‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 75 sur 97 · TÉMOIN DE LA MALADIE DES MORTS-FLATS · texte numérisé non relu

TÉMOIN DE LA MALADIE DES MORTS-FLATS

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manifestement consécutives du développement des corpuscules, à la surface et dans l'épaisseur des tuniques du canal digestif de l'insecte. Il est remarquable que, dans la flacherie, une circonstance analogue se présente, malgré la grande différence de nature des deux maladies. Sous l'influence de la fermentation de la feuille dans le tube digestif des vers, les muqueuses de l'intestin s’altèrent visiblement. Or, on peut constater facilement que la peau extérieure de ces vers est modifiée et qu'elle prend notamment une teinte rosée sur toutes les parties du corps, d’autres fois accusée seulement sur les côtés, sur et près les moignons des fausses pattes. La figure À de la planche, p. 230, représente un ver chez lequel la couleur rose de la peau était extrèmement prononcée. À l'ordinaire, elle l’est sensiblement moins. Quoi qu’il en soit, il y a ici une quatrième indication, bonne à consulter quand on recherche les symptômes de la flacherie dans une éducation en vue d'un grainage.

Cette teinte rosée de la peau est-elle toujours en rapport avec la fermentation de la feuille dans le canal intestinal ? Mes observations sont insuffisantes sur ce point. Les vers atteints de muscardine ont souvent une teinte rosée. Diverses causes paraissent donc pouvoir produire cet effet de coloration anormale.

Les observations qui précèdent, sur la nature de la flacherie, ont été communiquées par moi au Comice agricole d’'Alais, dans sa séance du 1° juin 1868, développées et complétées dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture, publié au mois d'août de la même année. Elles ont été précisées de nouveau dans ma lettre à M. Dumas, datée d’Alais le 22 mai 1869.

Depuis lors, M. le D' E. Verson à publié, à la date du 15 août 1869, un Mémoire intitulé : Études sur la flacherie des vers à soie, Mémoire inséré dans le journal séricicole du D° Haberlandt. M. Verson établit une relation entre la flacherie et une formation surabondante des cristaux dans les tubes de Malpighi, qu'il désigne, avec quelques naturalistes, du nom de canaux urinaires. « On a vainement cherché jusqu'ici, dit cet Auteur, une cause matérielle à laquelle on püt attribuer la destruction des éducations en apparence les plus belles. » Puis, après avoir rap-

pelé brièvement mes dernières observations, M. Verson ajoute : « L'action d'un ferment est incompatible avec le mode de développement de cette maladie (1). »

Le D' Haberlandt s’associa peu de temps après aux remarques critiques de son collaborateur. Après avoir résumé les points principaux de ma Communication à l’Académie des Sciences, en date du 31 mai 1869, le savant directeur de l’Institut de Goritz conjecture que « les vibrions et le ferment en chapelet ne sont pas la cause, mais la suite de la maladie, la conséquence d’une décomposition du sang pendant que l’insecte vit encore. »

ions Notons aussi, ajoute M. Haberlandt, que les vibrions et les chapelets étant deux choses différentes, on ne comprend pas pourquoi les uns sont signe de flacherie dans les vers, quand les autres le sont dans les chrysalides et les papillons.

ua M. Pasteur ne parle pas du tout du caractère auquel le D' Verson reconnait la flacherie, et qui consiste dans la présence d’une quantité extraordinaire de cristaux dans les vers flats (2). »

Dans un autre article faisant suite au précédent, on lit les passages suivants : « M. Pasteur annonce qu’on peut donner la flacherie aux vers sains en salissant leur feuille avec les matières de l'intestin des vers flats. Mais on doit se demander si la présence de vibrions dans le sang des vers est un signe que la flacherie existe; nous en doutons. Bien avant qu'on trouve dans le sang des germes de vibrions et des vibrions, la flacherie est accusée par la quantité anormale des cristaux. La formation de ces derniers est la conséquence d’un trouble dans la nutrition et l’assimilation. Ils obstruent les conduits rénaux, arrêtent les liquides, empêchent l’excrétion des matériaux devenus inutiles ; le sang est empoi-

sonné, il se décompose, et alors apparaissent les vibrions, dont Ja

(1) Ma dernière Communication du 31 mai 1869 à l’Académie des Sciences est reproduite t. II, p. 283.

(2) Extraits du Journal de la station séricicole de Goritz, n° du 15 septembre

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présence indique la décomposition du sang; elle est un des derniers phénomènes qui accompagnent la flacherie (1) ».

Ces critiques me portent à penser que l’habile directeur de la station séricicole de Goritz s’est rendu un compte inexact de mes observations. Îl parait croire que je constate la flacherie par la présence des vibrions dans le sang des vers à soie, et que c’est dans le sang que les vibrions prennent naissance. M. Haberlandt oublie en cela l'idée fondamentale que j'ai exposée, pour la première fois, dans ma Note du 1°" juin 1868, à savoir : que la flacherie accidentelle résulte essentiellement d’une fermentation qui se déclare tout à coup, par des influences diverses, dans la feuille de mürier qui remplit le canal intestinal du ver; que cette fermentation est produite par divers organismes, entre autres, les vibrions, et que ceux-ci, par conséquent, se forment à l’intéricur du tube digestif; que c’est là qu’il faut rechercher leur présence.

Je suis tout à fait d'accord avec M. Haberlandt, lorsqu'il présume que la formation des vibrions dans le sang est un effet très-éloigné de la maladie. À ce moment, le ver est déja en proie à la putréfaction, quoique dans certains eas il conserve encore un reste de vie. Le ver a souvent des vibrions depuis plus de quinze jours, dans son tube digestif, avant que son sang en contienne. La maladie est déclarée, le ver souffre, sa digestion est embarrassée dès l'instant où les ferments propres à une infusion de feuilles de mürier ont commencé à apparaitre dans les matières du canal intestinal.

Bien souvent, comme le D' Verson, j'ai constaté l’opacité des tubes de Malpighi et l'abondance des cristaux dans leur contenu, mais, jai considéré ce fait comme une conséquence du trouble profond qui résulte de la fermentation dont il s’agit. Je Ie compare à l’altération de la structure et de la consistance des tuniques glanduleuses de l'intestin.

Non-seulement les cristaux sont un élément normal des tubes de Malpighi, mais la sécrétion propre à ces derniers parait avoir,

(x) Journal de la station de Goritz, 1*° octobre r869.

en outre, un rôle physiologique dans une des fonctions essentielles de la vie de l’insecte, la mue. La poussière farineuse, qui apparait constamment sur les vers, aussitôt après les mues, est entièrement formée de cristaux identiques à ceux qu'on rencontre dans ces tubes. Cet effet est dû, sans nul doute, à la cristallisation subite, au contact de l'air, du liquide qui se trouve entre l’ancienne peau et la nouvelle, et qui sert au glissement de ces deux enveloppes l’une sur l’autre (1). La planche ei-jointe représente, sous deux grandeurs différentes, les cristaux dont il s’agit, pris à la surface de la peau après les mues, en lavant le ver dans un verre de montre avec quelques gouttes d'eau.

Il est naturel qu'un état morbide déterminé, caractérisé par une fermentation anormale de la nourriture de la larve, amène des modifications dans la sécrétion des tubes de Malpighi. Le vibrion est toujours une production anormale dans le canal digestif du ver à soie. En d'autres termes, sa présence constitue une maladie quel que soit le nom qu'on lui donne.

Lorsque je prends des vers très-sains et que je leur communique la flacherie en introduisant des vibrions non dans leur sang, mais dans Les matières de leur tube digestif, et qu'ils provoquent la fermentation de la nourriture des vers, en changeant aussitôt toutes les conditions de la digestion, est-il possible de ne pas rapporter la cause et l'origine première du mal aux vibrions et à la fermentation qu'ils déterminent ?

M. Haberlandt, il est vrai, prétend que la maladie que je communique aux vers par ce genre d'expérience, m'est pas la flache-

rie. Mais qu'est-ce donc ? Je présume que M. Haberlandt n'aura

(1) Une observation analogue à celle-ci a éte faite autrefois par le D° Haberlandt.

« Lorsque l’ancienne peau, dit-il, est rejetée, la nouvelle est couverte d’écailles » quadrangulaires, à angles émoussés, que je considère comme des cristaux ana- » logues à ceux des tubes urinaires. » IT ajoute : « Au moment de la mue, la peau » nouvelle est tout à fait humide, et cette humeur peut bien donner naissance à ces » cristaux ; en outre, j'ai souvent observé des formes de ce genre dans l’intérieur » des vers, surtout dans les conduits urinaires. »

(HamenLaxDr.— Die seuchenartige Krankheit den Seidenraupen.— La maladie épi-

démique des vers à soie. Vienne, 1866.)

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