VERS FLATS
LA FLACHERIE. 291
des papillons laisse beaucoup à désirer sous le rapport d’une bonne reproduction. Bien que les vers soient atteints de flacherie à un degré assez faible pour qu'ils ne périssent, ni à l’état de vers, ni à l’état de chrysalides, ils sont affaiblis. Or il arrive fréquemment que cet affaiblissement se traduit dans leur génération prochaine, par une prédisposition plus ou moins prononcée à la flacherie, et plus ou moins dificile à guérir par des soins hygiéniques.
Plusieurs circonstances peuvent servir à reconnaitre l’affaiblissement dont nous parlons, et par suite le danger que l’on court en livrant au grainage une chambrée placée dans les conditions précédentes. Un des meilleurs critériums consiste dans une observation attentive des vers lorsqu'ils montent à la bruyère. Tout éducateur un peu exercé qui a le sentiment de la vigueur propre aux bons vers à l’époque de la montée n'aura pas besoin de recourir au microscope, pour s'assurer de l’état maladif de sa chambrée. La montée est lente, elle dure plusieurs jours, les vers restent des heures entières immobiles sur les brindilles, dont ils garnissent quelquefois le pied comme s'ils hésitaient à aller plus avant. C’est alors que nos vieux magnaniers brülaient de l’encens., du thym, des parfums, faisaient des feux de flamme ou élevaient de plusieurs degrés la température de Ta magnancrie, afin de ranimer les vers, car alors le moindre accident, la moindre eirconstance nuisible peut entrainer la perte de Ta chambrée Ge serait une grande imprudence que de faire de la graine avec les papillons d’une éducation qui a présenté ces symptômes à un degré plus ou moins marqué, quelle que fût d’ailleurs sa réussite, comme produit en cocons. Combien de fois n’arrive-t-il pas que cette observation des vers au moment de la montée à la bruyère est complétement laissée de côté par l’éducateur qui ne prend conseil, à l’ordinaire, que de lPabondance de la récolte ou de la beauté des cocons, pour savoir s’il doit ou non livrer ceux-ci au grainage! Bien plus il fait grainer le plus souvent des cocons qu'il n'a point obtenus lui-mème, et l’année suivante il s'étonne de voir la flacherie décimer ses éducations; alors il accuse la mala-
die, sa mystérieuse influence, et demande des remèdes à des
maladies que par négligence il à fait naître, en prenant pour reproducteur des papillons affaiblis. Sr s'érais ÉDUCATEUR DE VERS À SOIE, JE NE VOUDRAIS JAMAIS ÉLEVER UNE GRAINE NÉE DE VERS QUE JE N'AURAIS PAS OBSERVÉS À MAINTES REPRISES, DANS LES DERNIERS JOURS DE LEUR VIE, afin de constater leur vigueur, c’està-dire leur agilité au moment de filer leur soie. Servez-vous de graines provenant de papillons dont les vers sont montés avec prestesse à la bruyère, sans offrir de mortalité par la flacherie de la quatrième mue à la montée, et dont le microscope aura démontré la sanité au point de vue des corpuscules et vous réussirez dans toutes vos éducations, si peu que vous connaissiez l’art d'élever les vers à soie.
Quand ces observations pratiques sur l’état des vers destinés à la reproduction n’ont pu avoir lieu, comment se renseigner sur la qualité des cocons pour graine, sous le rapport de la prédisposition possible à la flacherie par hérédité? Dans ce cas, il importe de ne livrer au grainage que des cocons dont les chrysalides auront été étudiées au microscope, et qui ne présenteront pas le ferment en chapelets de grains dont j'ai parlé précédemment (ou des vibrions), car il est facile de reconnaitre que l’état languissant des vers au moment de la montée est précisément dù à ce que les dernières portions de feuille ingérée fermentent dans le canal intestinal sous l'influence de ce ferment (1).
Cet examen microscopique n'offre pas de dificulté sérieuse; 1l ne demande qu'un peu d'exercice.
La planche représente :
À une chrysalide vue de dos,
C une chrysalide vue du côté de Fabdomen,
D et E des chrysalides ouvertes de manière à mettre à nu les organes internes.
Dans la chrysalide, Pintestin, considérablement réduit par
(1) Toutefois il me paraitrait téméraire d'affirmer que l’affaiblissement héréditaire d’une graine prédisposant les vers à la flacherie est constamment occasionné par une fermentation de la feuille dans les larves des papillons producteurs de cette graine, bien que, jusqu'ici, je n’aie pas de motifs sérieux de croire que la flacherie par hérédité ait d’autres causes que celles que j‘indique.
P Lackerbauer ad. na. pinæ { Picart sc
Ver près de se chrysalider Chrysalides __ Chrysalides ouvertes.
PT. poche vomacale PC poche cæcale
Imp, Geny -Gros , faris
‘ LA FLACHERIE. 233
rapport à ce qu'il était dans la larve, offre essentiellement sur son parcours deux renflements ou poches, que l’on peut désigner sous les noms de poche stomacale(p. s.) et de poche cœcale(p. ce... Celle-ci est destinée à recueillir le liquide que les papillons rejettent avant ou après l’accouplement, liquide ordinairement troublé par une poussière de sels uriques, peu solubles dans l’eau, mais solubles dans les acides et les alcalis.
Voici la marche à suivre pour s’assurer de la présence ou de l'absence du petit ferment en chapelets de grains dans le canal digestif de la chrysalide, et pour conclure par suite, rétrospectivement, à la présence ou à l’absence d’un état de fermentation de la feuille dans le ver au moment de la montée à la bruyère : coupez en deux la chrysalide avec des ciseaux fins à la hauteur de la ligne mn, un peu au-dessous des extrémités des ailes, puis découpez la paroi du thorax, de facon à mettre à nu la boule p.s. comme dans les figures D et E, retirez ensuite cette boule avec de petites pinces. La portion fortement atrophiée du tube digestif, qui réunissait les deux poches p. s. et p. c., a été coupée par les eiseaux. La poche stomacale ne tient donc plus au corps de la chrysalide que par l'extrémité antérieure du tube digestif, mais celle-ci cède au moindre eflort. Déposez alors fa petite boule sur une lame de verre, grattez-en l’enveloppe graisseuse, très-molle, qui enferme son contenu dont vous prendrez un très-petit fragment, de la grosseur, par exemple, d’une tête d’épingle, que vous délayerez dans une goutte d’eau en un endroit propre de la lame de verre, puis recouvrant d’une lamelle, observez au microscope avec un grossissement de 400 diamètres environ. La moindre habitude donne à ce travail une grande célérité. Il est bon d’extraire de suite une vingtaine de ces poches, prises dans un pareil nombre de chrysalides, et que l’on dépose sur autant de lames de verre. On peut même laisser sécher le contenu de ces poches pour en détacher plus tard de petits fragments qui sont examinés à loisir. La dessiccation ne nuit pas à une étude microscopique ultérieure. D'ailleurs ce contenu des poches stomacales, de nature plus ou moins résineuse, est imputrescible, de telle sorte que les constructeurs de microscopes pourront facilement, s'ils le veulent,
fournir de cette matière avec ou sans ferment pour servir de spécimen à des observations d'études.
Dans les premiers jours de la formation de la chrysalide, le contenu de la poche stomacale est en général très-liquide, ce qui est gênant pour l'extraction et la séparation des matières. Il est donc convenable de faire les observations sept ou huit jours après la montée, époque à laquelle le contenu de Ta poche a pris une consistance plus ferme. Celle-ci est résinoïde, particulièrement dans les cas de bonne santé des chrysalides et d'absence du petit ferment. Les planches ci-après représentent ce ferment, ses dimensions et son aspect au grossissement de 400 diamètres. Il est associé à divers débris de feuille, de trachées, de cellules de chlorophylle. Ces matières accompagnent ordinairement le petit ferment dans la poche stomacale des chrysalides, parce que la digestion de la feuille est incomplète, toutes les fois qu'elle est soumise à la fermentation.
Dans ces conditions, d'autre part, les vers accomplissent mal l'évacuation des substances dont ils doivent se débarrasser naturellement avant de filer leur soie. Aussi trouve-t-on un troisième caractère propre à déceler les dispositions maladives des chrysalides dans l'aspect de Ta poche stomacale. Les matières y sont plus abondantes; elles ont une teinte verdâtre foncée, et ultérieurement les déjections des papillons, au lieu d’être incolores ou d'une couleur jaune paille, ou légèrement orangée, sont d'un gris ou d’un brun noiratre, et très-tachantes pour les linges qui servent au grainage. Aussi, quand on a pris l'habitude des observations dont nous venons de parler, il arrive souvent que l'aspect, la couleur, la consistance de la poche stomacale et de son contenu suffisent pour décider de l’état de santé des chrysalides et des vers, sous le rapport de la flacherie, et du danger qu'il peut y avoir à laisser éclore les cocons et à livrer les papillons au graiïnage.
Les maladies humaines offrent maints exemples d’affections cutanées qui sont en correspondance directe avec des altérations de la muqueuse intestinale. En ce qui concerne les vers à soie,
ob !
pa déjà prouvé que les taches ou pétéchies de la pébrine étaient
NT