‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 60 sur 97 · LE GRAINACGE DANS LES CÉVENNES · texte numérisé non relu

LE GRAINACGE DANS LES CÉVENNES

LA PÉBRINE. 181

pébrine ne puisse détruire aucune des éducations de Ta graine qu'on pourra retirer des cocons de cette chambrée.

On commence par s’enquérir, s’il est possible, du jour de la montée à la bruyère; puis, dès qu’on juge que les cocons sont bien formés, ce qui a lieu six jours environ après le commencement de la montée (1), on prélève sans choix sur les tables un demi à un kilogramme de cocons; après les avoir mis en chapelets ou filanes, on les place dans une chambre chauflée nuit et jour par un poêle, de façon à porter la température de 25 à 30 degrés Réaumur (2). 11 est bon d’entretenir dans la pièce une certaine humidité, en plaçant, par exemple, sur le poële, un large vase plein d’eau en évaporation. Dans ces conditions, les cocons peuvent donner leurs papillons quatre et cinq jours au moins plus tôt que ceux du lot principal laissé dans la magnanerie ou ailleurs, à une température de 14, 15 ou 16 degrés Réaumur au plus.

Après avoir pris ces dispositions, on examine au microscope une vingtaine de chrysalides du lot de Ta chambre chaude, afin d’y rechercher la présence des corpuscules. À cet eflet, on broie séparément chaque chrysalide dans quelques gouttes d’eau, et on dépose une parcelle de la bouillie sur le porte-objet du microscope. Il est indispensable d'apporter, dans l'observation des chrysalides jeunes, le même soin que dans celle des œufs, car il

(1) La montée se fait en trois jours au plus dans les bonnes chambrées. En prélevant des cocons six jours après le commencement de la montée on peut done croire que les derniers vers montés filent leurs cocons déjà depuis trois jours au moins. Il est d’ailleurs facile, en mettant à part les retardataires restés sur la litière, de faire en sorte que tous les vers soient montés à la bruyère en quarante-huit heures ou trois jours au plus. Cela donnerait deux lots de cocons; on les étudierait séparément.

(2) La mise en filanes des cocons est une vieille pratique du grainage dans les Cévennes. La planche ci-jointe en donne une idée. Cette disposition permet de placer une grande quantité de cocons dans un espace restreint. Les papillons s’accouplent naturellement. Tous les matins vers 9 heures, on enlève les couples et on les dépose sur des toiles ; de 4 à 6 heures du soir, on retire les màles qui sont jetés, ou conservés dans des cornets de papier, dans un lieu très-sec, afin qu’ils se dessèchent promptement sans se pourrir. J'ai dit ailleurs qu’il y aurait de grands avantages à pouvoir joindre aux lots de graine, au moment de la mise en vente, des échantillons des papillons qui ont produit la graine.

suflit qu'il y ait seulement quelques corpuscules visibles dans une chrysalide récemment formée pour qu'on soit assuré d’en rencontrer plus tard un nombre immense. Il importe aussi extrèmement de rechercher de préférence dans ces jeunes chrysalides les formes de corpuscules autres que la forme brillante ordinaire et dont nous avons parlé au Chapitre du développement des corpuscules. Tous les deux jours on répète cet examen des chrysalides, ce qui fixe les trois premières observations au sixième, au huitième et au dixième Jour après le commencement de la montée. Si l’on trouve seulement deux ou trois chrysalides corpusculeuses sur vingt, dans l’une ou l’autre de ces observations, et à plus forte raison, si l’on en trouve un plus grand nombre, il faut s’empresser, à moins de circonstances toutes particulières et exceptionnelles, de livrer à la filature tous les cocons de la chambrée. L'expérience démontre que, dans les circonstances dont je parle, on voit s’accroitre, pour ainsi dire chaque jour, le nombre des sujets corpusculeux: dans les œufs produits par les papillons de telles chrysalides, montrant des corpuscules dans les dix à douze premiers jours de leur formation, on trouve l’année suivante, au moment de léclosion, 40, 60, 80 pour 100, et mème davantage, de vers corpusculeux. C’est que la multiplication du parasite se fait alors parallèlement à la formation des œufs dans les chrysalides femelles, de façon que ces œufs se trouvent infectés en plus ou moins grand nombre, et quelquefois en totalité. Pour obtenir une graine pouvant donner plus tard des vers exempts de corpuscules, il est donc indispensable que les chrysalides, au moins pendant longtemps, n'offrent aucune trace de ces petits corps.

La proportion des œufs corpusculeux dans une graine est beaucoup moindre que dans ce premier cas, lorsque les chrysalides de la chambre chaude ne montrent des corpuscules que vers le quatorzieme ou seizième jour après le commencement de la montée : encore est-ce à la condition qu'il existera un petit nombre de ces mauvaises chrysalides. IT faut toujours se défier de la qualité des cocons sous le rapport de la reproduction, toutes les fois que les chrysalides, même avancées en äge, présentent un certain

nombre de sujets corpusculeux ; on doit craindre que si, dans les

LA PÉBRINE. 183 premières recherches, on n’a pas aperçu de corpuscules, c'était par erreur d'observation. Il se passe ici quelque chose d’analogue à ce qui arrive pour une graine malade dont la proportion des œufs corpusculeux parait augmenter beaucoup à mesure que l'embryon se développe, tandis que cette proportion, en réalité, est toujours la même; seulement, bon nombre des observations faites avant l’incubation sont fautives par la difficulté de constater la présence des corpuscules quand il n’en existe encore qu’un très-petit nombre, assez bien formés pour être reconnaissables. Pour bien saisir le sens et la portée de ces remarques, il faut se souvenir des résultats des expériences de contagion de la pébrine, et de leur comparaison dans les cas où la contagion a été eftectuée à diverses époques de la vie de la larve.

L'examen des papillons se fait, au contraire, avec la plus grande facilité, et on n’a pas à craindre, comme dans le cas des œufs et des chrysalides jeunes, que le trop faible nombre des corpuscules empèche de bien déterminer la véritable proportion de ceux qui sont corpusculeux. Le plus ordinairement, le papillon corpusculeux montre beaucoup de corpuscules par champ et toujours avec la forme brillante et nette qui distingue ces petits corps lorsqu ils sont arrivés à leur complet développement.

Dès que les papillons commencent à sortir, on les broie un à un, dans un mortier, avec quelques gouttes d’eau; on examine une goutte de la bouillie, et on note l'absence ou la présence des corpuscules, en indiquant, dans ce dernier cas, le nombre approximatif des corpuscules par champ. La quantité d’eau qu’on ajoute pour broyer chaque papillon est toujours sensiblement égale, si on a la précaution de laver et d’égoutter constamment de la mème manière le mortier après chacune des observations, sans ajouter d'autre eau que celle qui reste naturellement sur les parois du mortier après qu'il a été lavé. Il faut examiner au moins cinquante papillons, et de préférence un plus grand nombre, surtout s'il y en a de corpusculeux : on est ainsi plus sûr de la moyenne cherchée.

S1 la proportion des papillons corpusculeux ne dépasse pas 10 pour 100 dans les races indigènes, on peut livrer toute la

chambrée au grainage, en ayant seulement le soin, au moment où on met les cocons en filanes, d’éloigner ceux qui sont faibles et de rejeter, quand les papillons sortent, ceux qui présentent des imperfections notoires, suivant la pratique de tous les temps et de tous les pays séricicoles. Il faut éloigner, surtout, avec une grande sévérité, tous les papillons dont le duvet du corps est, mème par places restreintes, noir et velouté, ce qui est, sans exception, l'indice de la présence des corpuscules.

La planche ci-jointe représente en € un de ces papillons à duvet noir qu'il importe de sacrifier avec grand soin dans tous les grainages. Quand il y a un certain nombre de tels papillons, on peut être assuré que le grainage est mauvais, etque les papillons, mème les blancs, sont eux-mèmes malades, au moins pour la plupart.

Mais il importe beaucoup de ne pas confondre cette couleur noire veloutée avec la teinte grise que montre, par exemple, le papillon d. Cette couleur du duvet n’est point un indice de lexistence des corpuscules. Elle serait plutôt propre à des races visoureuses. On la voit particulièrement dans les males.

Les figures a et b de la même planche représentent des papilons male et femelle indigène, race jaune, de bon aspect et conformation.

Le paquet des œufs dans les femelles, lorsqu'il est broyé avec le restant du Corps du papillon, peut gèner un peu l'observation des corpuscules pour les personnes mal exercées; mais il est facile d’écarter les œufs au moment où on écrase le papillon. Il est bon également de couper les ailes et de les jeter avant de broyer le corps de l'animal, pour que leurs débris ne se mêlent pas à la bouillie, ce qui peut être un embarras dans l'observation.

Bien que, pour la confection d’une graine industrielle,on puisse tolérer jusqu'à 10 pour 100 de papillons corpusculeux, il n’est pas moins vrai qu'un moindre nombre serait préférable, et qu'il est même fort utile que ce nombre soit réduit à zéro dans le cas où l’on désire élever une graine en petites chambrées, en vue de la reproduction.

L'observation démontre que Ja graine faite dans les conditions

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