‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 78 sur 97 · CARACTÈRE CONTAGIEUX DE LA FLACHERIE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE CONTAGIEUX DE LA FLACHERIE

Le caractère contagieux de la maladie des morts-flats est un des points les plus intéressants dans l’histoire de cette maladie. Les détails dans lesquels je vais entrer ne laïsseront aucun doute sur sa réalité et l'importance qu'il faut lui donner dans la pra-

tique (1).

Première expérience. — Le 20 mai, on forme trois lots identiques de vingt-cinq vers chacun, race blanche indigène. Les vers sont au troisième jour après la troisième mue. Ils sont issus d’une graine exempte de pébrine et de flacherie héréditaires; Îeur marche n’a rien laissé à désirer jusqu’à ce jour.

Lot A. — Lot témoin.

Lot B. — Contagionné par un repas de poussière sèche, d’une magnanerie infectée, l’année précédente, par la pébrine et la flacherie.

Lot C. — Contagionné avec une infusion de cette poussière

préparée le 18 mai et étendue au pinceau sur la feuille d’un repas.

Les vers des lots Bet C ont mangé sans répugnance le repas de contagion.

Lot À. Le 25 mai, trois jours après la contagion des lots B et C, les vers du lot À sont sensiblement plus gros et mieux portants que ceux des autres lots : ils mangent avec tout l'appétit propre

aux bons vers.

(1) J'ai annoncé les faits exposés dans ce Chapitre, dans la séance de l’Académie, du 31 mai 1869. J'oër ma lettre à M. Dumas, datée d’Alais, le 22 mai; t. I, p. 283 et suivantes.

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On remarque, en outre, que les bons vers du lot B, contagionné avec les poussières sèches, sont beaucoup plus beaux que les bons vers de l'essai C, contagionné avec l’infusion de cette même poussière. Ces derniers mangent très-peu.

Pour le lot A, la montée, commencée le 26, est finie le 28. On dérame le 1° juin. Il n’y a pas moins de vingt-cinq cocons, et aucune des chrysalides ne présente ni vibrions ni ferment en chapelets de grains.

Lot B. Le 21 au matin, on relève un ver mort-flat; le soir, un second. On ne voit encore aucun organisme dans les intestins.

Le 22, on relève deux morts. Dans le canal intestinal, vibrions et ferment en grains.

Le 24, trois vers morts avec foule de vibrions, les uns en chaine longue, les autres courts et grèles.

Le 25, un ver mort, foule de vibrions.

Le 26, la montée commence, mais très-lente. Elle n'est pas finie le 29, tandis que, on vient de le voir, celle du lot type était achevée dès le 28 au soir.

Le 28, un ver est mort pendu à la bruyère. Il offre des vibrions et le ferment en grains.

Le 31, on trouve treize cocons et un autre ver mort.

Dans une des chrysalides on observe le ferment en grains.

Lot C. Le 21, on relève trois morts, ayant dans le canal intestinal une foule de longs vibrions à plusieurs articles. Quelquesuns des vers de ce lot ont le crottin humide et visqueux.

Le 22, trois vers morts; foule de vibrions. Au repas de 5 heures du soir, on ne compte que six vers prenant de la nourriture.

Le 23, deux vers morts ; foule de vibrions.

Le 24, un ver mort; foule de vibrions.

Le 25, trois vers morts; foule de vibrions et de chapelets de grains.

Le 26, deux vers morts; vibrions et chapelets de grains.

Le 29, on enlève deux vers encore vivants, mais qui ne mangent plus. Leur canal digestif est vide. On n’y voit que de rares chapelets de grains. Les parois du canal sont fort altérées dans leur consistance et leur structure. Ce même jour, on relève un ver

mort, à peu près mür et n'ayant rien dans le tube digestif, que quelques vibrions et de très-nombreux chapelets de grains.

Le dernier ver est monté seulement le 2 juin.

On trouve sept cocons dont une peau. Sur les sept chrysalides, deux offrent le ferment en chapelets- de grains.

Pour bien comprendre les effets si manifestes des contagions précédentes, il importe extrèmement de connaître le fait suivant. J'ai dit que le lot C avait été contagionné au moyen de feuilles sur lesquelles on avait étendu au pinceau une infusion de poussières recueillies dans une magnanerie où, l’année précédente, les vers étaient morts de la flacherie et de la pébrine : par infusion de poussières, J'entends simplement qu’on a délayé les poussières dans de l’eau. Or il suffisait que l'eau füt en contact avec la poussière depuis huit heures seulement pour que lon commencçàt à voir apparaître, dans cette eau, des vibrions, d’abord excessivement rares et progressivement de plus en plus nombreux. Il résulte de cette curieuse observation, que les poussières d’une magnanerie infectée sont pleines de kystes de vibrions tout prèts à prendre vie dès qu'ils sont humectés. Deux circonstances tendent à démontrer que ces vibrions sont, en eflet, à l'état enkysté dans la poussière : 1° le faible espace de temps qui s'écoule entre le moment où les premiers vibrions commencent à se montrer; 2° les premiers vibrions qu'on voit traverser le champ du microscope, en étudiant d'heure en heure une goutte de l’infusion, ont de prime abord la grosseur des vibrions ordinaires.

En conséquence, lorsqu'on dépose des poussières de magnaneries infectées, sur de la feuille, et que celle-ci est mangée par les vers, on ingère dans le canal intestinal une foule de germes de vibrions dont les générations se multiplient ensuite par scissiparité et troublent complétement les fonctions digestives du ver. Néanmoins, tous les vers ne meurent pas, et comme il arrive, d'autre part, que les chrysalides de ceux qui survivent peuvent être exemptes de vibrions ou de tout autre ferment, il faut admettre que certains vers se débarrassent des germes qu'ils ont ingérés, ou que les premiers germes développés ont été ensuite arrêtés dans leur multiplication et peu à peu expulsés.

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Deuxième expérience. — Le 23 mai, on contagionne vingt verstrès-sains, race blanche indigène, sortants de la quatrième mue, avec la matière du canal intestinal d’un ver prèt à mourir mortflat et qui renferme en grande quantité des vibrions de forme grèle.

Le 29, un ver mort; foule de vibrions.

Le 30, un ver mort; foule de vibrions.

Le 1° juin, un ver mort; nombreux chapelets de grains.

Le 4 juin, un ver mort; nombreux chapelets de grains.

Le 4 juin, autre ver mort; vibrions.

Le 5 juin, un ver mort; vibrions de deux sortes : les uns courts, grèles; les autres plus longs et plus volumineux.

Le 7 juin, un ver mort; foule de vibrions en longues chaînes.

Le 7 juin, autre ver mort, tout noir; foule de longs vibrions.

On dérame le 8 juin : onze cocons et une chrysalide nue. Sur les onze chrysalides des onze cocons, deux présentaient une foule de chapelets de grains.

Troisième expérience. — Le 22 mai, on contagionne vingt-cinq vers très-sains, race blanche indigène, sortant de la quatrième mue, avec de l’eau dans laquelle on a broyé un fragment d’un ver mort-flat déjà tout noir. Dans cette eau on trouve un grand nombre de ces corpuscules brillants que renferment souvent les vibrions, et qui forment, selon moi, un des modes de reproduction de cet infusoire. L’odeur du ver était très-ammoniacale ; le liquide est encore un peu odorant, aussi les vers mangent avec répugnance la feuille sur laquelle on l’a étendu au pinceau.

Le 23, on remarque deux vers qui ne mangent plus et dont le crottin, encore vert, sec, sort comme enveloppé d’une espèce de membrane qui se brise et dont une partie reste fixée au ver. Le soir du mème jour, deux vers morts avec foule de vibrions et quelques chapelets de grains.

Le 24 au matin, deux vers morts avec foule de vibrions et de chapelets de grains. À midi, un autre ver mort, et toujours avec vibrions et chapelets dans le canal intestinal.

Le 25, deux vers morts ; foule de vibrions.

Le 28, un ver mort; vibrions et chapelets de grains.

Le 30, trois vers morts; vibrions et chapelets dans l’un d’eux; chapelets seulement dans les deux autres.

Le 30, au soir, un autre ver mort avec une foule de vibrions très-petits.

Le 1° juin, un ver mort, avec foule de vibrions très-petits ; les arücles ressemblent aux grains du ferment en chapelets, mais ils se meuvent.

Le 3 juin, un ver mort; très-nombreux chapelets de grains.

Le 5 juin, un ver mort, déjà tout noir, sur la bruyère, dont tout le corps est plein de vibrions.

On dérame le 7. Il y a seulement neuf cocons. L'examen des chrysalides, fait le 12 juin, donne cinq chrysalides avec foule de chapelets de grains dans la poche stomacale et quatre qui n’en ont pas.

Quatrième expérience. — Le 13 mai on forme trois lots com-

posés comme il suit :

N9 LT — Vingt-cinq vers très-sains, race jaune de pays, entre

la troisième et la quatrième mue. Lot témoin.

N9 2. — Vingt-cinq vers identiques à ceux du n° Î et prélevés dans le mème panier, sont mélangés à vingt-cinq vers nés d’une graine (dite CC) atteinte au plus haut degré de flacherie héréditaire (1). |

N° 3. — Cinquante vers, de cette graine CC, identiques à ceux qu'on à mélangés aux vers sains du n° 2, sont élevés à la manière ordinaire.

Voici le tableau de la mortalité dans les lots n° 2 et n° 3.

(1) Cette graine est celle désignée sous le nom de graine CC, dans ma lettre au secrétaire de la Commission des soies de Lyon (voir t. IF, p. 289), et qui a péri complétement de la flacherie, entre les mains de la Commission, comme je l’avais annoncé par avance.

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