DÉPARTEMENTS
Peut-on tenter une opération de grainage de la nature de celle que je viens de décrire dans tous les départements séricicoles? Les éducateurs savent, et
champ. De mon cùté, j*ai eu l'occasion d'étudier la graine de ces papillons le 3i mars 1868. Sur 78 œufs, je n'en ai trouvé que n offrant de tW^S'-rarcs corpuscules.
Qu'est-il advenu de cette graine? A la ferme même de Rourehaud, en iH^iS, l'échec a été absolu par la maladie des morts-flats principalement. Il n'y a eu que de très-rares réussites de cette graine, même dans les Basses-Alpes.
Ces faits et d'autres qui les confirment tendraient à faire admettre que l'état maladif des papillons corpusculeux, provenant de chrysalides non corpusculeuses, suffit pour prédisposer leurs graines à des maladies et entraîner, par conséquent, la perte des chambrées.
Il me parait nécessaire d'insister sur ce point de la tolérance à accorder quant au nombre des papillons corpusculeux d'une chambrée très- réussie que l'on désire livrer au grainage. Rechercher et étendre cette tolérance, n'est-ce pas vouloir s'exposer à mal faire? En effet, l'industrie de la soie consiste à produire dos cocons, et il est dans la nature des choses d'envoyer à la filature une multitude de chambrées qui seraient très-bonnes pour faire de la graine. Si donc, dans la recherche de bonnes chambrées pour graines, on use de trop de sévérité, il n'y a aucun péril à agir ainsi puisque c'est pour mieux faire.
Toutes les pratiques nouvelles, quelque vraies et utiles qu'elles soient, subissent à leur début l'épreuve de critiques plus ou moins fondées. Je n'étonnerai donc personne en disant que celle que je préconise a le sort commun. Un des arguments de mes honorables adversaires est celui-ci : Des graines faites par des papillons corpusculeitx ont réussi. Je commencerai par dire que je suis l'auteur de cette proposition et que, le premier, je l'ai appuyée de preuves expérimentales ; mes contradicteurs ne m'apprennent donc rien. Ils m'embarrassent moins encore; car si, après tout, dans les conditions que j'ai indiquées de chrysalides non corpusculeuses et de graines non corpusculeuses, des papillons corpusculeux, auteurs de ces graines, ont pu conduire à de bonnes réussites, il est parfaitement avéré qu'il y a une limite, passé laquelle des papillons corpusculeux provenant de chrysalides corpusculeuses, fournissent des graines également corpusculeuses, et que de telles graines sont fatalement condamnées à périr de la pébrine ou maladie des corpus* cules. Qu'on lise, à défaut d autres preuves, les passages de mon Rapport relatifs aux graines élevées en 1868 dans la commune de Callas (arrondissement de Draguignan) et dans les Rasscs-Alpes par M. Laugier, maire d'Oraison. C'est par milliers que je pourrais relater des insuccès de cet ordre,* insuccès généraux s'appliquant à toutes les chambrées de ces graines corpusculeuses. Quand vous avez affaire à de telles graines, elles échouent partout, dans toutes les localités, cent fois sur cent.
Élever des graines issues de papillons corpusculeux, c'est donc vouloir courir
2b0 MALADIE DES VERS A SOIE.
cette connaissance leur était acquise déjà avant l'époque de la maladie, qu'il y aurait des différences considérables dans les résultats, suivant qu'on s'adresserait à des localités de grande ou de petite culture.
La réussite des chambrées pourrait être sensiblement la môme partout ; mais lorsqu'on viendrait à examiner au microscope les chrysalides et les papillons des deux séries d'éducations, on reconnaîtrait que, dans les localités à grande culture, la proportion des sujets corpusculeux serait in6niment plus forte et qu'en conséquence le nombre des bonnes chambrées pour graine y serait trèsrestreint. Je vais en donner des exemples :
M. Raybaud-Lange a fait grainer, en 1867, dix-sept chambrées à cocons jaunes sans admettre une tolérance de plus de 10 à 12 pour 100 de sujets corpusculeux. Il a distribué quelques-unes de ces dix-sept sortes de graines dans les Hautes et Basses- Alpes et dans le Gard et l'Ardècbe, départements de très-grande culture comparés à ceux des Hautes et Basses-Alpes. J'ai examiné les chrysalides et les papillons d'une foule de chambrées de ces graines, bien réussies, dans ces divers départements. La différence des résultats a été très-accusée. Tandis que, dans les Hautes et Basses-Alpes, à la fin de la campagne, nous rencontrions pour ainsi dire autant que nous voulions des cham-
une mauvaise chance. Je ne saurais comprendre une pareille manière d'agir que dans le cas où l'on se serait trouvé dans l'impossibilité de faire de la graine dans d'autres conditions. Si l'on est réduit à cette extrémité, le résultat de mes recherches démontre qu'il ne faut faire grainer alors que des papillons corpusculeux dont les chrysalides auront offert le plus tard possible des corpuscules. Dans ce cas, on n'a pas à craindre des corpuscules dans les œufs, mais seulement l'affaiblissement de la gétiération dû à l'état maladif des parents.
Un travail fort utile et que je prends la liberté de recommander aux personnes occupées d'observations microscopiques sur les vers à soie, consisterait à examiner jour par jour 5o chrysalides d'un lot de cocons déterminé, puis 5o papillons, puis enfin les œufs après la ponte et vers l'époque de l'éclosion. £n répétant cette étude sur quelques lots corpusculeux, on arriverait à pouvoir dire très-vraisemblablement le nombre d'œufs corpusculeux correspondant à telle proportion pour 100 de chrysalides corpusculeuses, pour tel jour d'examen depuis la montée à la bruyère. Exemple : Je crois pouvoir assurer qu'un lot dont les chrysalides se montrent corpusculeuses dans la proportion de 76 pour 100, le huitième jour après le jour moyen de la montée, donnera des œufs où il y en aura environ 60 à 70 pour 100 qui seront corpusculeux. 11 faut que les chrysalides soient sans corpuscules pendant quatorze à quinze jours depuis le jour de la mise en bruyère pour que tous les œufs soient sans corpuscules, alors même que tous les papillons seraient corpusculeux.
Quand on fait des grainages et des observations microscopiques, il faut toujours commencer par s'enquérir du jour de la mise en bruyère, ou mieux, du jour moyen de la montée, car il y a des personnes qui mettent prématurément la bruyère, et noter cette date en tète de l'observation microscopique correspondante.
NOTES ET DOCUMENTS. «5i
brées bonnes pour graine, ne renfermant pas ou en petit nombre des papillons corpusculeux, dans FArdèche et le Gard, au contraire, on avait les plus grandes peines à découvrir des chambrées exemptes de corpuscules.
Voici d'autres faits du même ordre, relatifs au département des Pyrénées- Orientales comparé au Gard. En 1867, j'avais désigné au Comice agricole du Vigan une graine provenant de papillons privés de corpuscules. Le Comice décida qu'une once de cette graine serait élevée, en vue d'un grainage possible, dans la petite ville de Sauve près de Saint-Hippolyte, dans le Gard. L'éducation réussit très-bien, et les papillons s'étant trouvés presque tous exempts de corpuscules^ on fit grainer la chambrée. En 1868, cette graine a donné de très-bons résultats, toutes les fois que les chambrées n'ont pas été envahies parla maladie des morts-flats. Dans la petite ville de Sauve notamment, sur la éducations, 10 ont réussi. De ce nombre est la chambrée de 2 onces faite à nouveau par les soins du Comice du Vigan, dans le même local c[ue l'an dernier, sous la surveillance de M. le docteur Delettre. Or, les papillons de ces chambrées de Sauve ont été, en 1868, et malgré leur réussite remarquable, impropres à la reproduction. Cette même graine de Sauve, au contraire, élevée dans des localités de petite culture, a fourni des reproducteurs généralement sains.
Par les soins du Ministère de l'Agriculture, quelques onces de cette graine avaient été envoyées à Perpignan où elles ont été distribuées à sept ou huit éducateurs. Non-seulement les chambrées ont eu de très-bonnes récoltes, mais les papillons qu'elles ont produits ont été fréquemment exempts de la maladie des corpuscules.
Le tableau comparatif suivant montre cette différence entre la chambrée du Comice du Vigan, à Sauve, et une chambrée de la même graine à Perpignan. On sait que le département des Pyrénées-Orientales est un département de petite culture. Il ne renferme guère que deux cents éducateurs.
Examen des papillons de la graine de Sauve