‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 78 sur 138 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

d'amour. La cruauté de ce code bleu, qui trouvait trèsmauvais que la jeunesse eût de pareilles idées, s'est mitigée peu à peu, mais les rapports mutuels des deux sexes s’en sont toujours ressentis, Aujourd’hui la femme américaine, par un bizarre contraste, est soumise à un étouffement moral joint aux meilleurs traitements physiques. Devant elle on se lève, on parle bas, on a soin de ne traiter aucum sujet qui puisse lui déplaire ou la blesser ; elle a la meilleure place à table ou dans une voiture publique, et elle ne possède ni influence, ni conſiance, ni sympathie. On dispose d'elle comme de quelque chose d'incomplet et de nécessaire, qu'il faut honorer , puisque le dépôt des générations humaines lui est confié; qu’on doit soigner, puisque son affaiblissement altéreait la pureté et la force des races; mais qu’il faut tenir en dehors de toute participation aux droits intellectuels et moraux de l'homme. La prédication du dimanche et le lieu-commun du journal, la causerie avec la voisine et la promenade dans les boutiques sont les seuls épisodes qui viennent apporter quelque diversion à la plus monotone et à la plus restreinte des existences. Comme il n'y a dans l'air, comme il ne circule dans la société aucun de ces éléments de curiosité intellectuelle dont l'Europe est remplie, et que les hommes ne songent qu’à manger, à boire, à faire fortune sauf à faire banqueroute; — la femme de son côté gn pense qu'à se marier le plus tôt possible, élève be cop? d'enfants, et meurt l'esprit étiolé par la stérilité de sa vie et la répétition constante des mêmes devoirs demi-serviles et des mêmes frivolités sans but, Tels sont les fruits de cette austérité excessive, qui reconngi-sant la femme comme type de la volupté et de la grâce, ia condamne à ce titre même, |

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Dans les mœurs calvinistes américaines, là femme n’est plus, il est vrai, un objet d'achat et de vente, une chose matérielle , mais elle reste passive, timidement docile, sans ressource et sans ressort. On la tolère plutôt qu'on ne l'accepte, et si les générations pouvaient se multiplier par quelque autre moyen, on se passerait d'elle assez volontiers.

Dans les provinces du sud et de l'ouest, les familles se débarrassent de leurs filles avant même qu’elles-soient nubiles, II n'est pas rare de trouver dans ces États des femmes de vingt on vingt et un ans déjà veuves de deux maris ; il n'est pas rare non plus d'y rencontrer de doubles ou de triples divorces. Toutes les lois et toutes les coutumes de l'Amérique tendent à relâcher le lien des deux sexes, ou à les rendre indépendants l'un de l’autre. II suffit d'un danger moral exposé par la femme devant ses juges, pour la delivrer du lien qui Ini pêse : « Son mari est un joueur; — ou il est trop oisif pour alimenter ses enfants ; — ou il leur donne de mauvais exemples et des leçons dangereuses. » Voilà le mariage rompu.

Ainsi s'établit une indépendance, qui assure à la femme certains droits inférieurs et maintient l'homme dans sa dure supériorité. Ainsi se formulent une liberté glacée, une indifférence mutuelle et la destruction presque définitive des affections vives et des attachements durables. Je ne sais si la moralité y gagne; plusieurs voyageurs prétendent le contraire, et miss Martineau est de ce dernier avis. S'il fallait l'en croire, les mariages américains étant mercenaires, c'est-à-dire exclusivement fondés sur l'intérêt, la corruption secrête y abonderait: corruption sans passion, débau-

che sans plaisir. Dans la Nouvelle-Angleterre, la plupart des femmes sont mariées à des vieillards qui seraient leurs pe-

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