‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 4 sur 97 · IMPORTANCE DE LA SÉRICICULTURE EN FRANCE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA SÉRICICULTURE EN FRANCE

Un habile et savant éducateur s’exprimait ainsi en 186», dans un travail couronné par l’Académie du Gard : « Le voya-

geur qui aurait parcouru, il y à une quinzaine d'années, les montagnes des Cévennes, et qui reviendrait actuellement sur ses pas,

serait étonné et vivement affecté des changements de toute na-

ture qui se sont opérés en si peu de temps dans cette contrée. » Jadis, il voyait, sur le penchant des collines, des hommes agiles et robustes briser le roc, établir avec ses débris des murs

solidement construits, destinés à supporter une terre fertile, mais

péniblement préparée, et élever ainsi, jusques au sommet des monts, des gradins échelonnés plantés en müriers. Ces hommes, I. I

malgré les fatigues d’un rude travail, étaient alors contents et heureux, parce que l’aisance régnait à leur foyer domestique.

» Aujourd'hui les plantations de müriers sont entièrement délaissées; l'arbre d’or n'enrichit plus le pays, et ces visages, autrefois radieux, sont maintenant mornes et tristes : là où régnait l'abondance ont succédé la gène et le malaise (1). »

Ce tableau est plutôt affaibli qu'exagéré. Le temps n’a fait que l’assombrir, et la misère est la mème dans tous nos départements séricicoles.

Jetons un rapide coup d'œil sur l’importance de la sériciculture dans notre pays.

La culture du müûrier et l’élève du ver à soie commencèrent aux x11° et xiv° siècles dans la Provence, le comtat d'Avignon et le Languedoc.

Les rois de France, notamment Henri IV et Louis XIV, si bien secondés par Olivier de Serres et par Colbert, encouragèrent puissamment cette industrie ; mais c’est seulement dans notre siècle qu’elle a réalisé de grands progrès. On peut évaluer à 100000 kilogrammes seulement la récolte des cocons au temps de Louis XIV.

En 1788, la France produisait déjà annuellement 6 000 000 de kilogrammes.

« La révolution arrèta d’abord cet élan. Les arts de luxe furent proscrits; les soies tombèrent à un vil prix. La culture des muüriers fut abandonnée dans un grand nombre de localités ; on cessa d’en planter de nouveaux... Mais, dès qu’à la voix du premier Consul et sous la protection de sa puissante volonté, la sérénité put renaître, on se remit à l’œuvre de toutes parts... En 1808, Chaptal porte à à ou 6000 000 de kilogrammes le poids de la récolte des cocons, que les malheurs de Ia révolution avaient réduite à 3 000 000 environ; l'invention du métier à la Jacquard donna une nouvelle impulsion à la fabrication, et quand la paix survint,

(1) La maladie des vers à soie: conseils aux éducateurs, par M. Jeanjean, secrétaire du Comice agricole du Vigan, directeur de l’Établissement d’éducations précoces de Saint-Hippolyte (Gard); Montpellier, 1862.

INTRODUCTION. n

en 181, quand tous les pays de l'Europe se retrouvèrent en présence pour ne plus lutter, cette fois, que d'intelligence, d'activité et d'industrie, la progression fut rapide partout (1). »

Voici des chiffres officiels qui permettront de juger des progrès de l’industrie séricicole dans ce siècle ; ils sont relatifs à Ja quantité de cocons produite annuellement en France:

MORT TRAIT OS Or nue 10 000 000 de kilogrammes, Dette chere 14 000 000 »

DOPRC AAA se sen cn 17 000 000 ) DPI IS NA en 21 000 000 »

HOLD SET ea 26 000 000 »

Le prix moyen du kilogramme de cocons, en 1853, a été de 5 francs environ. La culture du mürier a donc produit, dans cette année, un revenu de 130 000 000 de francs. M. Dumas, dans son Rapport au Sénat, évalue à 1 100 000 000 de francs la production de la soie dans le monde connu. La France entre done dans ce chiffre pour plus d’un dixième (2).

Si la progression que nous venons de signaler dans la première moitié de ce siècle eût continué, et tout y aidait sous un règne qui a su donner un si grand essor aux diverses branches de l’industrie nationale, on pourrait évaluer aujourd’hui la production annuelle de la soie en France à plus de 50 000 000 de kilogrammes et son revenu à 300 000 000 de francs; car le prix de 6 francs le kilogramme ne serait pas trop élevé en présence du renchérissement de toutes choses, alors même qu’on jouirait d’abondantes récoltes. Malheureusement, c’est au moment où se multipliaient les plantations de mürier, alimentées par des pépinières chaque jour plus nombreuses, que toute cette prospérité a disparu devant un terrible fléau.

(1) ComTE DE Gasparin, Essai sur l’histoire de l'introduction du ver à soie en Europe, p. 111; Paris, 1841.

Le chiffre de 3 000 000 de kilogrammes environ, pendant la révolution, est emprunté à un article de M. de Quatrefages dans la Revue des Deux Mondes, du 1 mars 1860.

(2) Rapport de M. Dumas au Sénat, 9 juin 1865. Por t. IL, p. 3.

Après la récolte de 1853, la plus abondante du siècle, la production s’est abaissée,

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ce qui causa une perte de 100 000 000 de francs pour la seule

année 1809 (1).

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