DANS LES DÉPARTEMENTS LES PLUS FAVORABLES AUX ÉDUCATIONS
Ce n'est pas assez de prouver le succès des graines des chambrées, choisies au microscope, dans les départements où la maladie des morts- flats n a pas été très-intense et l'absence radicale de tout échec par la maladie corpusculaire. On pourrait penser, en effet, que, dans ces départements, la réussite des éducations a peut-être été générale et que les graines, choisies au microscope, n'ont fait qu'éprouver le sort commun. Je sais que c'est l'insinuation de quelques personnes. Ai-je besoin de dire que le nombre des échecs par la maladie des corpuscules en 1868 dans les Hautes et Basses-Alpes, dans le Var, dans
l'Hérault, , par toute la France enfin, a été considérable , immense. La
pébrine est toujours la grande maladie régnante , sans que je veuille préjuger ici la question des liens cachés qu'elle peut offrir avec la maladie des mortsflats. Mais je m'empresse de sortir des généralités et de citer les faits les plus positifs et les plus probants.
Consulté, au mois d'avril dernier, par M. le maire de Callas, arrondissement de Draguignan (Var), sur la qualité de deux graines qui avaient été faites, en 1867, en suivant les anciennes pratiques, je répondis par la lettre suivante qui a été insérée, sur ma demande, dans le journal le For du 3o avril dernier :
A Monsieur le Maire de Callas^ arrondissement de Draguignan (Far).
Alais, le 2.\ avril 18G8.
Monsieur le Maire,
Je m'empresse de répondre à votre lettre du 20 avril courant. Vous m'écrivez que, sous l'impression des faits consignés dans ma lettre du i5 avril à M. Dumas, lettre insérée au Moniteur du 18, vous désirez que
j'examine deux sortes de graines, provenant de chambrées bien réussies, qui vont être élevées dans votre localité, où elles composeront à peu près exclusivement les éducations de cette année.
Ces deux graines forment un total de aSo onces.
J'ai l'honneur de vous informer que, suivant mon appréciation, ces deux graines échoueront complètement, quelles que soient l'habileté des éducateurs et l'importance des chambrées. J'ajoute, et c'est sur ce point que j'appelle tout particulièrement votre attention, que, l'an dernier, au moment de procéder aux grainages,' il n'aurait pas fallu plus de cinq à dix minutes d'un examen microscopique très-facile pour reconnaître que les cocons, excellents pour la filature, étaient tout à fait impropres à la reproduction, et que la graine des papillons qui en sortirait porterait la désolation dans votre commune, en 1868. Jugez, d'ailleurs, combien ces exemples pourraient être multipliés! La veille du jour où j'ai reçu votre lettre, je répondais exactement dans les termes qui précèdent, au sujet d'une graine provenant également, m'a-t-on dit, de votre arrondissement, et dont les cocons qui avaient servi à la préparer ont été vendus 3o et 40 francs le kilogramme, tant la réussite de la chambrée inspirait de confiance. De même que vos graines n** 1 et n* 2, cette troisième sorte ne donnera pas de cocons en chambrées industrielles.
Il est bien entendu. Monsieur le Maire, que si, par impossible, les éducateurs de votre localité se décident, sur ma parole, à jeter au feu les graines dont nous parlons, il y aura lieu d'en élever de petites quantités, a6n de mettre mon jugement à l'épreuve des faits.
Dans l'intérêt des éducateurs de votre commune, comme dans celui plus général de la sériciculture dans votre département, je vous serais obligé, Monsieur le Maire, de vouloir bien demander l'insertion de celte lettre dans un des journaux du Var, le plus tôt possible.
Veuillez agréer, etc