IL
Il existe une maladie qui fait des ravages considérables dans les magnaneries depuis quinze ou vingt ans, partout très-répandue (excepté au Japon, ainsi (|ue cela résulte des observations consignées dans une lettre que j'sd adressée au mois de mars dernier à M. H. Mares, Correspondant de Tlnstitut), maladie regardée, par la plupart des savants italiens et allemands qui s'en sont occupés, comme étant la maladie régnante et la cause des désastres de la sériciculture. Cette maladie peut être appelée, ainsi que je l'ai fait daiis ce Rapport, la maladie des corpuscules^ parce qu'elle est caractérisée, dans certains cas, par la présence de petits corps qui sont évidemment un produit tout à fait anormal du ver à soie, puisqu'on ne le rencontre ni dans lés chenilles, ni dans les papillons sauvages, ni dans les vers à soie des chambrées réussies pouvant fournir une succession de générations saines. C'est bien là, par conséquent. Monsieur le Ministre, la maladie que je devais étudier et chercher à prévenir s'il m'était possible, afin d'obéir aux préoccupations du Gouvernement et des éducateurs. Ai-je réussi dans cette entreprise? Je crois pouvoir répondre que j'en ai l'entière confiance, parce qu'il me paraît résulter des faits que j'ai exposés dans ce Rapport qu'en suivant le procédé de grainage et de sélection que j'ai indiqué, on peut prévenir sûrement la maladie des corpuscules, avant la montée, dans tous les cas. En outre on la prévient aussi, non pas toujours, mais fréquemment, dans les chrysalides et dans les papillons, ciirconstance dont le microscope avertit de façon à guider avec certitude dans la confection de la nouvelle graine pour l'année suivante. Enfin, .ce procédé de grainage est très-pratique, puisqu'il vient d'être appliqué avec succès dans le Midi, nonseulement par moi, mais par diverses personnes, notamment par M. Raybaud- Lange, directeur de la Ferme-École des Basses- Alpes, sur une échelle assez grande pour qu'il en ait obtenu plusieurs milliers d'onces de graine.
Je crois bien qu*en s'astreignant à ce procédé de grainage on éloignera quelquefois de bonnes chambrées pour graine, parce qu'il m'a paru que les œufs de parents corpusculeux peuvent donner des vers sains, si les corpuscules se sont montrés très-tard dans les chrysalides, alors que tous les principaux tissus et liquides des futurs papillons mâles et femelles étaient constitués. Mais il n'y a aucun intérêt à découvrir toutes lès chambrées propres à faire de la graine, et si l'examen microscopique fait rejeter certaines chambrées qui, à la rigueur, eussent fourni des graines passables, ce ne sera que pour leur en substituer de plus parfaites. Il y a un mince péril à craindre de ne pas faire bien quand on a la certitude que c'est pour faire mieux.
En terminant ce Rapport, Monsieur le Ministre, et sans avoir rien à diminuer de la confiance que m'inspirent les résultats qui précèdent, quant aux moyens de prévenir avec certitude la maladie dès corpuscules, je dois rwiouveler auprès de Votre Excellence les réserves que les progrès de mes études m'ont fait adresser, il y a deux mois, à M. Dumas, vice-président de la Commission impériale de sériciculture. Quelques-unes de mes observations conduisent, en effet, à se demander si la maladie des corpuscules est bien tout le
mal, comme on le croit généralement? Quand elle aura disparu, ou, du moins, que ses effets auront été rendus insensibles, la sériciculture aura-t-elle recouvré complètement sa situation prospère d'autrefois?
Il me serait difficile, Monsieur le Ministre, de répondre catégoriquement à ces questions dans Tétat présent de mes recherches. Je pourrais soutenir, par de très-bonnes raisons, que Tancienne prospérité de la sériciculture sera nonseulement reconquise, mais de beaucoup surpassée le jour où la maladie des corpuscules aura été éloignée, parce que cette maladie a toujours existé, j'en ai donné certaines preuves, et qu'elle a toujours fait des ravages sensibles, quoique ignorés. Mais, par des raisons {leut-étre non moins plausibles, je pourrais établir que la maladie des corpuscules est associée à une autre trèsancienne maladie qui entre pour une part dans le fléau actuel, la maladie dite ÔQsmortS'Jiats.EQ considérant le problème sous cette face, des recherches nouvelles sont nécessaires ; mais l'alternative que je soulève sera certainement résolue, dans un sens ou dans l'autre, par la grande épreuve industrielle de l'an prochain sur les graines des chambrées dont j'ai parlé dans ce Rapport, et qui ont été faites selon les prescriptions des résultats dont je viens d'avoir l'honneur de rendre un compte sommaire à Votre Excellence.
Ce qui ne peut faire doute pour personne, c'est qu'il existe depuis nombre d'années, à la veille de chaque campagne s'ricicole nouvelle, une multitude infinie de lots de graines fatalement destinées à périr du fait seul de la maladie des corpuscules. Or il est avéré, par les preuves que j'expose, qu'en suivant le procédé de grainage décrit dans ce Rapport, on supprimerait absolument la confection de ces lots défectueux. Cela est si vrai, que si, en 1868, les éducateurs adoptaient tous le procédé de grainage dont il s'agit, il serait impossible de rencontrer, en 1869, un seul œuf avec corpuscules.
En prévenant la maladie des corpuscules, on améliorerait donc dans une énorme proportion la situation de la sériciculture, et j'ajoute qu'il pourrait en résulter une prospérité qu'elle n'a jamais connue. Cela arriverait dans le cas où la maladie des morts-Qats, indépendante de la maladie des corpuscules, ne sévirait pas présentement plus qu'elle ne sévissait jadis. Je sais qu'avant l'époque dite du fléau actuel, quand un éducateur obtenait seulement 1 kilogramme de cocons par gramme de graine, il était satisfait, et que telle était la récolte le plus souvent. Or, avec des graines issues de papillons non corpusculeux, on obtient en moyenne i''^,5 à 2 kilogrammes de cocons par gramme de graine, toutes les fois que les chambrées provenant de ces graines ne sont pas envahies par la maladie des morts-flats.
En présentant, l'an dernier, à l'Académie des Sciences, mes observations ■ de M 866, j'ai signalé à l'attention de cette illustre Compagnie le zèle intelligent de deux jeunes professeurs de l'Université que M. le Ministre de l'Instruction publique avait bien voulu autoriser à m'accompagner dans le Midi, MM. Gernez et Duclaux. C'est encore avec leur aide empressée que j'ai pu mener à bonne fin les observations sans nombre auxquelles j'ai dû me livrer
cette année. Je suis heureux de porter leurs noms à la connaissance de Votre Excellence et de les remercier publiquement de leur précieuse collaboration.