DANS UN VER TRES CORPUSCULEUX
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redoutable que si elleeüt eu ce caractère. Elle se propageait, d'année en année, dans une mème magnanerie, par les spores du parasite, lesquelles portées par les vents où par les objets qui en étaient recouverts, allaient, en outre, semer au loin la contagion dans les éducations du voisinage.
En 1849, M. Guérin-Méneville, chargé depuis quelques années, par le Ministère de l'Agriculture, d’études séricicoles, publia l’ensemble de ses observations sur la maladie dont il s’agit. Je vais résumer son travail en empruntant les termes mèmes de l’auteur. Ce n’est pas que les conséquences des observations de ce naturaliste, touchant la muscardine et les autres maladies du ver à soie, offrent aujourd'hui le moindre intérêt : elles ne méritent d’être citées que parce qu'elles ont fait mention, pour la première fois, de la présence chez le ver à soie, des corpuscules dont j'ai à tracer l’histoire.
« Je suis arrivé, dit M. Guérin-Méneville en 1949, à mieux fixer nos connaissances sur la nature de la plus terrible des maladies qui atteignent nos vers à soie, de cette désastreuse museardine, véritable fléau des magnaneries, qui fait perdre annuellement plus de 30 millions à notre agriculture.
» .... Cette année, mes recherches sur les vers à soie, en santé et en maladie, n'ont conduit à l’observation de faits extrèmement curieux, sous les points de vue scientifique et agricole. Je crois avoir assisté à la transformation de la matière vivante élémentaire animale en un végétal; car j'ai vu certains corpuscules, formant la portion vivante et interne des globules du sang des vers à soie, devenir les racines du Botrytis bassiana, de ce végétal inférieur qui constitue la maladie connue sous le nom de muscardine (1).
» Etudié à l’aide du microscope et immédiatement après sa
sortie du corps, le sang des vers à soie en bonne santé se compose
(1) Études sur les maladies des vers à soie : observations sur la composition intime du sang sur les insectes et surtout sur les vers à soie en santé et en maladie, et sur la transformation des éléments vivants des globules de ce sang en rudiments du végétal qui constitue la muscardine, par M. GrériN-MÉNEVILLE (Mémoires de la Société d’ Agriculture de France, 2° série, t. V, 1849).
d’un liquide albumineux, transparent, et incolore si les vers doivent donner de la soie blanche, ou d’un beau jaune doré s'ils doivent donner de la soïe jaune, dans lequel il y à une innombrable quantité de globules presque sphériques, un peu inégaux, mais dont les plus gros dépassent à peine, dans leur plus grand diamètre, 1 centième de millimètre.
» Ces globules, qui semblent doués d’une vie individuelle, se développent et se produisent continuellement pendant la vie de l'animal.
» .... Voilà ce que de nombreuses saignées, pratiquées à des vers à soie et à diverses autres espèces d'insectes dans l’état physiologique, m'ont constamment montré. Mais, dans l’état pathologique, les choses se passent autrement.
» Lorsqu'on tire du sang à des vers à soie affaiblis par diverses maladies autres que la muscardine {arpians, lucettes, mous, flats, gras, passis, ete.), on voit que le nombre des globules de ee sang est d'autant plus diminué que le ver est plus près de mourir. Alors lalbumine est remplie d’une grande quantité de petits corpuscules animés, d'autant plus considérable que le nombre des globules normaux est plus restreint.
» Ces corpuscules animés sont tous identiquement de la même grosseur (-— de millimètre), ovalaires et réniformes, en tout semblables à ceux que l’on voit par transparence dans les globules encore intacts, et ils n’oflrent aucune apparence de cils vibratiles ni d’autres organes extérieurs de locomotion. Is sont doués d’un mouvement très-vif et qui semble volontaire, car il y en a qui s'arrêtent, qui reprennent leur mouvement, et quand ils viennent à en toucher d’autres, ils s’éloignent en tournoyant et en se présentant, soit de côté, avec leur forme ovale, soit par un bout, ee qui les fait paraitre ronds. Il est évident que les mouvements dont ces corpuscules sont doués diflèrent totalement du mouvement brownien, que j'ai observé avec grand soin, et comparativement, dans plusieurs substances végétales et minérales en dissolution. Cette matière, probablement vivante, qui donne la vie aux globules du sang, ces corpuscules élémentaires sont évidemment les mêmes que ceux qu'on aperçoit à travers la membrane transpa-
rente des globules normaux, car j'ai eu occasion de les en voir sortir... Il me parait encore évident que ces granules sont les éléments de nouveaux globules sanguins, quand ils sont produits et lancés dans le sang d’un ver en bonne santé, mais qu’ils manquent de quelques conditions essentielles quand l'animal dans lequel ils se forment se trouve dans un état pathologique, ce qui les arrête dans leur développement... Je proposerai de les désigner sous le nom d’hématozoïdes.
» J'ai observé les hématozoïdes dans le sang de divers insectes à l’état de larve et à l’état parfait : il suffisait de les laisser souffrir quelque temps de Ja faim pour provoquer l’apparition de ces corpuscules animés.
» Chez les vers à soie qui doivent mourir de la muscardine, soit qu'ils aient reçu naturellement les germes du mal dans Patelier infecté, soit qu'on les ait infectés artificiellement, en déposant sur leur corps, avec la fine pointe d’une épingle, quelques sporules du botrytis muscardinique, les phénomènes ont lieu tout autrement.
» Longtemps avant la mort du ver à soie, mais sans que son état maladif soit indiqué par des signes extérieurs, on trouve dans son sang quelques hématozoïdes, qui deviennent d'heure en heure plus nombreux, et auxquels se mêlent des petits corps naviculaires, d’abord très-courts, et que nous verrons bientôt devenir les thallus ou racines du botrytis muscardinique.
» C’est à cette période de la maladie qu'il m'a été permis de voir, et cela plusieurs fois, car je n’en voulais d’abord pas croire mes yeux, le moment où plusieurs des corpuscules animés se transforment en végétaux.
» Il semblerait, d’après cette curieuse observation, que, dans les cas de muscardine, les petits corpuscules animés peuvent croître, conserverencore quelque temps leurs mouvements, en s’allongeant jusqu’à ce qu'ils soient convertis en thallus. Ils roulent sur euxmêmes, changent de direction sur place, se rapprochent ou s’éloignent entre eux, comme le font les animalcules spermatiques.
» Quant aux globules normaux qui restent en repos, ils montrent, dans leur intérieur, des corpuscules complétement semblables à ceux qui se trouvent libres. Je ne doute pas qu'ils ne soients prèts à sortir.
» Ainsi, si ce fait se confirme, on pourrait admettre que ces corpuscules animés sont des globules élémentaires doués de vie, qui abandonnent les globules du sang pour les reproduire. Dans l’état pathologique du ver, ils meurent et se décomposent dans certains cas, ce qui constitue les maladies qui amènent la liquéfaction des vers (arpians, lucettes, mous, etc.), où se métamorphosent en rudiments végétaux, dont le développement amène la pénétration de filaments dans tous les organes, ce qui produit le durcissement, l’absorption des liquides, et tous les phénomènes de la muscardine. Dans ce cas, il s'ajoute à ce travail une combinaison chimique; des cristaux cubiques, surmontés, sur deux faces parallèles, de pyramides quadrangulaires équilatérales, se montrent, et ils doivent concourir à la solidification des tissus.
» Si on laisse une goutte de ce sang, infecté de muscardine et plein de rudiments de thallus, sur le porte-objet du microscope, et qu'on l’expose à l'humidité, on voit ces rudiments végéter, s’allonger, se ramifier et s’entre-croiser à l’infini, puis donner des tigellules dressées et ramifiées qui ne tardent pas à produire des sporules du botrytis muscardinique. »
De toutes ces observations de M. Guérin-Méneville, il n’est rien resté dans la science que le fait de l'existence, chez certains vers à soie malades, de corpuscules que l’on ne rencontre pas constamment dans ces insectes. Sur le point principal développé par l’auteur, d’une relation entre les corpuscules et le parasite de la muscardine, l'erreur est si grande que jamais cette dernière maladie n’a moins sévi, dans les éducations de vers à soie, que depuis l'extension énorme qu'a prise la maladie spéciale que caractérise la présence des petits corps dont il s’agit.
Au mois de novembre 1850, une année après la publication du Mémoire de M. Guérin-Méneville, M. Filippi, professeur de zoologie à l'Université de Turin, publia des remarques critiques au sujet de ce travail (1). « Les naturalistes, dit-il, ont vu dans le
(1) Quelques observations anatomico-physiologiques sur les insectes en général, et en particulier sur le ver à soie, par le D' pe Fuapri (Annales de l’Académie d'Agriculture de Turin, t. V, novembre 1850).
corps des vers à soie et des insectes en général les corpuscules dont parle M. Guérin-Méneville, mais il n’est venu à la pensée d'aucun d’entre eux d'attribuer à ces petits corps le rôle qu'il leur assigne (1). » Voici quelques extraits du Mémoire de M. Filippi.
« Un phénomène très-singulier que le microscope révèle dans l'organisme des insectes est la production dans leurs tissus, et en présence de circonstances données, d’une multitude infinie de petits corpuscules qui se meuvent au contact de l’eau, de sorte qu'au premier abord on croirait que ce sont de vrais animaux. Quiconque a observé, même à un faible grossissement, le liquide trouble et rougeätre qui se ramasse dans le grand coœcum du bombyx du mürier, du sphynx du laurier-rose, et, en général, de tous les papillons, aura déjà eu sous les yeux un de ces cas, et aura peut-être adopté un instant l’idée, qui-se présente comme la plus simple, d’une multitude incroyable d’infusoires nageant dans ce liquide.
» Les naturalistes n’ont pas cru ce phénomène digne d’un intérêt spécial... Cependant il a récemment acquis plus d’importance en servant de base à une théorie sur la formation de la muscardine chez le ver à soie.
» M. Guérin-Méneville, qui en est l’auteur, a observé de ces corpuscules, en apparence doués de mouvement, dans le sang du ver à soie, et il n’hésite pas à les reconnaitre pour de vrais animalcules, qu'il a appelés hématozoïdes. IL serait parvenu de plus à découvrir que : 1° ces êtres non-seulement se trouvent dans Île sang, mais se produisent réellement dans l’intérieur de ses globules:; 2° leur présence n’est pas seulement en étroite relation
avec quelques maladies des vers, et principalement avec la mus-
(x) Cette première phrase du travail italien laisse supposer que les naturalistes, longtemps avant le Mémoire de M. Guérin-Méneville, connaissaient, pour la plupart, les petits corps auxquels ce savant a rapporté, par erreur, la première origine du botrytis de Ia muscardine; mais M. Filippi n'indique pas les motifs de cette opinion, et, en ce qui me concerne, je les ignore. M. Guérin me semble donc devoir être considéré, jusqu’à preuve du contraire, comme ayant, le premier, figuré et décrit les corpuscules dont nous parlons.
cardine, mais chacun de ces animacules se convertit peu à peu en thallus du botrytis.
» Quant au mouvement de ces petits corps, c’est-à tort que M. Guérin-Méneville voudrait y trouver une différence avec celui qu'on appelle moléculaire, ou brownien, et que présentent quelques substances végétales et minérales, différence hypothétique qui l'amène en outre à attribuer à ces corpuscules la nature des êtres animés et la volonté. Le mouvement brownien ne se présente pas toujours sous des apparences identiques, et M. Guérin pourra facilement observer quelle parfaite ressemblance il y a, par exemple, entre -le mouvement de ses hématozoïdes, et celui que présentent, en bien-des cas, les granules de pigment sortis de leurs cellules:(1).» |
Rien de :mieux, fondé que les critiques de M. Filippi. Son travail renferme d’autres -observations, non moins exactes, mais qui se trouvenL'associées à une erreur qu'il importe extrèémement de relever.
« Ces :prétendus ‘hématozoïdes, dit M. Filippi, ne se rencontrent pas exclusivement dans. le sang, il y en a au contraire beaucoup plus dans les tissus de la larve et du papillon : seulement, c’est un produit morbide chez la larve, ef un produit normal et constant chez le papillon.»
«€ En disséquant un ver malade de jaunisse, iknr'est arrivé une fois de remarquer. sur-ses glandes soyeuses quelques taches épaisses, d’une substance blanche, qui, enlevée et portée sous le microscope, s'est montrée entièrement formée de corpuscules ovales transparents, doués de mouvement. Depuis lors, j'ai pu répéter la mème observation toutes les fois que je découvrais les mêmes taches blanches opaques sur les tissus des vers malades. »
Ces faits sont très-exacts, excepté toutefois celui qui concerne
(1) M. Filippi a raison. Les corpuscules dont il s’agit n’ont d'autre mouvement sensible que le mouvement brownien, et il est regrettable que, postérieurement à M. Filippi, on se soit servi, pour les désigner, des noms de corpuscules vibrants où oscillants. Ces épithètes correspondent à l'erreur de M. Guérin-Méneville, d’un mouvement propre chez ces petits corps, et doivent être abandonnées.
P, Lackerbauer ad. nat. del. Picart se
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