VERS SAINS __RACES DE PAYS
Les symptômes du mal étaient multiples et changeants, à le considérer, du moins, dans ses apparences extérieures. Quelquefois, dès l’instant de l’éclosion de la graine, la maladie s’annoncçait par l'existence d’une foule d'œufs stériles ou par une mortalité considérable des vers dans les premiers jours de leur naissance. D’autres fois, le plus souvent même, l’éclosion était excellente et complète et les vers arrivaient jusqu’à la première mue. Mais celle-ci se faisait mal; un grand nombre de vers, prenant peu de nourriture à chaque repas, restaient plus petits que les autres, avec un aspect un peu luisant et une teinte noirâtre. Ils étaient encore dans cet état lorsque les autres s’alitaient, ou déjà sortaient de la mue. Par suite, au lieu de vers réguliers, bien égaux, parcourant ensemble toutes les phases de cette première mue, ainsi que le montre la planche ci-jointe, l'éducation commencait à présenter une inégalité sensible qui s’accusait de plus en plus à chacune des mues suivantes.
Parallèlement à ces symptômes, il était facile de constater une mortalité plus ou moins sensible. Les vers qui meurent dans les premiers âges se dessèchent, se mêlent et se confondent aux débris de la litière, et il faut quelque attention pour retrouver leurs cadavres. Dans les circonstances dont je parle, le magnanier n'avait pas besoin de recourir à une observation attentive des litières pour se convaincre des pertes qu'éprouvait sa chambrée. Un des meilleurs signes du bon état de santé des vers est dans la place qu’ils occupent sur les tables. Elle doit s’accroître en quelque sorte quotidiennement. Il faut que les vers foisonnent, pour ainsi dire, comme si chaque jour leur nombre devenait plus grand. Sous linfluence de la terrible maladie, au contraire, les tables se recouvraient avec une désespérante lenteur, et, quand arrivait le dernier âge, l’espace utilisé dans la magnanerie était à peine la moitié, le tiers, le quart ou moins encore, de la surface nécessaire à une éducation saine d’égale importance.
Le mal se présentait quelquefois dans des conditions sinon plus fatales, du moins plus cruelles, car les déceptions succédaient à des espérances prolongées. La chambrée avait offert une tresbonne marche jusqu’à la troisième et même jusqu’à la quatrième
mue ; l'égalité et la santé des vers ne laïssaient rien à désirer; mais bientôt après la sortie de la quatrième mue, dès cette époque même, on commençait à craindre un insuccès : les vers sortant de la quatrième mue ont une teinte naturellement jaunätre, qui disparaît peu à peu les jours suivants. Or il arrivait que des vers en grand nombre conservaient cette couleur de rouille sans blanchir, comme c’est la règle lorsqu'ils sont sains. Ces vers rouillés prenaient bien à chaque repas un peu de nourriture, mais bientôt ils s’éloignaient de la feuille. Il en résultait une extrème inégalité dans l’éducation ; Les tables étaient couvertes de vers offrant toutes les tailles, depuis celle de fa quatrième mue jusqu’à celle de vers prêts à monter à la bruyère. En mème temps, on voyait le Corps des vers malades se tacher progressivement de meurtrissures noires irrégulièrement disséminées sur la tête, sur les anneaux, sur les fausses pattes, sur l’éperon. Cà et là, d’autre part, on apercevait des vers morts; en soulevant la litière, on en trouvait en grand nombre.
On pressent aisément ce que pouvait être la récolte dans ces tristes circonstances. Une once de graine de 25 grammes fournissait à peine 1, 10, à kilogrammes de cocons et même moins, la plupart très-faibles en soie. Trop souvent le mal était plus intense encore, et le magnanier se voyait contraint de jeter ses vers avant de mettre la bruyère. Le lecteur aura peine à comprendre que les deux planches suivantes représentent deux éducations de vers exactement du même äge, nés le mème jour, en même nombre, nourris de la mème feuille. Tels sont quelques-uns des effets de cette redoutable maladie.
Il y avait enfin une dernière forme du mal qu'il importe essentiellement de distinguer de celle que je viens de décrire. Non-seulement les vers avaient eu la marche la plus régulière durant toutes leurs mues, y compris la quatrième , mais en outre la sortie de cette dernière, considérée à juste titre comme la plus critique, s'était faite dans les meilleures conditions, et les vers approchaïent de la montée à la bruyère, en donnant à l’éleveur les espérances les mieux fondées. Tout à coup, particulièrement vers l’époque de la grande fraize, on pouvait s’apercevoir que les
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