LES FEUILLETONS DE FRANCISQUE SARGET II
sont propres. C'est un art d'înoiitation comme tous les arts, mais qui diffère de ceux-ci parce que Fimilalion qu'il présente de la réalité, il la présente à une foule : « L'art dramatique est l'ensemble des conventions universelles ou locales, éternelles ou temporaires, à l'aide desquelles, en représentant la vie humaine sur un théâtre, on donne à un public rillusionde la vérité. «L'illusion, voilà bien l'objet auquel tendent tous les procédés usités au théâtre: c'estune manière d'enchaîner les événements d'après une certaine logique, de nouer l'action, de mener le dialogue, manière qui fait ici merveille et partout ailleurs semblerait inacceptable. En dehors de la peinture des caractères, de l'étude de la société, de l'analyse des sentiments, il y a un art de « bien faire » une pièce qui apparemment diffère de Fart de faire un bon livre. C'est dans l'étude des ressources de cet art qu'il faut chercher la définition même et la détermination spécifique du théâtre. C'est aussi bien ce que fait Sarcey. Ce qu'il demande à une pièce c'est d'être « du théâtre » ; c'est à ce point de vue qu'il l'étudié et la juge. Chez l'auteur dramatique, ce qu'il apprécie, ce n'est ni le I moraliste, ni l'écrivain, ni l'homme d'esprit, maïs c'est l'homme de théâtre. On naît homme de théâtre. C'est un don. C'est un caprice de la nature qui vous a construit l'œil d'une certaine façon. C'est une science innée d'optique et de
Il8 ÉTUDES SUR LA LITTÉRATURE FRANÇAISE
perspective qui permet de dessiner un caractère, un personnage, une passion, une action de Tâme, d^un trait de plume. Pour tout auteur chez qui il a reconnu ce « don », Sarcey a des trésors de complaisance. De même, parmi les genres dramatiques il en est qui, décidément placés en dehors des conditions de la vie réelle et violemment conventionnels, n'existent que par l'emploi des moyens de théâtre : c'est le mélodrame et c'est le vaudeville. Sarcey y prenait un plaisir extrême. Toutes ces théories de Sarcey sont assez connues pour qu'il soit inutile d'y insister. Elles reviennent à dire que ce qu'il goûtait dans le théâtre c'était uniquement le théâtre. Il aimait le théâtre pour le théâtre et l'art pour l'art.
Dans la critique ainsi conçue on voit assez que
les parties sont liées, que tout s'explique et se déduit,
et on comprend aisément quel en peut être l'effet
immédiat. Mais en même temps, quelle n'en est pas
l'indigence, l'insuffisance et j'allais dire l'inanité !
Qu'est-ce qu'une critique qui se borne à enregistrer
le goût du public, et ne va-t-elle pas contre le but
de toute critique ? Le public suit son instinct ; il y
est assez porté de lui-même, et pour aller vers ce
qui lui fait plaisir il n'a pas besoin que nous l'y
poussions. Est-ce à nous de le faire verser du côté
où il penche? Au contraire c esta nous de l'avertir,
de le mettre en garde contre lui-même, de l'aider à