‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 59 sur 97 · MÉTHODE DE GRAINAGE AU MICROSCOPE · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE GRAINAGE AU MICROSCOPE

Dès l’origine du fléau, et après quelques hésitations qui furent bientôt dissipées, la pratique industrielle démontra que c'était au mauvais état des graines qu'il fallait faire remonter la cause, tout au moins la cause prochaine, de la plupart des échecs des éducations de vers à soie, et que leurs succès devaient être attribués également, en grande partie, à la bonne qualité de la semence. C’est pourquoi l’histoire de Ja maladie des vers à soie, envisagée dans ses conséquences industrielles et commerciales, n’est qu'une longue suite d’explorations lointaines, dans des contrées que le fléau n'avait pas visitées, ou de tentatives individuelles faites sur place, par des moyens divers, dans le but de se procurer des semences non infectées. Aujourd’hui encore, par l'importation des graines du Japon, le commerce a droit à toute la reconnaissance des éducateurs. Mais on comprend que ce palliatif à la détresse de la sériciculture est à la fois insuflisant et très-précaire. De l’aveu de tous, le salut de cette grande industrie ne peut résulter que de la connaissance de procédés capables de rendre aux graines indigènes leur qualité d'autrefois.

Les principes exposés dans les Chapitres précédents nous conduisent précisément à la solution de ce problème tant désiré; car il est facile d’en déduire une méthode de confection des graines, applicable sur la plus petite comme sur la plus grande échelle, et propre à fournir une semence absolument exempte de Ja maladie des corpuscules ou pébrine. En effet, nous savons pertinemment : 1° qu'il existe des chrysalides et des papillons de vers à

soie privés à tout âge de la maladie corpusculaire, et cela, dans les contrées le plus éprouvées par le fléau; 2° que des éducations entières peuvent présenter ce caractère ; 3° que, dans aucun cas, de semblables papillons ne donnent un seul œuf, un seul ver, à l’éclosion, offrant cette maladie; 4° nous savons surtout, car c’est là un point capital, que pour des vers, issus de tels œufs, a pébrine ne peut compromettre la récolte; en d’autres termes, que ces vers ne peuvent périr en masse de cette maladie avant d'avoir fait leurs eocons, bien qu’elle soit éminemment contagieuse et infectieuse.

Je vais exposer, avec tous les développements qu’elle comporte, la méthode de grainage qui découle naturellement de ces principes.

C'est une ancienne pratique consacrée par l'usage dans tous les pays sérigènes de n’utiliser, pour la confection des semences, que les éducations les plus satisfaisantes (1). Des vers qui ont souflert, qui ont éprouvé une mortalité, par une cause inconnue, ne sauraient donner de bons reproducteurs, alors mème que ces derniers seraient exempts de la maladie des corpuseules. On doit craindre quelque affection cachée et héréditaire indépendante de la présence de ces petits corps. Nous verrons, en traitant de Ja maladie des morts-flats, que cette dernière circonstance est assez fréquente.

Considérons done une chambrée réussie et dont la marche n’a rien laissé à désirer; plus tard, nous rechercherons les moyens de multiplier l'existence de pareilles éducations. Le problème à résoudre est évidemment de savoir si la chambrée dont il s’agit

peut être livrée au grainage en toute sécurité, de facon que la

(1) On lit dans le Traité de l'éducation des vers à sote au Japon, traduit, en 1508, par M. Léon de Rosny :

« Quand on achète des graines, il faut s'assurer si l’on n’a pas fait de fautes dans l'éducation des vers d’où elles proviennent, et s’ils ont eu suffisamment de mürier à manger. »

Et ailleurs :

« Si la provenance des graines est mauvaise, il n’y a rien à faire. »

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