RAPPORT AU SÉNAT, PAR M. LE COMTE DE CASABIANCA
(Séance du 18 juillet 18G8.)
Messieurs les Sénateurs, '
Le sieur Achard, docteur en médecine à Saint-Marcellin (Isère), et plusieurs habitants de la commune de Saint-Hilaire-du-Rosier, même département, signalent au Sénat Textrôme détresse des i)opulations séricicoles occasionnée par les progrès incessants de la maladie des vers à soie. Ils annoncent comme imminente la destruction totale d'une industrie qui versait chaque année plus de 100 millions dans quarante déi)artements, et alimentait nos plus riches manufactures.
Les pétitionnaires attribuent cette épidémie à la détérioration des graines; on a constaté, disent-ils, qu'en i865, sur 1200000 onces élevées en France, dont le produit a dépassé 4^ millions de francs, 912000 onces sont demeurées improductives.
L'un d'eux, le sieur Achard, prétend avoir découvert la cause de cette stérilité. D'après lui, le germe contenu dans la graine qui se forme en juin ou juillet, ne devient viable que dans les premiers jours de janvier ; mais à cette époque il entre en éclosion, dès que la température s'élève au-dessus de 9 degrés centigrades; il en résulte qu'en mars ou avril, lorsque commencent les éducations des vers à soie, le principe fécondant a été presque toujours détruit par un développement prématuré. De cette loi naturelle qu'il regarde comme incontestable, le sieur Achard tire une double conséquence :
La première, que le transport, la vente et le colportage de la graine devraient être interdits dès le mois de janvier, et que la campagne séricicole devrait s'ouvrir à la même époque ;
La seconde, qu'il faudrait confier le soin de produire des graines et de les distribuer à une grande Société coopérative, organisée d'abord sous le patronage et aux frais de l'État, et que l'industrie privée établirait ensuite dans toutes les régions intéressées.
Alors môme que ces proi)Ositions ne seraient jms accueillies, les pétitionnaires implorent votre intervention comme l'unique voie de salut qui leur reste, et vous supplient d'élucider, dans une discussion complète, les questions qui se rattachent à des intérêts dont on ne saurait contester l'importance exceptionnelle.
Tel est l'exposé sommaire de cette pétition, qui a été de notre part l'objet de l'examen le plus approfondi. Nous avons recueilli sur le ftéau qui désole la sériciculture et sur les moyens de le combattre do précieux renseignements au Ministère de l'Agriculture et surtout dans les entretiens du jeune et déjà
illustre savant qui, depuis i865, poursuit avec une persévérance et un dévouement au-dessus de tout éloge la solution de ce difficile problème. Ces renseijmements, nous sommes heureux de pouvoir les livrer à la publicité.
La maladie qui fait actuellement de si terribles ravages dans les magnaneries est connue sous la dénomination de patine, ou pébrine^ et plus généralement de maladie des corpuscules. Elle a commencé en 1849. La récolte moyenne des cocons était alors en France de 20 millions de kilogrammes.
Pendant quelques années, la gatine est devenue presque stationnaire. Une statistique récemment ])ubliée par le Ministère de l'Agriculture et du Commerce évalue la production annuelle des cocons ainsi qu'il suit :
kgr ]853, année la plus féconde du siècle. . . 2G 000 000
1 85/| 21 5oo 000
Tout à coup, sous l'influence de l'épidémie, la production s'est abaissée :
En 1 856 , à 7 5oo 000
Et progressivement, en i863, à 6 5oo 000
En 1864, à 6000000
Et en 1 865, à 4 ^^o 000
On n'a pu encore constater avec certitude le rendement des récoltes de 1866 et 1 867 ; mais on a acquis la triste certitude qu'elles n'ont pas été moins désastreuses que les précédentes. Par les soins du môme Ministère, une enquête si)éciale sur la situation de l'industrie séricicole a lieu annuellement depuis 1866. Nous n'hésitons pas à placer sous vos yeux le résumé de l'enquête de 1867, quelque affligeant que soit le tableau des souffrances que cette enquête révèle.
En voici le résumé :
« La situation de l'industrie séricicole, bien loin de s'améliorer en 1867, n'a fait que s'aggraver ou tout au moins est demeurée dans le statu quo. Le découragement commence à s'emparer d'un très-grand nombre d'éducateurs; dans beaucoup de localités, on arrache les mûriers pour y substituer des cultures plus fructueuses. Il en résulte aussi une crise des plus violentes pour la fabrication des étoffes de soie ; les salaires des ouvriers employés à cette fabrication, qui étaient autrefois de 10 à 12 francs par jour, ne sont plus que de i''",5o à 2 francs. De leur côté, les fabricants ne peuvent surélever le prix du marché, sous peine de diminuer les achats dans des proportions qui seraient funestes. Les ouvriers abandonnent les manufactures, surtout à Saint- Étienne, pour embrasser d'autres professions, celles de mineurs ou d'armuriers. Les paysans renoncent aux petites éducations, où ils ne trouvent que des pertes. Si l'on en excepte le Gard, qui ressent l'influence de soins plus intelligents, les rendements s'abaissent, et la culture se restreint, même dans
les départements qui avaient toujours été regardés comme les plus importants producteurs. »
Qu'a-t-on fait pour conjurer ce fléau dont nous venons de retracer les déplorables résultats? Dès son apparition, la science en étudia les symptômes, et rechercha en premier lieu si le principe morbide n'était pas dans la feuille du mûrier. Elle apprit bientôt la preuve du contraire et concentra dès lors ses observations sur la graine. Des faits nombreux constatés en France et en Italie démontrèrent que l'unique moyen d'échapper à la maladie ou du moins de la rendre moins intense, c'était l'emploi de graines non infectées par l'épidémie régnante : mais où les trouver? La contagion avait envahi avec une effrayante rapidité toutes les contrées séricicoles de FEurope, la Turquie, l'Asie Mineure et môme la Chine ; le Japon seul n'était pas atteint, et l'exportation de la graine des vers à soie y était interdite sous peine de mort. L'intervention de notre Gouvernement ût lever cette prohibition, et dès 1864, 400 onces furent achetées par la Société impériale d'Acclimatation et transportées en France avec tous les soins nécessaires pour les empêcher de s'altérer pendant le cours de cette longue traversée. Par une coïncidence singulière, ces semences pures que la France allait chercher aux extrémités de l'Orient, l'Italie les rencontrait dans un village obscur de la Corse, situé visà-vis les côtes de la Toscane et de la Romagne, le village de Porto-Vecchio. Nous nous bornerons ici à reproduire un extrait des observations faites et publiées en 1867 par M. Guérin-Méneville, à qui le Ministère de l'Agriculture et du Commerce a conûé l'inspection de la sériciculture (1).
Voici comment M. Guérin-Méneville s'exprima :
« Je me suis rendu à Porto-Vecchio, le point principal de mes investigations en Corse, aûn d'étudier la fameuse éducation et les mûriers de M"* Roccaserra.
» Cette vénérable dame m'a appris que la culture des mûriers et l'élève des vers à soie sont pratiqués dans sa famille depuis 1790. Il y a eu des interruptions dans les éducations, mais depuis une vingtaine d'années on n'a plus cessé d'en faire. C'est avec de la graine venue d'Italie que ces éducations ont été reprises, et depuis ce temps elles n'ont cessé de réussir d'une manière plus ou moins complète.
» ... Les qualité exceptionnelles des graines de M"" Roccaserra ont d'abord été remarquées par des ouvriers italiens qui viennent tous les ans travailler en Corse. Ayant obtenu quelques onces de graines faites par M"** Roccaserra, celles-ci donnèrent dans leur pays des produits si magniûques et si avantageux, qu'ils renouvelèrent l'essai trois années et toujours avec le môme succès. La connaissance de ces étonnants résultats s'étant répandue chex eux, une Société se forma pour venir exploiter cette espèce de mine d'or, et en
(i) Journal de l'Jgricullure, par M. Barrai, 5 avril 1868.
i863 elle passa avec M"* Roccaserra un contrat de sept ans pour se iSadre ré- ^rver tous les produits de sa magnanerie.
» Cette même Compagnie, reconnaissant que ces graines donnaient d*aussi bonnes récoltes dans d'autres parties de la Corse, prit les mêmes arrangements avec presque tous les autres propriétaires de mûriers de ce département, et aujourd'hui ils sont les maîtres de cette remarquable production et remportent chaque année en Italie. »
M. Guérin-Méneville ajoute que la Compagnie italienne, d'après les assurances qui lui ont été données, avait, pendant la campagne de 1866, confectionné en Corse plus de 12000 onces de graines et réalisé sur la vente un bénéfice net de 3ooooo francs.
n a remarqué avec un grand étonnement que la plupart des mûriers de M"* Roccaserra, parmi lesquels il y en a de séculaires, se trouvent dans des terrains bas, situés au bord de la mer et d'étangs salés, presque inondés et coupés de canaux. Il n'a vu sur leurs feuilles aucune trace de maladie.
Les vers de M"^ Roccaserra, lorsque M. Guérin-Méneville les a inspectés, étaient sortis du quatrième sommeil et magnifiques de santé et d'aspect, fl n'a trouvé dans les litières aucun ver malade ou mort, ni aucune moisissure. Il a depuis appris que la récolte avait répondu à toutes les espérances qu'elle faisait concevoir.
Malheureusement de nombreux essais ont démontré que la graine de M"* Roccaserra, partout ailleurs qu'à Porto-Vecchio, et celles du Japon ne conservent pas toujours leur pureté primitive. L'enquête officidle de 1867 a établi que cette dernière, la graine du Japon, réussit généralement la première année de son importation en France, mais elle dégénère à la seconde ou à la troisième reproduction. Aussi l'usage en est-il abandonné dans un grand nombre de localités, d'autant plus que la petitesse et la légèreté des cocons la font rejeter par le commerce; dans les Alpes-Maritimes, on les payait en 1867 moitié moins que les produits d'une origine différente.
Après ces tentatives infructueuses, il était urgent de découvrir, si c'était possible, un procédé qui garantît les éducateurs découragés des déceptions d'autant plus cruelles que souvent elles se manifestent au moment même où toutes les dépenses ont été faites et où le succès paraît assuré; les vers de la plus belle apparence, parvenus presque au terme de leur développement, périssent tout à coup comme par l'effet d'un empoisonnement instantané. Tous les efforts du Gouvernement ont eu pour but la recherche d'une méthode sûre qui prévînt ces désastres ; le Sénat s'est associé par ses votes aux principales mesures qui ont été prises.
En i865, trois mille cinq cent soixante-quatorze maires, conseillers municipaux et propriétaires du département du Gard, de l'Hérault, de la Lozère et de l'Ardèche nous adressèrent une pétition qui contenait, entre autres demandes, celle d'une étude à la fois théorique et pratique de l'épizootie, de son origine, de sa propagation et des moyens de la combattre et de la prévenir. Les
signataires exprimaient le vœu qu'une Commission spéciale et permanente fût constituée au Ministère de TAgriculture. Un remarquable Rapport de notre éminent collègue M. Dumas mit en évidence la justice et l'opportunité de celte demande. Le Sénat, dans sa séance du 9 juin i865^ prononça, par un vote unanime et avec Tadhésion du commissaire du Gouvernement, le renvoi de la pétition au Ministère de l'Agriculture, qui s'empressa d'y donner suite on instituant la Commission.
En même temps, sur la désignation de M. Dumas, vice-président de cette Commission, le Ministre qui est devenu notre collègue chargea M. Pasteur, membre de l'Institut, d'aller étudier le fléau aux lieux où il sévissait avec le plus de violence. Quel secours M. Pasteur trouvait-il, pour l'accomplissement d'une mission si délicate, dans les remarquables travaux entrepris en France par MM. Guérin-Méneville et de Quatrefages, en Italie par MM. Filippi, Cornalia, Osimo et Vittadini? De l'ensemble de leurs observations il résultait que, dans les vers à soie atteints par l'épidémie, on pouvait constater la présence de corpuscules vibrants, produit anormal qui, en se multipliant, entraînait la perte de l'éducation tout entière. Le véritable caractère de la maladie se trouvait ainsi parfaitement déterminé. C'était beaucoup pour la science, mais nul n'avait encore indiqué aux éducateurs un procédé pratique pour confectionner une graine dont le ver fût à l'abri de la contagion. Aussi la crise, comme nous l'avons déjà dit, s'aggravait-elle d'année en année. C'est après des essais nombreux, poursuivis sans relâche pendant trois campagnes consécutives, que, dans un Rapport adressé à M. le Ministre de l'Agriculture le 25 juillet 1867, M. Pasteur a pu annoncer la découverte d'une méthode sûre et facile pour produire en grand une graine qui permit d'entrependre des éducations dans les contrées même les plus infectées, avec la presque certitude d'un rendement au moins égal à celui qu'on obtenait, avant l'épidémie, dans les années les plus prospères de la sériciculture.
Voici en quoi consiste cette méthode : dans une chambrée dont les cocons viennent d'être formés, on en extrait de cent à cent cinquante; on les soumet à une température de 'iS à 3o degrés Réaumur. On fait anticiper ainsi de cinq à six jours l'éclosion des chrysalides et des papillons. On les examine au microscope. Si le nombre de ceux où l'on constate la présence des corpuscules excède 5 pour 100, on s'empresse de livrer la chambrée tout entière à la filature; si, au contraire, la quantité des chrysalides ou des papillons |>ortant les traces de la maladie est moindre de 5 pour 100, on réserve la chambrée au grainage.
Tel est ce procédé si simple, d'une exécution si prompte et si peu coûteuse, mais que la science et le génie pouvaient seuls découvrir : explorer plusieurs chambrées, choisir celles dont les cocons présentent les apparences d'une constitution saine et vigoureuse, en détacher environ une centaine, avancer leur éclosion de quelques jours par une chaleur continue de plus de 25 degrrs Réaumur, inspecter au microscope les chrysalides et les papillons qui en pro-
viennent, et s'il y en a moins de six entachés de corpsucules, employer toute la chambrée à la formation de la graine : voilà, nous le répétons, en quoi ce procédé consiste.
La mise en pratique est-elle facile? Sa réussite est-elle certaine? Des expériences récentes et décisives répondent à cette double question
Dans les Basses-Alpes, M. Raybaud-Lange, directeur de la Ferme- École départementale et membre du Conseil général, a confectionné dans la campagne de 1867, avec les conseils de M. Pasteur, 2 5oo onces de graine provenant de dix-sept chambrées, dont quelques-unes étaient entièrement exemptes de corpuscules. M. Raybaud-Lange a élevé sa production en 1868 à 5 000 onces. 11 a eu de nombreux imitateurs dans les départements du Var, de l'Hérault, du Gard et dans plusieurs autres régions séricicoles
La moyenne du produit des graines de M. Raybaud-Lange, dans les Hautes et Basses-Alpes, a été de 45 kilogrammes par once de 25 grammes. Nous annexons à notre Rapport un tableau de vingt éducations faites dans ces deux départements (1).
(i) Résultat de DÎngt éducations prises au hasard parmi celles qui ont été faites
dans les Ht^utes et Basses -yilpes, avec la graine de M. Rajbaud-LangCj en vue
du grainage, en 1868 :
Nombre Poids
Noms des éducatears. d'onces éleTées. des cocons.
Esmiol 1 ; 86
Piéchelon 1 1 60
Plauchud I 35
Max de Maragounel | 4 >
Liso Augard j 45
Imbert Courrier i 4^
V® Bouffier | 21
Ad. de Peyrourier. . '. i Si
Clavel la Garenne i 62
Sias (Désiré) 1 55
Pons 2 82
Louis Cibot 1 ^ 76
Marianne Armand 2 69
Hugues François 1 54
Jourdan (Frédéric) i f 78
Rivas [ 23
Freise ( au Riou ) [ 25
David .... 1 4 1
Tardieu i 44
Doléon ( au Riou) , ij 66
Total 22f io56
Nota. Uoitlé enriroo de ces chambrées ont été trooTées bonnes poar le grainage.
Certifié véritable, ce 25 juillet 1868 : L. Pasteur.
Ce rendement, pour toutes les graines obtenues d'après le procédé de M. Pasteur, a excédé 3o kilogrammes dans les dé|)artements du Var, des Alpes- Maritimes, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales. Ces résultats sont d'autant plus remarquables que M. Pasteur a fait porter exclusivement ses expériences sur les belles races indigènes, qui ont le plus souffert de l'épidémie et que Ton considérait presque comme perdues. Dans les trois départements de grande production, le Gard, l'Isère, l'Ardèche, il y a eu quelques insuccès j)arliels, mais ils sont dus uniquement à une autre maladie très-ancienne, celle des mortS'Jlats, qui est venue se joindre à la maladie des corpuscules. Encore sur ce point M. Pasteur a vu se réaliser les prévisions qu'il avait énoncées dans son Rapport de 1 867. En affîrmanttpie l'épidémie pouvait être prévenue par son procédé de sélection des graines, il faisait une réserve relative à la maladie des morts-Jlnts, qui attaquait aussi les vers à soie en même temps que la gatincy mais sans amener les mômes désastres. En effet, dans les trois départements où la simultanéité des deux maladies a été constatée, le rendement des graines provenant de papillons soumis au microscope a été de 20 kilogrammes l'once, conséquemment égal à celui de l'ancienne prospérité.
C'est la maladie des morts-flats qui, en 1868, a été plus particulièrement l'objet des investigations de M. Pasteur. Fidèle à ce système de prudente réserve qui lui a fait garder, dans ses communications officielles, un silence absolu pendant les deux premières années de ses études sur la gatine, il s'est borné, dans une Note envoyée à l'Académie des Sciences et publiée dans le Compte rendu de la séance du 29 juin 18G8, à décrire en détail cette maladie qu'il a le premier signalée à l'attention des éducateurs; mais à l'immense service qu'il a déjà rendu à la sériciculture, il ne tardera pas, nous en sommes convaincu, à ajouter celui de lever, par la guérison de la maladie des mortsflots, le seul obstacle qui puisse s'op|)Oser encore à la complète régénération de l'une des branches les plus importantes de nos productions agricoles et industrielles.
En exposant ces précieuses découvertes et les faits qui les confirment, nous avons satisfait à l'un des vœux exprimés par les pétitionnaires. Les autres demandes qu'ils vous ont adressées doivent-elles être prises en considération? Nous croyons inutile de discuter le système du sieur Achard
Tout ce qu'il était possible de faire pour sdulager ces souffrances si dignes d'intérêt, le Gouvernement ne l'a-t-il j)as mis en œuvre, sans toutefois engager sa responsabilité en s' immisçant dans une industrie privée sujette à de si décevantes éventualités? On fondait sur la graine du Japon l'espoir de neutraliser l'épidémie; aussitôt l'intervention énergique de notre diplomatie fît prévaloir la volonté de la France sur les préjugés d'une nation qui nous ouvrait à regret ses ports, et la graine dont cette nation était si jalouse, trésor que la main profane de l'étranger ne devait jamais souiller, est venue remplacer dans nos campagnes nos graines avariées. Le Gouvernement n'a-t-il pas
4i MALADIE DES VERS A SOIE.
placé les intérêts de la sériciculture sous le patronage et la surveillance active d'une Commission composée de nos plus hautes notabilités scientifiques? N'al-il pas distribué des primes et des microscopes pour substituer des semences pures aux graines suspectes que la cupidité propage et que l'ignorance accepte aveuglément? N'est-ce pas enfin un délégué du Gouvernement qui, après avoir, par des investigations non interrompues pendant trois campagnes consécutives, sondé le mal dans Sii mystérieuse constitution, est parvenu à s'en rendre maître, ce qui enseigne le secret de le vaincre à nos populations reconnaissantes?
Que reste-t-il donc à faire, si ce n'est à marcher résolument dans la voie que M. Pasteur a si bien tracée et qu'ont suivie avec tant de succès M. Raybaud-Lange dans les Basses-Alpes, la Commission départementale à Perpignan?
Votre Commission, malgré toute la sympathie que lui inspirent les réclamations des pétitionnaires et leurs souffrances imméritées, ne trouvant dans la pétition aucune vue utile ou pratique, et rendant hommage aux efforts et à la constante sollicitude du Gouvernement, a l'honneur de vous proposer de passer à l'ordre du jour.