L. PASTEUR
Membre de rAcadémie des Sciences.
M. PASTEUR A M. DUMAS (i).
Alaisy ao mars 1868.
L'année dernière, à la date du i5 juin, j'ai eu l'honneur de vous communiquer un fait très-digne d'intérêt, relatif à la première éducation industrielle d'un graine issue de papillons privés de corpuscules et provenant d'une éducation bien réussie. Le ComicB du Vigan, sur la proposition de l'un de ses secrétaires, M. Jeanjean, maire de Saint-Hippolyte, avait décidé que i once de cette graine serait élevée dans la commune de Sauve, près Saint-Hippolyte, sous la surveillance de deux de ses membres, MM. Dellettre et Conduzorgues, en vue d'une reproduction possible et dans le but principal de soumettre à l'épreuve d'une expérience publique les résultats de mes recherches.
Ainsi que je vous l'ai annoncé dans la lettre que je rappelle, la chambrée a fourni 46''', 5 de cocons pour i once de a5 grammes, résultat rarement obtenu au temps de la prospérité la plus grande. En outre, sur 5oo papillon^ provenant de cette chambrée, je n'en ai trouvé que 5 offrant des corpuscules.
Les deux conditions que je recommande pour le choix des reproducteurs : d'une part, l'absence présumée de la maladie des morts-flats de la quatrième mue à la montée (2), car MM. Dellettre et Conduzorgues n'avaient point remarqué de mortalité sensible à cette époque de l'éducation ; d'autre part, la non-existence de l'affection corpusculeuse, s'étant trouvées réunies dans cette chambrée, elle a pu être livrée tout entière au grainage. Pour tous, c'était une grande audace ; il y a bien des années qu'aucun éducateur n'aurait osé faire grainer toute une chambrée des races indigènes noire "et blanche dans l'arrondissement du Vigan, quelle qu'ait été la réussite de l'éducation. Le grainage de la chambrée de Sauve s'est accompli dans les meilleures conditions, et la graine qui en est résultée (35 10 grammes pour 45 kilogrammes).
(i) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences, séance du 6 avril
(2) Lettre du 31 mai 1867.
a été distribuée par les soins du Comice du Vigan entre deux cent cinquante éducateurs. C*est une nouvelle épreuve publique, et sur une vaste échelle, des moyens de régénération que je préconise. Beaucoup d'autres, non moins importantes , vont avoir lieu, notamment colle qui portera sur les graines de M. Raybaud-Lange, dont j'ai parlé dans mon Rapport du 25 juillet dernier à S. Exe. le Ministre de l'Agriculture ; mais l'épreuve do la graine de Sauve, étant plus avancée déjà d'une année, offre un intérêt particulier.
En m'appuyant sur les résultats de mes recherches antérieures, j:* dois regarder comme démontré qu'aucune des deux cent cinquante éducations ftiites avec la graine de la chambrée de Sauve no pourra périr de la maladie dos corpuscules (i). Je l'afnrme d'une manière absolue, et je tiens à l'afTirmor à la veille des éducations, afin do mieux montrer aux éducateurs qui on seront juge« toute la rigueur des principes que je crois avoir déjà établis péremptoirement. L'incertitude sur la réussite de ces deux cent cinquante éducations de la graine de Sauve ne peut donc s'appliquer qu'à la maladie dos mortsflatsy que je vous ai signalée, dans mes lettres d'avril et de mai 1867, comme une maladie propre, indépendante de celle des corpuscules^ et plus ou moins répandue (2).
(1) Rapport du 35 Juillet 1867, à S. Exe. le Ministre de rA(;rieuIture.
(3) Je n'exprime qu'un résultat direct de mes expériences, lorsque je considère la maladie des morts- flats comme indépendante de celle des corpuscules. Vous Terrez, en relisant ma lettre du 11 mai dernier, que des graines issues de papillons priTés de corpuscules, dont les vers n'ont pas offert un seul sujet corpusculeux durant tout le cours de l'éducation, et qui ont conduit à de nouveaux papillons également exempts de corpuscules, ont présenté néanmoins, de la quatrième mue à la montée particulièrement, une mortalité sensible due aux morts-flats, sans que l'on puisse supposer d'ailleurs que les conditions de l'éducation aient pu provoquer une telle mortalité, puisqu'une foule de lots de vers élevés exactement dans les mêmes conditions n'avaient rien montré de pareil.
Mais je suis toujours porté à croire, comme dans cette lettre du 21 mai, que la maladie des morts-flats peut être sous la dépendance de celle des corpuscules, par suite d'un affaiblissement des races amené par cette dernière maladie. J'ai appuyé, ce me semble, sur de très-bonnes raisons l'opinion que la maladie des corpuscules a été, à toutes les époques, inhérente aux éducations des vers à soie, et qu'elle a toujours fait des ravages ignorés. De son existence longtemps prolongée, n'est-il pas résulté une dégénérescence, un affaiblissement des races françaises, qui les rend aujourd'hui très-aptes à contracter cette même maladie des corpuscules à un degré plus intense que par le passé, et sujettes en outre à la maladie des morts-flats? Aussi ne saurait-on trop insister sur la nécessité de ne confectionner aujourd'hui que des graines aussi exemptes que possible de la maladie des corpuscules. Quand cette maladie affectait autrefois des races robustes, elle pouvait passer inaperçue. C'est ainsi qu'aujourd'hui les vers vigoureux des races japonaises sont très-peu atteints par les morts-flats, et peuvent
N'oubliez pas cependant, toujours en vous reportant à mes recherches antérieures, que si les deux cent cinquante chambrées de la graine de Sauve ne peuvent périr, à l'état de vers, de la maladie des corpuscules, cette maladie pourra sévir sur les chrysalides et les papillons d'un certain nombre d'entre elles ; mais cette circonstance n'intéresse que les grainages que l'on pourrait désirer faire avec ces chambrées: question capitale sans doute et pourtant de deuxième ordre, car le but principal de l'éducateur est de produire de la soie. Eh bien î je le répète, la maladie des corpuscules n^empéchera pas une seule chambrée de vers issus de la graine de Sauve de fournir des cocons. C'est uniquement la maladie des morts-flats ou d'autres maladies très-rares aujourd'hui qui pourraient amener ce résultat.
Cela posé, vous apprendrez avec une grande satisfaction que je viens de visiter les établissements d'essais précoces de Saint-Hippolyte et de Granges, dirigés avec tant de soins et de dévouement par MM. Jeanjean et Durand, et par M. le comte de Rodez; que la graine dont il s'agit a été éprouvée, que l'éducation est terminée dans le premier de ces établissements, qu'elle s'achève dans le second, et que, dans l'un et dans l'autre, tout a marché à souhait. 100 vers comptés après la première mue ont donné à Saint-Hippolyte 95 cocons, et pas un ver n'a péri de la maladie des corpuscules, ni de la maladie des morts-flats.
Vous reconnaîtrez néanmoins, par les faits que je rapporte à la fin de cette lettre, que les essais précoces sont loin d'être à l'abri de la maladie des mortsflats lorsque lés graines portent en elles les conditions propres au développement de cette maladie.
Si, comme tout semble le faire croire, ce premier succès des essais précoces se confirme aux chambrées industrielles d'avril et de mai, nous aurons l'exemple d'une graine à race indigène privée de la maladie des corpuscules eh 1866, qui aura très-bien réussi en chambrée industrielle de 1867 dwis le
donner lieu à des papillons corpusculeux, sans que la maladie des corpuscules affecte d'une manière sensible leur génération, si les corpuscules se montrent tout au dernier âge de la chrysalide et quand les œufs sont déjà formés chez les papil* Ions femelles. J'ai constaté ces faits nombre de fois. Il résulterait de ces opinions que quand oii aura rendu aux races dé pays leur vigueur d'autrefois, on pourra donner peut-être moins d'attention que je n'en demande aujourd'hui à la maladie des corpuscules, excepté toutefois dans les éducations pour graine, car je suis persuadé que le procédé de grainage dont je réclatne l'application pour échapper au fléau, et qui repose essentiellement sur le caractère de l'absence de la maladie corpusculeuse chez les papillons, restera dans la pratique séricicole, et qu'il permettra d'accroître beaucoup le chiffre de la production de la soie. En attendant, c'est un des plus sûrs moyens, selon moi, de ramener les races françaises de rets à soie à leur ancienne vigueur, si on l'associe à toutes les pratiques, à toutes les observations propres à éloigner la maladie des morts-flats.
département réputé le plus infecté , et, enfin, les papillons issus de cette graine se seront montrés non moins bons reproducteurs que les papillons mères.
Comment maintenir cette race saine et la propager? Cela est naturellement indiqué par mes Communications de l'an dernier, que mes études do cette année préciseront davantage encore, je Tespère. Il faudra suivre attentivement les éducations industrielles de la graine dont il s'agit et prendre note exacte de toutes celles qui auront réussi sans offrir les moindres symptômes de la maladie des morts-flats, particulièrement de la quatrième mue à la montée. Puis on choisira pour grainages toutes celles de ces dernières chambrées qui se montreront exemptes de la maladie des corpuscules chez les chrysalides et chez les papillons. Ces prescriptions étant observées fidèlement les années suivantes, on perpétuera une graine excellente, de façon à la multiplier en quantités énormes. Mais il ne serait pas moins facile d'altérer sa pureté, dès cette année, en faisant grainer, sans choix ni examen microscopique, les chambi*ées qu'elle va produire , fussent-elles les meilleures pour le rendement des cocons. Telle de ces chambrées pourrait introduire dans la graine la maladie des corpuscules, telle autre la maladie des morts-flats. Une grande mortalité sévirait l'année suivante, et l'arrondissement du Yigan, comme tant d'autres, continuerait de passer pour un pays très-infecté par l'épidémie.
J'ai tenu à ne mentionner dans cette lettre que les résultats des essais précoces relatifs à la graine de Sauve, parce que cette graine vous est connue, ainsi que des éducateurs, depuis la publicité donnée à la lettre que je vous ai adressée le i5 juin 1867, et parce qu'elle constitue, comme je le rappelais précédemment , la première graine industrielle sur laquelle une épreuve publique ait été faite pour juger en dernier ressort la valeur pratique de mes opinions.
D'autres graines, je le répète, ont été confectionnées, en 1867, dans les conditions de celles de Sauve et vont être élevées par l'industrie. Vous savez qu'il en existe 2000 à 3 000 onces et de diverses sortes et origines. Vous serez heureux d'apprendre les beaux résultats qu'elles ont offerts aux essais précoces ; mais je veux attendre pour vous en parler que les essais de Ganges soient entièrement terminés.
Si toutes ces graines réussissent en grandes magnaneries, ce qui sera connu publiquement dans deux mois, et qu'on applique à leurs chambrées les règles pratiques que j'ai rappelées tout à l'heure, une quantité considérable de graines des plus belles races du pays pourra être faite dès cette année.
Je ne terminerai pas cette lettre sans porter à votre connaissance un fait qui me paraît éclairer beaucoup la maladie des morts-flats. L'an dernier, lorsque je vous ai fait part de mes craintes sur l'existence et sur l'extension jusque-là ignorées de cette dangereuse maladie , je présumais qu'elle pouvait être héréditaire et qu'il était possible de prévoir, avec une assez grande probabilité, sf une chambrée était capable de la communiquer à ses générations
futures. Désirant élucider cette question si importante de l'hérédité de la maladie des morts-flats, j'ai préparé, en 1867, plusieurs pontes provenant de celles de mes petites éducations qui avaient eu cette maladie, mais dont quelques vers avaient résisté, formé de beaux cocons et fourni des papillons de bel aspect, privés de corpuscules. J'ai envoyé aux essais précoces de Saint- Hippolyte plusieurs lots de semblables pontes réunies. Sur sept lots ainsi choisis dans sept éducations distinctes, six ont échoué à divers âges, surtout à la quatrième mue, de la maladie des morts-flats. Plus de doute, par conséquent: la maladie des morts-flats peut être héréditaire et frapper une chambrée, indépendamment de toutes les conditions sur le mode d'éclosion de la graine, sur l'aération de la chambrée, sur le trop grand froid ou sur la trop grande chaleur que les vers ont à supporter, conditions qui peuvent sans doute provoquer d'une manière accidentelle cette môme maladie. De là , la nécessité impérieuse de ne jamais faire de la graine, quels que soient la qualité extérieure ou les résultats de l'épreuve miscroscopique des papillons , avec des chambrées qui ont eu, de la quatrième mue à la montée, des vers languissants ou qui ont subi une mortalité sensible à cette époque de l'éducation par la maladie des morts-flats. J'insiste de nouveau sur ce conseil, et avec plus de force encore que l'an dernier, auprès des personnes qui appliqueront cette année mon procédé de grainage.
C'est, du reste, une prescription de tous les temps; mais le trouble profond que les malheurs de ces vingt dernières années ont porté dans les esprits a fait souvent oublier les avis les meilleurs pour mettre quelquefois à leur place des idées ou des pratiques plus ou moins extravagantes.
Vous retrouverez dans cette lettre les préoccupations des lettres que je vous ai adressées l'an dernier au sujet de la maladie des morts-flats, et dont mon Rapport du 26 juillet, au Ministre de l'Agriculture, porte également la trace. C'est ici, en effet, que se concentrent toutes mes craintes au sujet de la valeur pratique des résultats de mes recherches. Je suis maître de la maladie des corpuscules, que l'on considérait avant moi comme la maladie unique dont souffre aujourd'hui la sériciculture. Je puis la donner et la prévenir à volonté. Le problème sera donc résolu le jour où je n'aurai plus à appréhender pour mes graines la maladie des morts-flats, car il me sera alors démontré qu'il est possible de faire de la graine irréprochable par un moyen pratiquement industriel. Or je vous annonce qu'au sujet des craintes dont je parle, la question a fait un grand pas, puisc^ue les essais précoces qui viennent d'avoir lieu pour éprouver la qualité des graines préparées en 1867, d'après mes indications, donnent l'espoir le plus fondé que ces graines sont bien réellement exemptes de toute maladie quelconque. Il ne me reste donc plus que la faible incertitude correspondant à la différence possible, mais peu probable, entre les résultats d'une petite et' d'une grande éducation portant sur une môme graine de choix. Les éducations industrielles d'avril et de mai éclairciront ce dernier doute.
M. PASTEUR A M. DUMAS (i).
Alais, le lO avril 1868.
Nous sommes à la veille d'une nouvelle campagne industrielle. Vous connaissez toute la réserve que j'ai apportée dans les conclusions pratiques que l'on pouvait déduire des observations de laboratoire que je poursuis depuis quatre années. Vous étiez même disposé, si je ne me trompe, par une bienveillante confiance dans leurs résultats, à trouver quelque peu exagérée cette prudence scientifique, bien qu'elle ne soit qu'une part modeste de l'héritage intellectuel que vous avez légué à vos disciples. Aujourd'hui, en présence des résultats que je viens de constater dans les essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges sur les graines qui ont été faites industriellement en 1867 d'après mes indications, je me sens plus affermi. Permettez-moi donc de vous informer de nouveaux faits très-significatifs, et de poser la question capitale de la confection de la bonne graine dans les termes pratiques, accessibles pour tous les éducateurs intelligents.
Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser tout récemment, je vous ai rappelé la réussite remarquable d'une chambrée de races jaune et blanche, qui s'est trouvée, après examen, dans les conditions que je réclame pour être livrée tout entière au grainage, bien qu'elle eût été faite dans le Grard, et dont la graine, éprouvée aux essais précoces de cette année, a donné d'excellents résultats. Ces dernières circonstances méritent toute l'attention des éducateurs.
En effet, la situation est celle-ci : Prenez à la fin d'une campagne les chambrées de races de pays qui ont réussi et livrez-les toutes au grainage ; neuf fois sur dix au moins la graine se montrera détestable à la récolte suivante, et beaucoup d'éducateurs assureraient même que dix fois sur dix il en sera ainsi.
La conséquence de pareils faits se comprend aisément : on prétend qu'il y a une infection générale dans tous les grands centres d'éducation de vers à soie. Une sorte de choléra propre à ces insectes régnerait dans ces contrées. La plupart des vers à soie meurent avant de pouvoir faire leurs cocons, et tout est perdu pour l'éducateur. Si la graine est de bonne qualité, il y a une récolte, mais la reproduction est impossible.
Dès lors, comment se procure-t-on de la graine des belles anciennes races
(1) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences, séance du i3 avril
de France dans ces malheureux départements séricicoles dont la résignation des habitants est la preuve d'un grand progrès dans les idées du peuple, ou le témoignage honorable que l'Empereur et son Gouvernement ont fait ce qu'il était humainement possible de faire?
Pour se procurer de la graine des races dont je parle, on a recours au commerce, dont voici le genre d'industrie le plus répandu. Des personnes plus ou moins versées dans la connaissance des vers à soie se rendent dans toutes les parties de la France, du Portugal, de l'Italie, de la Corse,... où il n'existe que très-peu de plantations de mûriers, où le nombre des éducations, par conséquent, est très-restreint. Cela s'appelle des pays sains ^ où la maladie n'a pas pénétré. Là, ces industriels font faire des chambrées, ou ils visitent celles qui existent, et en achètent les produits, d'où ils tirent de la graine qu'ils viennent vendre ensuite dans les départements séricicoles, sans pouvoir offrir la moindre garantie sur la qualité de leur marchandise. Quelques rares sortes de ces graines réussissent; le plus grand nombre échoue.
Cette situation, aggravée par toutes sortes de fraudes, est intolérable. Comment y remédier? Il faudrait revenir au grainage indigène, et créer entre le commerçant et le propriétaire des garanties de la valeur de la griaine. Mais le moyen d'y parvenir? puisque je disais tout à l'heure que neuf fois sur dix au moins le grainage sur place des plus belles chambrées des races jaune et blanche conduit à une ruine certaine l'année suivante.
Une découverte pratique pourrait tout sauver. Elle devrait consister essentiellement dans l'affirmation motivée qu'il existe partout, même dans les localités les plus éprouvées, des chambrées propreis à la reproduction, et donner le moyen de les reconnaître, à l'exclusion de toutes les autres qui seraient livrées à la filature.
Cela posé, que vous ai-je écrit? Que j'avais pris une graine provenant, en 1866, de cocons exempts de la principale maladie actuelle; qu'elle avait été élevée, en 1867, dans le Gard, de tous les grands centres de production de la soie te plus important et le plus atteint par le fléau ; que cette graine avait réussi, et qu'après nouvel examen de la nouvelle chambrée, j'avais présumé qu'elle était entièrement bonne pour la reproduction , qu'enfin ce jugement venait d'être confirmé par trois épreuves faites en 1 868, aux essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges. Vous le voyez, ceci n'est autre chose que le grainage indigène rétabli avec succès dans un cas particulier.
Je viens aujourd'hui vous donner un autre exemple d'une pareille réussite, qui, par l'opposition remarquable d'un échec correspondant, ajoutera beaucoup à votre confiance.
Ma démonstration sera , en outre, d'autant plus complète, qu'il s'agira de faits que j'ai prévus et publiés dans le Rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser à S. Exe. le Ministre de l'Agriculture le 26 juillet dernier.
Au mois de juin 1867, ^^^^ ^^ dernier temps de mon séjour à Alais, deux éducateurs de cette ville, M"** Meynadier et M. Mazel, vinrent me consulter
sur la possibilité de faire grainer utilement leurs chambrées, qui, toutes deux, avaient très-bien réussi, et proi>enaient d'nillcurs exnctement de la même graine y délivrée par un employé du chemin de fer, demeurant à Montpellier, M. Poujol. Le conseil qui m'était demandé par ces éducateurs et par les personnes qui désiraient acheter leurs cocons pour les livrer au grainage, à cause de leur beauté et du succès remarqué des deux chambrées, correspond exactement au problème dont je viens de vous entretenir, et de la solution duquel dépend le retour au grainage indigène dans des conditions d'une application sûre. Après avoir fait l'examen au microscope de soixante-douze cocons de M. Mazel et d'un nombre à peu près égal de M^ Meynadier, j'engageai M. Mazel à livrer sa chambrée au grainage, et M*"* Meynadier à vendre la sienne à la filature, avec prière de ne conserver que i livre de cocons pour graine, afm qu'elle pût contrôler, en 1868, le jugement que je venais de porter.
De mon côté, j'ai fait un peu de graine avec quelques couples de papillons issus de l'une et de l'autre de ces chambrées.
Voici les résultats des essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges sur ces deux graines. L'épreuve a été quadruple, parce que les chambrées dont il s'agit se composaient d'un mélange à parties égales de cocons jaunes et cocons blancs des belles races de pays.
Essais de Saint-Hippoltte.
N^ 6. Graine des cocons jaunes Mazel; éclosion le 1 1 février,
K* mue^ 18 février, on compte 100 vers. 2« • a4 » • 98 •
3« » ag • M 97
4* » 8 mars, » 97
Résultat : 96 cocons.
N* 17. Graine des cocons jaunes Mejrnadier; éclosion le 11 février,
K* mue, 18 février, on compte 100 vers.
3* ■ I mars, • 89 »
Résultat : 55 vers seulement à la montée ; aucun d'eux n'a fait son cocon. Maladie caractérisée des corpuscules avec quelques morts-flats.
Essais de Ganges.
N<> 7. Graine des cocons blancs Mazel; éclosion le 7 février,
V^ mue, ao février, on compte 100 vers.
3* » 6 mars, » 100 »
Résultat : 98 cocons.
N° 16. Graine des cocons blancs Mejrnadier; éclosion les 6, 7, ^février.
1'"* mue : 20 février, 20 février, 21 février, 100 vers.
3* » 4 mars, 7 mars, 8 mars, 78 »
Mortalité de plus en plus grande après la quatrième mue. Résultat : pas un seul cocon ; maladie des corpuscules des plus accusées. Huit vers sont pris au hasard et examinés, tous sont remplis de corpuscules.
En résumé, les deux épreuves de la graine Mazel ont fourni 96 et 93 cocons pour 100 vers comptés au premier repas de la première mue, et les épreuves correspondantes de la graine Meynadier n'ont pas donné un seul cocon. Pourtant, je le répète, les deux chambrées Mazel et Meynadier, issues de la même graine, avaient eu la même réussite.
D'oii peuvent provenir tant de ressemblance dans le succès de deux chambrées d'une même graine, considérées jusqu'à la formation des cocons, et tant de différence entre leurs papillons , envisagés sous le rapport de la reproduction? Pour le comprendre, il faut se reporter à mes premières observations de i865, par lesquelles j'ai constaté que des vers pouvaient être tous empoisonnés sans offrir un seul corpuscule à la montée. Il faut se reporter principalement à mes expériences de 1867, par lesquelles j'ai reconnu que le mal avait une incubation très-lente, et que, quand je contagionnais des vers très-sains après la quatrième mue, tous faisaient leurs cocons, et les corpuscules n'apparaissaient dans les chrysalides que quinze jours environ après l'empoisonnement .
La graine Poujol n'avait pas la maladie des corpuscules ; cela est prouvé par la chambrée Mazel. Cette maladie n'a donc pu frapper la chambrée Meynadier de façon à la faire périr à l'état de vers. Mais ces vers furent tous empoisonnés , et dès lors les chrysalides et les papillons furent chargés de corpuscules.
Enfin, quelle a pu être la cause occasionnelle de l'empoisonnement de ces vers? Je l'ai indiquée dans mon Rapport au Ministre : M"* Meynadier a élevé la graine Poujol sous le même toit que deux autres graines de Portugal et de pays, qui avaient, elles, au plus haut degré et sous forme de vers, la maladie des corpuscules. L'échec des graines a été complet.
On ne sait pas jusqu'à quel point on entretient et on propage la maladie par des associations de graines. Autrefois chaque éducateur n'en élevait que d'une sorte ; aujourd'hui il en élève au moins de deux ou trois, souvent davantage, dans l'espoir que toutes ne seront pas également mauvaises ; mais, sur ce nombre, la majorité est très-malade, s'il s'agit des graines à cocons jaunes et blancs. La peste est donc dans la chambrée. Néanmoins, si une des graines est saine, elle donne des cocons , parce que , je le répète , Téducation dure
trop peu de temps pour que la maladie , lente à apparaître sous forme de corpuscules, puisse frapper le ver à Tétat de ver ; mais la chrysalide est perdue comme sujet propre à la reproduction. C'est ce qui est arrivé à la chambrée Meynadier. M. Mazel, au contraire, n'a élevé que la seule graine Poujol dans sa magnanerie.
Permettez-moi de compléter toutes ces observations par le signalement microscopique des papillons, qui m'avait permisde prévoir, dès le 3 juin 1867, les résultats dont je viens de vous entretenir.
Papillons de quatre couples Mejrnadier jaunes qui ont produit la graine
de Cessai n* 17.
HàlM. Femellei.
Belles ailes, 1 5o corpuscules par champ. Belles ailes, 5oo corpuscules par champ. • 35o » B 800 »
■ 500 » • QOO B
Papillons de six couples Mejrnadier blancs qui ont produit la graine
de V essai n** 16.
Mâles. Femelles.
Belles ailes, 5o corpuscules par champ. Belles ailes, 800 corpuscules par champ.
5oo B B 600 B
5oo B B 5oo »
Les papillons Mazel des essais n°' 6 et 7 étaient, au contraire, tout à fait privés de corpuscules.
Enfin, j'ajoute que l'examen microscopique de ces divers papillons n'a certainement pas duré plus d'un quart d'heure.
Quant au résultat de ce rapide et non moins facile examen, car j'auraiè pu le faire faire par un enfant de huit ans que je m'étais amusé à habituer à ce travail, il a permis de prévenir, pour 1868, l'insuccès absolu de i5o onces de mauvaise graine , et de substituer à celle-ci un poids égal de bonne semence.
J'espère que mes études de cette année perfectionneront les pratiques propres à éloigner le fléau. Vous savez que j'ai rencontré, chemin faisant, une forme de la maladie dont la part d'influence funeste avait été ignorée jusqu'à présent. C'est sur elle que je concentre toutes mes observations actuelles. Toutefois son étude est déjà bien avancée, ce me semble, par les résultats que j'ai eu l'honneur de vous communiquer récemment.
En résumé, dans le département du (Jard, le plus frappé depuis vingt ans par la terrible maladie, et conséquemment dans toutes les contrées ou l'on élève des vers à soie , il existe des chambrées bonnes pour la reproduction et propres à ramener le grainage indigène dans des conditions de garantie et de succès. Ces chambrées sont faciles à découvrir, à l'exclusion des autres qui devraient être livrées aux filateurs. Il est non moins facile de les multiplier par quelques précautions et par l'emploi de graines reconnues irréprochables.
J'ose assurer que le salut des éducateurs est entre leurs mains. Qu'ils imitent un propriétaire éclairé des Basses-Alpes, M. Raybaud-Lange, directeur delà Ferme-École de Paillerols, qui a fait, en 1867, en prenant mes indications pour base, plusieurs milliers d'onces de graines. Après avoir surveillé avec soin, de la quatrième mue à la montée, afin de s'assurer de la vigueur des vers et de l'absence de la maladie des morts-flats, .soixante-dix-huit chambrées, il les a toutes examinées au microscope à l'état de chrysalides et de papillons. Ce double examen lui a permis d'en conserver dix-sept. Il a fait étouffer les autres. Quatre sortes de graines fournies par quatre de ces dix-sept chambrées, choisies au hasard parmi ces dernières, à la convenance des éducateurs intéressés, viennent d'être éprouvées aux essais précoces de Saint-Hippolyte : ces quatre essais ont donné les meilleurs résultats. Mais , tout à côté de M. Raybaud-Lange, dans les Basses- Alpes , on faisait de la graine en prenant pour guide les anciennes pratiques. Je pourrais démontrer, dès à présent, que, parmi ces graines, il en existe par milliers d'onces qui échoueront complètement aux éducations de cette année. Or les personnes qui ont confectionné ces graines, lesquelles vont achever de ruiner des centaines d'éducateurs, auraient pu reconnaître avec évidence, par quelques minutes d'observation au miscroscope, qu'elles allaient préparer de la graine détestable. Un des grands avantages du système que je préconise consiste à préjuger de la qualité de la graine avant qu'elle soit faite. C'est une condition de succès pour éloigner les désastres de la sériciculture, parce que toute graine feite est une graine qui sera élevée (i). Il faut donc pouvoir empêcher la confection des graines destinées à périr.
M. Raybaud-Lange vient de m'adresser la liste exacte de tous les propriétaires auxquels il a livré les graines de ces dix-sept chambrées. Afin que vous jugiez mieux de l'importance de son initiative, di'jà signalée avec à-propos dans un Rapport ofiBciel de M. Rendu, inspecteur général de l'Agriculture, per-
(i) Je n'affirmerais pas que, dans tous les cas où l'examen microscopique des papillons fait éliminer une {jraine, celle-ci ne pourrait donner une chambrée rémunératrice. Mais cette graine ne se trouve condamnée que pour être remplacée par une meilleure. 11 n'y a pas d'intérêt à connaître sans exception toutes les chambrées propres à la reproduction.
mettez-moi de vous donner le nombre des propriétaires qui élèveront ses graines dans nos principaux départements séricicoles : seize dans le Gard, dix dans l'Isère, trois dans F Ardèche, trois dans la Drôme, un dans lllérault, trois dans les Bouches-du-Rhône, huit dans Vaucluse, sept dans le Var, deux dans les Alpes-Maritimes , quinze dans les Hautes-Alpes , trente dans les Basses- Alpes, un dans la Savoie.
Plusieurs de ces personnes ont acheté une assez grande quantité des graines dont il s'agit pour pouvoir en distribuer, notamment M. de Plagnol, habile éducateur de QicHnérac, dans TArdèche.
Enfin cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes vont faire autant d'éducations de {, i et 2 onces de ces mômes graines , qui seront destinées aux grainages de M. Raybaud-Lange en 1868. Il sortira peut-être de ces nouvelles chambrées aoo à 3oo kilogrammes de graine de bonne qualité. C'est presque le centième de ce qu'il faut à la France entière. Jugez par là de ce que peut accomplir l'initiative individuelle quand elle prend pour guide les résultats établis par l'expérience, au lieu de s'abandonner à de vagues dissertations oii de se confier à de prétendus remèdes dont Tefficacité n'a d'autre appui que les idées préconçues de leurs auteurs.
Je terminerai en vous faisant connaître deux autres réussites de graines industrielles, à cocons jaunes et blancs, issues de papillons à peu près exempts de la maladie des corpuscules. En premier lieu, la graine Guchens, de Perpignan, dont il est question dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture du aS juillet deriiier : j'ai Mi faire deux essais de cette graine^ sous les n"^ 5 et 36, à la serre de Oanges. Le n** 5 était la graine des papillons sans choix, et le n° 36 la graine des papillons choisis. Le n** 5 a fourni gS cocons pour 100 vers comptés au premier repas après la première mue, et le n** 36 en a fourni 93.
Voici le deuxième et très-remarquable succès. Un graineur de Saint Bauzillede-Putois, M. Roux, m'a adressé, le 16 juillet 1867, une centaine de papillons d'un de ses grainages à beaux cocons blancs de pays. Aucun de ces papillons n'était corpusculeux. Je me suis empressé de signaler ce fait à M. le comte de Rodez, directeur des essais précoces de Ganges, qui habite Saint-Bauzille, en le priant de fiedre acheter la graine Roux pour la distribuer parmi les membres du Comice agricole de Ganges. Cette graine, éprouvée par M. de Rodez aux premiers essais précoces, a fourni 100 cocons pour 100 vers comptés au premier repas après la première mue.
â40 MALADIE DES VERS A SOIE.
M. PASTEUR A M. DUMAS (i).
Alais, le i5 avril 1868.
Voulez-vous mer permettre de vous donner des preuves palpables de l'immense bienfait que la sériciculture peut retirer de l'application du procédé de sélection des chambrées pour graine par l'examen microscopique des chrysalides et des papillons , tel qu'il résulte de mes observations de ces dernières années ?
On a fait, en 1867, dans le département des Basses-Alpes, une quantité considérable de graines de vers à soie. C'est une de ces régions réputées saines dont je parlais dans une lettre précédente. Toutefois, si le moyen que j'ai indiqué pour découvrir les chambrées de reproduction offre réellement la valeur que je lui attribue, le département des Basses- Alpes a dû donner lieu, en 1867, à un très-grand nombre de chambrées impropres aux grainages. Je vous écrivais, en effet, tout récemment, que M. Raybaud-Lange, membre du Conseil général de ce département, ayant préparé plusieurs milliers d'onces de graines par le procédé dont il s'agit, n'a pu utiliser, pour arriver à ce résultat, que dix-sept chambrées sur soixante- dix-huit qu'il a examinées.
Ceci posé, je vais vous entretenir succinctement de deux des éducations qui ont été soumises à des grainages dans le département des Basses- Alpes, en suivant les anciennes pratiques. Je ne nommerai personne. Cela n'ajouterait rien à la force de mes arguments.
La première de ces chambrées était de 100 kilogrammes, la seconde de 3oo kilogrammes, toutes deux d'une réussite fort remarquable. Elles ont produit 12 ou i3oo onces de graines qui sont, à cette heure, l'espoir de la récolte de quelques centaines d'éducateurs.
Je sais qu'à la suite d'un examen microscopique des papillons de ces chambrées, fait par une personne exercée, qui avait reconnu que tous ces papillons étaient fortement atteints de la maladie des corpuscules, les propriétaires furent avertis du danger de faire grainer ces chambrées. Mais ils arguèrent de la beauté des vers qui avaient fourni ces papillons et du succès extraordinaire des éducations, en ajoutant que le microscope pouvait se tromper. Les grainages eurent donc lieu. Peu de teriips après mon arrivée à Alais, je me suis procuré une petite quantité des graines dont je parle, et j'ai commencé à les élever. Je suis en mesure d'affirmer que toutes les chambrées de ces graines,
(1) Extrait du Messager agricole du Midi.
NOTES ET DOCUMENTS. 24i
sans exception, périront entièrement de la maladie corpusculouiV. Ijos laoo à i3oo onces ne feront peut-être pas 1200 à i3oo corons, et elles acbèvoront de ruiner quelques centaines d'éducateurs.
Heureusement ces faits se sont présenta à des |)ersonnes lionorahles et éclairées, qui vont être prochainement désabustMM et seront les pn^nièn^s h proclamer leur erreur. Pécheurs repentants, elles deviendmnt di» fervents apôtres. Par leur influence, j*en ai Tespoir, la lumière se fera dès cette annét^ dans le département des Basses-Alpes, qui est, en etfot, Tun de (*eu\ dont on peut attendre un grand nombre d'excellents grainages, si les ('tlucateurs veulent bien y prendre pour guide les résultats do mes recherches.
Vous n'imaginez pas jusqu'à quel point est ré|)andue la maladie dis coipuscules. Ce serait à désespérer de l'avenir, si je n'avais reconnu (pi'un certain nombre de chambrées en sont exemptes, et (|u'il est facile de multiplier celles-ci à volonté.
D^irant m'assnrer de nouveau, cette année, de Textension de celte maladie, je me suis procuré, le lundi 6 avril, au mari hé d'Alais, ipiarante et une sortes de graines qui étaient en vente. Si je ne rrai};nais do trop allon^^er cette lettre, je vous transcrirais le tableau des résultats de leur examen microscopique. Elles sont malades à un degré tel, que trente-huit sortes au moins sur les quarante et une échoueront forcément par la maladie des corpuscules. Tous les départements séricicoles sont inondés de |>areilles graines, ipii sont celles du pauvre, en général, car les propriétaires aisés, par leurs relations, par leurs lectures de journaux séricicoles, réussissent (|uelquefois à (kVouvrir des sources de bonnes graines. Le paysan est sans défense contre le mal qui l'entoure. Mais quel est un des résultats nécessaires de mon procédé de sélection des chambrées pour graines, reposant sur Texamen microscopique des chrysalides et des papillons, procédé si facile et si rapide, (pi' un enfant peut en être chargé? C'est qu'il est impossible de trouver dans les graines que l'on tire de ces chambrées un seul œuf corpusculeux.
N'oubliez pas toutefois de remarquer l'incertitude attachée au résultat de l'examen des papillons d'une chambrée qui n'est pas autrement connue.
Que les papillons tels que ceux dont je viens de ))arler soient tous privés de corpuscules, on ne pourra adirmer que deux choses :
1° C'est que leur graine sera parfaitement exempte de la maladie corpusculeuse;
a** Que les vers issus de cette graine ne [lériront pas, à l'état de vers, par l'effet de cette maladie.
Mais on ne peut garantir que la graine n'aura pas constitutionnellement une maladie d'une autre nature, notamment celle des morts-flats.
J'insiste sur ce point, parce que, sans cela, il serait facile de commettre des erreurs dans les jugements anticipés sur la valeur des graines. Il suffirait de s'adresser à des papillons exempts de corpuscules, mais provenant d'une chambrée de vers languissants et ayant péri en partie de la maladie des morts-flats de II. 16
la quatrième mue à la montée (i). Je ferai observer d'ailleurs que ce n'est pas assez de savoir qu'une chambrée a donné un fort rendement pour que l'on soit toujours assuré qu'elle n'était pas sous l'influence de cette maladie. En effet, I once de graine du poids de i5 grammes fournit quelquefois 55 kilogrammes de cocons , et , à la rigueur, elle peut en donner bien davantage. Supposez qu'elle n'en produise que 45, ce qui est encore une très-belle réussite, mais que la mortalité correspondant à la différence de 45 à 55, qui est de plus d'un cinquième, se rapporte presque entièrement à l'âge des vers compris entre la quatrième mue et la montée, et que cette mortalité soit due à la maladie des morts -flats. Dans ce cas, soyez -en sûr, les 45 kilogrammes de cocons produiront une graine qui aura héréditairement cette maladie, lors même que tous les papillons seraient exempts de corpuscules. Vous êtes alors dans le cas des expériences que je vous ai communiquées dans ma lettre du 20 mars dernier, expériences qui prouvent que des papillons sans corpuscules, mais originaires de vers atteints de la maladie des morts-flats, donnent de la graine affectée constitutionnellement de cette maladie.
Aussi ne saurait-on sans danger se priver de la garantie qui résulte de l'observation d'une bonne marche de la chambrée de la quatrième mue à la montée. Si vous avez des vers d'apparence vigoureuse à cet âge et que les papillons auxquels ils donneront lieu soient privés de corpuscules , ne craignez rien, faites grainer tous ces papillons, et votre graine sera excellente. Négligez, au contraire, la première prescription , vous pourrez avoir la maladie des morts-flats; négligez la seconde, vous pourrez avoir la maladie corpusculeuse ; négligez-les toutes deux, vous pourrez avoir à la fois l'une et l'autre de ces deux maladies. C'est ce qui est arrivé le plus fréquemment dans les grainages des races jaune et blanche dans ces vingt dernières années.
M. Raybaud-Lange, vous disais-je, a fait plusieurs milliers d'onces de graines en 1867 par ce procédé de sélection, à l'aide de dix-sept chambrées. Les graines de plus de douze de ces chambrées, représentant plus de cent millions d'oeufs, sont tellement exemptes de la maladie corpusculaire par hérédité, que je défierais le plus habile micrographe de trouver dans ces millions d'œufs un seul œuf offrant des corpucules. Dans les trente-huit sortes de graines prélevées sans choix sur le marché d'Alais, dont je parlais tout ii l'heure, il est impossible, au contraire, d'écraser vingt œufs sans en trouver un ou plusieurs ne manifestant pas la présence des corpuscules. Est-ce assez significatif?
Des faits du môme ordre et bien d'autres qui les confirment commencent à se répandre. M. le préfet du Gard, très-dévoué aux intérêts séricicoles de ses administrés, a institué une Commission chargée de tout ce qui concerne
(i) Ou qui ont souffert du froid à cet âge, du moins je crois avoir des motifs de le présumer.
NOTES ET DOCUMENTS. ii3
les éducations des vers à soie. Je viens d'apprendre que cette Commission a fait acheter quarante microscopes qui vont ôtre distribués dans les divers cantons du département du Gard, avec une instruction rédigée par M. de Lachadenède, président du Comice agricole ti'J/ais. Cette initiative ne |)eut manquer d'avoir des imitateurs. '
On ne saurait trop louer également le zèle du Comice agricole du Vigan, qui a ouvert un crédit de 1600 francs pour faire quatre éducations de 1 et % onces, afin de mettre de nouveau à l'épreuve les conséquences pratiques de mes observations.
J'ai l'espoir que les résultats ne seront pas moins favorables que ceux de la chambrée de Sauve, dont je vous ai entretenu à diverses reprises.
NOTE SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE DÉSIGNÉE VULGAIREMENT SOUS LE NOM DE MORTS -BLANCS OU MORTS- FLATS (i). - LETTRE A M. DUMAS (2).
Mes études de cette année devaient porter plus particulièrement sur la maladie des morts-flats, que j'ai le premier signalée à l'attention des éducateurs, comme intervenant pour une part importante dans les désastres actuels de la sériciculture.
Lorsque les vers sont atteints de cette maladie d'une manière apparente, qu'ils ne mangent plus ou très-peu, qu'ils se montrent étendus sur les bords des claies, ou lorsqu'ils viennent de succomber, les matières qui remplissent
(i) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences ; séance du 39 juin 1868. (q) « Ce i!\ juin, à Paillcrols, commune des Mées (Basses- Alpes).
B Je suis depuis quinze jours dans les Basses-Alpes où j'assiste M. Raybaud- Lange dans le vaste graina[;e qu'il effectue de nouveau cette année, d'après mon procédé. Grâce à l'oblijjeance de M. le président du Comice d'Alais, je viens de recevoir le Compte rendu de 4a séance de l'Académie des Sciences du 8 juin, où je lis une Note de M. Béchamp relative à la maladie des morts-flats.
» Vous savez que j'ai, le premier, appelé l'attention des éducateurs sur l'influence de cette maladie, et que, le premier également, j'ai démontré qu'elle était indépendante, en fait, de celle des corpuscules.
» Maître de cette dernière maladie, ce dont les éducations de cette année ont donné les preuves les plus éclatantes, je devais porter toute mon attention sur
leur canal intestinal renferment des productions organisées diverses, qu'on ne rencontre pas dans les vers sains. Ces organismes sont : i** des vibrions, souvent très-agiles, avec ou sans points brillants dans leur intérieur ; 2** une monade à mouvements rapides : 3° le Bacterium termo^ ou un vibrion trèsténu qui lui ressemble ; 4** un ferment en chapelets de petits grains, pareil d'aspect à certains ferments organisés que j'ai rencontrés maintes fois dans mes recherches sur les fermentations. Ces productions sont réunies dans le même ver, d'autres fois plus ou moins séparées. Celle qui se montre le plus fréquemment, au moins dans le cas que je vais indiquer tout à l'heure, est ce ferment en chapelets flexibles de deux, trois, quatre, cinq. . . grains sphériques, d'une parfaite régularité. Ce ferment, ou une production toute semblable, est décrit ou dessiné dans plusieurs de mes Mémoires relatifs aux fermentations. Le diamètre des grains est à peu près d'un millième de millimètre. On peut le déduire de la longueur d'un chapelet formé de plusieurs grains, divisée par le nombre de ces grains. La mesure ainsi faite, et qui comprend l'intervalle de deux grains, outre le diamètre de ces grains, est égale à o""",ooi5 environ.
J'ai démontré récemment que la maladie des morts-flats peut être héréditaire. On s'en convaincra facilement en répétant mes expériences.
Prenez dans une éducation fortement atteinte de cette maladie des cocons bien formés, renfermant des chrysalides d'un aspect très- sain, et soumettezles au grainage, en vous assurant que les papillons sont exempts de la maladie des corpuscules : vous reconnaîtrez, l'année suivante, que la maladie des morts-flats fera périr les vers issus de la graine dont il s'agit. La maladie des morts-flats peut donc être constitutionnelle et héréditaire dans certaines graines. D'ailleurs, qu'elle frappe accidentellement des éducations de graines très-saines par suite de fautes commises dans ces éducations, ou de circonstances inconnues, ou qu'elle sévisse héréditairement, cette maladie se montre avec une intensité très-variable. Les échecs sont absolus ou partiels, mais généralement, lorsqu'une chambre ne périt pas tout entière par la maladie des morts-flats, il est facile de reconnaître que les vers survivants, lorsqu'ils montent à la bruyère, ou lorsqu'ils commencent à filer leurs cocons, ont des mouvements très-lents. On les dirait sous l'influence
celle des morts-llats, que, le premier encore, vous le savez, j'ai démontré être héréditaire dans certains cas déterminés.
» J'ai communiqué les principaux résultats de mes observations de cette année au Comice d'Alais par une Note lue en séance publique, le 1*' juin, en présence d'un nombreux concours d'éducateurs, réunis dans la grande salle de la mairie. Permettez- moi de vous prier de vouloir bien faire insérer, dans le plus prochain numéro des Comptes rendus de l'Académie des Sciences le texte complet de cette Note, dont je vous adresse un exemplaire, extrait du Bulletin du Cotnice agricole d'Alais, »
du mal qui en fait succomber un certain nombre, bien qu'ils fassent des cocons, que ces cocons puissent être d'un bel aspect et fournir des |)apil]ons paraissant très-sains. Il y a plus, je pourrais citer dos exemples dans lesquels j*ai vu presque tous les vers d'une éducation former leurs cocons, mais en présentant la langueur dont je parle. Ce sont des vers malades, mais pas assez pour qu'il leur soit impossible de monter à la bruyère. Toutefois, on rencontre alors beaucoup de cocons fondus.
Cela étant, je me suis demandé si les vers des chambrées atteintes de mortsflats, et qui néanmoins sont capables de faire des cocons et de se transformer en chrysalides et en papillons, ne porteraient pas on eux -marnes les organismes dont j'ai parlé et qui sont propres à tous les vers assez malades pour succomber avant de pouvoir filer leur soie? Ces prévisions se sont n^alisées.
Voici ce que l'on observe toutes les fois que l'on a affaire à dos éducations frappées de la maladie des morts-flats, et dont les sujets survivants fourniraient nécessairement, ainsi que je l'ai précédemment expliqué, une foraine constitutionnellement atteinte de cette maladie. Le contenu du canal intestinal de la chrysalide, au lieu d'être formé, comme dans les chrysalides saines, de granulations amorphes, est rempli de ces petits chapelets do grains sphériques que j'ai décrits précédemment. En faisant ces observations, je croyais revoir quelques-unes de mes anciennes préparations relatives aux fermentations. On n'aperçoit ici ni bactériums, ni vibrions, ni monades.
Lorsque Ton étudie, dans les conditions précédentes, les chrysalides (Féducations atteintes à un faible degré de la maladie des morts-flats, il faut en général en ouvrir plusieurs avant d'en trouver une qui offre le caractère dont il s'agit. Enfin, dans les cocons des bonnes éducations, où rien ne dénote l'existence de la maladie, le petit organisme dont il s'agit parait tout à fait absent.
Rien ne démontre encore que ces sortes de ferments dont je viens de parler soient la cause de la maladie des morts-flats. Us ne sont peut-être que le résultat nécessaire d'un trouble profond dans les fonctions digestives. L'intestin venant à ne plus fonctionner par quelque circonstance inconnue, les matières qu'il renferme se trouvent alors placées comme dans un vase inerte.
J'ai introduit dans un vase des feuilles de mûrier broyées avec de l'eau, et, au bout de vingt-quatre heures déjà, elles ont commencé à fermenter on montrant précisément les mêmes organismes que ceux que j'ai décrits.
Je terminerai par une indication qui paraîtra fort extraordinaire ; pourtant, comme ce n'est pas une opinion^ mais un fait que j'ai à communiquer au Comice, je me hasarde à le publier, tout incomplet et tout singulier qu'il me paraisse à moi-même.
Le ag mars, à 8 heures du matin, j'ai placé sous une cloche de verre, en plein soleil, une boîte de carton renfermant une graine à cocons jaunes. La boite était renferniée elle-même dans un sac de papier avec un thermomètre dont le réservoir touchait la botte et dont la tige dépassait le bord du sac, ce
qui permettait de lire la partie haute de la graduation. La cloche est restée au soleil, à la môme place Jusqu'au lendemain 3o mars à midi. Le 29, le thermomètre est monté à 27 degrés Réaumur, et le 3o, à 3a degrés. Dans la nuit du 29 au 3o, à 2**3o" du matin, il est descendu à 2 degrés Réaumur. La boite contenant la graine a été apportée, le 3o mars à midi , dans une petite chambre où se trouvait, dans* une autre boîte pareille à la première, le môme poids de la môme graine ; cette chambre était alors à la température de 1 3 degrés Réaumur, laquelle a été élevée d'un degré par jour
q u'au moment de l'éclosion. Les deux graines ont commencé à éclore le môme jour, le i3 avril. Ce jour-là, à midi, on a fait une levée de vers dans l'une et l'autre boîte. L'éclosion a été terminée de part et d'autre le 14. Dans la boîte chauffée sous la cloche, il est resté cinquante œufs sans éclore, et dix seulement dans l'autre. Chaque lot de graine pesait un demi-gramme. J'ai élevé des portions égales de vers recueillis le i3 avril à midi ; ils étaient placés dans deux paniers qui n'ont cessé d'être côte à côte, les repas donnés aux mômes heures avec la môme feuille. La graine qui n'a pas été chauffée m'a offert de la quatrième mue à la montée huit morts-flats sur un total de 100 vers ; l'autre, au contraire, n'en a pas offert un seul. Tous les vers de ce second panier, sans exception, ont fait leurs cocons et sont montés à la bruyère environ douze heures avant ceux de l'autre panier. Dans les premiers temps de l'éducation, il m'a paru qu'il y avait quelques vers un peu plus petits, mais en très-faible nombre, dans le panier de la graine chauffée. Cette inégalité, d'ailleurs à peine sensible, a disparu pendant l'éducation, excepté pour un seul ver, qui néanmoins a parfaitement mûri et fait son cocon. Estce une illusion de ma part? J'ai cru remarquer que les vers issus de la graine qui avait séjourné sous la cloche avaient une vigueur plus accusée que les vers de l'autre essai.
Je m'abstiens de toute réflexion sur l'observation qui précède; je ne la publie qu'à titre de renseignement pour l'avenir. En ce qui me concerne, je ne la perdrai pas de vue et je multiplierai les expériences, afin d'en mieux connaître la signification et l'importance pratique, si toutefois elle en a une.
NOTES ET DOCUMENTS. i47
RAPPORT A S. EXC. M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE SUR LA MISSION CONnÉE A M. PASTEUR, EN 1868, RELATIVEMENT A LA MALADIE DES VERS A SOIE.
Puris, lo j août 1868.
Monsieur le Ministre,
Je viens soumettre à Votre Excellence les résultats de la nouvelle mission dont j'ai été chargé relativement à la maladie des vers à soie, on 1868.
Mes recherches expérimentales de i865, 1866 et 1867, et dont j'ai rendu compte à Votre Excellence dans un précédent Rapport, à la date du aS juillet 1867, m'avaient conduit, dans le but do prévenir la maladie régnante, à proposer un procédé de grainage qui consiste essentiellement dans un examen microscopique simple et rapide d'un petit nombre de chrysalides et de papillons des éducations les mieux réussies. De l'examen de ce ()etit nombre de sujets pris au hasard on conclut à l'état de la chambrée entière, et, d'après le résultat obtenu, on livre celle-ci, soit au grainage, soit à la filature.
§ I**". — NOUVBAU PROCÉDA DE GRAINAGE. — SoN APPLICATION CHEZ
M. Ratbaud-Lange, à Paillerols (Basses- Alpes).
Avant de faire connaître les résultats industriels de ce procédé, je vais décrire l'application qui en a été faite en 1867 et en 1868, par M. Raybaud- Lange, membre du Conseil général des Basses-Alpes et directeur de la Ferme- École de Paillerols. Comme ce propriétaire a pu livrer au commerce en 1 867 environ aSoo onces de graine et qu'il pourra en livrer en 1868 près de 5ooo onces, il sera bien établi que ce procédé peut être mis en pratique sur une vaste échelle.
M. Raybaud-Lange avait distribué la graine de deux de ses meilleures chambrées choisies au microscope à cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes, par lots de demi-once, i once et 2 onces. Cette distribution avait été faite gratuitement, à la seule condition que les détenteurs n'élèveraient que cette sorte de graine (i) et qu'ils vendraient à M. Raybaud-Lange leur récolte au plus haut cours du prix des cocons. Cinq ou six éducateurs ont brûlé leur graine à l'éclosion. Tous les autres ont réussi. La moyenne du
(i) Circonstance qui doit donner lieu à une surveillance aussi exacte que possible.
rendement a été de plus de 45 kilogrammes, à l'once de 25 grammes. Les cocons de chacune de ces éducations séparées ont été apportés à Paillerols pendant la nuit, dans des corbeilles longues, peu profondes, superposées en croix et enveloppées d'un drap. Sur chaque lot on avait prélevé i kilogramme de cocons ( un demi- kilogramme suffirait ), qui, après avoir été mis enfilane^ étaient suspendus dans une chambre chauffée constamment par un poêle, à 25 et 3o degrés Réaumur (i). Les papillons sortentdans cette chambre quatre ou cinq jours au moins avant de sortir dans le lot principal correspondant. On a donc le temps nécessaire pour les examiner, et, dans le cas où on les juge mauvais, de faire envoyer le lot principal à la filature. Si les papillons sont déclarés propres au grainage, on fait mettre en filanes tous les cocons du loi, en éloignant seulement les faibles et les doubles. Les ^/««^^ sont portées dans l'atelier de grainage avec un numéro d'ordre. Elles sont suspendues àdes^ perches placées horizontalement sur des espèces de tréteaux très-solides de 2 mètres de hauteur environ.
Il est bon de ne pas tolérer plus de lo à 12 pour 100 de papillons corpusculeux dans les lots conservés, et il faut ôtre môme plus sévère dans le cas où l'on a à sa disposition plus de bons lots qu'on n'en peut faire grainer. Toutefois la tolérance de ce nombre de papillons corpusculeux est en raison du petit nombre de corpuscules par champ (2), de l'âge avancé auquel les chrysalides ont présenté des corpuscules, de la vigueur des vers et des papillons. Cette tolérance peut être accrue un peu lorsque les graines doivent être élevées dans des localités très-favorables aux éducations.
Quoi qu'il en soit, c'est toujours beaucoup s'exposer dans l'état présent de la sériciculture, que d'élever des graines issues de papillons corpusculeux, alors môme que les chrysalides auraient paru saines jusqu'à la fin de leur vie (3).
(1) Il est nécessaire, pour faire ce prélèvement, de ne pas attendre le déramage. Cinq ou six jours seulement après que Ton a mis la bruyère, lorsque les cocons sont bien formés, il faut prendre, par-ci par-là, dans la chambrée, des bouquets de bruyère formant environ un demi à un kilojjramrae de cocons et les envoyer sans retard à la chambre chaude.
(2) Les nombres de corpuscules par champ sont faibles, pour des papillons, lorsqu'ils sont compris entre et 20. Pour des chrysalides jeunes et a fortiori ipour des graines, ces mêmes nombres sont énormes.
(3) La ferme isolée de Rourebaud, dans les Basses-Alpes, près de la petite ville des Mées, a eu des réussites excellentes de 1862 à 1867. En i^6'ji toutes les personnes qui ont élevé sa graine de 1866 ont eu de bonnes récoltes. M. Arnoux, ad* joint au maire des Mées, a examiné, en 1SG7, les chrysalides et les papillons du grainage des cocons de cette ferme. Les chrysalides étaient toutes saines jusqu'à la fin de leur vie de chrysalides, mais les papillons étaient corpusculeux; peu, en général, c'est-à-dire que plusieurs ne montraient que 10 et 20 corpuscules par
NOTES ET DOCUMENTS. 2l9
§ II. — DiFFÉBEaN'CB des résultats des GRAINAGES DANS LES DIVERS