‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 52 sur 97 · DE LA NATURE DES CORPUSCULES ET DE LEUR MODE DE GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DE LA NATURE DES CORPUSCULES ET DE LEUR MODE DE GÉNÉRATION

J'ai rappelé, dans la Partie historique de cet Ouvrage relative aux corpuscules des vers à soie, que le professeur Leydig, de Tubingen, les avait le premier considérés comme une espèce du genre psorospermie, créé par Jean Müller. C'était indiquer d’une manière générale que cet organisme était un parasite, et que ce parasite devait se propager à la manière des espèces de ce genre (1). Les psorospermies sont généralement des amas de

(1) Porr t. 1, p. 301, les extraits des divers travaux de M. Leydig sur ce sujet.

Dès que j’appris que M. Leydig avait assimilé les corpuscules à un genre de parasite peu connu, caractérisé spécialement par un mode tout particulier de reproduction, je m’empressai de me procurer les Mémoires de ce naturaliste, dont le nom fait autorité en Allemagne, et de me mettre en rapport avec lui. Il y avait pour moi un intérêt majeur à m'’assurer de l’existence du parasitisme de la pébrine, car jy trouverais une des meilleures preuves de la vérité des principes que je cherchais à établir. M. Leydig eut l’extrème obligeance de devancer mes désirs. Ayant appris par un libraire allemand que j'avais demandé ses travaux sur les psorospermies, il me les envoya lui-même, avec une lettre dans laquelle il me faisait part de diverses observations au sujet de ces parasites.

Je m’empressai de remercier mon savant correspondant et de lui demander ses conseils et les lumières de sa grande expérience dans ces matières. On lira peutêtre avec quelque intérêt les extraits suivants des deux dernières lettres que nous avons échangées à cette occasion :

«..... Toutes mes recherches, disais-je à M. Leydig, à la date du 9 décembre 1866, pour découvrir un mode de reproduction des corpuscules sont restées infructueuses. Les corpuscules du ver à soie me paraissent être des organites, des éléments anatomiques, des corps analogues aux globules du sang, du pus, de la fécule, en un mot à tous ces corps de l’organisme animal ou végétal qui, très-réguliers de formes, sont organisés, mais non susceptibles de reproduction par génération, Vos grandes connaissances en histologie zoologique me faisaient un devoir de me mettre au courant de vos travaux qui, certainement, ébranlent ma manière de voir.

» Permettez-moi de vous dire ce que j'ai vu concernant l'origine de ces petits corps. L'apparition du corpuscule chez le ver à soie me semble procéder d’une

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corpuscules plus où moins volumineux, formant quelquefois des kystes, des tubercules, logés dans la peau, dans les muscles, dans

transformation des tissus. Là où ils vont prendre naissance, je n’aperçois d’abord qu'une matière amorphe, translucide; tout au plus j'y distingue des granulations confuses; puis, je soupçonne des formes de corpuscules ayant déjà la dimension des corpuseules adultes, mais sans en avoir le moins du monde la visibilité de contour, n1 l'éclat, ni la liberté d’aller et de venir. La substance se délimite d’elle-même, en quelque sorte, sur toute sa surface, par un dessin de corpuscules d’abord pres que invisibles, et peu à peu de plus en plus nets dans leurs contours, se tenant les uns aux autres, sans doute par les portions de matières non transformables ou non encore transformées en corpuscules. En d’autres termes, le corpuscule ne m’a point paru du tout être quelque chose qui grandisse, qui soit d’abord un point et qui grossisse ultérieurement. Ce qui s’accuse et grandit de plus en plus, si je puis m'exprimer ainsi, c’est la netteté de leurs contours et la réfringence plus accusée de leur masse. Existe-t-il une liaison matérielle quelconque entre les corpuscules à l’état adulte et ce substratum de leur première évolution ? Je ne l'ai jamais aperçue. Enfin, je n’ai pas davantage réussi à constater les faits de génération par division spontanée, observés par le D' Lebert.

» Je m’attacherai tout particulièrement, l’an prochain, à suivre votre point de vue, et ce sera avec le plus vif désir de le confirmer par des faits décisifs, car le résultat pratique de mes recherches est que le meilleur moyen de se procurer une graine irréprochable est d’avoir recours à des papillons exempts de corpuscules. Or, si votre opinion est fondée, celle-ci le sera par là même. »

Le lecteur reconnaîtra que, dans tout ceci, j'étais préoccupé de l’idée que le mode de reproduction des corpuscules, dans le cas où l’opinion de Leydig serait exacte, devait procéder du corpuscule ordinaire, adulte, brillant; mais c’est précisément ce qui n’est pas. C’est au moment où le corpuscule est très-jeune, sous des formes indistinctes, qu’il se multiplie, et le corpuscule brillant serait réellement une espèce d’organite, impropre à se reproduire.

Voici ce que me répondit M. Leydig, à la date du 26 décembre 1866:

«..... Je ne puis partager votre idée que les corpuscules seraient des éléments histologiques de l’animal malade. En me fondant sur toutes mes observations, les corpuscules sont, pour moi, des formations parasites, qu’on les appelle du nom spécifique que l’on voudra. Par cette manière de voir, je n’ai rien à objecter sur ce que vous pensez concernant l’origine de ces petits corps; bien plus, je le tiens pour exact et je regrette seulement de n’avoir pas encore publié les observations dont je parle à la fin de mon travail de 1963 que je vous ai adressé, intitulé : Le Parasite du ver à soie. Je considère cette matière amorphe ou ces granulations confuses dont vous parlez et qui vous paraît être une modification des tissus euxmèmes, pour des parasites et même pour une atrice de champignons. Pour m’expliquer avec plus de précision, les masses granuleuses qui se trouvent dans les tissus du ver, je les compare à cette matrice de champignons qui existe, par exemple, si généralement, sur l’epithelium des papilles filiformes de la langue de l’homme. Jusqu’à présent, dans mes cours de microscopie, il ne s’est trouvé encore aucun étudiant qui, dans la cavité buccale, ne possède cette matrice de champignons. »

divers organes où ils composent des amas blanchätres. Ce qui caractérise essentiellement ces productions, d’après l’illustre physiologiste Müller, c’est l'existence, à l’intérieur des corpuscules, d’autres corpuscules reproducteurs des premiers après qu’ils sont sortis de ceux-ci. Voici un des modes de génération des psorospermies, indiqué par Müller, pour ceux qui forment fréquemment une sorte d’éruption sur la peau de la tête du Sandre : « Sur la peau de la tête du Sandre on trouve une sorte d’éruption consistant en pustules blanchâtres de 1 à 3 millimètres de large, dispersées çà et 1à;... la plus grande partie du contenu des pustules est composée de corpuscules (psorospermies) avec deux vésicules intérieures.

» Il est vraisemblable, ajoute Müller, que les vésicules sont des germes de nouveaux corpuscules, Pour se développer elles se gonflent, se détachent de leur point d’adhérence et forment une paire d’ampoules dans l’intérieur du corpuscule qui est transformé en une cellule à parois minces. Le corpuscule nouveau acquiert sa forme adulte dans cette cellule-mère dont les parois se résorbent en laissant libres les corpuscules qui y sont contenus (1). »

Les premières notions propres à donner raison aux vues de M. Leydig et à faire admettre que les corpuscules sont réellement une espèce parasite du genre psorospermie, se trouvent peut-être dans une publication faite en 1861, par M. Tigri, professeur à Sienne (2). Elles ont été beaucoup mieux précisées ultérieurement, par M. Balbiani en 1866. Voici comment s'exprime ce

(1) Voir le Mémoire intitulé : Recherches sur une production parasite morbide avec corpuscules reproducteurs d'organisation spéciale, par J. Müller. (Archives d'Anatomie et de Physiologie de Jean Müller.) Voir également l'Histoire naturelle des végétaux parasites, par Ch. Robin; Paris, 1853.

(2) Ce n'est qu'avec réserve que j’attribue au travail du professeur Tigri le mérite d’avoir indiqué le premier un mode de production des corpuscules en rapport avec l'opinion de M. Leydig; les descriptions de M. Tigri sont obscures et correspondent peut-être à un tout autre phénomène que celui de la génération des corpuscules. J'ai pris le soin de reproduire, t. II, p. 299, le texte du Mémoire de M. Tigri et la planche qui l'accompagne.

LA PÉBRINE. 151 naturaliste (1) : « Les corpuscules de Ta pébrine présentent, dans leur évolution, des phénomènes très-analogues (très- analogues au mode de propagation des psorospermies des poissons), seulement au lieu de se propager à l’aide de spores mobiles, c’est le corpuscule tout entier qui joue ici le rôle de corps reproducteur. À cet effet, il commence par perdre son éclat brillant, s’élargit sensiblement en laissant apercevoir à l’une de ses extrémités un espace arrondi, semblable à une vésicule claire et transparente, puis il se transforme en un globule qui augmente rapidement de volume ainsi que la vésicule interne. La substance qui compose ce globule, d’abord homogène et transparente, se remplit de fines granulations, puis des corps pâles et arrondis, semblables à des uoyaux se formant au sein d’un blastème, apparaissent dans cette masse, laquelle se trouve finalement convertie en un amas de corpuscules réunis par une matière glutincuse et transparente. La liquéfaction de cette matière détermine ensuite la dissociation des corpuscules, ou mieux psorospermies, et leur mise en liberté. »

J'ai donné une grande attention à ce dificile sujet d’études, et M. Duclaux, de son côté, dans les divers séjours qu'il a faits dans le Midi avec moi, a employé également un temps considérable | dans cette recherche. L’exposé suivant est l’expression de notre commune opinion. Pour le fond, elle se rapproche de la précédente. Nous adoptons l'opinion de Leydig, c’est-à-dire que les corpuscules nous paraissent rentrer dans le genre psorospermie de Müller ou dans un genre voisin, mais leurs modes de formation difléreraient dans des points essentiels de celui que je viens de rappeler, d’après une publication de M. Balbiani.

Afin d'apporter une plus grande clarté dans la:suite des observations, je crois devoir décrire en premier lieu les diverses planches qui suivent :

La planche qui précède représente la tunique interne du canal intestinal d’un ver contagionné depuis vingt jours. On y voit :

(1) Bazpranr, Recherches sur les corpuscules de la pébrine (Comptes rendus de l’Académie des Sciences et Journal d’ Anatomie de M. Robin ; 1866, p. 599,et 1867, p. 263 et 329).

1° des corpuscules ordinaires, ovoïdes, brillants, tels que tout le monde les a vus (groupe d); 2° des corpuscules ayant la forme de poires ou de gourdes avec une ou plusieurs vésicules ou vacuoles à l’intérieur (groupes b, b). Dans la vésicule on voit quelquefois un granulin ou nucléole, animé dans certains cas du mouvement brownien, ce qui prouverait un état fluide de lintérieur de Ja vacuole; 3° en c est un semis de petits granulins qui sont ordinairement associés aux corpuscules pyriformes. On a figuré en & un corpuscule pyriforme dans deux de ses positions. On voit que, dans la première, le granulin paraît être à l’intérieur, mais que, dans la seconde, il est extérieur et comme fixé à la paroi du corpuscule. Enfin, la figure montre çà et là des corpuscules pyriformes paraissant pleins, homogènes, et sans contenu apparent.

La figure ci-dessous est une photographie DMICroscopIque recpre-

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sentant les corpuscules pyriformes avec ou sans taches intérieutes,

et avec des degrés divers de visibilité. En outre, si l’on observe

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FORMATION ET DEVELOPPEMENT DES CORPUSCULES

LA PÉBRINE. 153

avec beaucoup d'attention toutes les parties de la figure, principalement celles du pourtour, on distingue bon nombre de cellules qui paraissent être les premiers rudiments des corpuscules pyriformes, car on voit tous les passages de la forme ronde à la forme ovale renflée à une de ses extrémités. Dans ces cellules qui, ce semble, ne font que commencer à apparaître, on ne voit encore ni vacuoles, ni granulations distinctes.

La planche représente, dans sa moitié de gauche, des corpuscules pris dans l’organe de la soie. On y voit des corpuscules ovales, les uns très-pàles et homogènes (un seul est de cette dernière forme), d’autres également pales, mais avec une ou plusieurs vacuoles, des corspuscules pyriformes, d’autres enfin ayant la forme brillante des corpuscules ordinaires. Un de ces derniers est coudé. Mais ce qui frappe surtout lattention, c’est une foule de cellules rondes. Les unes paraissent pleines et homogènes, les autres finement granuleuses; enfin, il en est beaucoup qui montrent dans leur contenu des formes plus ou moins accusées de corpuscules ovales, lesquels, à leur tour, ont des granulations dans leur intérieur. Tout annonce par conséquent que les corpuscules, du moins ceux qui sont encore très-pâles et qui se trouvent libres en dehors des cellules, ont été engendrés dans celles-ci et que les granulins (nucléoles) de ces corpuscules sont en relation directe avec les granulations propres à ces mèmes cellules.

La moitié droite de la mème planche représente des corpuscules pris dans les tubes de Malpighi. On y retrouve, outre quelques cristaux propres à ces organes, les cellules homogènes ou granuleuses, etc., dont nous venons de parler (cellules b), des corpuscules ordinaires brillants, des pyriformes avec granulins (corpuscules c). On aperçoit, en outre, cà et là, dans le champ, des granulins a, dont l’aspect, l'éclat, la réfringence ressemblent complétement à ceux que l’on voit à l’intérieur des corpuscules pyriformes. C’est ce qu’on a essayé de représenter en c, où il y a deux granulins semblables, l’un à l'extérieur, l’autre à l’intérieur d’un corpuscule en poire.

Dans la recherche des corpuscules au point de vue de la pratique, il faut s'attacher à constater la présence des corpuscules

ovoïdes, brillants, dans les sujets malades. Cela est d'autant plus facile qu'ils y existent à profusion. Les autres variétés échappent le plus souvent à l’observation, quand on la fait sur les débris de sujets entiers broyés dans un peu d'eau. Leur nombre parait toujours fort restreint à côté des autres; mais il est des circonstances où ce sont, au contraire, les formes pàles qu'il importe le plus d’apercevoir, par exemple quand on étudie les chrysalides jeunes. On ne saurait donc trop se familiariser avec les variétés de corpuscules autres que la forme ovoïde très- réfringente. Nous avons fait dessiner une foule de champs à corpuscules, et on ne se lasserait pas, dans ce genre de travail, parce que toute préparation nouvelle semble offrir des particularités encore inconnues qu'on voudrait fixer par la gravure. Parmi tous ces dessins, je choisis un de ceux qu’on pourra consulter avec le plus de profit : a, a, a sont des cellules génératrices des corpuscules; b, b, b des corpuscules de diverses formes, ovales, pyriformes, soit pleins, soit avec vacuoles ; € sont des cristaux des tubes malpighiens..….

Quelque soin que lhabile dessinateur de ces planches, M. Lac- Kerbauer, ait mis à représenter toutes ces formes de corpuscules, il faut craindre que la main de Partiste ait ajouté ou retranché quelque chose à la nature; aussi avons nous essayé de fixer par une épreuve photographique un des champs d'observation, et de préférence un champ à cellules pâles, d'apparence très-tendres, indistinctes même à tel point qu'on les prendrait quelquefois pour une matière sarcodique au sein de laquelle se délimiteraienit les cellules et les corpuscules pyriformes. La seconde des planches ci-après est une des meilleures que nous ayons obtenues. On v a placé diverses lettres devant servir de repère pour la description ; mais après les détails qui précèdent, le micux, je crois, est que le lecteur en étudie avec soin toutes les parties; il y retrouvera sous un aspect, sinon plus exact, mais peut-être plus naturel que dans les dessins dont je viens de parler, les diverses variétés de corpuscules. Bien entendu , il n’y a pas à tenir compte des taches brouillées de la figure qui étaient mal au point.

Ceci posé, et afin de bien saisir la signification de toutes ces formes de corpuscules et surtout leurs âges respectifs, si l’on peut

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FORMATION ET DEVELOPPEMENT DES CORPUSCULES

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ainsi parler, il est nécessaire que nous suivions leur mode d’apparition dans les organes des vers qui les recèlent. À cet effet, on ne saurait mieux faire que de contagionner des vers sains et d'en observer quelques-uns de temps à autre à l’aide du microscope. On conclura de ce que montrent ces observations partielles à la marche générale de la maladie dans l’ensemble des vers de l'essai.

Remarquons tout d’abord qu’en ingérant dans le canal intestinal des fragments d’un ver corpusculeux broyé dans quelques gouttes d’eau, on y introduit nécessairement toutes les formes de corpuscules que nous venons de passer en revue, c’est-à-dire, des corpuscules ovoïdes brillants, des corpuscules pâles à vacuoles, des corpuscules pâles d’aspect plein et homogène, des corpuscules pyriformes, et des cellules à leurs divers degrés de développement, et enfin des granulins.

Le 24 avrilr 869, au sixième repas après la première mue, on contagionne cinquante vers sains, race jaune du pays, en mouillant la feuille du repas avec de l’eau dans laquelle on a broyé un ver corpusculeux (petit ver à l’âge de la première mue). Le 28, au moment où les vers sortent de la deuxième mue et après le premier repas, on en examine quatre au microscope. On ne voit de corpuscules dans aucun des organes; dans l’un d’eux seulement, sur la tunique interne de l’intestin, au voisinage de l’insertion des tubes de Malpighi, on a trouvé sept ou huit corpuscules ayant la forme, le degré de réfringence et la netteté de contours des corpuscules ordinaires.

Le 29, nouvel examen de trois vers; chez tous la peau est trèsbelle et sans tache. Dans la tunique interne de l'intestin du premier ver, on trouve des corpuscules en poire,

æ, 6 quelques-uns à doubles parois, quelques-uns ho- Q 0 - mogènes et sans vacuoles. Ces corpuscules sont disséminés, rarement au contact les uns des autres & Ô et ils semblent logés dans l'épaisseur de la mem- Q <, © brane.lls sont peu nombreux. Rien dans les autres

organes. Dans la tunique interne de l'intestin du deuxième ver, on voit, en beaucoup plus grand nombre que dans le précédent, des corpuscules pyriformes à double paroi et autres,

homogènes. Ils sont à bords indistincets et paraissent comme noyés dans l'épaisseur du tissu, le plus souvent isolés les uns des autres. Rien ailleurs; les tubes de Malpighi, en particulier, sont trèsbeaux. Dans le troisième ver, même résultat que ci-dessus. Rien dans tous les organes, excepté dans la tunique interne de lintestin, où se voient encore des corpusecules pyriformes pareils à ceux dont on vient de parler.

Le 30, nouvel examen détaillé de trois vers. L’un d’eux ne montre pas de corpuscules; pour les autres, les résultats sont identiques à ceux d'hier.

Le 1° mai, examen de trois nouveaux vers. Dans deux on ne trouve rien. La peau est belle et sans tache. Le troisième ofre une petite tache au premier anneau, une autre au troisième. Étudié avec beaucoup de soin il ne montre des corpuscules que dans la tunique interne de l'intestin : mais il y en a beaucoup plus qu'on n'en a vu dans les précédents, et sur toute la longueur du canal digestif. Ces corpuscules sont encore isolés les uns des autres; presque tous sont pyriformes, il y en a pourtant quelquesuns d’ovales. Dans la partie antérieure du canal, le nombre des corpuscules pyriformes, pleins et homogènes, c’est-à-dire, sans vacuoles ni granulins, est presque aussi grand que celui des corpuscules pyriformes à double enveloppe. Dans la partie postérieure, le nombre de ces derniers est de beaucoup supérieur. Aucun autre organe ne montre des corpuscules. On n’en trouve pas notamment dans les tissus musculaire et cellulaire au voisinage des taches.

Le 2 mai, examen de deux vers. Le premier montre deux petites taches sur la tête au voisinage du premier anneau. Dans l'intestin, surtout à la partie postérieure, nombreux corpuscules. Rien dans les autres organes.

Le deuxième ver est en mue. Sur tout son corps, on voit une foule de petites taches presque invisibles. Dans la tunique interne les corpuscules sont très-abondants et d’une nature particulière. [ls sont encore pyriformes et à double membrane, mais en outre, dans presque tous ceux de la partie la plus large de l’estomac, on voit, à l’intérieur du renflement de la poire, un très-

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petit granulin qui parait être de la même matière que la paroi du corpuscule et adhérent à celle-cr. Il devient brillant ou opaque en mème temps que la paroi quand on déplace l'objectif. Dans la partie pos- EN térieure de l’intestin, il existe également de ces granulins à l’intérieur des corpuscules en poire;

seulement ils sont beaucoup plus visibles, plus développés. Dans quelques corpuscules il y a deux de ces granulins, dans d’autres un plus grand nombre.

Le 3 mai, examen d’un ver. Foule de petites taches sur tout le corps. La tunique interne de l'intestin renferme un nombre considérable de corpuscules, environ 50 par champ et de formes diverses. Les moins nombreux sont ovoides. Les autres sont pyriformes et pleins, et Le plus grand nombre pyriformes et à double enveloppe. Dans presque tous ces derniers on retrouve le granulin

déjà observé hier. Dans l’un d’eux ce granulin se do. meut sur place avec rapidité, ce qui montre qu'il se ‘st libre dans cette espèce de gourde. On le suit Po D 0) reprises, il pénètre dans la partie eflilée, mais il en ressort toujours et finit par se fixer sur la paroi interne du corpuscule. À côté, et en dehors, on voit un granulin isolé exactement de même grosseur et du même degré de réfringence que le granulin placé à l’intérieur. Quand ils sont l’un et l’autre sur le même plan focal, ils deviennent obscurs ou brillants simultanément à mesure qu’on abaisse ou qu’on élève l'objectif, en conservant toujours dans leurs aspects respectifs une parfaite identité. Dans la muqueuse externe de l’intestin, pas plus que dans les tubes de Malpighi, on ne découvre des corpuscules.

Dans les glandes de la soie, en un point de la couche celluleuse qui entoure le tube central, on voit comme une poche pleine de corpuscules. C’est le premier groupe de cette nature que l’on rencontre depuis le jour où on a contagionné les vers. Jusqu'à présent, dans lintestin les corpuscules étaient disséminés et adhé-

de l’œil pendant plusieurs minutes; à diverses

rents à la paroï. Ici, au contraire, ils sont réunis en un amas, qui, après avoir été broyé, laisse répandre dans le liquide environnant

des corpuscules de formes très-diverses. Il y a des corpuscules pyriformes à double membrane, de grandeurs variables; quelquesuns sont très-petits et, depuis ceux-ci jusqu’à la grandeur ordinaire, il y a toutes les transitions. En outre, on voit comme un semis de points brillants dans une matière amorphe. Ces points brillants ont le même éclat et la mème réfringence que les vacuoles des corpuscules pyriformes les plus jeunes. Enfin, il ya un nombre considérable de corpuscules à vacuoles; les uns n’en ont qu'une, les autres en ont deux. Le corpuscule pyriforme dont la paroi parait formée de deux membranes voisines parallèles est évidemment un corpuscule à paroï simple, dont le contour de la vacuole s’est agrandi et est venu se coller contre cette paroi extérieure, de façon à la rendre double.

Parmi les formes de corpuscules de l’amas dont il s’agit, on aperçcoit beaucoup de cellules, les unes rondes, d’autres ovales, d’autres ayant la forme de poires, mais mal délimitées; ces cellules sont homogènes, en général ; pourtant on voit nettement dans quelques-unes une partie centrale plus claire.

Le 4 mai, examen d’un nouveau ver. Foule de petites taches sur tout le corps. Dans la tunique interne de l'estomac, le nombre des corpuscules est considérable. Ils sont encore tous pyriformes, les uns à double enveloppe, les autres pleins et homogènes. On ne réussit pas à voir des cellules. Les tubes de Malpighi sont envahis en plusieurs points par des corpuscules et des cellules ; les corpuscules sont presque tous pyriformes, les uns à double enveloppe, les autres pleins, homogènes, assez brillants; d’autres enfin ont une vacuole à l’intérieur du renflement : les cellules sont rondes, assez volumineuses et granuleuses à l’intérieur. L'iode les plisse, et, sous son influence, il se forme, dans la cellule, comme une ou plusieurs cavités dont chacune a son granulin intérieur, quelquefois disposé avec une grande symétrie. Dans les glandes de la soie on trouve deux points envahis qui présentent les mèmes formes de corpuscules en poire que la tunique interne de l’estomac, et aussi des cellules, mais en nombre restreint.

Le 5 mai, nouvel examen de trois vers. Le premier a deux petites taches, l’une sur la tête, l’autre au premier anneau. Dans

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la tunique interne de l'intestin, corpuscules pyriformes, soit à double membrane, soit homogènes, et corpuscules ovales. Dans les tubes de Malpighi, corpuscules pyriformes à vacuoles et cellules. Dans les glandes de la soie, corpuscules pyriformes pleins, à double membrane ou à vacuoles volumineuses, seulement dans le renflement. En outre, foule de cellules, dont les plus petites, à reflet mat, paraissent pleines et ressemblent un peu à des globules de graisse, et dont les autres sont remplies d’une matière granuleuse segmentée. En les traitant par l’eau iodée, elles se ratatinent, se déforment, et l’on voit apparaitre nettement, dans l’intérieur, un ou plusieurs granulins.

La planche ei-jointe représente l'effet de l’iode sur les cellules, leur désagrégation et le développement considérable des granulations ou autres formes rappelant de très-petits corpuscules ovales, qui étaient sans doute en voie de formation dans certaines cellules (1).

L'eau iodée, en agissant sur les corpuscules pyriformes à vacuoles, met nettement en évidence, dans leur intérieur, un globulin paraissant collé contre la paroi, observation qui établit une nouvelle relation entre la cellule et le corpuscule pyriforme.

Dans le deuxième ver, foule de taches sur tout le corps. Dans la tunique interne du tube digestif, nombre considérable de corpuscules pyriformes, à double enveloppe et isolés les uns des autres. Dans les tubes de Malpighi, un point est envahi et parait formé d’un tissu aréolaire, dont les aréoles sont comme des renflements de corpuscules pyriformes, avec vacuoles, n’atteignant pas la partie eflilée du corpuscule. On y voit en outre une grande quantité de cellules, d’un aspect mat et très-finement granuleux, mais sans segmentation interne. Sous l'influence de l’eau iodée,

(1) D’après des publications récentes de MM. Haberlandt et Levi, correspondant à des faits observés par ces auteurs pendant la campagne séricicole de mai et de juin 1869, l’eau de chlore agirait à la manière de l’iode pour désorganiser les corpuscules. M. Levi a été plus loin : il a démontré, par des expériences trèsbien conduites, qu'après l’action du chlore les corpuscules ont perdu leur pouvoir contagionnant. (Voir dans les numéros de janvier et février 1830, de la Révista di Bachicoltura, publiée à Milan, une lettre du D' Alberto Levi à M. Cornalia.)

la matière intéricure se contracte, laisse trois ou quatre espaces vides, et un nombre égal de globulins assez réfringents se montrent çà et là dans la cellule qui conserve quelquefois son aspect rond quand il n’y a pas eu trop d’eau iodée ajoutée.

Dans le troisième ver, fort taché comme les deux autres, la tunique interne de l’esiomac montre un grand nombre de corpuscules, distants les uns des autres de plusieurs fois leur longueur. Cependant on commence à voir se former des amas, et dans ces amas de corpuscules pyriformes à double membrane, on voit souvent quelques rares corpuscules ovales. Dans presque tous ces corpuscules on retrouve le granulin intérieur. Avec un

fort grossissement et un objectif à immersion, ce

C> granulin se montre muriforme à sa surface et quel-

| quefois un peu allongé, comme s’il était formé de

deux ou trois petites masses ajoutées bout à bout. On {\ a essayé de figurer ces apparences dans le premier des contours ci-joints. L'autre représente fidèlement un corpuscule avec deux granulins intérieurs et un troisième extérieur vis-à-vis d’une solution de continuité de la paroï, comme si ce dernier granule était sorti du corpuscule en cet endroit. C’est le seul exemple de ce genre qu'on ait constaté.

En observant avec beaucoup d'attention, toujours avec ce même fort grossissement, Îles corpuscules pyriformes à double membrane, on ne peut s’empècher de les croire percés à leur extrémité. La portion efhlée est souvent très-aplatie et peu distincte, et parait se confondre avec la matière du milieu environnant.

Dans les tubes de Malpighi, encore des corpuscules pyriformes mélangés à des cellules.

Le lecteur remarquera, sans doute, que depuis le jour de la contagion, le 24 avril, jusqu’à aujourd’hui 5 mai, c’est-à-dire pendant les onze premiers jours du développement de la maladie, nous n'avons, pour ainsi dire, rencontré que des corpuscules pyriformes, des cellules et des granulins, et qu'il y a eu presque absence complète de corpuscules ovoïdes ordinaires.

D'ailleurs, jusqu’à présent le développement des corpuscules a été assez peu accusé pour qu'il eût été extrêmement difhcile de

LA PÉBRINE. 161 reconnaitre qu'il y avait eu contagion en broyant les vers dans un peu d’eau et examinant ensuite une goutte de la bouillie. Dans tous les cas, l'observateur aurait dùu rechercher, non des corpuscules ovoïdes qui étaient très-rares, mais bien des cellules et des corpuscules pyriformes.

Les choses se passent généralement comme nous venons de l’'exposer, lorsqu'on s'attache à suivre la marche de la maladie dans des vers contagionnés directement. Le développement des corpuscules ne parait donc pas du tout procéder de changements qui surviendraient dans les corpuscules ovoïdes, brillants, ordinaires, comme le suppose M. Balbiani, mais bien des corpuscules pyriformes, des cellules, et de ce que nous avons nommé granulins, pour ne pas employer l’expression trop déterminée de nucléoles.

Le 8 mai, on trouve deux vers corpusculeux et flats. Comme les dernières observations faites sont du 5 mai, et qu'il s’agit de vers atteints de flacherie, il y a là deux-motifs pour que la contagion y soit très-avancée. Je démontrerai, en eflet, dans un Chapitre spécial, que la multiplication des corpuscules est beaucoup plus rapide dans les vers atteints de flacherie ou prédisposés à cette maladie que dans les vers vigoureux.

Chacun de ces vers a des taches sur le corps. Dans la tunique interne de l'estomac de l’un d’eux, on trouve, outre des corpuscules pyriformes à double membrane, des corpuscules ovoïdes, brillants, et d’autres pales à vacuoles. Il commence à s’y former également des amas volumineux de corpuscules ordinaires. Les glandes de la soie sont complétement envahies par des corpuscules brillants et autres avec présence de cellules.

Le second ver est entièrement envahi par les corpuscules dans tous ses organes. Les glandes de la soie sont porcelainées par places; le tissu adipeux n'est, en quelque sorte, que corpuscules ; les tubes de Malpighi en sont remplis. Presque tous ces corpuscules sont ovoïdes, brillants. On en trouve de pâles avec vacuoles, mais ils sont plus rares. Il y a un grand nombre de cellules et de corpuscules indistincts.

Malgré cette profusion de corpuscules dans tout le corps, la

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