‹ Etudes sur la Litterature Francaise (volume 3)Chapitre 15 sur 31 · LES FEUILLETONS DE FRANCISQUE SARCEY IO · texte numérisé non relu

LES FEUILLETONS DE FRANCISQUE SARCEY IO

bien d'ailleurs que tous ceux auxquels il tenait qu'on ne se méprît pas. Il savait que la nature ne suffit pas et qu'il convient que l'art s'y ajoute, moins encore pour la corriger que pour l'accentuer. Simple en ses allures, il avait l'affectation de la simplicité. Brave homme, il s'était fait de sa bonhomie une attitude. C'était sa méthode d'insister, d'appuyer. Il connaissait trop bien le public pour ne pas savoir qu'il ne s'avise de rien par lui-même €t qu'on est obligé de lui signaler et de lui souligner les choses qu'on veut qu'il découvre. A force de lui avoir entendu si souvent redire qu'il faisait son métier avec conscience, loyauté, sérieux, on en venait à oublier qu'après tout ces mérites ne sont peutêtre pas si exceptionnels et qu'il y a beaucoup de gens qui vont régulièrement au théâtre, cherchent à renseigner le public plutôt qu'à briller aux dépens de leur auteur, racontent les pièces en détail, les jugent avec bonne foi, et ne s'en font pas accroire pour si peu. Mais s*acceptant lui-même tel qu'il était et se complaisant en lui, Sarcey faisait au public les honneurs de sa personne; il les faisait avecun certain souci d'étalage et parti pris de grossissement. Il achevait ainsi son personnage, se composant une physionomie dont tous les reliefs étaient accentués. Il atteignait au type. Ce sera son honneur de rester comme le représentant attitré, et comme le type d'une certaine critique.

Cette critique se caractérise d'un mot : c'est celle de la foule. Supposez que la foule, au sortir du théâtre, eût pu prendre la plume et écrire un feuilleton : elle eût écrit le feuilleton de Sarcey. Nul n'avait encore été en aussi intime sympathie avec la moyenne des spectateurs et n'avait aussi complètement communié avec elle. C'est ici ce qui est particulier, nouveau même et original. Qu'estce que la foule va chercher au théâtre? Que vaut une critique qui reflète exactement le goût de la foule? Voilà ce que nous apprenons et ce qu'il y a quelque utilité à apprendre dans les feuilletons de Sarcey.

Par son tempérament d'abord, par ses origines, par sa formation intellectuelle, Sarcey était préparé à se trouver en accord avec la foule, j'entends avec celle qui se réunit dans les théâtres, y vient en payant sa place et fait les succès durables. Délicats, gens du monde, gens du peuple, sont une quantité négligeable dans cette assistance éminemment bourgeoise. Sarcey est le bourgeois dans toute la beauté du terme et dans toute son horreur. Il est né de parents bourgeois; il a reçu fortement l'empreinte de cette éducation universitaire où se façonne l'esprit de notre bourgeoisie ; il a connu la vie de province.Une qualité, chez lui, domine toutes les autres : c'est le bon sens. Il est judicieux, raisonnable, prudent et mesuré. Il aime à voir clair

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