II
poesie de la Vengeance et de la Colère populaire en Europe. — Crabbe, Robert Burns, — Ebenezer Elliott, — Généulogie intellectuelle de ces poètes en Angleterre,
Une telle situation devait trouver son expression poëti-
que.
Le premier en date, le chef de ces poètes, c'est Crabbe. Avant lui déjà les tendances saxonnes et domestiques , le homely des Anglais, le heimimeh des Germains, s'étaient révélés, mais avec moins de violence et d'âpreté. Il est facile de remonter de Crabbe et de Burns le laboureur, jusqu'à Goldsmith dont le Village abandonné u est qu'une élégie populaire et sociale, et jusqu'à Gray, l'auteur du Cimetière du Hameau. Cette veine populaire date de loin daus les pays germains ; longtemps interrompue par le puritanisme et les influences italienne ou française, elle se retrouve au fond même du moyen-âge , et apparaît tout entière dans la Vision de Pierre-le-Laboureur (Pierce Plowman), réclamation roturière et saxonne d'un homme des champs contre les abus de la suseraineté normande.
En Amérique, la poésie de la vengeance ne pouvait und-
ons vulgaires ; qui souffrent paieraient les
en Europe. — névlogie intellec-
pression poéti= , C'est Crabbe.
pmestiques , le sains, s'étaient reié. Il est ſaaboureur, jussé n’est qu’une l'auteur du Cie date de loin pue par le puaise, elle se reparaît tout en- (Pierce Plowan homme des rmande.
ne pouvait un-
Le La primitive liberté de la nature et la forte luite des puritains contre les puissances élémentaires, les flots, le sol et les vents ne permirent point à la muse domestique de prendre cet essor redoutable ct amer, de devenir halneuse et violente. Les premiers initiateurs de la littérature américaine, Franklin, Audubon , (ooper sont des écrivains almables et humains, c’est-à-dire populaires dans le sens réel de ce mot. Ils écrivent pour tout le monde, comme Shakspeare, Montaigne et Cervantes. C'est en Angleterre, au sein d'une société usée et raffinée qu'est éclose une autre littérature pseudo-populaire, vindicative et furieuse, destinée exclusivement aux ouvriers, aux pâtres et aux prolétaires, Chose étrange! Pendant que l'Amérique démocratique protégeait une littérature gracieuse et élégante, aristocratique et élevée comme la nature, remplie de nuances douces et fines, la vieille Europe ennuyée faisait nattre de son côté une couvée de poètes tragiques, dithyrambiques et académiques sous le costume du prolétaire, — faux hommes du peuple qui grossissent leur voix et se parent d'une rudesse menteuse. 5
L'Angleterre hiérarchique et féodale a la première donné l'impulsion à ce mouvement, Crabbe (1) en a été l'iustigateur prinitif, Robert Burns, vrai paysan, l’a suivi de près, Robert Bloomfeld et Southey dans sa jeuneme ont suivi la même trace.
Entre ces prosateurs ouvriers et poètes, quelques-uns sont sortis en réalité des rangs inférieurs ; beaucoup, nous le verrons tout-à-l'heure, ne sont que des rhéteurs manqués, Deux hommes de génie apparaissent sur cette liste:
(4) Ve Erne, sun La Lrrrésatuas conreronaine, Études anglaises, T. 1.
185 te foñéshôn 1e payäih Ecodesis Robert Bubhs et de Forgéron de She Celui-ci, Ebéneter Elliot, est de race hétonne et pr tomine bon nom de bopteme l'indique base. Pürlöns de ot, où plutôt faisons won adwlrateur enthouslaste, Thomos Catlÿlé analyser et éxälter un talent remarquable, bien moins naïf que ne l'affirié Cartyte.
Sir.
Le Forgeron de Shefield, — Panégyrique de ce pobte par Thomm Corlyle,
„Un forgeron (Ut l'éloqéent Thidiis Cärtyts), Wut nor envore de bes traut cyélobéetis ; bronzé 11 vàpéurs ürdenten qui émañiétt de son foyer, telne de suie, orné ie dimatiche d'un gros habit dé drap gris-de-fer, à fait retentir ‘sà Voix terrible, linitiédialelient apres ſort Byron. 1
Ni Montgemery, hi Müoré; hi mistrias Hetnäns, ni M: Polwhele; ht M, Bulwer n'oht produit autant d'éfret. Le forgeroi à thañté d'un ton nsses rude, su une coke d'airain, les miséres du peuple, le paupérismé Aut devient colosse, le fiéau des mauvaises lois enfantant les induvaiséé mœurs; {la prophétisé tomite atze de Bilal, et bebucoup mieux que eon mere. Da fond des ateliérs fullgt: neux de Sheffichl ; où le travail arms de mitte müfteaük 88 bat avec la nécessité et transforme à là fois Je fer En acfer el l'acier en pain, cette voix pleine de raison et de force, mâle, visoureute, nullement caressate; à fait de wr de Angleterre. * j
n de She foi.
et puritalne, . Pürlone de uslaste, Thoarquable, bien
obte par Thomm
Artis), (out
10 paf les va:
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1 pred to
Heians, ni autant d'effet.
for en deſer et de force, mâle,
wor de l'An-
DE SABPPIELD.
« Vers sur les lois des céréales (1)! s Quel titré f C'était le seul possible, Notre poète chante en effot le pain ; la cherté du pain, l'horrible détresse des classes forctes de s'en passer quand les legislateurs ne mettent pas de pain à leur portée. C'est le poète de la famine, non du peuple:
» Vous ne trouverez pas là le génie poétique dans tout son développernent, un Homère, un Tasse, même un lord Byron; ces météores intellectuels sont rares ; surtout au: jourd'hui que la mende poésie pleut de toutes parts, que le ciel en est obeturei, que les vers médiocres tombent sur vous en larges gouttes et que l'horizon entier est de: venu leur conquête: Ce qu’on nous offre maintenant chez les libraires sous le beau titre de Poeten, c'est je ne sais quoi : un songe, un rêve ; un fantôme de livre ; enfermé entre deux couvertares de papier ou de carton , un rien, qu'il faut payer de bon argent. Ici, au contraire ; l’adteur a quelque chose à dire au public; sait ce qu'il veut dire, articule sa pensée ct ne jargonne pas, bien qu'il écrire en vers. Quelle nouveauté! Un poète qui a une âme : un écrivain qui s'est consulté, qui s'écouté, qui croit, ” cherche à communiquer sa croyance!
»Ce qui étorinera surtout le vulgaire, c c'est que le forge: ron ou chaudrennier de Sheffield (Je ne sais trop lequel) n'a pas fait ses études et ne possède pas un denier de ca: pital : cet étonnement me semble insensé. Je n'aime cette fatuité intolérable qui, pour avoir été élevée à Orford, 86 croit en possession exclusive du génie et s'éter: veille d'en trouver ailleurs que chez elle. Vous la voyer, trônant sur un amas de lexicons, de grammaires, de billets de Banque et de parchemin, jeter au lin les yeux et #°6rrier: r tj ore.
cela est très-surprensnt pour un homme sans éducailon! » Comme si l'on ne pouvait parler et penser qu'après avoir fait ses classes ; comme si, dans le temps étrange où nous vivons, d'aatres écoles plus instructives ne s'ouvraient pas devant nous.
» Telle est l'édacation absurde qui règne depuis le xvaue siècle sur l'Europe, que moins on reste soumis à son influence, plus on a de chances pour conserver son jugement. sain et sa ponsée active. Au lieu de ne voir le jour qu'à travers des lunettes de toutes formes et de toutes couleurs, à facettes , à prises , rouges , vertes, violettes, convexes et concaves, l'homme sens éducation se sert de ses yeux. Sont-ils naturellement sains, ils vaudront jañiniment mieux saus le secours factice qu'on leur preterait et dont on les surchargerait inutilement, Myopes, employes ces remèdes , meltes des lnnettes ; laissez-nous vivre, la front nu et l'œil au ciel, nous que la nature a mieux doués.
» Prenez deux hommes médiocres ; soumettez l'un à la routine ordinaire des gens comme il faut. Donuez-lui des professeurs, des maîtres de danse, des maitres do musique et d'escrime, des complaisants et des maitresses, Laissez l'autre dans sa stupidité native; qu'il soit ouvrier, artisan, commissionnaire. A son entrée dans le monde, le gentilhomme baus esprit paraîtra fort supérieur au manœuvre imbécille; vous reconnaîtrez chez le premier plus de grâce, plus d'élégance, une meilleure et plus aimable maoière de dire et de faire des sottises , un nombre inſiui de connaissances superficielles qui manquent à l'autre, enſin un avantage manifeste, Mais qu'il s'agisse, nee traire, d'un de ces caractères rares, daus ben ibn arne
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. . émis * LS: 1 ANA da RS DE PONT EEE]
DE SHEFPIELD, 133
Dieu qui lui a fait ce présent, lui donnera aussi la volonté, la force, l'occasion d'en user, à moins qu'une aveugle destinée n'écrase sur sa route et ne tue co génie, comme la foudre frappe un enfant. La question est donc de savoir si, pour une chance contraire que vous offrent les caprices du sort, les maladresses de l'éducation n'en présenteraient pas mille toutes également funestes au développement des capacités; si l’homme supérieur qu'une mauvaise culture rabaisse au niveau de la médivcrité, n’eût pas conquis son rang assigné par la nature, sans les soins dangereux que vous avez pris et la peine que vous avez dépensée pour altérer ses qualités naturelles,
» Les Roüsseau, les Shakspeare, les Cervantes, ont-ils eu beaucoup à se louer de leur éducation ? Leur véritable école, leurs études les plus réelles n'ont-elles pas été la peine, la misère, l'isolement, la calomnie, la faim et la douleur? N'est-ce pas dans ce sol ingrat qu'ils ont prospéré et fleuri, comme ces grands arbres des forêts, dont la semence, jetée au hasard sur le granit, brave les saisons et le temps, lutte, souffre, s'onvre un passage dans les interstices du roc, croît au milieu des tempêtes, oppose à la bise ot à la chaleur un tissu qui devient plus serré et plus puissant, en proportion de la résistance qu'il doit offrir et de la stérilité de la sève, se développe enfin, renverse de sa racine triomphante le berceau qui l'a nourri, et devient chêne? « Il n'y a, comme le dit très-bien un homme qui a écrit sur l’agriculture, il n’y a que l'artichaut qu om ne puisse faire pousser ailleurs que dans un jardin; le chene pousse seul, en tout iieu, et trouve sa substance dans le plus maigre sol. Si vous l'ensevelissez sous l'engrais, il dépérit; abandonnez-le à lui-même, vous le verrez croître et s'élancer, son tronc noueux faire jaillir mille rameaux et
18h i FONGERON si tte roh als ze cbtvrir d'une cotoriiie de febillage. De meme: #1 j'avis besoin d'un homme de cœur et de résuluuon, d'une tets saine et forte, d'un jugement dégagé de réjugés , d'un ämi qui connût les hommes et le monde, dont l'utilité fat réelle et qui fût fréquemment, facllement applicäblé ; be serait un homme sain et simple due je chofdirais, qüétqu'un de tes êtres forts, dont l'éducation s’est icherse en Foyégeiht à travers Europe et l Ade, Qui ont appris d Comparer les individus entre enz et à Jutzer les bensttents; non un dds bes esprlts débilités et cütitourtiés pâr de lute du savoir et des jübissitices, pleite dé feveries inapplicables et dangereuses, ds petites ruses Inventées par la vatité, d'adirésse 3 simülef ies Vertuß, de hohl dens ptandéur da et de vanité sans cottage. Ouf, celüt:M en sait plus que le bot bien élévé qui Eblirt de concert en cobbert ét de salond ei sälütis. Les réséoüréés sans nümbre dout notre siete abonde apportent à PHomme trop dé jouis-
sänées , sont trop complaisäntés pour Ia séfstalité, trop
faciles an vice, pour ne pas favoriser les mauvais penchents: cé due l'édication semble fire ; la Mollessé ; de lune, les habitucdes sociales le détruisént; et tandis due le voyägeur, Väpprentt, le matetot, Je Sotdät, lé colon conservent l'Enortzie dé là pensée aveé là putssünce du corps, ie feute indolént élastiquée autuel toutès les jütiissméts intellétthelles vont prodiguées devient iñcapablé de les sentir: en dernier resultät, Thomtne le wied élevé des deux est Éelüi qub w'n pas Tech d'éduédtion. Lare
4 n est faux que t'édlucatioh n'etiste pas pöük le pétve! Les livres sont partbut; les livres Où 8e trotivé le braftl mysters- du passé; où ln pensé de l'hénime ze Ueßtele Ac les I dont elle best rendue möftressé. La plos Verulte hütte est un Hen d'édücation, poürvu QU'H s'y
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de feuillage. 5 De ur et de résülugement dégagé de nés ét le mönde, ment, facilement iiple que je chot- L Teduration s'est ét Aste, Qui ont ur et à juger les ités et contourtiés pleiiis dé évétiés uses lüvetitéés par ball dans gtanof, celul- n en salt oncert en conrert anz nombre dont ne top dé jouisà sefistalité, trop.
auvais penchants:
lessé ; le luxe, les 8 qué le Wyägeur, on conservent Te- Corps; d feume innee intéllétthelles es sentir: en derdes deu est Celüi
s pas pot lé pet 18e troude le grant ine ze Neft avec due héfiréssé, Ia à, pov Nu s'y
ssl F4
DR SHERFIELD. 135 trauve un livre. La civilisation est tant entière dans Talphabet, symbole universel et impérissable de ce que uotre race a inventé, appris, deviné, fondé, transmuté, senti, ac-
cpmpli, imaginé depuis qu'elle est au monde. Où est l'expé- .
riense des siècles ? comment les découvertes et, les instructions des temps passés arrivent-elles jusqu'à nous? De mille manières; dans les livres, les tableaux, les traditions, les mœurs et le langage. La roue d'une machine à vapeur communique au paysau un savoir plus profond que celui dg Socrate, La force des temps antiques se survit et se perpétue, embaumée pour ainsi dire, non-enlement dans le écrits , mais dans les usages,
» Savair, comme le disaient admirablement nos ancêtres,
c'est pouvoir. To ken (1), connaître, n'était qu'un seul et meme mot, identique avec to can, pouvoir. Que seraitce donc qu'une science sans puissance et sans utilité, science de lettre morte, science de mots et de formes, que vous préconisez si haut et qui n'embrasse point la nature, ne la pénètre et ne l'approfondit pas, ne dévoile pas un mystère de la vie, et que cependant vous osez, téméraires et pédantesques trompeurs , appeler exclusiyement et emphatiquement la science? Il y a bien plus de science dans une machine à filer le coton, résultat de-tant de combinaisons et de découvertes nécessaires ; le unn n d'école c'est la pratique, et le savoir appar- E Us.
»Le pouvoir n'est plus le savoir aujourd'hui; tout la culture factice de l'humanité repose sur cette fausse distinction, et le monde a oublié la vérité fondamentale: : c'est en tout l'homme est né pour agir ; est ne
10 Mot erde uit in Eee:
doit faire quelque chose. De là cette supériorité incontestable des laborieux sur les oisifs.
» Le travail! quelles sources incalculables de progrès et de science sont renfermées dans ce mot, dans cet acte, dans cot effort ! Le travail, qui s'empare de l'homme tout entier, non de son raisonnement seul et de ses facultés argumentatives, mais de toutes ses facultés d’action, de souffrance, de persévérance et d'entreprise; le travail qui, à chaque pas, éveille une force endormie et déracine une erreur. Qui n'a rien fait ne sait rien. Inutiles sont les théories imaginaires ct les hypothèses plausibles. Debout ! A l'œuvre! Si ton savoir est réel, déploie-le; lutte avec la nature, essaie la force de tes théories, vois si elles soutiendront l'épreuve, Agis! A peine auras-tu fait une chose, mille clartés jailliront autour de toi, Ent le sens de ce mot travail est immense. 11 donne humble chrétien des ressources que la plus haute : e n'atteindrait pas sans la pratique. Dans le créuset de l’expérience, la vérité se sépare de l'erreur. Grâce à vos systimes, vous avez pour résultat une impossibilité, une chimère, ce que l'algébriste appellerait la racine carrée d'une quantité négative; essayez donc d'extraire cette racine, reconnaissez la base solide de votre argumentation (si elle a une base), ou le vide sur lequel elle est suspendue. Comment s'évanouiront toutes les apparences illu- . la pratique. i » Deux hommes qui, dans le cours de leur vie, auront pour moteurs, l'un le pr. neipe théorique et spéculatif, l'autre le principe du travail et de la pratique, atteindront les résuliats les plus différents. La distance qui doit les séparer, s'élargira sans cesse. L'un se payera volontiers de mots; l’autre pour obtenir les premières nécessités de
riorité incontes-
les de progrès et
aus cet acte, dans homme tout enses facultés argul'action, de soufie travail qui, à et déracine une Inutiles sont les usibles. Debout !
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:DB"SHEFFIELD, 137 l'existence sera forcé d'agir continuellement, de beaucoup travailler et de beaucoup apprendre. L'homme de génie né dans le luxe et élevé pour l'inaction triomphera des obstacles, et le paysan privé de toute instruction classique vaincra aussi sa situation. Burns né sous le coutre d’une charrue et Byron dont le berceau portait d'antiques armoiries n'ont-ils pas été les premiers poètes de leur temps? Choisissez deux intelligences moins hautes, moins éclatantes : deux hommes doués de talent. Voici Franklin dans une mauvaise imprimerie, o on le bat et où il travaille de huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir. Voici Parr dans l'enceinte d’un collége, de Cambridge oud’Oxford, avec leurs dotations, leurs professeurs célèbres et leurs belles bibliothèques; l’un de ces hommes restera Franklin, l'autre sera toujours Parr.
» Notre forgeron de Sheffield sait ce qu’il vaut. Armé de son instrument de fer, déjà endurci lui-mème et bronzé par une longue épreuve de la vie et du travail, il s’estime à sa valeur, et pour dire ce qu'il pense, il ne prend ni précautions ni circonlocutions timides, Nulle préface préparatoire et suppliante ne sert d'erorde à sa poésie, Il ne vous prie pas, lecteurs, de lui pardonner ses vers et de considérer que l'auteur est un pauvre homme qui n'a pas fait ses classes. Il est là devant vous, parlant comme il sent, disant ce qu'il pense, donnant l'essor à sa pensée, et cette pensée est douloureuse, II n'a pas besoin de vous; et vos éloges ou vos critiques ne changeront rien à l'état réel de la question. Ce qu'il dit en sera-t-il moins vrai si vous le blâmez? moins faux si vous le louez?
» Svit que l’on partage ou que l'on réprouve ses idées, il faut écouter cet homme, dont les opinions sont senties, dont les paroles jaillissent de son expérience, qui a vu
— — tm gt om gt ͤ k—œf — —
14 LA n dee des propres yeux et non par l'entremise de ses matres; qui n'est ni sentimental pi romanesque , ni-romautique ni kantiste, ni puriuin attaché à une secte quel conque; — un penseur sérieux, un de ces gens rares, qui ne çroient qu'à ce qu'ils sayent et qui disent tout ce qu'ils croient. Vous êtes las enſin, ainsi que moi, de ces demi-penseurs, demi raisonneura et demi-poèles, qui ursuivent l'ombre d'un système, n’ont que des fractions de croysnce.et des scintillations de foi, tanjôt mystique, lantôt philosophique ; sont portés à croire le pour et le conie, et vous laissent plongés dans une atmosphère de sophines, de contradictions, de conjeciures, de déclamalions 0 benen vaiues. 1
„Ilya dans cette dembohiiesrhe les cette production. incomplete de la pensée, plus de mensonge et d'improbité qu'on ne le suppose communément; plus de lcheté qu'on ne le croit. Il faut du courage pour avoir une foi et pour la professer sans crainte. On n'est pas un homme ordinaire, quand on sait approfondir. ses idées, quand on ose êlre sincère envers soi et les autres. C est ce caracière que nana remarquons avec joie chez le forgeron de Sheffield. Sans croire aveuglément à la vérité de ses doctrines, nous sommes persuadés de la sincérité de son langage et de l'hon-
nêteté de ses intentions : une inspiration de colère, mais
aussi de probité, anime sa poésie. Qn y retrouve l'homme assez énergique pour n'atendre de secours que de lui même et de son labeur : élévé au milieu de Ja détresse, pour une vie de peine, de sueur et d'anxiété;. sensible cependant, accessible aux aſſoctions, connaissant des passigns humaines ce qu'elles ont de plus tendre et de plus viril; Courageus , entrenrenant, il ne s'arrête pas à l'appa-
ise de ses maiue ’ ni-romaune secte, quel ces gens rares, i disent tout ce ue moi, de ces les, qui paurdes fractions de myslique, laujour et le consphère de s0de déclamalions
ceue production.
> et d'improbité le icheté qu'on e foi et pour la pme ordinaire, acière que nuns Sheſſield. Sans nes, nous mge et de Phon
rouve l'homme rs que de luide la détresse, xiété ; sensible issant des pashdre et de plus e pas à l'apps-
e colère, mais
DE SHEFFIRLO, 139 rence et à la surface, mais pénètre dans la réalité des choses, Aussi est-ce un poète,
» Toutefois si vous le jugez bien, vous trouverez que sa
donnée principale est fausse. Hérault de la vengeance et de la faim, il ng cpnçoit qu’une sorte de fléau politique, il ne prévoit qu un danger, c'est de manquer de pain. « Du pain pour ses enfants! Du pain à bon marché! » donnez-lui-en ; et il ne vous poprauiyra plus de ses clameurs, Tonte l'preté de van dithyrambe est dirigée contre les Lois sur les céréales. Ive voit pas que ces Jois sont la fraction infiniment petite dan système immense; et qu'alors même que l'on parviendrait à les corriger, à cicariser cette plaie, à guérir cel blessure, mille autres plaies saigneraient ençore. Il n'est frappé que de ces mesures législatives qui, entravant l'importation des grains et leur exportation, lui semblent menager de disele sa pauyre famille. Erreur naturelle ! Il ne voit pas que ce motif de plainte une fois supprimé, la sève amère et bouillante du mécontentement et de la révolte sociales trouvera encore des milliers d'issues, s’échappera et jaillira par tous les pores, soit qu attaque les lois relatives au paupérisme ou aux électiong, ou à la dime, ou aux taxes locales, on aux taxes zur la bière. Le mal est plus profond, hélas! Il est plus fortement enraciné, il s'étend plus loin. Quand nous lui opposons un palliatif ou un remède, il change de forme et se présente d un autre côté. Nous ressemblons à ce bon M. Shandy (1), qui se reboutonnait à gauche pour se deboutonner à droite. Et quel régime suivre, quelle panacée choisir, quel docteur consulter, pour guérir l'atrophie universelle du corps social, sa paralysie, sa désorganisatiop, a8 Bere irrégulière; pour porter remède à la (4) Tristram Shandy, de Sterne,
maladie d'un temps de décadence, où les principes privés et publics ont croulé ; où l'intérêt personnel, le manque de foi et les contradictions de doctrine s'enveniment avec les années ; où les riches qui voient la tempête approcher, sont preis à quitter le gouvernail ; où les pauvres qui encombrent le navire et voient les provisions sur le point de manquer, s'apprêtent à débarrasser le pont de toutes ces bouches inutiles : moment critiqué, fatal, épouvantable ! d'un côté les puissants, assiégés par une multitude mécontente, d'un autre, les classes inférieures, assiégées par ses besoins, restent en face les uns des autres, pleines de défiance, de crainte et d'irritation mutuelles ! | „Le poète populaire sur lequel notre attention s’est fixée, et qui la mérite à plus d'un titre, n'est pas un radical pur, un républicain forcené; c'est ce qui le rend venérable. Il ne veut pas détruire ; il croit encore, il y a de la loyauté dans son accent. Ennemi des abus de l'Église, il conserve intact ce sentiment religieux sans lequel il n'y a point de poésie, Rien n’est plus beau que sa description du dimanche de l'ouvrier; comme ce pauvre homme est heureux de sentir le fraîcheur de Pair! Qu'il jouit pleinement et fortement de sa liberté d’un jour ! Quelle piété profonde dans cette action de grâces! II serait difficile de trouver dans les sermonnaires, de morceau où la piété se montre plus éloquente, dans les poètes, de fragment plus énergique. On voit que notre forgeron croit à quelque chose, respecte quelque chose au monde, et que le mal qu’il aperçoit, celui qu'il souffre, ne le rendent pas inaccessible à cette admiration du beau , à cette vénération tendre sans lesquelles il n'y a pas de génie, » Elliott se rapproche de Crabbe par la sévérité, Tapreté, la réalité bilieuse des portraits; il a plus d'énergie,
principes privés l, le manque de niment avec les
le point de mantoutes ces bouuvantable ! d'un ide mécontente, fes par ses be- , pleines de dé- !
ntion s’est fixée, un radical pur, rend vénérable, ya de la loyauté lise, il conserve | n'y a point de ption du dimane est heureux de einement et forté profonde dans de trouver dans montre plus élos énergique. On chose, respecte u il aperçoit, celui le à cette admirasans lesquelles il
la sévérité, Ta- | a plus d’énérgie,