aux environs de cette ville et dans cette ville même, qui « alors, dit un Américain, ne ressemblait guère ni à une métropole, ni à une ville d'Europe. Des mœurs ingénues régnaient encore dans cette cité naissante où tous les agréments d'une prospérité en progrès, toutes les jouissances du bien-être intérieur 86 combinaient avec la douce liberté et les faciles plaisirs d'une vie presque :Champêtre. La situation avantageuse du port faisait aſſluer des flots de piastres dans les coffres de ses marchands ; car les habitants des autres parties de la province n'étaient pas encore accourus pour coloniser ce point fortuné de la côte et y demander leur part des profits. Les anciens de la ville, voyant toutà-coup la maune commerciale tomber pour eux du ciel, s’occupaient bien plus de jouir du présent que de s' inquiéter de 'avenir; ils n'avaient pas reconnu la nécessité d'habituer leurs enfants à la discipline du travail et de la prudence. La cupidité qu'engendre le gain, l’égolsme étroit des concurrences locales n'avaient pas desséché les cœurs. Vous observiez encore dans ces familles enrichies rapidement des mœurs patriarcales; on y croyait au bonheur domestique; on ne livrait pas ses enfants pendant dix heures du jour aux soins mercenaires d'un pédagogue ; on redoutait pour eux l’atmosphère étouffante de l'école ; on trouvait le temps de les élever soi-même, puis on les envoyait au grand air des champs, et le voi-
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