‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 56 sur 79 · ÉLEVÉE A PERPIGNAN EN · texte numérisé non relu

ÉLEVÉE A PERPIGNAN EN

(Chambrée de M. Muntoya.)

Cocons blancs.

8 juin. Examen de 7 mâles :

Pas de corpusculeux.

9 juin. Examen de 9 mâles :

Pas de corpusculeux.

10 juin. Examen de 9 mâles:

Pas de corpusculeux.

1 2 femelles : 1 1 sans corpuscules et I avec 200 corpuscules.

Cocons jaunes.

9 juin. Examen de 6 mâles :

Pas de corpusculeux.

10 juin. Examen de 8 mâles:

9 sans corpuscules, i avec 20 corpuscules.

11 juin. Examen de 12 mâles :

8 sans corpuscules, 4 ^^^ corpuscules de 10 à 20 par champ.

12 juin. Examen de 10 mâles :

Pas de corpusculeux.

La différence des résultats est considérable. Elle a été du même ordre pour d'autres chambrées de la même graine faites à Sauve et à Perpignan.

M. le Bfaréchal Vaillant (i) et M. Peligot ont élevé près de Paris, à Vin> cennes et à Sèvres, et à Paris môme, des petites quantités de cette même graine de Sauve. Tous les vers ont fait leurs cocons. M. Peligot a examiné un grand nombre de papillons. Aucun d'eux n'était corpusculeux.

Je ferai observer que pour la chambrée du Comice du Vigan, faite à Sauve, la montée a eu lieu les 29 et 3o mai. Or, le tableau précédent nous fait voir que, déjà le 6 juin, les chrysalides des cocons blancs étaient corpusculeuses dans la proportion de 7 sur 10. D'ailleurs, à en juger d'après le nombre des corpuscules par champ, ce jour-là l'infection ne faisait que commencer. Mais avec quelle rapidité marche le développement des corpuscules! Dès le 10 juin, toutes les chrysalides des cocons blancs étaient malades et dans des proportions énormes.

Les cocons jaunes, au contraire, étaient moins atteints par la maladie. La montée avait eu lieu également les 29 et 3o mai. Or, le 6 juin, aucune des chrysalides n'offre encore des corpuscules, mais, le 10 juin, 6 sur 10 sont malades.

La chambrée de ces vers, particulièrement des jaunes, était admirable au moment de la montée.

Mon avis a été qu'il ne fallait pas faire grainer les papillons,*que les blancs fourniraient une graine très-corpusculeuse qui échouerait complètement, et que les jaunes pourraient donner un produit, mais faible. Le Comice du Vigan, encouragé par le succès de la chambrée, a livré au grainage les 5i \ kilogrammes fournis par Tonce de graine jaune. M. Delettre m'a informé que ce grainage s'est effectué dans les meilleures conditions, que les papillons étaient beaux, vigoureux, et avaient donné beaucoup de graine. Voilà, pour l'an prochain, un sujet d'études plein d'intérêt (2).

§ III. — Cause présumée des différences dans les grainages

DES divers départements.

Il est assez facile, ce me semble, de se rendre compte des différences que je viens de signaler dans les qualités des papillons des grands centres de production et de ceux des localités de petite culture. La pébrine, ou

(1) Voir la lettre du Maréchal du i5 août 186S, p. 90.

(2) L'échec de la (graine du Comice du Vi{;an a été complet, absolu en 1869. Les 2 à 3 kilogrammes de cette graine n'ont pas fourni un seul cocon. {Note ajoutée en 1869 à la rédaction de ce Rapport.')

maladie des corpuscules, est essentiellement une maladie contagieuse. Or, le nombre des corpuscules est si grand dans les mauvaises chambrées au moment des éducations, que j'ai pu écrire, à la date du i*"" mars 1867 (i), à M. Henri Mares, correspondant de l'Institut, que si Ton répandait uniformément dans l'atmosphère, au-dessus du département du Gard, la totalité des corpuscules d'une seule magnanerie que je lui désignais et qu'ils vinssent à tomber sur le sol, chaque mètre carré du département en recevrait un certain nombre. On comprend donc que, dans les pays de grande culture, où l'on élève tant de sortes de graines corpusculeuses, les vents ou les personnes transportent une foule de germes de maladie. Les faits dont j'ai parlé précédemment paraissent bien dus à la cause que je signale ; car, si l'on considère un département de petite culture, et, dans ce département, une ville, un village, où un grand nombre de personnes fassent des éducations, tout de suite on remarque une grande infection dans les chrysalides ou les papillons des chambrées de -cette localité. C'est ce qui est arrivé, cette année, pour la petite ville des Mées, dans les Basses-Alpes. Une multitude de personnes ont élevé des vers à soie, bien plus que ne le comportait la quantité de feuiUes dans la commune. On allait acheter la feuille à 3o et 40 kilomètres. Or, l'examen microscopique des cocons de cette ville, fait par M. Arnoux fils," comparativement à celui des chambrées isolées des environs, a montré que l'infection corpusculaire était bien plus grande dans la ville que dans les campapagnes (2).

(i) Lettre de M. Pasteur à M. Henri Mares. — Montpellier, 1867.

(2) J'ai fait, au sujet de la contagion de la maladie corpusculeuse, des expériences dignes d'intérêt. Elles démontrent que les corpuscules peuvent perdre, avec le temps, la propriété qu'ils ont à un si haut degré de communiquer la maladie à des vers sains.

J'ai essayé d'inoculer à des vers sains la maladie des corpuscules avec des poussières sèches de magnaneries qui avaient une et deux années de date et qui étaient remplies de corpuscules. Il y a eu une mortalité plus ou moins sensible; mais ni les vers morts, ni les papillons provenant des vers survivants n'étaient corpusculeux. C'est vraisemblablement la maladie des morts-flats qui a été cause de la mortalité. Des vibrions se sont développés en grand nombre dans ces vers. A ce moment, mon attention n'avait pas été appelée encore sur le ferment en petits chapelets de grains que je considère comme le signe, sinon comme une cause occasionnelle de la maladie des morts-flats. Je ne l'ai donc pas observé.

Dans d'autres séries d'expériences, il m'a été impossible de provoquer la maladie des corpuscules chez des vers sains auxquels j'avais donné un repas de feuilles salies par une eau dans laquelle j'avais délayé des corpuscules pris dans des papillons secs, conservés à cet état depuis 1866. Un fait m'a frappé dans ces dernières expériences : c'est que non-seulement les papillons ont été exempts de corpuscules, du moins presque tous, mais aucune mortalité sensible n'a suivi l'admi-

La nourriture ni le climat ne paraissent donc pas être la cause occasionnelle du développement des corpuscules dans les vers, les chrysalides et les papillons, mais bien plutôt laccumulation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint (i).

Est-ce donc à dire qu'il y ait impossibilité matérielle à obtenir des cocons propres au grainage dans les départements de grande culture? Non, sans doute : seulement, il y faut plus de soins que partout ailleurs. Il faut n'élever que de très-faibles quantités, i, 2, 3, 4i ^ grammes do graine, que cette graine soit irréprochable, s'éloigner le plus possible des grandes éducations industrielles, ne jamais associer dans le même local des graines connues et choisies à des graines inconnues. Le succès de certains grainages accomplis dans ces conditions, en 1868, par le collège d'Alais, sous la direction de M. Despeyroux, par M. de Lachadenède, président du Comice agricole de cette ville, etc., démontre ce que j'avance. Moi-même, ainsi que je l'ai indiqué depuis longtemps, je me suis toujours préservé, pour ainsi dire à volonté, de la maladie des corpuscules dans les nombreuses expériences que j'ai poursuivies au Pont-Gisquet, près d'Alais. Bien plus, dans tous les cas où j'ai élevé des graines corpusculeuses, j'ai pu en retirer quelques reproducteurs absolument exempts de la maladie régnante.

Il y a un autre moyen do se mettre, dans une certaine mesure, à l'abri de la funeste influence du trop grand nombre d'éducations, lorsque l'on veut instituer des éducations pour graine. Il consiste à élever quelques grammes de graine de très-bonne heure avec des feuilles de mûrier précoces ou qu'on aura fait pousser en serre. M. Henri Mares a insisté avec raison sur cette manière d'agir dans une Communication qu'il a faite récemment à l'Académie des Sciences. Ce moyen offre également le double avantage d'éviter les grandes chaleurs du mois de mai qui affaiblissent les vers et les prédisposent aux maladies, notamment à la maladie des morts-flats, et d'avoir recours à une feuille moins forte et plus digestive.

En résumé, on peut faire partout de bonne graine, mais pour en faire beau-

nistration des matières corpusculeuses. C'est le contraire qui a toujours existé, quand j'ai fait de» essais avec des poussières corpusculeuses fraîches ou même desséchées, mais récentes. Il semblerait donc que les poussières de magnaneries mal nettoyées pourraient donner plutôt la maladie des morts-flats que la maladie des corpuscules, et qu'outre les corpuscules, elles contiennent des matières pouvant être toxiques pour les vers.

(i) Afin de résoudre diverses questions, et, entre autres, celle de l'influence de l'alimentation, mon projet bien arrêté est d'élever à Paris et dans un département de la zone centrale, une graine déterminée avec de la feuille envoyée chaque jour du Midi, et, dans le Midi, la même graine avec de la feuille envoyée de Paris ou du Centre.

coup, pour se livrer à des grainages véritablement industriels, ce qui me paraît souhaitable, si on les fait avec les garanties que la science offre aujourd'hui aux éducateurs, il faut nécessairement aller opérer dans des centres de petite production et imiter ce qu'a fait si heureusement M. Raybaud-Lange dans les Basses-Alpes. Il existe, en France, une foule de localités non moins propices que les Basses-Alpes à ce genre d'industrie. J'en nommerai quelques-unes : les Hautes et Basses-Alpes, les Pyrénées-Orientales, le Var, les Alpes-Maritimes, la partie montagneuse de la Drôme, la partie montagneuse de l'Hérault, au Poujol, l'Aude, le Lot, l'Aveyron , le Cher, etc. Il est à désirer que des propriétaires intelligents, d'une probité rigide, se transportent dans ces départements, qu'ils y distribuent une graine reconnue pure, qu'ils astreignent Ifô petits éducateurs avec lesquels ils feront des marchés à n'élever que la seule sorte de graine remise par eux, et qu'ils recherchent ensuite dans les chambrées résultantes celles qui seront propres au grainage. Us trouveront dans ce commerce honneur et profit. Le Japon n'opère peut-être pas autrement, puisque dans ce pays, paraît-il, une seule province, dit-on, est propre à la confection des graines et fournit la semence au reste du royaume (i).

§ IV. — Du GRAINAGE CELLULAIRE OU PAR COUPLES ISOLÉS POUR FACILrTER, l'ANxNÉE suivante, les grainages INDUSTRIELS.

11 importe de mettre en lumière une autre pratique qui permettrait d'accroître beaucoup le nombre des chambrées bonnes pour graines, dans le cas où l'on voudrait instituer d'importants grainages du genre de ceux dont je viens de parler.

En élevant avec soin des pontes provenant de parents corpusculeux et qui étaient elles-mêmes corpusculeuses, j'ai reconnu que l'on arrive assez facilement à rencontrer parmi les cocons qui en résultent un certain nombre de sujets non corpusculeux et que ce nombre augmente, en quelque sorte, en raison inverse de l'infection des parents ou des graines; enfin, dans les cas où l'on se sert des pontes provenant de parents exempts de corpuscules, on peut se procurer des éducations dont tous les papillons, à peu près sans exception, en sont eux-mêmes privés (2). Conséquemment, il est très-utile de ne mettre en éducations isolées, en vue de graijiages futurs, qu'une graine irréprochable, si l'on veut augmenter le plus possible le nombre des chambrées bonnes pour graines.

(1) Voir dans la deuxième Partie de ce volume, le Rapport de M. Sirand, sor les éducations à Grenoble et dans les environs de cette ville.

(2) Voir les Communications que j'ai faites à l'Académie des Sciences dans sa séance du 3 juin 1867.

M. Raybaud-Lange Ta bien compris et le résultat a répondu à son attente. En 1867, il a fait un grainage cellulaire de quelques onces de graines tout à ÊJt exemptes de la maladie des corpuscules. Or, en 1868, les lots de cocons issus de ces graines se sont trouvés privés de corpuscules dans la proportion de 3 sur 4. Encouragé par ce premier succès, M. Raybaud-Lange n'a pas préparé, en 1868, moins de 70 onces de graines par couples isolés qu'il destine à ses éducations pour graine en 1869.

Confectionner une aussi grande quantité de graines par couples isolés parait être au premier aperçu un travail excessif. Sa réalisation est cependant trèsffecile. Je vais le décrire tel qu'il a été appliqué par M. Raybaud-Lange et par MM. Laugier, maire d'Oraison, et Arnoux, adjoint au maire des Mées, qui, encouragés par les succès de leur voisin, se sont empressés de l'imiter.

Longtemps avant les éducations et les grainages, on se procure une multitude de petits morceaux de toile de 5 à 6 centimètres de largeur sur 10 de hauteur environ, numérotés, et, en outre, des crochets de fil de fer pour les suspendre. Ces crochets peuvent être faits avec des épingles à cheveux que l'on coupe en deux, et que l'on recourbe ensuite convenablement. On a préparé d'autre part une foule de petits cornets de papier également numérotés.

A l'époque des grainages, on choisit un des meilleurs lots pour graine dont les chrysalides et les papillons ont été étudiés préalablement au double point de vue de la maladie des corpuscules et de la mciladie des morts-dais, ainsi que je l'expliquerai dans la suite de ce Rapport. On place les couples, un à un, sur les petites toiles que l'on a suspendues à l'aide des crochets à des ficelles tendues horizontalement dans un appartement assez spacieux. Au bas de chaque morceau de toile est accroché avec une épingle ordinaire recourbée un des cornets de papier portant le même numéro d'ordre que la toile. Au moment du désaccouplement, on place le mâle dans le cornet. La femelle reste sur la toile, oii elle pond ses œufs. Le surlendemain on renferme dans le cornet à côté du mâle. Tous les cornets sont conservés soigneusement à l'abri de l'humidité, et, plus tard, à loisir, on examine les sujets des divers couples. On rejette les toiles qui correspondent à un ou à deux sujets corpusculeux et on réunit par lavage les graines de toutes les autres. On a de cette façon de la graine absolument privée do corpuscules et qui offre beaucoup plus de chances de se conserver pure et de fournir des reproducteurs sains.

L'observation des papillons au microscope, à temps perdu, plus ou moins longtemps après la mort dos papillons, offre une garantie particulière pour la qualité de la graine. Les corpuscules, en effet, se multiplient tant que vit le papillon, et tel individu qui, au moment où il sort du cocon, n'aurait encore que quelques corpuscules pouvant échapper à l'observation en montrera considérablement après sa mort. Du moins, M. Raybaud-Lange croit avoir observé que la proportion pour 100 des papillons corpusculeux est plus grande quand on la détermine sur les papillons morts naturellement.

Le mode de grainage que je viens de décrire est si facile à appfiqoer qw, de leur côté, M. Laugier, maire d'Oraison, et M. Amoux, des Mées^ ont l&t grainer ainsi 4 à 5ooo couples représentant 4o ou 5o onces de graine.

M. Amoux a modifié le travail en plaçant les couples ao mocueiit de la sortie des papillons dans un châssis à cellules de carton, couvert d^an treiDis en toile métallique, afin d'empêcher le voyage des mâles. An moamt du désaccouplement, les femelles sont placées sur les toiles. Les femefles restât volontiers à la place où on les met, on peut rapprocher les toiles sans inconvénient, les suspendre même aux ficelles à l'aide d*un crochet unique et diminuer ainsi beaucoup l'espace nécessaire pour le grainage. Cest on peifectioDnement réel ( i ) .

M. Vilallongue, président de la Société d'Agriculture des Pvrénées-Orientaies et M. de Lachadenède, président du Comice agricole d'Alais, ont &it également, cette année, des grainages par couples isolés, d'une assez graâde importance.

On lira avec intérêt parmi les documents annexés à ce Rapport nn trafail de M. Ducrot, répétiteur à l'Ëcole impériale d'Agriculture de la Saolsaie (Ain), dans lequel l'auteur démontre qu'il est parvenu à régénérer et qu'il conserve saine une race à cocons jaunes fort estimée, après avoir procédé par grainage cellulaire et sélection microscopique (2).

Je parlais tout à l'heure de la difficulté des grainages dans les centres de grande production. Par le grainage sur toiles isolées, cette difficulté se trouTe écartée à beaucoup d'égards. Le nombre des couples que l'on devra rejeter pourra être, il est vrai, assez considérable, mais ce qui importe principale* ment, c'est le moyen assuré de faire de la graine exempte de pâi>rine. Le grainage pratiqué suivant les indications qui précèdent ofifre ce moyoï. Par exemple, toutes les graines distribuées cette année> par M. Raybaud-Lange, auraient pu se prêter, même dans les localités de grande culture, à un grainage cellulaire fructueux.

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