‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 63 sur 97 · IT. — DES MOYENS DE MULTIPLIER LES CHAMBRÉES BONNES POUR GRAINES · texte numérisé non relu

IT. — DES MOYENS DE MULTIPLIER LES CHAMBRÉES BONNES POUR GRAINES

Lorsqu'on se livre à des opérations de grainage, il faut trouver facilement et en grand nombre des chambrées bonnes pour la reproduction. Sous ce rapport il existe aujourd'hui une notable diflérence entre les départements de grande et de petite culture. Dans ces derniers les graines saines se conservent telles pendant une ou plusieurs générations, et les chances favorables pour qu'une graine y fournisse des chambrées bonnes pour la reproduction s’augmentent en proportion de la qualité de la graine élevée. J'ai déjà fait observer que tous nos départements de petite culture, y compris la Corse, ont été depuis vingt ans, avec un mélange très-variable de succès et de revers, des sources de graines productives, et que, chaque fois qu'un éducateur de ces départements a vu son grainage devenir mauvais, ce malheur eût

pu être évité, si cet éducateur avait eu à sa disposition une mé-

LA PÉBRINE. 197 thode propre à lui indiquer le moment précis où la maladie allait envahir ses chambrées, Quand on le voudra, ces départements fourniront en abondance et d’une manière générale d'excellentes graines. Pour atteindre ce but il sufhrait que toutes les éducations y fussent faites avec des graines originairement bonnes. Que dans les chambrées du Lot, de la Corrèze, de Tarn-et-Garonne, de l'Aude, des Pyrénées-Orientales, des Hautes et Basses-Alpes, on ait la prudence d'élever exclusivement des semences saines, et plus des trois quarts des éducations de ces localités seront immédiatement en état de servir à la reproduction. On a calculé quil faudrait à la France un million d'onces de graines, ee qui suppose un maximum de dix mille onces seulement rendues propres au grainage. Nos départements de petite culture, en y comprenant la Corse, seraient en état de fournir ce contingent, en supposant mème que les départements de grande culture ne contribueraient en rien à l’approvisionnement. Mais les départements de grande culture auraient tort de se désintéresser dans cette grave question. La difhiculté d'y obtenir de bonnes chambrées pour graines y est plus grande que partout ailleurs, mais elle n'a rien d'absolu. Le nombre des éducations y est immense, et la maladie régnante est essentiellement contagieuse. C’est tout le secret de leur infériorité relativement aux départements de petite culture. Par les vents, par les vêtements, par le toucher, par les poussières des éducations, une masse énorme de corpuscules est en circulation et porte partout les germes du mal; que l'on se reporte aux expériences précises que j'ai faites sur l’influence de la poussière des déjections des vers corpusculeux; que l'on songe, d'autre part, que les litières des éducations sont un produit recherché, conservé avec soin pour engrais et surtout pour la nourriture des animaux pendant l'hiver; que l’on suppute enfin, d’après les observations contenues dans cet Ouvrage, la prodigieuse quantité de graines corpusculeuses qui sont élevées chaque année, et on pourra se faire une idée de la facilité avec laquelle le fléau doit se propager dans des contrées, où, pour ainsi dire, chaque habitation renferme une ou plusieurs éducations de vers à soie. Ajoutez à cela que la crainte d’un échec absolu, si

fréquent lorsqu'on n’élève qu'une seule sorte de graine, à amené la déplorable habitude d'en associer plusieurs dans un même local ou dans les locaux voisins. Le calcul des éducateurs est bien naturel : sur cinq ou six sortes, il y en aura bien au moins une, se disent-ils, qui nous donnera un rendement rémunérateur. Sans doute, mais cette chambrée productive, issue d’une graine souvent très-saine, deviendra impropre à la reproduction par la contagion qu'elle recevra de ses voisines.

Non, il n'y a aucune difliculté, tenant à la nature des choses, de faire de la graine dans les départements de grande culture. Il n'y règne aucune épidémie quelconque. Le mal s'y renouvelle chaque année depuis vingt ans : il s'y crée à nouveau par les mauvaises graines qu'on y prépare où qu'on y importe, et le jour où on élèvera, dans une localité de grande culture, seulement des graines privées de corpuscules, presque toutes les éducations y seront garanties contre la pébrine et deviendront, à ne considérer que cette maladie, propres à la reproduction. En d’autres termes, pour donner la maladie des corpuscules, il faut des corpuscules.

Mes expériences démontrent qu'à la veille d'une nouvelle campagne séricicole, il n'existe pour ainsi dire pas un seul corpuscule propre à reproduire sa race, bien qu'il y en ait par milliards répandus partout et très-reconnaissables au microscope. Les corpuscules de l’intérieur des œufs, et exclusivement ceux-là, sont aptes à se multiplier à l'infini; mais ceux-ci, mon procédé de grainage les supprime.

Sans rien changer à la situation présente, les départements de grande culture peuvent donner lieu à des grainages fructueux. IL suflit d'y redoubler de soins, d'y restreindre l'importance des éducations, de les isoler le plus possible des éducations voisines et d'éviter par-dessus tout que les personnes chargées de grandes éducations plus ou moins corpusculeuses s'occupent simultanément de ces petites éducations pour graines. Enfin, une condition plus expresse encore est de n’employer pour celles-ci que des graines irréprochables. Pour se procurer de telles graines absolument privées de la maladie des corpuscules,

il y à une pratique d'une süreté parfaite que je vais faire con-

naitre : elle consiste dans l'emploi du grainage cellulaire.

S III. — Du GRAINAGE APPELÉ «€ CELLULAIRE »,

Ce mode de grainage a pris une telle simplicité depuis que j'en ai démontré la rectitude, que ce n’est plus par pontes isolées ou par gramme qu'il est employé à la confection des semences pures, mais par 10, 20, 30, do et 100 onces à la fois. Il est devenu d’une pratique aussi commode et presque aussi rapide que le grainage ordinaire ancien.

Dans un cabinet ou une chambre peu éclairée, assez fraiche, ne recevant pas directement le soleil, tendez d’un mur à l’autre des ficelles passées dans des rangées de petits morceaux de toile de la dimension de celle de la figure ci-après. Dans une pièce voisine, également un peu obscure et fraiche, disposez verticalement les filanes des cocons que vous destinez au grainage. Voilà tout le travail préliminaire, il n’y a nul besoin de numéroter les toiles. Quant au nombre de celles-ci, il dépendra de la quantité de graine que vous désirez faire. Pour 1 once, il faudra préparer cent environ de ces petits carrés; pour 2 onces deux cents et ainsi de suite. D'ailleurs il n’y a pas lieu de disposer dès l’origine toutes les ficelles avec leurs toiles; car les rangées du premier Jour pourront être détachées et suspendues en paquets le troisième jour d’après, puisque les femelles du premier jour auront alors achevé leur travail. Il suffit done, à la rigueur, d’avoir assez de place pour la sortie des papillons pendant trois jours consécutifs seulement.

On laisse l’accouplement se faire comme dans un grainage ordinaire. Les couples sont réunis péle-mêle sur des tables quelconques. De 4 à 6 heures du soir, on porte séparément tous les couples sur les petits linges, puis aussitôt après on les désaccouple en jetant les males, sans s'inquiéter de leur état plus ou moins corpusculeux. Après que les femelles ont pondu, on les enferme chacune respectivement dans un coin de leur linge à

l’aide d’une épingle, en passant celle-ci de préférence au travers des ailes, pour que le papillon ne puisse voyager. On réunit ensuite Les extrémités de chaque ficelle, en s’arrangeant de façon

qu'il yait de l'air entre les linges, et, à temps perdu, pendant l’automne ou l'hiver, on examine au microscope chacune des femelles, en rejetant, au fur et à mesure, les pontes de toutes celles qui offrent des corpuscules.

Enfin, on réunit, en les détachant par lavage, toutes les pontes; puis, après dessiccation rapide à l'air, on conserve la graine dans une chambre située au nord, sèche et aérée. Il est bon de la renfermer dans des sacs de mousseline claire, jusqu’au moment de l’incubation, et toujours sous une faible épaisseur, d’un demicentimètre par exemple. On sait aujourd’hui, par les expériences précises de M. Duclaux, que le froid de hiver est nécessaire aux graines. Il ne faut donc pas le craindre, mais se défendre bien plutôt contre une température trop douce.

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Je n'ai pas besoin d’ajouter, de nouveau, qu'il ne faut jamais livrer au grainage cellulaire que des cocons d’une éducation irréprochable, particulièrement sous le rapport de la vigueur des vers et de l’absence de mortalité de la quatrième mue à la montée à la bruyère. Il est bon également de choisir des cocons aussi exempts que possible de corpuscules : cela diminuera le travail d'examen au microscope, pour une quantité de graine déterminée.

Dans la description qui précède, je n’ai pas tenu compte de l'examen des males. Je m’appuie sur les résultats des observations faites pour la première fois, simultanément, en France par M. de Rodez, directeur de la Magnancrie expérimentale de Ganges, et par M. Bellotti, conservateur du Musée civique de Milan. Ces habiles sériciculteurs ont reconnu que les males avaient très-peu ou même pas du tout d'influence sur l'infection des œufs. Néanmoins il faut craindre un affaiblissement communiqué à la graine par les mâles malades, indépendamment de toute présence effective des corpuscules dans les œufs.

Dans le cas où l’opérateur voudra procéder au grainage cellulaire dans les conditions d’une rigueur absolue, et examiner séparément, ou tout au moins ensemble, le mâle et la femelle de chaque couple, voici comment il devra procéder. Les couples seront placés dès le matin dans des casiers formés d’une multitude de petites cellules en bois ou en carton pareils à celui qui

Nu dE Lo. = ne à

est ici figuré. Le casier une fois rempli, on abaisse le couvercle,

formé d’un treillis métallique, qui permet la circulation de l'air, tout en empêchant le déplacement des papillons d’une cellule à l’autre. Le soir, on met séparément chacun des couples sur les diflérentes petites toiles. Aussitôt après, on désaccouple, en disposant au fur et à mesure chacun des màles dans un des coins de la toile, et en le retenant par une épingle, comme nous l'avons expliqué tout à l'heure. Après la ponte, la femelle sera placée de la mème manière à l’autre coin.

On peut encore disposer le bas des toiles en forme de sac, en repliant la toile sur elle-même et collant ses bords avec un peu de colle liquide. Au moment du désaccouplement, le male est enfermé dans le sac fermé par une épingle. Après la ponte, la femelle y est enfermée à son tour. La figure ci-jointe représente

cette disposition.

venant Le capciar D — — / | TOUTE TE

Il est très-souhaitable que des personnes soigneuses et intelligentes se livrent à la confection de la graine cellulaire, c'est-

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à-dire formée de la réunion des pontes pures. Ce commerce pourrait devenir très-lucratif, parce qu'il n’y aurait aucun inconvénient à élever beaucoup le prix de pareilles graines, et cela pour deux motifs : le premier serait justifié par les soins tout particuliers qu'exigerait ce genre d'industrie; le second, par la faible quantité de cette graine de choix dont chaque éducateur isolément aurait besoin, puisque 5 grammes, par exemple, d'une telle graine pourraient donner 8 à 10 kilogrammes de cocons, et ceux-e1 25 à 30 onces de graine, nombre d’onces bien supérieur à celui que chaque propriétaire élève annuellement en moyenne.

Les propriétaires emploieraient la graine cellulaire à des éducations qui leur fourniraient leur provision de graine industrielle, sans avoir besoin de recourir à des observations microscopiques. En effet, toute éducation portant sur quelques grammes d'une graine cellulaire dont la marche n'aurait rien laissé à désirer de la quatrième mue à la montée, et dans les conditions d'isolement dont j'ai parlé, pourrait être hardiment livrée au grainage. Dans ce cas, la réussite serait une garantie suffisante pour la reproduction. Le microscope pourrait alors ne se trouver qu'entre Îles mans de personnes d'autant plus habiles à s’en servir qu'elles y scraicnt plus exercées.

La flacherie héréditaire n'est jamais à craindre quand on à constaté l’agilité et la vigueur des vers à la montée, et, d'autre part, une graine cellulaire bien élevée ne peut être envahie par la pébrine une première fois, à un degré assez marqué, pour offrir un nombre inquiétant de papillons corpusculeux, et surtout qui le seraient de façon à donner une graine improductive industricllement.

$ IV. — DE LA PRÉFÉRENCE À DONNER A L'EXAMEN DES PAPILLONS RELATIVE- MENT A CELUI DES OEUFS POUR SE PROCURER DE LA GRAINE EXEMPTE DE PÉBRINE.

Je vais passer en revue quelques propositions qui font connaître toute la supériorité de la méthode de l'examen des papillons relativement à celui des œufs.

1° Nous savons qu'il existe deux sortes de graines non corpusculeuses, les unes issues de papillons non corpusculeux, les autres de papillons corpusculeux. L'étude microscopique de la graine ne peut rien apprendre sur cet état antérieur des reproducteurs. Or on ne saurait admettre que la vigueur des vers ne se ressente pas, dans une certaine mesure, de l’état maladif des parents, indépendamment mème de la présence effective des corpuscules dans leur génération.

2% La variation apparente de la proportion des œufs corpusculeux dans une graine, variation qui est souvent considérable avec l’époquedes observations, diminue beaucoup dans la pratique la facilité de Ta méthode d'examen microscopique des graines, en exigeant que celui-ci ait lieu sur des graines à l’incubation ou sur des vers éclos. Ce n’est que dans les cas où l’on a affaire à de très-mauvais lots de graines, qu’on peut se dispenser de suivre

cette prescription Cre

(1) I n’est peut-être pas inutile de donner ici quelques exemples de la vérité du principe dont il s’agit, principe énoncé pour la première fois, comme nous l’avons vu, par Je savant naturaliste Carlo Vittadini.

Voici quelques observations faites sur les chrysalides et les papillons d’un lot de 91 kilogrammes, et ultérieurement sur les graines et les vers issus du grainage auquel ces cocons ont donné lieu.

La montée à la bruyère a eu lieu le 29 et le 30 mai 1868.

Le 10 juin les chrysalides montrent 50 pour 100 de sujets corpusculeux. Tous les papillons furent très-corpusculeux.

Le 29 août on a examiné un à un trente œufs, dont voici les observations :

Î. Oo corp. par champ. 11. o corp. parchamp. 21. 1 corp. par champ. ée 0 » 1e: (e) » pa à I »

svp » 1650 » 26. 2 »

Tr É 10 » 14 0 » sf 0 »

Soit 33 pour 100 d'œufs corpuculeux.

Le 3 avril 1869 on a trouvé 70 pour 100 d'œufs corpusculeux. Voici maintenant les observations portant sur les vers à l’éclosion :

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3° Il y a une extrème diflérence entre la facilité d'observation des corpuscules dans les papillons et dans les œufs.

Les papillons n'apparaissent qu’au bout de trois semaines environ après la montée à la bruyère; il y a done au minimum trois semaines que le parasite a été introduit dans l’animal, quand on procède à l’examen des papillons : aussi, en général, le papillon, dès l'instant de la sortie, offre un grand nombre de corpuscules par champ : pareille chose n’arrive pour les œufs, que si l'embryon est déjà très-développé. D'ailleurs il importerait peu, à

Le 23 examen de 20 vers, 75 pour 100 de corpusculeux. 2/ » » 85 » »

Il importe de remarquer qu'après l’examen de chacune des séries de 20 vers, on rejetait tous les autres vers éclos le jour de l’examen. Chacune des séries d’observations a donc porté sur des vers de levées successives.

Autre exemple. Le 12 avril 1809 on examine une graine corpusculeuse avec un très-grand soin.

1. ocorp. par champ. 11. o corp. par champ. 21. 5 corp. par champ. LE » 12020 » 220006 »

HE) » 3080 x 31 20 »

Da ren » 15. À » 20 0 » 6. O0 » 16. I » 26. (8) »

à A » 1720081 » US »

Voici maintenant l'examen des vers à l’éclosion; comme pour l’exemple précédent, chaque série d’observations a porté sur la /evée du jour :

Le 3 mai, examen de 20 vers 50 pour 100 de corpusculeux.

11 et 12, (fin de l’éclosion) 89 » »

la rigueur, qu'on jugeàt sains des papillons à un, deux et trois corpuscules par champ, tandis que des œufs qui montreraient ce petit nombre de corpuscules donneraient lieu à des vers extrèmement mauvais et propres à rendre malades, par contasion, une foule de vers sains.

La planche ci-jointe représente un champ de microscope dans l'observation d’un œuf sain : placez par la pensée, parmi tous Îles globules de ce champ, un ou deux corpuscules ordinaires, il faudra assurément une certaine habileté chez l'observateur pour les apercevoir. Or, je le répète, l'erreur, sans conséquence quand il s’agit du papillon, peut devenir très-préjudiciable s'il s’agit de Pexamen d’un œuf.

4° J'ai déjà fait observer que toutes les méthodes de distinction des bonnes et des mauvaises graines avaient le tort grave de présupposer l'existence de la graine. D'une part, la graine reconnue mauvaise doit être jetée : elle est donc perdue pour l’industrie, ainsi que les cocons qui ont servi à la reproduire. L'examen des papillons n'entraine à aucune perte. Si, d'autre part, cette graine mauvaise est élevée (et on peut ajouter que c’est le cas or ARE pour ne pas dire que cela arrive toujours), non-seulement il en résulte des pertes individuelles, plus ou moins considérables, mais le mal est entretenu et propagé, puisque ce mal est éminemment contagieux. À quoi bon d’ailleurs faire une graine pour rechercher ensuite sa qualité? Il est mille fois préférable de pouvoir l’étudier en quelque sorte avant qu’elle soit faite.

5° Si la fabrication des graines ne peut être faite loyalement que sous la seule garantie de l'examen microscopique avec leur confection et leur mise à l’incubation l’année suivante, c’est un commerce frappé d’impuissance, et nécessairement soumis à la tentation continuelle de devenir illicite, parce que le fabricant hésitera toujours à détruire une graine reconnue mauvaise, après qu'elle aura été produite. Je l’ai déjà dit, et je ne saurais trop y insister, l'application de ma méthode de grainage permet, au contraire, la fabrication de la graine avec toutes les garanties d’un commerce très-loyal.

"4 » " P Lackerbauer ad. nat, del, Picart s

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