‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 32 sur 97 · S I. — OPINIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

S I. — OPINIONS DIVERSES

La pébrine peut-elle se communiquer des vers malades aux vers sains, soit au contact, soit à distance ? On a fait, à ce suJet, beaucoup d’hypothèses et très-peu d'expériences (1). Les uns considèrent la contagion comme certaine. Un plus grand nombre la met en doute ou la nie. D’autres enfin pensent qu'elle est seulement accidentelle. Des faits contradictoires, inexplicables en apparence, ont été produits contre ces diverses opinions. Par exemple, des vers qui devaient être sains ont été mêlés sciemment, où par mégarde, avec des vers malades et tous les vers ont péri : la maladie est donc contagieuse, disaient ceux-ci; ceux-là répondaient aussitôt par des faits diamétralement opposés et soutenaient, dès lors, que la contagion n'existe pas, et encore moins l’infection, c’est-à-dire la contagion à distance. Mais tous croyaient, avec M. de Quatrefages, à l’existence d’un milieu délétère, rendu épidémique par quelque influence occulte, mystérieuse, à laquelle on attribuait la cause de la maladie régnante.

Je me souviens qu'au mois de décembre 1863, dans une des

(1) Un excellent observateur, le D'Osimo, est à ma connaissance le seul auteur qui ait tenté des expériences directes pour démontrer la contagion de la pébrine. M. Osimo était si bien persuadé que la maladie était contagieuse qu’il lui donna le nom d’atrophie contagieuse, dénomination qui avait été proposée par M. Gera, de Conegliano. M. Gera est l’auteur qui, le premier, décrivit la maladie en Italie. (Poir sur ce dernier point le Rapport séricicole de M. Cornalia pour l’année 1856; Milan, 1857.)

LA PEBRINE. 107

premières séances de la Commission impériale de sériciculture, M. le marquis de Ginestous raconta qu'un Jour son fermier avait mélangé par erreur deux graines, l’une à cocons blancs, l’autre à cocons jaunes, que la presque totalité des vers à cocons blancs périrent, tandis que la récolte en cocons jaunes fut, au contraire, très-satisfaisante. M. de Ginestous, ainsi que les autres membres de la Commission opposés à la contagion, concluaient que, des deux graines, l'une était malade, l’autre saine, et que la graine malade n’avait pas communiqué le mal à la graine saine : qu’en conséquence la maladie n’était pas contagieuse.

M. de Quatrefages croyait peu à la contagion de la pébrine, du moins à sa contagion directe. « Le mal actuel, dit-il, peut devenir contagieux par suite de la présence d’une maladie possédant ce caractère, mais il ne l’est pas habituellement. » Pour bien saisir cette conclusion de M. de Quatrefages, il faut se rappeler que ce savant naturaliste admettait « qu'à la pébrine viennent à peu près constamment s’ajouter d’autres maladies ». « Quelquesunes des maladies des vers à soie, poursuit M. de Quatrefages, sont regardées comme contagieuses. Pour s'être entées sur la pébrine, elles ne perdent pas la faculté de se communiquer par le contact, et, dans ce cas, le mal devient contagieux, tandis qu’il ne l’est pas lorsque la complication dépend de maladies non contagieuses, par exemple de l’atrophie ou de lapoplexie. » Par cette théorie M. de Quatrefages expliquait la possibilité des faits contradictoires auxquels je faisais allusion tout à l’heure.

Relativement au caractère infectieux de la pébrine, M: de Quatrefages partageait une opinion toute semblable à la précédente. « Le mal actuel, dit-il, n’est presque jamais infectant, mais il peut le devenir par suite de la présence d’une maladie possédant ce caractère (1). »

La Commission d'Agriculture de la Société d'encouragement de Milan, lune des Sociétés savantes qui ont donné le plus d’at-

(1) De QUuaTREFAGES, Études sur les maladies actuelles du ver à soie; p. 83 et suivantes ; librairie V. Masson, 1859.

tention à la maladie et aux efforts qu'on a faits pour la combattre, a conclu, dans son Rapport de 1858, à la non-contagion de la gattine. Voici, entre autres, une de ses observations qui est du mème ordre que celle que j'empruntais tout à l’heure à M. de Ginestous : « Un ver de race Toscane, parfaitement sain, tomba accidentellement à la fin de la première mue parmi des vers trèsmalades; or, dans ce milieu infecté, il resta toujours sain et fit un cocon parfait (1). »

M. Guérin-Méneville, qui a toujours combattu lidée de la contagion, a rappelé ce dernier fait dans une de ses Communications de cette année, et il s’en autorise pour soutenir de nouveau son opinion. «€ Si la contagion existait, dit encore cet auteur, comment pourrait-on faire des essais précoces et constater des réussites parmi les nombreuses éducations expérimentales accumulées dans les ateliers (2)? »

Dans le même écrit, M. Guérin-Méneville se plait à opposer aux publications actuelles de MM. Cornalia et Haberlardt, qui se sont rangés à ma manière de voir sur tous les points essentiels de l’étude de la maladie, les opinions professées autrefois par ces maîtres en sériciculture, et il invite tous les éducateurs à « demeurer dans la plus grande perplexité ». J'aime à penser que ce conseil ne sera pas suivi et que les sériciculteurs verront, au contraire, dans la similitude parfaite des résultats obtenus par les personnes qui ont donné le plus de temps aux questions scientifiques et pratiques que Île fléau actuel a soulevées, la garantie précieuse de la vérité.

Mes expériences ne laissent aucun doute sur le caractére contagieux et infectieux de la pébrine. Elles nous donneront, je l'espère, la clef de toutes les dificultés de la question et nous permettront, en outre, de prévoir plusieurs conséquences d’un grand intérêt pratique.

(1) Atté della Società d'incorragiamento d'arti et mestieri (Relazione della Commissione per gli studi sulla malattia dei bachi); Milano, 1858.

(2) GuériN-MÉXEVILLE, Moniteur des soies de Lyon, numéro du 10 avril 1869,

P Lackerbauer ad. nat. del, Picart sc

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