‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 21 sur 79 · ET DES TRAVAUX PUBUCS · texte numérisé non relu

ET DES TRAVAUX PUBUCS

Paris, i5 décembre 1868.

Vous avez bien voulu me charger de constater les résultats de la campagne séricicole de M. Raybaud-Lange , directeur de la ferme-école de Paillerols, dans les Basses-Alpes; j'ai l'honneur de vous rendre compte des résultats de cette mission.

9i MALADIE DES VERS A SOIE.

Le vœu émis par la Commission supérieure de sériciculture, que Ton procédât à la régénération des vers à soie au moyen de petites éducations, et que des ateliers privés de grainage vinssent en aide aux éducateurs, a reçu, cette année, son accomplissement ; M. Raybaud-Lange a pris l'initiative de ce progrès de la manière la plus heureuse.

Dans le Rapport spécial que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence en 1867, j'ai indiqué les procédés d'éducation et de grainage suivis à Paillerois: je n'y reviendrai pas. Il suffit de rappeler que M. Raybaud-Lange n'adopte que le système des petites éducations ; il distribue ses chambrées par lots de demi-once jusqu'à i et 2 onces dans les localités exemptes de tou foyer d'infection, et il emploie exclusivement comme reproducteur la graine dont le microscope a constaté la pureté. Fidèle aux errements dans lesquels il s'était engagé à la suite de M. .Pasteur, il a dispersé ses petites éducations dans les parties des Hautes et Basses-Alpes, du Var et des Alpes-Maritimes qui semblaient lui offrir le plus de chances de réussite ; comme par le passé, il a réparti la graine de ses meilleures chambrées entre de petits éducateurs, la leur abandonnant gratuitement, souis la condition qu'ils n'élèveraient que les vers provenant de cette graine, et qu'ils lui vendraient leur récolte au plus haut prix du cours des cocons. Ce contrat a été exactement observé de part et d'autre ; le succès le plus remarquable est venu confirmer les espérances de M. Raybaud-Lange sur les petites éducations isolées. Au moment de ma visite à Paillerols, de magnifiques récoltes de cocons affluèrent de toutes parts à la ferme-école : au fur et à mesure des livraisons, on prélevait sur chaque lot un certain nombre de cocons, des femmes les mettaient en chapelets, et aussitôt après ceux-ci étaient suspendus dans une pièce dont la température était constamment entretenue à a5 degrés Réaumur.

Le but de cette sélection première est d'obtenir promptement des papillons destinés à l'examen d'épreuve. Sont-ils reconnus corpusculeux, on les envoie à la filature ; au contraire, s'ils sont exempts de maladie, tout le lot est enchapelé et porté avec son numéro d'ordre à l'atelier de grainage, disposé ainsi que je l'ai décrit dans mon précédent Rapport.

L'an dernier, Monsieur le Ministre, par une tolérance qu'admettait M. Pasteur lui-même, M. Raybaud-Lange faisait passer au grainage les papillons présentant 10 et 12 pour 100 de l'affection corpusculaire; mais, cette année, fort de sa réussite, il s'est montré plus sévère dans le choix de ses reproducteurs. A la vérité, il disposait d'un très-grand nombre de lots excellents, dont plusieurs étaient entièrement purs de corpuscules ; M. Raybaud-Lange ne doute pas qu'en faisant chaque année un triage de plus en plus rigoureux , on ne parvienne à résoudre le difficile problème d'une complète régénération de la graine. Ces espérances sont autorisées, et on les partage à son tour quand on a été témoin du soin scrupuleux qui préside au choix des papillons reproducteurs à Paillerols : du matin au soir, MM. Pasteur et Raybaud-

Lange ne quittaient pas le microscoiie ; ils étaient assista dans cette tâche laborieuse par M. Duclaux , professeur agrégi^ à la Faculté des Sciences de Qermont.

Pour mettre de son côté toute chance de succès, M. Raybaud-Lange ne s'est pas contenté d*opérer un contrôle sévère sur tous les lots destinés à la reproduction ; il a eu de nouveau recours au grainage cellulaire tenté en 1867, mais cette fois sur une vaste échelle : 70 onces de graines (lar couples isolés confirmeront sans doute en 1869 le principe posé (lar M. Pasteur: qu'une graine irréprochable peut seule assurer les chambrées destinées à la reproduction , et qu'en s'aidant avec persévérance de la sélection et des petites éducations, la gatine finira par être conjurée.

La campagne séricicole de M. Raybaud-Lange en 1868 se distingue surtout \aT le grainage; près de 5 000 onces, contrôlées |)ar les moyens qu'indique la science, vont être mises en circulation. Elles ne suffiront ()as aux nombreuses demandes qu'a reçues depuis longtemps le directeur de Paillerols, mais elles aideront à combler une grande lacune; on peut, sans témérité, bien augurer de leur réussite, si l'on tient compte des succès de cette année.

En effet, les rendements obtenus avec la graine de Paillerols ont été excellents.

Dans les Hautes et Basses-xMjies . cette graine a été distribuée entre deux cents éducateurs : le rendement moyen, constaté jnir M. Pasteur, s'est élevé à 47 kilogrammes par once de i5 grammes; on ne cite que deux ou trois échecs.

Dans les Alpes-Maritimes, 5o onces, partagées entre vingt-cinq éducateurs, n'ont donné lieu qu'à un seul mécompte.

Dans le Var, aS onces ont été placées chez M. de Gasques, directeur de la ferme-école de Salgues, et dans son voisinage ; 3o onces ont été distribuées à Fayence. Succès partout.

Dans les Bouches-du-Rhône, trois éducateurs; aucun échec.

Dans l'Hérault, 25 onces de la graine de M. Raybaud-Lange ont produit 910 kilogrammes de cocons.

Dans le département de Vauduse, chez M. Raspail, lauréat de la prime d'honneur, et chez les fermiers de M. le marquis de Jocas, réussite complète.

A Nîmes et dans les environs, succès à peu près général, d'après M. le président de Labaume.

A Alais, Anduze et le Vigan, revers et succès se sont balancés ; le produit moyen a été de 10 kilogrammes par once. Ce chiffre n'était pas dépassé, à l'époque de la prospérité des vers à soie, dans les pays de grandes éducations.

A la Tour-du-Pin, à Vizille et à Saint-Barthélémy (Isère), bonne réussite, tandis qu'on a échoué à la Tronche et sur un jwint de la Drôme.

J'ai pensé, Monsieur le Ministre, que ce relevé exact était le meilleur commentaire des procédés de grainage de M. Raybaud-Lange. Qu'il n'y ait pas

eu succès absolu partout, je n'en suis pas surpris. Qui ne sait que la meilleure graine n'entraîne pas comme conséquence une réussite infaillible? Tant de causes secondaires peuvent la compromettre! Cette année, par exemple, où le printemps a été accompagné de chaleurs très-fortes, quelques éducateurs ont brûlé leur graine au moment de l'éclosion ; la maladie des morts-flats a sévi avec rigueur. L'accumulation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint a été encore, suivant M. Pasteur, une cause d'insuccès ; il ne serait donc pas logique de n'en pas tenir compte dans quelques revers partiels/ Ce qui demeure certain, incontestable, c'est qu'aujourd'hui, grâce aux savantes recherches de M. Pasteur et à la pratique si habile de M. Raybaud- Lange, le grainage indigène est désormais assuré : c'est là un immense service rendu à la sériciculture; elle lui devra sa résurrection.

Agréez, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect.

l! Inspecteur général de i' agriculture,

Victor RENDU.

SUR LES BONS EFFETS DE LA SÉLECTION CELLULAIRE DANS LA PRÉPARATION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE.

En 1867, je proposai à M. le Maréchal Vaillant de mettre à répreuve des faits mon procédé de régénération de nos belles anciennes races de vers à soie, dont j'avais déjà à cette époque démontré l'efficacité certaine touchant la maladie des corpuscules ou pébrine, M. le Maréchal, dont l'Académie connaît toute la sollicitude pour la crise séricicole actuelle, voulut bien accepter mon oilre, et depuis deux ans il consacre à cette épreuve les petites éducations qu'il a l'habitude de faire, soit à Paris, soit à Vincennes. Il y a juste deux ans au mois de juillet, M. le Maréchal était à la veille de livrer au grainage les papillons que lui avait fournis son éducation très-bien réussie, maïs dans laquelle un

œil exerce pouvait reconnaître une première atteinte de la maladie des corpuscules.

Je partageai les reproducteurs en deux catégories, ceux qui étaient irréprocliables et ceux où commençait le mal, en priant M. le Maréchal d'élever séparément les deux sortes de graines correspondantes. L'une devait être de très-bonne qualité et Tautre plus ou moins suspecte. Dans une lettre rendue publique en 1868, M. le Maréchal fit savoir que la première graine dont il s'agit lui avait donné des vers si bien exempts de la maladie précitée, qu'aucun d'entre eux n'était mort pendant le cours de l'éducation -, qu'au contraire, l'autre sorte de graine avait ofiert une perte de a5 pour 100, perte considérable, surtout si l'on observe que les vers avaient été comptés pour la première fois à la fin du

tix)isième âge.

En 1868, M. le Maréchal fit de la graine séparément avec les deux catégories de cocons qu'il avait obtenus, et il me remit les papillons pour les examiner. Je reconnus que ceux de la bonne éducation faite à Paris étaient irréprocliables comme leurs ascendants, tandis que ceux de l'éducation laite k ^'incennes, éducation qui avait eu une mortalité sensible, étaient très-mauvais, infiniment plus que ne l'avaient été leurs ascendants à eux, et que leur graine cette fois serait détestable.

Ces dernières prévisions ont été adressées par moi à M. le Maréchal Vaillant, dans une lettre qui a été insérée aux Comptes rendus de f Académie des Sciences^ séance du 11 janvier 1869. Je crois utile de reproduire ici textuellement cette Communication.

Vous avez eu l'obligeance de me confier les produits de vos petites éducations de cette année : l'intérêt de leurs résultats est bien plus grand que nous ne le pensions. J'y trouve de nouvelles preuves fort démonstratives de la vérité des principes que j'ai établis.

Permettez- moi de vous rappeler sommairement ce qui s'est passé entre nous, au sujet de vos expériences. Vous aviez élevé en 1867, dans votre cabinet, un lot de graine originaire de Transylvanie, déjà reproduite par vous en 1866. Dans une visite que j'eus l'honneur de vous faire, à mon retour du

Midi, au mois de juillet 1867, je reconnus qu'un certain nombre de vos papillons étaient malades et les autres sains. Je vous ai proposé alors de les soumettre à un partage devant donner deux sortes de graine, l'une de trèsbonne qualité, l'autre plus ou moins suspecte. Vous avez bien voulu accepter mon offre, et, afin de mettre mes assertions à l'épreuve de l'expérience, vous avez élevé ces deux catégories de graine en 1868. Dans une lettre rendue publique, vous avez déjà fait savoir que la première graine dont il s'agit vous avait donné des vers si bien exempts de la maladie régnante, qu'aucun d'entre eux n'était mort pendant le cours de l'éducation ; tandis que les œufs que j'avais déclarés devoir être en partie mauvais, bien qu'ils eussent la même origine et qu'ils fussent sortis de la même éducation que les précédents, vous ont offert une perte de «25 pour 100, ce qui est considérable, si l'on observe que cette perte a été évaluée sur les vers arrivés à un âge assez aviincé. Vous remarquerez cependant, d'après la Note dont j'ai fait précéder votre lettre, à la fin de mon Rapport au Ministre de l'Agriculture, que les œufs issus de vos mauvais papillons ne renfermaient pas 3 pour 100 de corpusculeux au moment de leur éclosion : preuve nouvelle du danger que l'on court en élevant des graines produites par des papillons chargés de corpuscules, alors même que ces petits corps n'ont pas pris naissance dans les chrysalides assez tôt pour introduire dans les œufs une forte proportion de sujets corpusculeux. Vous avez eu, en outre, dans cette môme éducation à ^o pour 100 de non-valeur, un grand nombre de cocons fondus, ce qui est la preuve ordinaire de l'existence de vers atteints de la maladie des morts-flats.

Cela posé, voici le résultat des observations que je viens de faire faire sous mes yeux sur les papillons des deux éducations précédentes et sur les œufs qui en proviennent.

Les papillons des premiers vers, de ceux qui étaient exempts de maladie, sont eux-mêmes irréprochables, et j'afiBrme, par avance, que la graine qu'ils ont pondue, si vous voulez bien l'élever en 1 869, vous donnera les plus beaux produits. Quant aux papillons sortis de la graine que j'avais condamnée, ils étaient tellement mauvais pour la reproduction, malgré la réussite partielle que vous avez obtenue, que je me crois autorisé à prédire l'échec le plus radical de leur graine. Vous possédez plusieurs onces de cette graine : eh bien! agissez comme vous l'entendrez, par petite ou par grande éducation ; employez les soins les plus munitieux, et, vous aurez beau faire, aux Tuileries comme à votre chalet de Vincennes, vous n'en retirerez peut-être pas un seul cocon. Que d'enseignements pour les éducateurs, s'ils savent les comprendre ! Dans les faits que je viens de relater, nous avons le tableau réduit, mais fidèle, des succès et des revers qui tour à tour soutiennent l'espérance ou entretiennent les malheurs de l'industrie séricicole depuis vingt ans. En effet, vous aviez, en 1867, à la suite de deux éducations heureuses, des reproducteurs qui étaient à votre insu en partie excellents eten partie malades. Leurs première

et deuxième générations se seraient peut-être encore bien comportées en 1 868 et en 18G9; mais en 1870, au plus tard, tous vos vers auraient péri. Grâce au microscope et à un travail si facile que jV ai habitué jadis un enfant de sept à huit ans, vous avez rendu une race à sa première vigueur, en môme temps que dans une autre série d'épreuves vous la détruisiez sans retour. La sélection cellulaire qui a conduit à ce double résultat ne pourrait, il est vrai, devenir industrielle et correspondre à do vastes grainages; mais j'ai démontré depuis longtemps que la sélection peut s'appliquer, non aux individus isolés, mais à de grandes familles, c'est-à-dire aux chambrées elles-mêmes; d'un côté, il en existe partout d'entièrement saines et, en outre, il est facile d'accrottre le nombre de celles-ci en proportion du soin que Ton apporte dans le choix préalable des graines servant à les produire.

Souvenez-vous, je vous prie, de ce qui est arrivé successivement pour tous nos départements de petite culture. Chacun d'eux, à une époque déterminée, a eu le privilège de pouvoir fournir aux départements séricicoles de la graine parfaitement saine. On a vanté tour à tour dans les Cévennes, dans l'Ardèche, dans la Drôme, la graine de Perpignan, celle de l'Aude, des Basses-Alpes, de Montauban, de l'Aveyron, du Lot, du Cher, de Tours, de Limoux, tout comme en 1866 et 1867 on aurait pu faire l'éloge de la graine du Maréchal Vaillant. Mais dans toutes ces localités le mal, insensible d'abord, s'est développé peu à peu, et la célébrité de toutes ces graines s'est évanouie, parce que l'on manquait d'une méthode propre à avertir les éleveurs de la dégénérescence de leurs éducations et capable de rendre à ces dernières leur vertu originaire par l'emploi do graines reconnues pures. De môme que vous avez conservé à la santé une partie de vos vers, par une sélection facile, de môme on pourra, quand on le voudra, rendre des grainages prospères dans tous nos déparlements de petite culture, et ultérieurement dans les autres. Il suffira do recourir à la méthode que j'ai proposée pour la recherche et la multiplication des chambrées pour graines, de façon à n'élever, dans les départements de petite culture, que des graines irréprochables. Cela est d'autant plus facile que la France compte seulement quatre ou cinq départements séricicoles contre trente ou trente-cinq où la culture du mûrier est fort restreinte. Ces derniers néanmoins peuvent amplement suffire pour alimenter de graines toutes les magnaneries de l'Ardèche, de la Drôme, du Gard,

Je suis heureux de pouvoir ajouter qu'au milieu des obstacles et des contradictions que suscitent l'ignorance ou l'intérôt, et qui sont inséparables de toute application nouvelle, le progrès de mes études commence à se faire jour sur divers points de la France. On se préoccupe de plus en plus de l'immense intérêt pratique qu'il y a à s'assurer de la vérité des résultats de mes expériences. Puissent les éducateurs apporter dans cette vérification l'esprit de suite que vous y avez mis vou^-môme. Vous connaissez le succès dû à l'initiative de la Société d'Agriculture de Perpignan. En ce moment même les éducateurs des Pyrénées-Orientales, loin d'arracher les mûriers, comme on l'a IL 7

fait imprudemment dans bon nombre de localités, les recherchent à prix d'or, partout où il en existe. Le Conseil général de Vaucluse, imitant celui du Gard, a recommandé expressément la recherche des chambrées pour graine, en suivant mes indications, et il a ordonné le dépôt d*un microscope dans chaque chef-lieu de canton. Je viens d'apprendre que, grâce aux observations de M. Ligounhe, membre de la Société d'Agriculture de Montauban, le Tarn-et-Garonne sera, cette année, pourvu d'une multitude de lots de graines issues de chambrées dont le microscope a assigné par avance la bonne qualité pour la bonne reproduction. A Grenoble, un jeune et habile praticien, M. Sirand, a publié, au sujet de mes recherches, des observations pleines d'intérêt. Dans les Basses- Alpes, l'exemple de M. Raybaud-Lange provoque les plus louables efforts. On parle même d'y créer une Association qui aurait spécialement pour but la recherche des cocons pour graines. Enfin, M. Comalia, dont le nom est d'une si grande autorité en ces matières, m'a informé récemment qu'un certain nombre de grainages ont été faits, cette année, en Italie, d'après ma méthode, et qu'on y a été encouragé par le succès extraordinaire obtenu par quelques personnes qui déjà l'avaient appliquée en 1867, notamment par M. le marquis Luigi Crivelli, à Inverigo, et par M. Bellotti, tous deux bien connus en Italie par leurs travaux de sériciculture.

M. le Maréchal Vaillant a fait connaître à T Académie, dans une Note détaillée, les résultats qu'il a obtenus des deux sortes de graines dont il vient d*ètre parlé.

La pfemière lui a offert une éducation admirable^ la seconde, malgré une sélection accidentelle et naturelle au moment de 1 eclosion, a donné les plus mauvais résultats. Il eût fallu voir, comme cela m*est arrivé, au moment de la montée à la bruyère, les uns auprès des autres, à i mètre ou 2 de distance seulement, dans la môme pièce, nourris de là môme feuille, les vers issus des papillons sains, et ceux qui étaient nés des papillons trèsmalades. Les bons vers couvraient la bruyère de cocons magnifiques, tous étaient égaux, agiles à filer leur soie ^ aucun d'eux ne mourait ou ne paraissait malade. Les vers de la mauvaise graine, au contraire, avaient un retard considérable sur les autres, de plus de sept à huit jours ^ ils avaient toutes les tailles, depuis celle de la deuxième ou troisième mue jusqu'à celle des vers montant à la bruyère ^ ça et là, des morts et des mourants; l'image, en un mot, la plus accusée du fiéau qui désole la sériciculture. Enfin, examinés au microscope et pris au hasard, gros ou petits, tous étaient remplis des corpuscules de la pébrine.

En résumé, on a pris en 1867, dans une même famille de vers à soie, des reproducteurs sains et des reproducteurs commençant à devenir malades, on a élevé séparément leurs générations respectives : dans un cas, la race a été améliorée, fortifiée*, dans Tautre, elle a tellement dégénéré, qu'elle peut être à bon droit considérée comme ayant totalement disparu, car il ne sera pas possible de tirer des quelques mauvais cocons de la mauvaise éducation de cette année autre chose qu'une graine absolument stérile. Mais j'ai hâte de laisser la parole à M. le Maréchal Vaillant ; qu'il me permette seulement de lui exprimer ma reconnaissance pour la rigueur et l'esprit de suite qu'il a bien voulu apporter dans cette double série d'expériences.

Page 1