FE
Je ferai, à cette occasion, une digression historique, dont les détails mettront en lumière les idées qu’on se faisait du caractère épidémique de la maladie avant 1865 et dont les hommes les plus instruits ont encore peine à se débarrasser.
J'ai rappelé antérieurement que M. Cantoni avait tenté en 1864 une éducation avec la graine de cent vingt-cinq couples, dont le mâle et la femelle étaient exempts de corpuscules (1), mais que cette éducation avait péri et que, découragé par cet insuccès, ce savant professeur avait abandonné la poursuite de ses études dans cette direction. M. Cantoni expose ensuite que les résultats de mes expériences de 1866 et de 1867 sur la contagion de la pébrine lui firent présumer que la graine de ses cent vingt-cinq couples avait dû échouer très-probablement parce que la pébrine s'était emparée des vers par infection. L'auteur rapporte alors qu’afin de mieux fixer ses idées sur la cause à laquelle il devait attribuer son insuccès de 1864, il contrôla en 1867 mes observations au sujet de la contagion. Les ayant trouvées exactes, M. Cantoni termine en concluant que ses présomptions sur la cause de son échec de 1864 sont fondées, c’est-à-dire que la graine de ses cent vingt-cinq couples a péri par contagion accidentelle de la pébrine.
Cette interprétation de M. Cantoni, développée par lui de nouveau dans diverses Notes en 1869, par opposition avec quelquesunes de mes opinions, est entièrement controuvée. Je répète qu'il ne peut arriver qu'une graine saine périsse de la pébrine avant la confection des cocons. M. Cantoni ne me parait pas avoir compris, en 18067, et paraît ignorer encore l’économie et la sûreté de ma méthode de grainage, et j'aurais très-mal résolu le problème auquel je me suis dévoué pendant ces cinq dernières années, si, tout en donnant un moyen pratique de faire de la graine saine, je n'avais pas établi simultanément que cette graine élevée à la manière ordinaire fournirait d’abondantes récoltes qui se trouveraient dans tous les cas à l'abri de la pébrine; qu'il n’existait nulle part
(1) Voir à ce sujet la Note adressée par M. Cantoni, au mois d'août 1867, à la Revue universelle de Sériciculture, publiée à Lyon.
LA PÉBRINE. 447
de milieux infectés, délétères, dans le sens médical actuel de ces expressions ; qu'enfin on se faisait des idées erronées de la cause du fléau et de son mode de propagation. On ne saurait trop se persuader que mon procédé de confection de la semence saine des vers à soie, que j’exposerai dans un prochain Chapitre, emprunte son principal mérite à cette circonstance, si bien démontrée par les résultats de mes expériences sur la contagion, que:les éducations de vers issus d’une graine saine ne peuvent dans aucun cas être détruites par la pébrine avant la montée à la bruyère.