‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 65 sur 97 · S IE. — INDÉPENDANCE DE LA PÉBRINE ET DE LA FLACHERIE · texte numérisé non relu

S IE. — INDÉPENDANCE DE LA PÉBRINE ET DE LA FLACHERIE

\les expériences de 1866 nr'avaient démontré toute l'extension

de la maladie des corpuseules et sa désastreuse influence. À elle

(1) Cette dénomination est préférable, parce qu’elle évite un mot composé. È 1

seule, elle eût amplement sufli pour motiver les plaintes de la sériciculture. Le nombre des œufs souillés de cette production anormale dans les divers lots de graines indigènes qui avaient servi aux éducations de 1866 était immense, incaleulable, Dans ces sortes de graines dont les échecs étaient si multipliés, on trouvait un quart, un tiers, moitié des œufs, et souvent davantage, offrant des corpuscules. Il y avait des chambrées entières où presque tous les vers étaient remplis de ces petits corps, souvent dès leurs premiers äges; ces chambrées amenaient invariablement les insuccès les plus déplorables, Tout à côté, au contraire, des graines, des vers, exempts de corpuscules, offraient quelquefois de très-belles récoltes. Ces faits étaient la confirmation des observations des naturalistes italiens, mais ils étaient entourés de eirconstances exceptionnelles et contradictoires d’une telle gravité, que l'importance donnée à la présence des corpuscules paraissait à tous exagérée. L'opinion qui tendait à prévaloir était de considérer simplement ces petits corps comme un effet de la maladie, et non comme sa cause (1.

La méthode que j'avais adoptée pour létude des diverses questions se rattachant à lexistence du fléau ne pouvait laisser régner longtemps une pareille incertitude, qui remettait tout en

question.

(1) M. Cornalia s’exprimait ainsi dans un de ses comptes rendus annuels sur la maladie et les travaux auxquels elle avait donné lieu : « Pour revenir encore un

moment sur la maladie des vers et sur sa nature, je dirai, que sa cause première

est encore inconnue; il y en a qui l’attribuent à un miasme, d’autres à une con-

tasion, d’autres à la feuille du mürier, d’autres à des parasites de la feuille ou

du ver. Que l'une de ces causes soit démontrée, je ne refuserai pas de l’admet-

tre : les corpuscules sont la cause prochaine de la mort. D'où viennent-ils ? Sont-

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ils un effet de l’altératien de quelque fonction, telle que la respiration, la nutrition, celle de la peau ou de quelque viscère ? »

Aujourd’hui encore bien des personnes prétendent que les corpuscules sont « des

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» effets de la maladie, des produits anormaux qu’elle laisse après elle. » Elles supposent gratuitement que des papillons non corpusculeux pourraient porter en euxmêmes « une diathèse morbide qui serait, à proprement parler, la gattine ou la » maladie régnante dont les corpuscules ne seraient que les effets, se développant » beaucoup plus tard dans la graine ou dans les vers après l’éclosion. » Toutes ces hypothèses sont contraires aux principes les mieux démontrés par l'expérience.

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La comparaison rigoureuse des éducations de pontes provenant de couples dont j'avais examiné les chrysalides et les papillons, mäles et femelles, sous le rapport de la présence ou de l'absence des corpuscules, ne devait pas tarder à démontrer avec une grande évidence les funestes effets de cet organisme microscopique et le faire considérer comme la cause immédiate et directe du fléau.

En eflet, ces expériences, que j'avais déjà tentées en 1865-1866, mais sur une échelle restreinte et qui laissaient encore place au doute, me conduisirent en 1866-1867, ainsi que je l’ai expliqué dans la première Partie de cet Ouvrage, et par les preuves les plus multipliées, aux propositions suivantes : 1° dans aucun cas des papillons privés de corpuscules ne donnent un seul œuf qui en possède; 2° les pontes issues de parents corpusculeux offrent souvent des corpuscules dans un certain nombre de leurs œufs, et alors l'importance de la récolte est ordinairement en relation directe avec l’infection de la graine: nulle, quand cette infection est très-accusée ; plus ou moins abondante, suivant qu’il y a dans les pontes élevées moins ou plus d'œufs individuellement corpusculeux. Ces expériences m'avaient permis, en outre, de constater qu’à la seule condition d'opérer dans une magnanerie propre, lavée et nettoyée avec un grand soin, très-aérée et assez loin d’autres éducations malades, les graines issues de parents non corpusculeux peuvent fournir, à leur tour, de nouveaux reproducteurs parfaitement sains, alors mème qu’on opère dans un pays réputé très-infecté, comme le département du Gard (1). Enfin le caractère contagieux de la maladie des corpuscules jetait sur tous ces faits une lumière inattendue. Si la présence des corpuscules était toujours le fait de l’hérédité ou de la contagion; s'il était facile de les empêcher d’apparaître, mème dans les localités

(1) J'ai dit ailleurs les soins de propreté que j’apportais dans mes expériences ; lavage du parquet de la magnanerie à plusieurs eaux; blanchissage des murs à la chaux ; désinfection pendant vingt-quatre heures, toutes ouvertures closes, à l’aide de fragments de chlorure de chaux recouvrant le plancher; aération; badigeonnage des agrès au sulfate de cuivre. Dans le cours de l’éducation, enlèvement des poussières avec éponge humide, délitage hors de la magnanerie.

où le fléau était le plus destructeur, quel besoin y avait-il de s’arrèter à l'hypothèse d’une autre maladie dont ils seraient la conséquence? Le corpuscule devenait nécessairement, et tout à la fois, cause et signe visible du mal régnant. C'était lui seul qu'il fallait combattre.

Ces observations, et les pratiques qui en étaient la conséquence immédiate, ne contenaient rien moins que la solution complète du problème séricicole. Mais au moment même où Je recueillais ces précieux enseignements et où le fléau paraissait devoir être désormais facilement conjuré, la question se compliqua pour moi de Pexistence d’une deuxième maladie, indépendante de la pébrine, et non moins redoutable (1).

Aux essais précoces de 1867, sur seize pontes provenant de parents non corpusculeux, quinze réussirent, mais la seizième périt presque entièrement entre la quatrième mue et la montée à la bruyère. Les vers mouraient tout à coup après avoir montré la plus belle apparence; dans une éducation de cent vers, je relevais chaque jour dix, quinze, vingt morts qui devenaient noirs et pourrissaient avec une rapidité extraordinaire, souvent dans l'intervalle de vingt-quatre heures. Quelquefois après la mort, ils étaient mous, flasques, pareils à un boyau vide et plissé. La planche ci-jointe est Ta reproduction photographique de trois vers flats ayant cet aspect, d'où est venue l'expression vulgaire de maladie des tripes dans quelques localités. Favais beau rechercher dans ces vers la présence des corpuscules, il m'était impossible d’en rencontrer la moindre trace; on n'y voyait à l'ordinaire que les vibrions de la putréfaction (2); enfin ces vers ne montraient jamais les vraies taches de la pébrine. En consultant les Auteurs qui avaient écrit sur la maladie des vers à soie, je ne pouvais douter que j'eusse sous les yeux un exemple caractérisé de la ma-

ladie des morts-flats.

(1) Voir ma lettre à M. Dumas, datée d’Alais, le 30 avril 1867, t. Il, p. 21r. (2) La présence des vibrions dans des vers malades a été signalée pour Ja première fois, par M. Joly, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, dans un

Mémoire intitulé : Sur les maladies des vers à sote et sur la coloration des cocons par l'alimentation du Chica, Mémoire lu à l’Académie des Sciences dans la séance

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