‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 50 sur 97 · POUSSIÈRES EN SUSPENSION DANS L'ATMOSPHERE · texte numérisé non relu

POUSSIÈRES EN SUSPENSION DANS L'ATMOSPHERE

recueilhes dans le Gard.

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Cette dernière circonstance doit être attribuée à ce que ma magnanerie était tenue avec des soins de propreté particuliers; pour ne pas soulever la poussière, on ne balayait jamais, elle était enlevée au moyen d’une éponge humide passée sur le sol; d’autre part, les délitages ne se faisaient pas dans la magnanerie même, ou, quand ils y étaient pratiqués, le panier d’où l’on venait d’enlever un à un tous les vers était immédiatement transporté dehors, lavé, et sa litière jetée au ruisseau. Mais, qu’on le remarque bien, toutes ces précautions auraient été impuissantes contre l'introduction des germes que l'air aurait apportés soit directement, soit par l'intermédiaire de la nourriture.

Comment donc, dira-t-on, est-il si difiicile aujourd’hui de rencontrer, dans les départements de grande culture, des éducations dont les papillons soient exempts de corpuscules ? Pour répondre à cette question, Je ne saurais trop insister sur l’infection qui provient d’un voisinage immédiat, toutes les fois qu'on ne prend pas des soins de propreté exagérés, soins qui sont d’ailleurs incompatibles avec les exigences des grandes éducations.

L’infection à grande distance n’est pas douteuse. Quelques soins que vous preniez, si vous élevez dans un département de grande culture des vers très-sains, ils vous donneront presque inévitablement quelques papillons corpusculeux; et la preuve qu’ils se sont infectés par le fait des éducations de la localité, alors même que vous seriez à une assez grande distance de celles-ci, c’est que si vous élevez la mème graine à 10, 20, 50, 100 lieues de là, dans un département de très-petite culture, vous ne rencontrerez plus trace de sujets infectés.

Mais la source d'infection dans tous les départements de grande culture consiste principalement, depuis que règne le fléau, dans l'association de toutes sortes de graines, les unes saines, les autres malades, élevées par les mêmes personnes, dans la même magnanerie, où dans des magnaneries contiguës. Voilà le genre de contagion contre lequel il faut se prémunir. Voulez-vous maintenir sains des vers originairement sains, en vue de la confection de la graine? élevez-les vous-même , ou faites-les élever par une personne à laquelle vous aurez fait la défense expresse d’en élever

d’autres de qualités inconnues. Inquiétez-vous à un moindre degré de la distance plus ou moins grande des magnaneries infectées du voisinage. Mes expériences démontrent qu’on peut réduire en quelque sorte à volonté le nombre de ces individus malades par infection, alors mème qu’on est entouré d’éducations pébrinées placées à une petite distance, ne füt-ce que de quelques mètres. Les poussières que les vents peuvent déposer sur vos feuilles sont moins à craindre que vous ne le pensez; c’est à ce qui se passe chez vous qu'il faut surtout veiller. En un mot, redoutez principalement les poussières qui sont dans votre propre éducation. Songez que les vers corpusculeux ne meurent que trèsdifcilement, puisque, si un ver devient corpusculeux dès la première mue, le plus souvent vous le retrouvez encore vivant à la fin de la quatrième. Combien pendant tout ce temps n’a-l pas dû contagionner de vers sains! Quelque précaution que vous ayez prise dans la confection de votre graine, ayez sans cesse les yeux ouverts sur vos chambrées, dans le cas surtout où vous tiendrez à conserver sains des vers originairement sains, sollicitude tout à fait indispensable dans les éducations pour graines. Dès que vous voyez un ver suspect, ou seulement plus petit que les autres, éloignez-le sans retard, car il est peut-être malade. Quelle différence considérable n’y a-t-il pas entre la mauvaise influence qu’un seul ver corpusculeux peut apporter dans votre éducation et celle que peuvent occasionner les poussières du dehors venues d’une grande distance. |

Le récit des circonstances suivantes donnera à ces conseils une sanction pratique décisive. Dans le département du Cantal, on compte tout au plus cinq ou six personnes qui élèvent des vers à soie en très-petites éducations. M. Duclaux, originaire de ce département, a eu l’occasion d'étudier dans ces dernières années les papillons de ces petites éducations, ordinairement livrées au grainage et qui appartiennent toutes à la belle ancienne race blanche, dite de Sina. Ses observations ont porté notamment sur les papillons des éducations de M. Breux, avocat à Aurillac. Or, jusqu'en 1869, M. Duclaux n’a pas rencontré un seul sujet corpusculeux. Dans le courant de la même année, M. Breux, désirant

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vivement joindre à sa race blanche la race jaune, préférée pour sa vigueur, au moins dans certaines localités de la France, fit venir de Montauban de la graine de cette dernière race, et il se disposait à l’élever, conjointement avec sa propre graine blanche, lorsqu'il fut averti que cette graine jaune était malade, et qu’en l’associant à sa belle et forte race blanche il perdrait celle-ci. M. Breux s’empressa dès lors de jeter cette graine jaune.

Au mois de juillet 1869, ayant eu besoin de me procurer une assez grande quantité de graine faite par mon procédé de grainage, je priai M. Duclaux d'examiner les papillons de l’éducation de M. Breux et de m’en envoyer la graine s’il y avait lieu. M. Duclaux me répondit, non sans manifester une grande surprise, que les papillons de M. Breux renfermaient, cette année, 99 pour 100 de sujets corpusculeux. Cette circonstance me parut d'autant plus extraordinaire, que nous avions élevé à Alais, dans ce centre qui passe pour si infecté, une petite quantité de la graine blanche de M. Breux, et que les papillons de nos petites éducations s'étaient montrés sains à {0 pour 100 au moins, et quelquefois à 100 pour 100.

Comment se rendre compte de cette apparition, en quelque sorte spontanée, des corpuscules dans un département qui n’en avait pas montré depuis 1866? Je viens de recevoir de M. Duclaux l'explication complète de ce fait anormal.

Parmi les cocons blancs obtenus par M. Breux, on en a trouvé deux ayant la couleur jaune et tous les caractères de ceux de la graine jaune que M. Breux avait fait venir de Montauban. En d’autres termes, à l'insu de M. Breux, il s'était mèlé à sa graine blanche quelques œufs de la graine jaune qu'il avait cru jeter intégralement. Les vers jaunes, dont deux ont survécu et fait des . cocons, ont évidemment été la source des corpuscules qui, pour la première fois, ont infecté la petite éducation d’Aurillac.

$ VII. — LA PÉBRINE NE PEUT DANS AUCUN CAS DÉTRUIRE L'ÉDUCATION INDUSTRIELLE D'UNE GRAINE ISSUE DE PAPILLONS SAINS.

Parmi les questions que soulèvent l'existence et la nature de la pébrine, il n’en est peut-être pas de plus intéressante que celle qui est résolue par le titre de ce Paragraphe.

Dans les premiers mois de l’année 1867, peu de temps après mon arrivée à Alais, où je venais m'installer pour la troisième fois, je reçus de Paris une lettre anonyme, courtoise d’ailleurs, écrite peut-être par une personne amie qui me voyait avec peine engagé dans des études dont les dificultés paraïssaient inextricables. On m'y représentait en substance qu'il n’y avait pas une grande utilité à atteindre le but que je poursuivais de découvrir un moyen de faire de la graine saine, puisque cette graine deviendrait malade pendant qu’elle serait élevée, et que ce serait toujours à recommencer sur de nouveaux frais.

Cette lettre, et c’est pour ce motif que je la mentionne, trahissait une préoccupation qui était générale. Sous l'influence d'idées alors fort répandues, principalement depuis les publications de M. de Quatrefages, que la maladie des vers à soie était une « épidémie », une « sorte de choléra », que, dans les centres d’éducations de vers à soie, il existait un « milieu délétère », on pensait qu'il fallait songer bien plus à la découverte d’un remède qu'à celle d’un moyen préventif du mal. Il paraissait à tous que le fléau pouvait fondre tout à coup sur les éducations les plus saines. Dans le jugement que M. Cornalia a porté, en 1865, sur ma première Communication à l’Académie, on retrouve cette préoccupation. La voie dans laquelle je m’engageais, pensait-il, ne tendait pas directement à la production de la graine saine. Il faudrait que les œufs sains augmentassent en nombre, mais comment faire si la maladie les atteint ?

Le progrès de mes études a heureusement et complétement dissipé ces appréhensions. L'ensemble des faits exposés dans le présent Chapitre démontre avec une entière certitude que dans une

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éducation d’une graine saine, c’est-à-dire exempte de corpuscules, paree qu’elle sera née de papillons également privés de cet organisme, il est impossible que les vers issus de cette graine puissent périr en masse avant de faire leurs cocons. Jamais la contagion au contact, jamais la contagion à distance ne pourront atteindre ces vers assez tôt dans leur existence à l’état de larves pour que la pébrine les décime avant la montée à la bruyère. Cela ne pourrait arriver que dans le cas où l’on changerait complétement les conditions actuelles des éducations; par exemple, si la vie des vers était prolongée par une diminution du nombre des repas, bien au delà du terme ordinairement fixé par la pratique habituelle.

Le principe que j’invoque résulte clairement de la marche de la contagion, de la lenteur du premier développement des corpuseules et de la résistance à la mort qu'offrent les vers envahis par le parasite. Je ne saurais en donner une preuve plus certaine qu’en rappelant l’expérience mentionnée au paragraphe précédent, et relative à ces deux grammes d’une graine saine élevée dans la chambrée du Comice du Vigan, à Sauve, au voisinage d’une éducation dont tous les vers étaient très-corpusculeux déjà avant la quatrième mue. Même au milieu de ce centre d’infection où périssait une éducation de 25 grammes de graine sans fournir un seul cocon, la graine saine a donné une très-belle récolte en soie.

Là est le nœud de tout le problème séricicole en ce qui concerne la pébrine. C’est dans la réalité indiscutable de ces résultats qu'il faut placer le salut des récoltes et l'éloignement des ravages de cette terrible maladie.

Faites de la graine saine par le procédé que j’indiquerai dans un Chapitre ultérieur, et, quoi qu'il arrive, quelles que soient les fautes d'éducation que vous puissiez commettre, mauvaise hygiène, association dans les mêmes locaux de toutes sortes de graines bonnes ou mauvaises, quelles que soient les influences climatériques que vous ayez à subir, votre récolte sera assurée contre la pébrine. Cette maladie pourra sans doute vous enlever quelques vers que la contagion ou l'infection auront gagnés dès les premiers jours de leur vie, mais la masse ne pourra céder à ces funestes influences avant l’époque de la montée.

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