‹ Études sur la littérature française (volume 4)Chapitre 5 sur 18 · UNE APOTHÉOSE DU NATURALISME · texte numérisé non relu

UNE APOTHÉOSE DU NATURALISME

Savez-vous pourquoi, depuis bientôt quatre siècles, tant d'écrivains originaux et tant de beaux g-énies ont travaillé à élargir le cadre delà littérature française? Savez-vous pourquoi, de Rabelais à Montaigne, de Bossuet à Voltaire, de Racine à Victor Hugo, notre langue allait se modifiant sans cesse, gagnait plus de vivacité, plus de souplesse, plus de richesse, devenait capable d'exprimer plus d'idées et de représenter plus de choses ; pourquoi Jean-Jacques allait chercher dans les montagnes de la Suisse, Bernardin de Saint-Pierre sous les cocotiers de l'île de France, Chateaubriand dans les solitudes de l'Amérique et sur les rives du Meschascebé, le sentiment de la nature extérieure; pourquoi les poètes découvraient la campagne, les critiques découvraient les littératures étrangères? Et savez-vous pourquoi les érudits s'enfermaient dans les bibliothèques et les savants dans les laboratoires; pourquoi Michelet écrivait son Histoire de France^ Tocqueville son Ancien régime^ Fustel de Coulanges la Cité antique et Renan les Origi-

gS ÉTUDES SUR LA LITTERATURE FRANÇAISE

nés du christianisme; pourquoi Darwin formulait rhypothèse de l'unité orig-inelle des espèces, Herbert Spencer développait la doctrine de l'évolution, Stuart Mill, Alexandre Bain et Maudsley fondaient la psjcholog-ie positiviste, Moleschott et Bûchner rajeunissaient le matérialisme, et Claude Bernard jetait les bases de l'étude de la médecine expérimentale? — C'était pour que M. Zola pût écrire l'histoire des Rougon-Macquart.

Cette façon d'envisager l'histoire des lettres et d'en déterminer le développement dans un sens étroit, mais précis, a toujours été celle de M. Zola lui-même ; et tant que nous ne l'avons trouvée que dans ses articles ou dans ses livres, elle ne nous a ni surpris ni désobligés. Elle n'est en contradiction ni avec la nature d'esprit de l'auteur, ni avec la nature même de l'esprit humain, mal protégé contre les séductions de l'amour-propre. L'illusion à laquelle cède M. Zola est assez commune, et il s'en faut qu'il soit seul à en être dupe. Il est clair que l'œuvre de chaque écrivain est en quelque manière le résultat de tout le travail antérieur ; de là, par une pente aisée, on glisse à croire qu'elle en est aussi bien l'objet et la fin. La doctrine de la finalité se prête à des interprétations périlleuses. Mais il s'est trouvé un homme de bonne volonté pour accepter le point de vue de M. Zola, s'y installer, et de là, dans une large perspective, découvrir toute

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