‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 26 sur 79 · L. PASTEUR · texte numérisé non relu

L. PASTEUR

Membre de l'Académie des Sciences.

EXTRAITS D'UN RAPPORT PRÉSENTÉ PAR M. JEANJEAN, MAIRE DE SAINT-HIPPOLYTE-DU-FORT (GARD), A LA COMMISSION DÉPARTE- MENTALE DE SÉRICICULTURE DU GARD, DANS SA SÉANCE DU 18 MARS 1869.

a L'établissement d'éducations précoces de vers à soie, fondé en 1869 P^''' le Comice agricole de l'arrondissement du Vigan, à Saint-Hippolyte, a pris un développement considérable, grâce aux sacrifices de cette Société d'agriculture et à l'allocation annuelle du Conseil général.

» Aujourd'hui, l'œuvre est en pleine prospérité. Les serres à mûriers, considérablement accrues, permettent de se livrer à de nombreux essais et d'expérimenter les différentes semences qui font la base des éducations industrielles.

(i) Voir, au sujet des expériences de M. le comte de Rodez, le Compte rendu des éducations précoces f eûtes en 1 868 dans la magnanerie expérimentale du Comice de Ganges; Montpellier, 1868. On trouvera un extrait de cette brochure dans la quatrième Partie de ces documents.

» On a élevé, cette année, 69 échantillons de diverses provenances, s<ivoir :

q5 échantillons d'origine française, 3i échantillons du Japon,

7 échantillons de reproduction japonaise,

3 échantillons d'Espagne,

I échantillon de Portugal,

I échantillon d'Algérie,

I échantillon de Roukara.

Ensemble. ... 69 essais.

» Sur les aS échantillons de frraines indigènes, 16 ont échoué ou donné un très-faible rendement. Cet insuccès doit être attribué à la maladie des corpuscules ou à la flacherie.

» Les échantillons qui ont réussi proviennent des dé()artemcnts du Tarne^Garonne, de l'Aude, de FHérault, des Bassets- Al()e8 et de la Haute-Marne.

» Les graines du Japon, d'importation directe, ont généralement éclos et donné un bon résultat; mais nous avons trouvé, cette année, dans les races annuelles comme dans les races bivoltines, des vers corpusculeux en plus grand nombre qu'en 1868.

» Les reproductions japonaises ont produit une demi-récolte. On remarque souvent dans ces reproductions deux catégories de vers bien distinctes : des vers très-corpusculeux qui meurent au premier ou au quatrième âge, et d'autres vers parfaitement sains qui font leurs cocons.

» Les graines d'Espagne, d'Algérie et de Boukara ont à |)eu près échouj ; celles de Portugal ont donné quelques cocons seulement.

» En résumé, des essais précoces faits, cette année, à Saint-Hippolyte, on peut conclure :

» 1** Que la maladie corpusculeuse, dont le développement remonte déjà à une vingtaine d'années, n'a rien perdu de son intensité;

» a® Que la maladie des morts-flats qui a revêtu le caractère épidémiqr.e, exercera encore cette année do cruels ravages dans les magnaneries ;

» 3" Que la reproduction des graines indigènes dans les pays de grande culture, comme le département du Gard, est bien difficile, et ipie ces graines échoueront presque toutes en 1869;

» 4° Que l6 grainage, dans les contrées de petite production, est possible, en se basant sur l'examen microscopique des fiapillons;

» 5** Que les reproductions des graines du Japon sont supérieures aux graines indigènes, mais que la plupart portent en germe la maladie des corpuscules ;

» 6** Enfin que les graines du Japon d'importation directe écloront généralement bien, réussiront et formeront la majeure partie de la récolte des cocons de 1869.

» Mais les essais précoces de cette année ont eu un autre avantage. Ils ont permis de faire des observations importantes sur le mérite du procédé de M. Pasteur, et, tout en laissant, comme il convient, à ce digne savant, l'honneur de faire connaître lui-môme les résultats de ses intéressantes expériences, il convient de constater les résultats de quelques graines pondues par des papillons examinés au microscope.

» Première expérienee, — En 1867, le Comice agricole de l'arrondissement du Vigan éleva à Sauve, sous la direction de deux de ses membres, une once de graines à cocons jaunes, originaires du département de l'Aude, et qui avait été déclarée saine par M. Pasteur. Cette graine donna 4t>''^,5oo de cocons, et les papillons furent trouvés encore propres au grainage.

» En 1868, il fut fait une nouvelle éducation dans le môme local de Sauve, avec tous les soins exigés pour une bonne hygiène, et le résultat fut magnifique, puisque l'once de aS grammes produisit 5i''6,5oo de cocons.

» Mais l'examen microscopique des papillons ayant donné 28 sur 3o sujets très-corpusculeux, le rapporteur put, dans une séance du Comice, tenue le 19 juillet dernier, annoncer l'insuccès presque certain de cette graine aux éducations de 1869.

» Or, deux essais de cette graine de Sauve, et les seuls poursuivis à Saint- Hippolyte tout dernièrement, ont échoué complètement à la deuxième mue.

» Detixième expérience, — L'année dernière, le Comice agricole de l'arrondissement du Vigan confia aussi à M. Treilles, propriétaire au Mas-Voyer, près Saint-André-de-Valborgne, la direction de l'élevage d'une once de graine non injectée , provenant d'un envoi fait par M. Raybaud-Lange , l'habile directeur de la ferme-école de Paillerols (Basses-Alpes). Cette once produisit 48 kilogrammes de cocons. Malheureusement, sur 3o papillons observés au microscope, il s'est rencontré 16 papillons remplis de corpuscules.

» L'insuccès de leurs graines était donc encore facile à prévoir; aussi les vers de l'essai précoce sont-ils presque tous morts corpusculeux à la sortie de la quatrième mue.

» Troisième expérience, -— Un éducateur de Saint-Hippolyte ayant obtenu, en 1868, un beau rendement de a onces de graines de Corse, fit grainer le produit de sa récolte.

» Étudiés au microscope, 21 papillons de ce grainage présentant 8 sujets corpusculeux.

» Cette proportion a suffi pour faire écjiouer aux essais précoces les vers originaires de cette graine. » "'

On voit par ce compte rendu combien les résultats des essais précoces coïncident avec les données fournies par l'examen microscopique des papillons, du moins en ce qui concerne la maladie des corpuscules.

. NOTES ET DOCUMENTS. i2l

On peut juger aussi combien l'établissement séricicole de Saint-Hi])])o]yto est un vaste champ d'études et d'observations, et combien il mérite à ce titro l'intérêt et l'appui de l'Administration.

Une discussion s'engage sur les conséquences prati(}ues l\ tirer de cette Communication.

Cotiséquences pratiqua à tirer de ce Rap/}ort, — L'année 1869 va fournir les graves enseignements qui avaient été déjà pressentis par plusieurs éducateurs. Le mal augmente d'intensité. Les races ja()onaises sont atteintes d'une manière plus marquée; elles ne tarderont peut-être pas longtemps à être entièrement compromises, si le fléau poursuit sa marche de ce côté.

D'autre part, les tentatives faites dans le sens des grainages indigènes, au moyen des éducations spéciales dites domestiques, pour les distinguer des éducations industrieiies, n'ont pas encore donné des succès constants dans les pays de grande culture, dans le Gard par exemple. Là où l'on élève tant de sortes de graines corpusculouses, les vents ou les personnes transportent une foule de germes de maladie.

Ne convient-il pas d'insister sur les soins tout particuliers que réclament ces éducations, et de les encourager au moyen d'un certain nombre de primes départementales qui s'ajouteraient à celles de l'État?

Ne paratt-il pas également essentiel de donner des encouragements aux micrographes consciencieux qui, en se basant sur les données do la science, importeraient dans le Gard des graines choisies dans les pays de petite culture et répandraient, au milieu de nos éducateurs, des semences reconnues parfaitement saines?

A cette occasion, un membre rappelle les avertissements de M. Pasteur, contenus dans son Rapport, en 1868, à S. Exe. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et plus particulièrement dans les citations suivantes :

a La nourriture ni le climat ne paraissent donc pas être la cause occasionnelle du développement des corpuscules dans les vers, les chrysalides et les papillons, mais bien plutôt l'accumulation d'un grand nombre d'éducations dans un ravon restreint.

» Est-ce donc à dire qu'il y ait impossibilité matérielle à obtenir dos cocons propres au grainage dans les départements de grande culture?

» Non, sans doute ; seulement il faut plus de soins que partout ailleurs. 11 faut n'élever que de très-faibles quantités, i, a, 3, 4? ^ grammes de graine ; que cette graine soit irréprochable, s'éloigner le plus possible des grandes éducations industrielles, ne jamais associer dans le même local des graines connues et choisies à des graines inconnues. Le succès de certains grainages accomplis dans ces conditions, en 1868, démontre ce que j'avance.

» En résumé, on peut faire partout de la bonne graine; mais pour en faire beaucoup, pour se livrer à des grainages véritablement industriels, ce qui me

paraît souhaitable , si on les fait avec les garanties que la science offre aujourd'hui aux éducateurs^ il faut nécessairement aller opérer dans les centres de petite production, et imiter ce qu'a fait heureusement M. Raybaud-Lange, dans les Basses-Alpes. Il existe, en France, une foule de localités non moins propices que les Basses-Alpes à ce genre d'industrie. J'en nommerai quelquesunes : les Hautes et Basses-Alpes, les Pyrénées -Orientales, le Var, les Alpes- Maritimes, la partie montagneuse de la Drôme, la partie montagneuse de l'Hérault, au Poujol, l'Aude, le Lot, l'Aveyron, le Cher, etc., etc.

» Il est à désirer que des propriétaires intelligents, d'une probité rigide, se transportent dans ces départements, qu'ils y distribuent une graine reconnue pure, qu'ils astreignent les petits éducateurs avec lesquels ils feront des marchés à n'élever que la seule sorte de graine remise par eux et qu'ils recherchent ensuite dans les chambrées résultantes celles qui seront propres au grainage. Ils trouveront dans ce commerce honneur et profit. »

Le Rapport suivant fait connaître un ensemble d'expériences dirigées avec un sens pratique remarquable et une connaissance approfondie du sujet. Elles reproduisent sur une grande échelle les premières observations que j'ai faites au Pont-Gisquet, pour démontrer que, dans une éducation quelconque, la santé peut se trouver à côté de la maladie, et qu'on possède le moyen pratique de le reconnaître 5 qu'en conséquence, on ne peut pas dire qu'il existe réellement des pays infectés, mais seulement des éducations totalement ou partiellement mauvaises pouvant en infecter d'autres par voisinage et par contagion.

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