‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 33 sur 79 · RAPPORT SUR LA SÉRICICULTURE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA SÉRICICULTURE

(Séance du 27 août 1869.)

Le Conseil général porte , chaque année, une attention pleine de sollicitude sur les questions qui touchent à la sériciculture. Il a encouragé toutes les recherches sérieuses, aidé les Sociétés agricoles, sollicité les secours du Gouvernement, provoqué les mesures les plus propres à améliorer le sort de cette importante industrie.

La Commission départementale de sériciculture , de son côté, s*est inspirée du môme esprit.

M. Pasteur a continué ses utiles recherches en 1869, d'après le vœu exprimé dans votre dernière session. IL A DÉFINITIVEMENT DÉMONTRÉ LA SÛRETÉ DE SA MÉTHODE DE GRAIN AGE.

Cependant, il n'est pas permis encore d'afifirmer que le mal soit en décroissance, ni que l'industrie sérigène soit près de retrouver la voie d'une prospérité éclipsée depuis vingt années.

La campagne de 1869 semble avoir donné un résultat matériel supérieur à celui des années précédentes ; mais c'est toujours la graine d'importation japonaise qui prédomine dans les éducations, et c'est à elle, avant tout, que s'attache la confiance de là grande majorité des sériciculteurs.

Aussi longtemps que ce fait subsistera et que le grainage indigène ne donnera pas, dans la pratique, des résultats généraux suffisamment certains, l'inquiétude, la défiance, le découragement môme régneront dans nos campagnes ; on persistera à demander à des contrées lointaines, à très-grands frais et au risque de bien des chances contraires, des semences dont on ne peut guère attendre la reconstitution des anciennes belles races du pays. Et la situation s'aggrave d'autant plus que ces mômes semences commencent à être atteintes, et que la sériciculture est menacée d'ôtre privée de cette dernière ressource.

D'après le dernier Rapport de la Commission départementale de sériciculture, qui nous a été communiqué par l'Administration, les éducations spéciales pour graines n'ont pas encore donné de succès constants dans les pays de grande culture, dans le Gard par exemple : « Là où on élève tant de sortes de graines corpusculeuses, les vents ou les personnes transportent une foule de maladies. »

En définitive, au nom de l'expérience la plus générale, on est autorisé à dire qu'il ne suffit pas que l'éducateur ait à sa disposition de la graine exempte

( 1 ) Président, M . Paulin Talabot; rapporteur, M . Duciaux-Monteil ; secrétaire, M.Valz.

de corpuscules. Avec la meilleure graine, quelle que soit sa provenance, quelque confiance que doive inspirer la méthode qui a présidé à sa confection, on n'est malheureusement pas dispensé de subir les vicissitudes et les dangers propres à toute éducation, sous l'influence épizootique ou épidémique qui s'acharne sur la race bombycale, soit que le mal existe dans l'air Ou dans la feuille, soit qu'il provienne ou qu'il soit entretenu, comme le pense M. Pasteur, par V accumulation d'un grand nombre d*éducatiofu dans un rayon restreint.

Ce qui manque donc, dit la grande majorité des éducateurs praticiens, c'est un préservatif ou un moyen hygiénique qui maintienne la santé des vers à soie issus de graines réputées saines, à travers les circonstances défavorables qu'ils ont à parcourir depuis l'éclosion jusqu'à la montée en bruyère.

Si ce moyen était trouvé, la méthode de M. Pasteur serait très-heureusement complétée, et alors on verrait disparaître le déplorable et trop fréquent contraste de deux lots de graines provenant de la môme origine et garantis également par l'observation rigoureuse des indications de l'illustre savant, dont l'un cependant échoue dans une magnanerie, taudis que l'autre, sans que les soins de l'élevage soient mieux dirigés , réussit dans une autre chambrée.

En cet état, votre Commission a pensé que vous deviez émettre le vœu que la mission confiée à M. Pasteur lui soit continuée en 1 870, ainsi que le demande le Conseil d'arrondissement d'Àlais, mais en le chargeant expressément de joindre à l'étude de la maladie des morts-flats, objet de ses dernières investigations, la recherche d'un moyen curatif ou tout au moins d'un préservatif facile à vulgariser.

Si la nature déchaîne des fléaux terribles , dont la cause véritable est trop souvent inconnue, elle tient en réserve des moyens propres à les arrêter ou à en conjurer les effets destructeurs : il s'agit de les trouver. C'est ce que l'on a fait pour \ oïdium de la vigne (i).

La Commission propose, et le Conseil adopte à l'unanimité la conclusion suivante :

Émettre le vœu que la mission confiée à M. Pasteur soit continuée en 1870^ mais en priant spécialement l'honorable savant de vouloir bien consacrer ses recherches nouvelles à l'étude d'un moyen curatif.

Je ne cacherai pas la surprise que m*a causée la lecture de ce document, et si je ne savais que la rédaction d'un semblable Rapport engage plus, à Tordinaire, la responsabilité individuelle du

(1) Le rapporteur parle ensuite des espérances que l'on doit attendre du remède proposé par Af"* Sabatier-Guihal, de Nîmes, consistant dans l'emploi des fumigations d'acide sulfureux, qui auraient la vertu de guérir la pébrine. Ce prétendu spécifique a été essayé maintes fois en Italie, sans le moindre succès. {Foir à ce sujet les Rapports séricicoles de M. Cornalia.)

rapporteur que celle de l'assemblée qui en vote les conclusions, j'aurais adressé l'expression motivée de mes regrets au Président du Conseil général du Gard.

Le Conseil s'est fait l'écho de ces personnes ignorantes qui blâment depuis cinq années la direction que j'ai donnée à mes études et qui réclament à grands cris la découverte d'un spécifique, d'un remède pouvant leur épargner la peine facile de faire de la graine saine, ou de veiller à la bonne hygiène de leurs éducations.

Bien que mes expériences aient amené la connaissance des deux maladies régnantes à ce point qu'on puisse aujourd'hui aborder scientifiquement la recherche d'un remède, il n'en est pas moins vrai que de telles découvertes sont bien plus l'œuvre du hasard que d'une étude raisonnée et suivie. « M. Pasteur a démontré » définitivement la sûreté de sa méthode de grainage. » Telle est la déclaration du Conseil général du Gard sur laquelle cette assemblée eût dû particulièrement insister, en invitant tous les éducateurs à s'eiforcer de mettre eux-mêmes ou à faire mettre en pratique cette méthode , reconnue excellente, pour la confection de la semence saine des vers à soie.

Comment le Conseil veut-il que « le mal soit en décroissance » ou que l'industrie sérigène retrouve la voie d'une prospérité » éclipsée depuis vingt années )), s'il ne stimule pas l'initiative individuelle, si les propriétaires de mûriers ne payent pas de leur personne pour appliquer des principes rigoureusement établis, et pour amener, par la généralité d'une telle application, l'éloignement du mal en assurant des récoltes abondantes ? Sans doute, on a trouvé le soufre contre l'oïdium de la vigne, mais cette grande découverte a été si peu scientifique dans son établissement, que le nom même de son inventeur est resté inconnu.

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