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LA! FLACHERIE. 229
abondent dans les matières du canal intestinal, les fonctions digestives se trouvent suspendues, et les parois du canal ne tardent pas à s’altérer. Perdant promptement leur élasticité et leur résistance, ces parois se comportent bientôt comme de la matière organique morte : elles pourrissent et se perforent sous J'action des vibrions qui se répandent alors dans tout le corps de l’insecte, lequel noircit progressivement. La planche ci-après représente en G un ver mort de flacherie, dont la mort était toute récente; on dirait un ver vivant : son canal intestinal est rempli de nourriture non digérée, où pullulent des vibrions. Sous leur influence, cette matière se liquéfie et le ver s’affaisse sur lui-même, sa peau se plisse; c’est ce que représente la figure F. Bientôt les tuniques de l’intestin se perforent, et les vibrions se répandent dans tout le corps. C’est alors que le ver devient noir, que tous ses tissus pourrissent et qu'il est impossible de le toucher sans qu’il se résolve en une sanie infecte où les vibrions fourmillent en nombre extraordinaire. La figure E montre ce progrès de la putréfaction. C’est quand des effets de cette nature se produisent dans les chrysalides, qu'on trouve des cocons fondus; aussi l’abondance plus ou moins grande de pareils cocons est-elle l’indice d’une éducation qui a été atteinte de la maladie des morts-flats, à moins que la grasserie, ce qui arrive quelquefois, n’ait été cause de la présence des fondus.
J’ai dit que les vibrions pouvaient exister dans les chrysalides, et même dans les papillons. Cette circonstance s'explique aisément : que les vibrions commencent à se montrer dans le canal intestinal des vers seulement au moment où ceux-ci sont prêts à filer leur soie, la transformation en chrysalide pourra avoir lieu, c'est-à-dire que la multiplication et les ravages des vibrions n’auront pas le temps de se produire au degré nécessaire, pour faire périr le ver avant qu’il devienne chrysalide. Par la même raison on conçoit que dans ces conditions, la mort de la chrysalide puisse être retardée plus ou moins, et que le papillon luimême puisse se former : ce cas se présentera lorsque la multiplication des vibrions aura été suflisamment lente, et telle est l'explication de la présence possible des vibrions jusque dans le
papillon (1). Mais, je le répète, dans les cas de flacherie, surtout quand le mal est très-accusé, c’est dans le ver encore sur la litière, ou sur la bruyère que les vibrions pullulent et de façon à amener la mort avant qu'il s’enferme dans son cocon.
Les choses se passent tout autrement et comme à l'inverse de ce qui précède lorsqu'on a affaire au ferment en chapelet de grains figuré dans les planches des pages 234-235. Alors il est rare que la fermentation des matières contenues dans le canal intestinal entraine la mort du ver, surtout si le petit ferment dont il s’agit ne s’est développé que dans les derniers jours de la vie de Ja larve avant la montée à la bruyère (2). La maladie des vers se traduit dans ce cas par un état languissant, par une grande lenteur de mouvements lorsqu'ils montent sur la bruyère, ou qu'ils commencent à filer leur soie. Néanmoins ils peuvent faire leurs cocons, se transformer en chrysalides, celles-ci en papillons et ces papillons avoir mème le plus bel aspect.
Dans ces conditions, la récolte en soie peut s'élever à 40, 90 et 5 kKilogrammes par once de 25 grammes, puisqu'il n’y a pas
de mortalité sensible chez les vers; mais l’état des chrysalides et
(1) Je parle ici, bien entendu, de papillons qui montrent des vibrions étant encore pleins de vie; je laisse de côté le cas de papillons conservés morts dans un lieu humide, ou, ce qui revient au même, réunis en masse épaisse dans un lieu quelconque. Les papillons peuvent alors pourrir à la manière de toutes les substances organiques mortes, et se trouver remplis de vibrions. C’est là une putréfaction ordinaire, et ces vibrions ne peuvent être comparés aux vibrions de la flacherie, ni avoir la signification que nous venons d'attribuer à ces organismes dans les conditions précitées.
(2) Cependant j'ai vu des exemples de cette mortalité sur la plus grande échelle. Dans une magnanerie située sur la montagne, placée au nord-est de notre habitation de Pont-Gisquet, près d’Alais, au quatorzième repas après la quatrième mue, on donna, aux vers d’une éducation de neuf onces, de la feuille mouillée par un brouillard intense du matin. En moins de vingt-quatre heures, les vers, jusque-là admirables, cessèrent de prendre de la nourriture, et la mortalité commenca. Le canal intestinal de ces vers était rempli de feuille et distendu par une matière spumeuse. L'examen microscopique ne décélait pas trace de vibrions, mais une grande abondance du ferment en chapelets de grains. En incisant la peau des vers, le canal intestinal sortait en bourrelets, et l’on voyait se rassembler sous la tunique transparente de petites bulles de gaz produites par la fermentation de la feuille renfermée dans le tube digestif.
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